Loi énergie LTECV: l’aspect du financement des mesures proposées n’est pratiquement pas abordé

Madame la Sénatrice, Madame la Députée, Monsieur le Sénateur, Monsieur le Député
Nous vous prions de trouver ci-dessous quelques réflexions sur la PPE en cours de discussion au Parlement.

Nous avons constaté avec stupeur, dès le début de la discussion sur la LTECV en 2015, que l’aspect du financement des mesures proposées n’était pratiquement pas abordé. Nous estimons que ces mesures coûteront extrêmement cher pour de très faibles résultats sur le plan des émissions de CO2, et conduiront dès 2025 à des constats infiniment plus graves que ceux qui ont été faits par la Cour des Comptes dans son rapport de 2018 sur le « Soutien aux énergies renouvelables ». Si tel était le cas, la lutte contre le réchauffement climatique deviendrait si impopulaire dans notre pays que la grande masse des Français s’en détournerait au grand bénéfice de toutes formes de populisme climatique.

Alors, pourquoi ne pas garder le système actuel qui nous assure une fourniture d’électricité fiable, avec une émission de CO2 très faible (5 fois moins par MWh produit que l’Allemagne) et bon marché (deux fois moins cher pour les particuliers qu’en Allemagne). Une électricité décarbonée qui permettra de s’attaquer à la décarbonation des secteurs de la mobilité et du chauffage comme vient de le recommander le Haut Conseil Pour Le Climat.
Veuillez agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, l’expression de nos sentiments respectueux.

L »article :

Hervé Nifenecker, Président fondateur de »Sauvons Le Climat »
Henri Prévot, Ingénieur Général des Mines

Augmentation du prix de l’électricité

Par Hervé Nifenecker et Henri Prévot

Après les gilets jaunes, dans le contexte des élections européennes, la sphère médiatique s’est enfin emparée de la question de la forte augmentation du prix de l’électricité, de même qu’elle n’avait pas vu venir l’augmentation des taxes sur les carburants. Et, pourtant, depuis le Grenelle de l’environnement, nous allons de Transition énergétique en Programmation Pluriannuelle de l’Energie, mais tout se passe comme si ces questions étaient hors sol et n’avaient pas de conséquences financières. Chacun se réjouit de la mobilisation des jeunes contre le réchauffement climatique, mais personne ne semble se soucier du coût qui serait entraîné par les diverses politiques supposées pour lutter contre ce phénomène. Pour la bonne cause, on ne compte plus !

Au cours du débat public sur la PPE, RTE avait publié 5 scénarios supposés donner la possibilité de ramener la part du nucléaire dans le Mix français à 50% en 2035. Ces scénarios ont donné lieu à des synthèses largement diffusées. Ces synthèses présentent les Mix électriques et les émissions de CO2 de chaque scénario. Elles ne traitent toutefois pas un point capital :

Quels seraient les surcoûts éventuels de la mise en œuvre de ces scénarios en comparaison au maintien en l’état du système électrique actuel ?

Cette carence est d’autant moins compréhensible que la Cour des Comptes avait publié, en avril 2018, un rapport sur le « Soutien aux énergies renouvelables ». Dans la Petite Loi Energie en discussion devant le Parlement (https://www.apvf.asso.fr/2019/04/30/transition-ecologique-la-petite-loi-energie-enfin-presentee-en-conseil-des-ministres/) on ne voit pas davantage apparaître une estimation relative du coût des scénarios assurant la diminution de la contribution du nucléaire à émissions stables de CO2. Au contraire, on décide qu’une comparaison entre les coûts futurs et actuels est impossible :

« C’est pourquoi il n’est pas possible de mesurer les impacts entre un scénario permettant d’atteindre les nouveaux objectifs et un autre permettant d’atteindre les anciens dans la mesure où un tel scénario serait fondé sur des trajectoires irréalistes. (p.30) »

Le surcoût d’investissement pour la limitation de la puissance nucléaire semble toutefois reconnu dans le projet de « petite Loi Energie » :

Les surcoûts d’investissement dans ces nouvelles capacités étant supérieurs à ceux nécessaires pour prolonger les réacteurs nucléaires qui auraient été fermés, les coûts de production auraient donc été fortement surenchéris par rapport au parc de production nucléaire arrêté pour atteindre l’objectif de nucléaire. (p.13)

Devant ce flou (intentionnel ?) dans l’estimation du coût de la diminution de la part du nucléaire dans le Mix nous pensons utile de rappeler celle que nous avions faite, sans grand écho, sur le site de la PPE (https://ppe.debatpublic.fr/surcouts-scenarios-rte).

En 2017, chaque foyer français payait (par la contribution CSPE), un surcoût sur sa facture d’électricité de 154 € par an pour financer les producteurs d’électricité éolienne et photovoltaïque. La poursuite du programme de réduction de la part du nucléaire dans le Mix électrique coûtera entre 350 et 850 euros supplémentaires par an et par foyer , si l’on estime le surcoût qui sera payé par la mise en œuvre d’un des scénarios proposés à cette fin par RTE. Les familles nombreuses dépensant plus d’électricité que les autres seront particulièrement touchées. Ces dépenses considérables pour les foyers français n’auront pratiquement pas d’influence sur nos émissions de CO2 . Tous les équipements seront importés car l’industrie française n’a pas su profiter du développement de la demande française et internationale pour créer un secteur de fabrication d’éoliennes et a vu disparaître notre petite production de cellules photovoltaïques

Alors, pourquoi ne pas garder le système actuel qui nous assure une fourniture d’électricité fiable, avec une émission de CO2 très faible (5 fois moins par MWh produit que l’Allemagne) et bon marché (deux fois moins cher pour les particuliers qu’en Allemagne). Une électricité décarbonée qui permettra de s’attaquer à la décarbonation des secteurs de la mobilité et du chauffage comme vient de le recommander le Haut Conseil Pour Le Climat.

Le détail et les justifications de ces chiffres peuvent être trouvés sur le site de « Sauvons Le Climat » : https://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/Critiques-Scenarios-RTE.pdf

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Compte rendu du colloque hydrogène du 13 juin 2019 à la Maison de la Chimie

Jacques Peter 19 juin 2019

Compte rendu du colloque hydrogène du 13 juin 2019
A la Maison de la Chimie

Edouard Freund, président du comité énergie des IESF a été l’un des organisateurs et le président de séance de ce remarquable colloque réunissant les compétences répondant aux questions que se pose notre comité qui étudie les stockages.

J’ai donc répondu à son invitation et propose à nos associations un compte rendu que je reconnais orienté par mes intérêts personnels : efficacité des divers moyens permettant de contenir le réchauffement, équilibre des systèmes électriques, donc place de tous les moyens et donc aussi du nucléaire, mobilités, compétitivité de la France, tant pour les productions industrielles nationales que pour les exportations de services performants.

N’étant ni un scientifique ni un expert de l’énergie, je m’abstiendrai de résumer ce colloque et renvoie ceux qui seraient intéressés au site de la Maison de la Chimie qui propose toutes les communications:
: https://actions.maisondelachimie.com/colloque/hydrogene-decarbone-enjeux-et-solutions/

En outre je ne me permettrais pas de commenter les exposés scientifiques portant sur des recherches explorant des voies d’avenir.

Le contexte

Plan Hulot

L’introduction du président Boucly de l’AFHYPAC, ex dirigeant de GRT GAZ, place l’Hydrogène sous l’éclairage du « Plan Hulot » : 100M€ débloqué, avec comme objectifs :

• 10% de l’hydrogène industriel vert en 2023, entre 20 et 40% en 2028
• 5000VUL et 200 V lourds, bus et trains en 2023
• 20 à 50 000VUL et 800 à, 2000 V lourds en 2028
• 100 stations en 2023, 400 à 1000en 2028
• Stockages d’énergies renouvelables dans les zones non interconnectées, par exemple les DOM

Intérêts des professions du gaz

Il y a une alliance forte entre l’AFHYPAC et les intérêts gaziers qui sera confirmée ensuite par un exposé de M. Mazzenga de GRT gaz renouvelables précisant qu’il étudiait une demande du ministre sur les divers taux d’injection d’hydrogène que pouvaient supporter ses diverses branches des réseaux et les clients. En l’absence de réponse à ce jour au ministre, nous sommes alors restés sur notre faim.

A été évoquée une vision de l’ADEME souhaitant sauver le réseau gaz avec un mix à parts non précisées de biogaz, gaz issu de pyrogazéification de biomasse, éventuellement enrichie d’hydrogène vert.

C’est un enjeu important, car le réseau gaz, très belle transition énergétique des années passées, qui a déplacé le charbon et une grande part des fiouls et satisfaisant une consommation finale d’un peu moins de 500TWh, aurait des problèmes de rentabilité si la demande baissait au-dessous de 300TWh.

Le moins que je puisse dire, c’est que sur cet enjeu les études de France Stratégie et les décisions du projet PPE conditionnant les objectifs de gaz vert à de très fortes baisses de coût tempèrent fortement cette vision ADEME.

Association systématique de l’hydrogène aux énergies solaires et éoliennes

Alors que la majorité des slides présentaient des champs solaires et des éoliennes, un seul dessinait aussi un réacteur et le mot nucléaire n’était cité que deux fois. Une autre contribution s’illustrait avec un dessin de Reiser prônant comme légende « sortir du nucléaire »

Les dits et les non-dits

Enfin, il m’est apparu qu’il était aussi intéressant d’analyser ce qui était dit que ce qui ne l’était pas, en particulier pour les chiffres économiques : les rendements et les coûts, ceux de la production d’hydrogène, comme les hypothèses choisies pour ceux des intrants.

Trois technologies d’électrolyse
Elles sont décrites par Edouard Freund dans une note de travail sur le stockage pour le comité énergie des IESF :

« Le stockage d’électricité via l’électrolyse de l’eau et la production d’hydrogène, selon :
-électrolyse : H2O = H2 + ½ O2
-H2 + air = électricité via pile à hydrogène ou turbine à gaz (cycle simple ou combiné)
répond à tous les besoins de stockage, notamment les stockages intersaisonniers de grande capacité. Ceci n’a rien d’étonnant, sachant que l’hydrogène intermédiaire de stockage joue un rôle analogue à celui des combustibles fossiles, notamment du gaz naturel, et se présente à terme comme un concurrent du biogaz. Le rendement global très faible de l’opération est lié au produit de 2 rendements :

-l’étape d’électrolyse (rendement 60 à 75% selon technologie) ;

-la production d’électricité à partir de l’hydrogène formé et d’air (ou de l’oxygène coproduit avec l’hydrogène) : rendement de l’ordre de 50% pour les faibles ou moyennes capacités avec une pile à combustible, pour les grandes puissances avec un cycle combiné hydrogène.

Le rendement global qui en résulte est peu susceptible de dépasser la valeur de 40%, ce qui est défavorable en liaison avec une production issue des énergies intermittentes, dont il faudra augmenter la puissance installée, ce qui augmentera les besoins de stockage…L’électrolyse présente un grand intérêt en elle-même du fait qu’elle offre une voie permettant « d’échapper » au tout électrique auquel conduisent les énergies décarbonées hors biomasse.

Il existe 2 technologies d’électrolyse industrielle :

-la technologie alcaline, la plus répandue, pour des capacités qui peuvent atteindre plusieurs centaines de MW. Ce type d’électrolyseur ne se prêtait pas facilement à des marches intermittentes. Des développements sont en cours pour la « moderniser », notamment pour améliorer son rendement et sa souplesse d’utilisation ;

-la technologie à membrane échangeuse de proton (similaire, mutatis mutandis à la technologie de pile à combustible PEMFC). Elle présente une plus grande souplesse d’utilisation (fonctionnement en tout ou rien), et peut fournir de l’hydrogène sous pression (minimisant ainsi les pertes lors de la compression pour le stockage). Elle a par contre l’inconvénient d’utiliser des métaux nobles (platine…) comme catalyseur d’électrodes, ce qui peut poser problème pour les très fortes capacités.

Une 3ème technologie : électrolyse haute température pourrait bénéficier des développements de la pile à combustible haute température SOFC et conduire à de hauts rendements, voire à des systèmes réversibles électrolyse – production d’électricité.

« En ce qui concerne les modes de stockage de l’hydrogène, ils sont parfaitement maîtrisés industriellement, depuis les cylindres haute et très haute pression (acier ou matériaux composites) pour des stockages de faible ou moyenne capacité jusqu’au stockage massif en cavité de sel. »

Les présentateurs de ces trois technologies n’ont pas décrit des processus complets de productions d’électricité renouvelables et finale après stockage, de transport, intégrant les différents coûts et fournissant une estimation du coût de l’électricité restituée. Mais ils ont tous trois affirmé pouvoir sous condition approcher la compétitivité de la production d’hydrogène à partir d’électricité décarbonée comparée à celle qu’utilise aujourd’hui les industries du raffinage et de l’ammoniac à partir de vaporeformage du gaz, donc source de fortes émissions de gaz carbonique.
Ils estiment ce coût actuel du vaporeformage à 1,5-2€/KgH2 et espèrent atteindre pour de très grosses capacités tournant en régime permanent pendant 7000heures par an, avec un prix d’achat de l’électricité entre 30 et 40€/MWh (environ 60% du coût final) de :
2 à 2,50€le Kg H2 produit par électrolyse, ce qui permettrait de se rapprocher de la compétitivité à condition que l’Europe monte très sensiblement la taxe carbone à laquelle sont soumis les industriels.

Les débats ont fait apparaitre deux problèmes :

L’Europe surveille avec juridisme tout ce qui pourrait ressembler à une aide d’état aux industriels français.
Monter les coûts français du raffinage et de la production d’ammoniac sans mesures équivalentes dans le reste de l’Europe et « protection carbone » aux frontières pourrait faire fuir ces industries dont les produits se transportent facilement.

M. Mauberger président de Mcphy-energy a présenté la technologie alcaline qui peut présenter des références en Chine et chez Audi (6MW) et sort à 30-50 bars. Et sera testée par Jupiter.

Avec un éolien de la mer du Nord évalué à 30€/MWh il sortirait entre 2 et 2,50€/KG H2.

J’ai pu poser ma question à son successeur M Pascal Pewinsky, Directeur Général AREVA H2Gen, présentateur de la technologie à échanges de proton pouvant accepter des variations de puissance et aboutissant aussi pour 7000heures avec de l’éolien à 30€/MWh à 2,40€/KGH :

« J’ai vu sur votre Slide décrire les sources d’électricité envisageables avec aussi le dessin d’un réacteur nucléaire. Pourquoi ne l’évoquez-vous pas plus, car EDF annonce pour les réacteurs historiques prolongés un coût moyen cash de 32-33€/MWH. Or seule cette source avec les grands gisements hydrauliques peut vous assurer dans la durée une fourniture fiable durable, sans risque carbone, et pour 20 ans. Une très grosse unité d’électrolyse reproduirait le schéma économique de Georges Besse 1 utilisant jusqu’à trois réacteurs du Tricastin pour enrichir l’Uranuium et s’effaçant pour entretien au creux de l’hiver. Certes EDF doit ajouter au coût cash une marge pour frais généraux et bénéfice, mais vous ne seriez pas loin de l’objectif. »

Pour obtenir la réponse, (Ma question était surtout une affirmation destinée à la salle de 250 personnes et m’a valu un remerciement d’un représentant Orano) j’ai dû contacter M Pewinsky lors de la pause et ai compris qu’il se positionnait comme client potentiel d’un parc éolien mer du Nord d’une capacité très supérieure à sa demande moyenne afin d’être toujours fourni à pleine charge au prix de 30€.

Mon objection : on ne peut pas acheter la crème au prix moyen du lait, encore moins négliger celui du petit lait qu’il faut bien valoriser.

Julie Mougin du CEA Genoble a présenté ses recherches sur l’électrolyse à haute température , fonctionne à 700-900° C

Avantages :
-Remplacer une part de l’énergie électrique nécessaire par de la chaleur, donc meilleur rendement.
-Tension faible
-Céramique
– Réversibilité, possibilité après un temps de purge de 15 minutes de passer en pile à combustible.
– Peut fonctionner en régime variable.

J’ai pu la rencontrer à une pause et lui expliquer comme je l’avais fait pour M Péwinski le principe de fonctionnement d’une usine du type de Georges Besse 2 qui s’efface au moment des pointes d’appel électriques. Elle a écouté avec intérêt et m’a répondu qu’autrefois, les premières études proposaient une source nucléaire pour cette technologie. Avantage : valoriser la source de chaleur nucléaire.
Y aurait-il donc des instructions en haut lieu pour que ces technologies hydrogène soient systématiquement associées seulement aux renouvelables électriques?

Une voie alternative, recherches de Total sur un H2 bas carbone associé au captage et à la séquestration du carbone.

M. Bruno Seilhan vive président de TotalCO2 nous a présenté une recherche :

« Associant les vaporéformateurs de méthane avec du captage. Usage et Stockage de CO2 apparaissant aujourd’hui comme la manière la moins coûteuse pour la production de masse »

Aujourd’hui 1T d’H2 responsable de 10 T de CO2
Coût du gaz 27dollars/MWh.
Le captage représente 60% du coût
3 compagnies se sont associées pour ce test norvégien
Des carburants alternatifs, efioul, encore très loin de la compétitivité

M ; François Kalaydjean d’IFPEN a décrit les processus permettant à partir d’hydrogène vert (En Europe pour être qualifiée de verte elle doit être renouvelable, influence du lobby allemand ?), de CO2 capté et de biomasse. On arrive, hors taxes, à 3€/litre de fioul contre 60 centimes pour les carburants sortant de raffinerie. Constat accueilli par un silence très éloquent de la salle.
L’hydrogène au service de centres tertiaires visant l’énergie positive
Une présentation originale de M. Nicolas Bardi, président de la société Sylfen propose sous le titre « Hydrogène et cogénération » une solution permettant aux divers secteurs tertiaires (Centres commerciaux, hôpitaux, Grand Stade, aéroports…) de prendre en main leurs engagements de réduction de leur emprunte carbone, celle-ci étant, à la différence de l’industrie, entièrement localisée dans le site principal.

Combinant productions renouvelables, essentiellement solaire, batteries, électrolyse, stockage d’hydrogène, et pile à combustible, le complexe pourrait ainsi, à défaut de couper le cordon ombilical avec le réseau, réduire très sensiblement sa contribution, et espère, bien sûr, lui vendre aux tarifs garantis ses excédents solaires.
Un débat intéressant sur ce type d’autoconsommation a eu lieu lors des auditions de ENEDIS et RTE par la commission parlementaire Julien Aubert. Son président a bien mis en lumière par ses questions le fait que le filet de sécurité du réseau, se traduisant par la garantie de fourniture de la puissance souscrite par ce type d’utilisateurs de l’autoconsommation, était bien subventionné dans les conditions tarifaires actuelles par l’ensemble des clients ordinaires qui payent le turpe pour toutes leurs consommations.
L’orateur a reconnu que la France était le pire pays pour rentabiliser son concept car :

-L’électricité n’y est pas chère
-Elle est décarbonée
– Le réseau est sûr

Ne pouvant poser de question, je lui ai fait passer un papier lui proposant de le développer dans des pays dont les réseaux sont sujets à défaillance, et connaissant moins que l’Europe les alternances hiver- été, pour les entreprises et surtout les riches qui s’équipent systématiquement de groupes diesel électrogène produisant une électricité très chère et polluante, exemples, le Liban, le Vénézuela, le Sénégal. La réponse: son sourire.
Mobilités : Ce qui a été dit , ça fonctionne, ce qui n’a pas été dit combien ça coûte au km
Les mobilités hydrogène ont été essentiellement évoquées par l’exposé liminaire du président Boucly évoquant les objectifs du plan Hulot et développant comme thème central:
Que ce n’est plus un problème industriel, puisque ça fonctionne déjà, mais un défi économique seul un grand marché pouvant obtenir par un changement d’échelle de faire baisser les coûts, d’où un appel aux pouvoirs publics.

Arguments repris par M. Serge Besse, Areva Stockage-énergie nous expliquant que les piles à combustibles sont maintenant parfaitement opérationnelles et ne cessent de faire des progrès et par Mme Cecilia Frourcry-Renzi d’Air Liquide décrivant les avancées, tant sur le plan des rendements que de la sécurité, de la logistique hydrogène.
Les exemples donnés dans le présent démontrent que cela fonctionne : flottes de taxis, bus urbains commandés par les communautés urbaines de Pau et Lens, trains à l’hydrogène en Allemagne envisagés en France, concernent essentiellement des secteurs peu ou non soumis aux règles du marché et de la concurrence, Par exemple les TER et services urbains financés par des collectivités locales sensibles à l’effet d’image de l’hydrogène et donc capables de le payer. Les prix actuels des VL de l’ordre de 80 000€ les réservent à une clientèle très marginale.

M. Julien Brunet de Symbio Paris nous a décrit le présent :
300 véhicules à hydrogène circulent en France comme en Allemagne avec 30 et 400 stations de recharges. Les projets plus importants du Japon méritent une analyse plus complète.
J’avais une question en réserve sur une réalité jamais dite: des études sérieuses démontrent que les VL et VUL à hydrogène consomment du réseau à la jante trois fois plus d’électricité que les véhicules récents à batteries. Voir en annexe le schéma de Georges Sapy. L’avis de beaucoup d’experts que je partage est que les voitures et petits utilitaires à batterie gagneront le match.

Une réflexion sur les mobilités décarbonées d’avenir ne peut pas faire l’impasse sur les comparaisons des coûts complets au km des divers concurrents. Rien n’a été dit sur ce sujet.

Le stockage des intermittents par le power to gaz

Alors que nous sommes abreuvés d’articles et communications sur les merveilles à venir du power to gaz permis par la filière hydrogène résolvant le défi du stockage intersaisonnier permettant de sortir du nucléaire, rien n’a été dit sur ce thème. D’ailleurs le Plan Hulot, apparemment toujours en vigueur n’envisage ce type d’utilisation de l’hydrogène que pour les zones non interconnectées, donc certainement pas pour 2035 en métropole. Ce seront des expériences intéressantes à suivre, notamment celle qui est prévue pour la Guyane. Dans des territoires où le solaire produit trois fois plus qu’en métropole, où l’alternance été hiver n’existe pas et, enfin où les groupes diesels produisent une électricité plutôt sale à 300€/MWh, le défi technologique et économique associant solaire, batteries et hydrogène est jouable. Mais curieusement les discours officiels associent le 50% de nucléaire 2035 au succès des divers stockages, par exemple les déclarations de Nicolas Hulot à l’assemblée nationale qu’il voulait rassurer sur le fonctionnement sûr d’un système électrique comportant 25 % d’intermittents de plus qu’aujourd’hui. Il disait qu’il croyait aux « batteries à l’hydrogène …et à des choses comme ça… ». Notons aussi l’étude sortie par l’ADEME juste après les annonces du Président Macron de novembre 2018, pour moi ayant essentiellement l’objectif de semer le doute sur la nécessité d’un nouveau nucléaire en affirmant qu’en 2060 un système renouvelable couplé avec des stockages serait le moins coûteux.
Le projet PPE prévoit des capacités de solaire et d’éolien dépassant chacune 40 GW pour 2035.

Quels seraient les ordres de grandeur des données de variation auxquelles devrait faire face des stockage long dépassant le créneau de compétence des batteries?

Pour l’éolien, les leçons de la tempête Miguel qui, d’après Météo -France, a les caractéristiques d’une tempête d’hiver sont à méditer. Pour 15GW d’éolien installé, nous sommes passé en 24 h de 5 à 10 GW, puis pour les 24 h suivantes de 10 à 1GW, ce pic de puissance ayant été pratiquement totalement absorbé par une baisse de pression du nucléaire. A l’horizon 2035 des gradients de puissance de + ou -24 GW en une journée, soit + ou -1GW/h sont à envisager. L’éolien peut, non seulement sur la France, mais aussi sur l’Europe connaitre aussi des périodes d’une dizaine de jour à très fort facteur, ou très faible facteur de puissance de quelques %. Lisser ces fluctuations dépasse les possibilités des batteries.
Le solaire d’été produit selon une courbe en cloche avec une amplitude d’une douzaine d’heure suivie d’autant d’heures de noir et peut atteindre un facteur de charge de 70%. Pour les puissances projetées pour 2035, cela conduirait à un pic de 24 GW de l’ordre de grandeur de la moitié de la consommation journalière.

Comment pourrait-on pour les technologies d’électrolyse compatibles avec des puissances variables dont la valeur économique n’est envisageable que pour des durées de fonctionnement approchant 7000heures/an stocker les productions de telles puissances ?

Et comment, en contrepartie, fournir les puissances nécessaires pour assurer la sécurité du réseau en hiver, par des piles à combustibles, des centrales au gaz ou à l’hydrogène? En Allemagne, les ingénieurs proposent à leurs gouvernement un back up de centrales au gaz de 60GW!
Il n’est donc pas étonnant que le colloque ait gardé le silence sur cette problématique en envisageant pas plus de quelques centaines de MW pour des électrolyses.
Continuer à rêver d’un système électrique 100% renouvelables, ou tout simplement d’un objectif de 50% de nucléaire sans construire des centrales au gaz relève de la réflexion suivante d’Yves Bréchet ex haut- commissaire à l’énergie atomique et membre de l’Académie des Sciences :
« Engager le pays, pour ce qui est des besoins énergétiques dans des choix qui reposeraient sur des ruptures scientifiques hypothétiques et à venir me semble aussi raisonnable de que sauter d’un avion en espérant tisser le parachute dans la durée de la chute. »

Mes conclusions

Ces conclusions sont très personnelles puisque mon objectif n’est pas l’analyse exhaustive des possibilités des technologies de l’hydrogène, mais ce que nous pouvons faire d’intelligent et de raisonnable avec ces technologies opérationnelles afin de répondre aux défis climatiques 2030-2050, qui relèvent presque du court terme pour les décisions.
D’abord arriver à rentabiliser à l’aide d’une taxe carbone européenne la production d’hydrogène industriel responsable de près de 2% des émissions françaises de gaz carbonique. Il est clair que la seule filière énergétique décarbonée capable de le faire rapidement serait celle de réacteurs historiques prolongés par le grand carénage.
Ensuite se donner l’objectif de fournir à nos territoires d’outre- mer un courant moins carboné.
Les avancées françaises en ce domaine donneraient à nos grandes entreprises leader de l’énergie un avantage compétitif dans les pays en développement tentés par ce concept. De même pour les centres de service autoproducteurs évoqués par M. Nicolas Bardi.

L’avenir des énergies renouvelables portées par les entreprises françaises passe par l’exportation.
Bien qu’ancien cheminot, et routier, je ne me sens pas compétent pour juger de l’intérêt des poids lourds et trains à l’hydrogène. Le défi est important pour les gros ensembles routiers : par exemple le transport par route de carburant sur des distances de 400 à 500km consomme seulement 1% de son contenu !

Il faudrait disposer d’un dossier exposant les avantages et inconvénients de toutes les technologies de décarbonation des transports lourds : Autoroute ferroviaire, techniques combinées, tramway et bus, et même trains à recharges rapides lors de leurs arrêts fréquents. Donc suivons avec attention les technologies de l’hydrogène. Nicolas Hulot avait tout à fait raison de décider d’un effort de recherche dans ce domaine comme dans d’autres, mais ne rêvons pas à une déesse hydrogène réglant de façon magique nos problèmes.
Et faisons attention à des annonces, telles celle des japonais, capables de transporter par mer de l’hydrogène produit à partir de charbon australien. Tant que la séquestration du CO2 correspondant ne sera pas acquise, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, cet hydrogène sera propre dans les villes japonaises en y émettant que de la vapeur d’eau, mais produira ses excréments climatiques dans l’atmosphère australienne.
Encore bravo et grand merci aux organisateurs et intervenants de ce colloque qui nous ont éclairé sur les potentialités du vecteur énergie hydrogène.

Jacques Peter

Droit de réponse de Michel Gay

Merci pour ce CR intéressant.
Qu’il me soit permis de donner aussi mon avis, et de redire tout le mal que je pense de l’hydrogène « vert » pour les Français (ce que j’ai déjà écrit plusieurs fois) :
Donc, contrairement à la conclusion de Jacques Peter, non Nicolas n’a pas eu raison de décider d’un effort de recherche dans cette impasse hydrogène.
Pourquoi suggérer de développer ce concept ruineux dans des pays en développement qui sont généralement pauvres ? Sauf à vouloir le faire payer par les Français…
Organisé par les promoteurs de l’hydrogène et le lobby du gaz, ce colloque éclaire surtout (me semble-t-il) sur les potentialités restreintes et ruineuses du vecteur hydrogène.

3ème modèle de lettre adressée à nos parlementaires pour ne pas sacrifier le climat

Mesdames, messieux les Représentants nationaux,

Je me dois de vous faire part de mon profond désaccord avec l’amendement N° CD128 adopté le 1er juin 2019 en Commission du Développement Durable, qui vise à diminuer le plafond de puissance nucléaire installée actuellement fixé par la loi à 63,2 GW.

Cette réduction du nucléaire aurait deux conséquences néfastes, l’une sur le climat, l’autre sur le niveau de vie de nos concitoyens.

1- Conséquences sur le climat.

Il est clairement établi par les scientifiques que l’évolution climatique, dont les manifestations sont de plus en plus évidentes, est due aux gaz à effet de serre, principalement le CO2 en raison de sa durée de vie dans l’atmosphère.

Or en France, les émissions de CO2 proviennent essentiellement du chauffage (fioul et gaz) et du transport (essence, gasoil, kérosène).

Fait notable, parmi les pays développés, la France figure avec la Suède et la Suisse parmi les pays les moins polluants en CO2, grâce à leur mix électrique décarboné basé sur l’hydraulique et le nucléaire. Pour ces pays, remplacer le nucléaire décarboné et pilotable par des sources d’énergies intermittentes (éolien et solaire) n’apporte aucun gain pour le climat, mais coûte cher en investissement pour la nation, et en perte de qualité pour le consommateur.

L’exemple de l’Allemagne (où le remplacement des centrales à charbon par des sources décarbonées, même intermittentes, a du sens) montre que le pays ne peut pas diminuer la puissance installée de ses centrales à charbon (sauf de les remplacer par du gaz, lui aussi émetteur de CO2), afin de suppléer les manques de production les nuits et les jours sans vent.

Ceci est d’autant plus crucial que pour décarboner le chauffage et le transport, il va bien falloir faire appel à l’énergie électrique : pour le chauffage, avec des pompes à chaleur pour compléter les sources thermiques naturelles (géothermie et biomasse) ; pour le transport, avec des moteurs électriques.

Et tant qu’on ne sait pas stocker l’électricité en masse sur de longues durées à un coût acceptable, on ne pourra pas attendre qu’il y ait du vent pour prendre le TGV, le tramway ou l’ascenseur !

2- Conséquences sur le niveau de vie de la population

S’imposer des investissements dont l’efficacité n’est pas démontrée pour modifier notre mix électrique, qui plus est avec des technologies désormais importées (qu’il s’agisse des panneaux photovoltaïques ou des aérogénérateurs des éoliennes, qui consomment de grandes quantités de métaux chers et de terres rares dont l’impact écologique est important) aura nécessairement un impact sur le prix de l’électricité, au détriment des consommateurs les plus précaires (déjà, le prix de l’électricité pour les ménages a doublé en Allemagne, depuis la mise en place de l’Energiewende).

Les protestations des « gilets jaunes » contre cette politique au profit des plus aisés, qui peuvent se payer des appartements en centre-ville, montrent les limites de l’acceptabilité sociale d’une telle idéologie de la décroissance du niveau de vie pour les plus démunis.

En conclusion, tant qu’on ne sait pas stocker l’énergie électrique sous forme d’hydrogène de façon économique, il est inconscient de perdre l’acquis pour des chimères.

La politique de décarbonation doit être orientée vers

l’isolation des bâtiments et l’emploi de pompes à chaleur (classées dans les solutions renouvelables par l’Union européenne), pour diminuer la facture énergétique des ménages précaires,

les batteries (et éventuellement les piles à combustible) pour les transports, de façon à en réduire le coût, à en augmenter l’efficacité, et à rendre l’Europe moins dépendante des importations,

la R&D sur la quatrième génération de réacteurs durables ASTRID et la production économique d’hydrogène, pour préparer l’avenir en préservant notre indépendance énergétique.

Comme l’écrivait l’OPECST fin 2011 : Il serait irresponsable d’estropier notre pays en le lançant dans le vide pour s’éviter d’attendre les deux ou trois décennies indispensables à la mise au point d’innovations suffisamment robustes.

Je vous prie d’agréer, Mesdames et messieurs les Représentantes à la Chambre et au Sénat, mes respectueuses salutations.

Ecrivez à votre député : nucléaire et climat, ne lâchons pas la proie pour l’ombre

Modèle possible de mail.

Pour mémoire, l’adresse e-mail des députés est disponible sur le site de l’Assemblée Nationale à http://www2.assemblee-nationale.fr/qui
Celle des sénateurs est disponible à http://www.senat.fr/senateurs/senatl.html

Mesdames et Messieurs les députés,

Je vous fais part de mon désaccord sur l’amendement que vous avez fait adopter le 1er juin par la Commission du Développement Durable.

On ne fait pas une transition énergétique sans raison majeure compte tenu des efforts que cela demande à notre pays. La précédente transition énergétique remonte à 1973. C’était l’année où subitement le cartel des pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient et d’Afrique a pris conscience qu’ils bradaient leur principale richesse, le pétrole à 2 $ le baril. Ils ont réagi en imposant une pénurie de pétrole et en augmentant son prix à 16 $ le baril.

La France dépendait du pétrole pour 80 % de son énergie. Le reste étant fourni par le charbon et l’hydro-électricité.

Le Président de la République était Monsieur Georges Pompidou et son gouvernement était dirigé par Monsieur Pierre Messmer. La réaction a été extrêmement rapide. Ils ont demandé à EDF de transformer le plus rapidement possible le parc de production thermique en construisant un certain nombre de centrales électronucléaires et ont poussé le développement du chauffage électrique dans les nouveaux logements en imposant des normes d’isolation thermique. C’est le chauffage électrique qui a remplacé le chauffage au fioul et c’est lui qui est à l’origine des premières normes d’isolation thermique.

L’organisation mise en place a été d’une rigueur militaire, y compris chez Framatome et tous les prestataires retenus, avec un choix de parc standardisé de centrales à eau sous pression pour gagner en rapidité de construction, en matériels standards, en formation des personnels et en pièces de rechange.

Fessenheim 1 a démarré en 1977 et, entre cette date et 1990, EDF et les entreprises prestataires ont mis en service un parc de 58 réacteurs dont la sûreté est exemplaire quoiqu’en disent les antinucléaires. Aucun pays au monde n’a réussi une telle performance. J’étais invité dans un congrès sur le nucléaire dans le Sud-Est Asiatique, il y a 3 ans, et le sujet qu’il m’a été demandé de traiter était « La réussite du parc nucléaire Français : les clés du succès ? ». Notre parc et son fonctionnement sont un modèle pour le monde entier. De même que la compétence et les pouvoirs de notre autorité de sûreté.

En 1990, la dépendance énergétique de la France était de 50 % pour 80 % 13 ans avant !

Nous affrontons une 2ème transition énergétique. Son objectif majeur est de réduire au plan mondial les émissions anthropiques de gaz à effet de serre et notamment de gaz carbonique. (On ne fait pas cette transition énergétique pour faire plaisir aux promoteurs d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques et surtout les enrichir).

La France consomme en énergies finales (les énergies commercialisées) près de 100 millions de tonnes équivalents pétrole(Mtep) de combustibles carbonés, charbon, pétrole et gaz et ce sont ces combustibles qui sont les émetteurs de gaz à effet de serre. Ensuite la France consomme 38 Mtep d’électricité décarbonée, nucléaire et hydraulique et 15 Mtep d’énergies renouvelables thermiques sous forme de chaleur dont le gaz carbonique émis est repris par la biomasse.

Le problème n’est donc pas de réduire notre électronucléaire mais de réduire nos consommations de combustibles carbonés. Le gaz sert principalement au chauffage, les produits pétroliers au chauffage et surtout à la mobilité et le charbon est en voie d’extinction sauf pour quelques réseaux de chaleur urbain.

La transformation de nos 35 millions de véhicules individuels et utilitaires, qui consomment 35 Mtep carburants pétroliers par an, en véhicules électriques fait gagner un facteur 3 de rendement. Ceci ramènerait la consommation à 12 Mtep d’électricité décarbonée. Un gain substantiel pour les finances publiques dans la balance des paiements. L’opération semble bien partie. Les constructeurs automobiles ont bien compris que l’avenir est au véhicule électrique. Les distributeurs d’électricité et les collectivités territoriales définissent les emplacements des bornes de recharge rapide et mettent en place les matériels.

Notre plus gros problème reste toujours les 7 millions de logements mal isolés thermiquement (dits passoires thermiques) sur les 27 millions de logements en France. Les occupants sont presque toujours des personnes à faibles revenus en précarité énergétique et sont dans l’incapacité d’investir les sommes lourdes de l’ordre de 20 à 30 k€. Il y a aussi les problèmes de propriétaires occupants, de locataires auprès des offices de HLM, de propriétaires bailleurs, etc. Et enfin les bâtiments publics, écoles, collèges, lycées, hôpitaux et autres.

Je sais que vous travaillez sur ce sujet dans la commission développement durable. Pour y avoir réfléchi, je peux dire que des solutions existent pour chaque cas mais qu’elles ne sont pas mises en œuvre. Si elles étaient mises en œuvre et en imaginant que nous fassions une rénovation thermique réelle de 400 000 logements par an, il faudrait 15 ans pour régler ce problème. La Suède a fait cette opération durant les années 1990-2000. Vous pourriez vous renseigner sur les modalités.

Enfin, je vous mets en garde sur la réduction de l’électronucléaire remplacé par des énergies renouvelables aléatoires qui seront soutenues par des centrales à cycle combiné à gaz, émettrices de gaz carbonique et d’oxyde d’azote. Le passage aux véhicules électriques va nous faire globalement économiser des combustibles carbonés mais va augmenter dans de moindres proportions la consommation d’électricité décarbonée (quoiqu’en dise le Président de RTE). L’équipement des logements en pompes à chaleur va également diminuer sérieusement les besoins de fioul de chauffage et de gaz mais va aussi augmenter de façon faible la consommation d’électricité décarbonée.

Engie et Total sont favorables au développement des énergies renouvelables électriques tout simplement parce qu’ils savent qu’elles boostent la consommation de gaz. Il suffit de voir le diagramme ci-dessous pour constater ce qui s’est passé en Espagne ou la croissance de la puissance installée éolienne a été accompagnée par la même croissance de la puissance installée en centrale à gaz. Tout simplement parce qu’il n’existe aucune solution économique de stockage de l’électricité et que nous les cherchons depuis un siècle et ne sommes pas proches d’aboutir.

Le changement climatique est un défi vital pour la civilisation humaine et une partie de la biodiversité. Les + 1,5 °C de l’accord de Paris en 2015 sont loin derrière nous et la tendance des émissions anthropiques du monde entier nous met sur un accroissement de l’ordre de 4 à 6 °C à la fin du siècle.

Personne aujourd’hui ne sait dire ce que sera le monde si nous atteignons une telle augmentation et je pense que votre véritable rôle est d’en prendre conscience et de faire de la pédagogie auprès des citoyens au lieu de faire assaut d’idéologie et de démagogie.

Il est plus facile à un élu de critiquer le nucléaire que de le justifier. Mais il est aussi de la responsabilité des élus de parler du principe de réalité.

Et le principe de précaution consiste à ne pas arrêter le nucléaire avant d’avoir trouvé la solution économique pour stocker l’électricité intermittente !

Je vous prie de croire en mes sincères salutations.

Jean Fluchère

A quand des Certificats d’Economie… d’énergie d’origine fossile ? (CEEOF)

Extrait du livre d’Henri Prévot : Trop de pétrole ! (2007)

Le nouveau marché français des certificats d’économie d’énergie

Le caractère abstrait de ces dispositifs (tels les obligations d’incorporer du biocarburant, les permis d’émettre et le mécanisme de développement propre) est encore plus marqué lorsqu’il est fait obligation à une entreprise d’inciter ses clients à ne pas consommer de ses produits. C’est ce qui se passe avec les certificats d’économie d’énergie. Les grands distributeurs d’énergie, que l’on appelle pour l’occasion les « obligés », doivent pouvoir démontrer qu’ils ont agi pour que leurs clients consommentmoins d’énergie : pour cela, ils leur donneront des bons d’achat de lampes à basse consommation ou de matériaux pour isoler leurs combles ou encore une réduction pour l’achat d’une chaudière plus efficace ou n’importe quoi qui permette de diminuer la consommation, étant entendu qu’ils devront démontrer la réalité de cette diminution. Chaque fournisseur a un quota d’économie d’énergie à atteindre, sous peine d’une pénalité.

Un distributeur d’énergie qui pense ne pas pouvoir atteindre son quota pourra négocier avec un autre qui aurait dépassé son propre quota : il lui achète des « certificats d’économie d’énergie ».

Comme dans les autres systèmes de ce type, le distributeur d’énergie se trouve chargé d’une fonction de collecteur d’impôts ; ici, il a, de plus, la possibilité d’en répartir le produit à son gré, guidé seulement par sa politique commerciale, sans aucune obligation donc sans aucun contrôle quant à son impartialité, l’idée sous-jacente étant sans doute que la main invisible du marché se montrera à la fois douce, ferme et juste. Les « coûts de transaction » paraissent considérables : quelques indications laissent penser qu’ils s’élèvent à 30 % du montant des économies d’énergie réalisées, sans compter le temps passé par les administrations publiques. Mais cela n’est pas très grave tant que la portée de ce dispositif est minime. Et il faut laisser à un dispositif expérimental la chance de montrer son efficacité.

Outre ces questions, qui ne sont pas anodines, il s’en présente une qui mérite l’attention des Parlementaires. Ce dispositif tend à économiser de l’énergie. Or ce n’est pas la question : l’objectif est de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. C’est souvent la même chose mais pas toujours, un exemple étant la concurrence exercée par Gaz de France contre les réseaux de chaleur alimentés par des sources de chaleur autres que fossiles.. Espérons que la loi remplacera bientôt, tout simplement, « économies d’énergie » par « économie d’énergie d’origine fossile ».

Harakiri climatique français en 2030 : les écolos, faux nez du gaz fossile, veulent tuer la décarbonation. Ecrire à son parlementaire ?

Pour mémoire, l’adresse e-mail des députés est disponible sur le site de l’Assemblée Nationale à http://www2.assemblee-nationale.fr/qui
Celle des sénateurs est disponible à http://www.senat.fr/senateurs/senatl.html
Ci-dessous le texte envoyé à mon député.
Il nous faut tout faire pour faire rejeter cet amendement, et ce n’est pas gagné d’avance.

Madame, monsieur le Député,
Je dois vous faire part de mon profond désaccord avec l’amendement présenté et fait adopté le 1er juin en Commission du Développement Durable (voir CD128).

https://twitter.com/sauvonsleclimat/status/1139396444148736000?s=19

Il vise en effet à accélérer la réduction du nucléaire en imposant des jalons intermédiaires que le projet de loi Energie et Climat ne prévoit pas, et pour cause : face à la priorité absolue de la lutte contre le réchauffement climatique, il est chaque jour plus évident que la LTECV de 2015 poursuit deux objectifs différents et surtout contradictoires, la réduction du nucléaire et celle des émissions de CO2.
Alors que l’électricité produite en France est déjà décarbonée à plus de 90% depuis des décennies et que les émissions de CO2 dans notre pays proviennent principalement du chauffage (fuel et gaz) et du transport (essence, diesel, gasoil, kérosène,…), la plus grande partir des financements publics et privés liés à la transition énergétique va aux renouvelables électriques (éolien et solaire) pour permettre la réduction du nucléaire et non pas celle des émission de CO2.
Si la France figure avec la Suède et la Suisse parmi les pays développés dont les émissions de CO2 sont les plus faibles par tête d’habitant, c’est bien en raison de son mix électrique largement décarboné grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité. Remplacer le nucléaire par l’éolien et le solaire n’améliorera pas cette performance, comme le montre l’exemple de l’Allemagne, qui ne voit pas les émissions de CO2 de son secteur électrique diminuer après l’arrêt de huit réacteurs nucléaires depuis 2011 et leur remplacement par des dizaines de milliers d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques.
La dépense publique et privée devrait logiquement être orientée en majeure partie vers la rénovation thermique des bâtiments et la décarbonation des transports, principales sources d’émission de CO2 en France. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, comme l’a implicitement reconnu en juin 2019 le Premier Ministre dans son discours de politique générale en mettant l’accent sur la remise à plat des aides à la rénovation thermique de l’habitat.
Dans ces conditions, rendre impérative une réduction accélérée du nucléaire sans tenir compte de la baisse effective des émissions de CO2 ne peut que mettre en cause l’atteinte de l’objectif de neutralité carbone en 2050, objectif prioritaire du projet de loi Energie et Climat, auquel devrait être subordonné celui, nettement moins urgent, de la diversification du mix électrique.
J’espère donc vivement que cet amendement sera rejeté lors du débat en plénière sur le projet de loi.
Face au défi pour l’humanité que représente le changement climatique, c’est de pragmatisme et non d’idéologie que nous avons besoin. En présentant cet amendement aux côtés de Mme Pompili, qui n’a jamais fait mystère de son militantisme antinucléaire, ces députés ne rendent pas service au climat et desservent tous ceux qui en France – scientifiques, ingénieurs, techniciens, ouvriers, employés, simples citoyens – se battent quotidiennement pour que la France reste un leader dans la lutte contre le changement climatique.
Avec mes salutations respectueuses,

Harakiri climatique français en 2030 : les écolos, faux nez du gaz fossile, veulent tuer la décarbonation. Ecrire à son parlementaire ?

Pour mémoire, l’adresse e-mail des députés est disponible sur le site de l’Assemblée Nationale à http://www2.assemblee-nationale.fr/qui
Celle des sénateurs est disponible à http://www.senat.fr/senateurs/senatl.html
Ci-dessous le texte envoyé à mon député.
Il nous faut tout faire pour faire rejeter cet amendement, et ce n’est pas gagné d’avance.

Madame, monsieur le Député,
Je dois vous faire part de mon profond désaccord avec l’amendement présenté et fait adopté le 1er juin en Commission du Développement Durable (voir CD128).

https://twitter.com/sauvonsleclimat/status/1139396444148736000?s=19

Il vise en effet à accélérer la réduction du nucléaire en imposant des jalons intermédiaires que le projet de loi Energie et Climat ne prévoit pas, et pour cause : face à la priorité absolue de la lutte contre le réchauffement climatique, il est chaque jour plus évident que la LTECV de 2015 poursuit deux objectifs différents et surtout contradictoires, la réduction du nucléaire et celle des émissions de CO2.
Alors que l’électricité produite en France est déjà décarbonée à plus de 90% depuis des décennies et que les émissions de CO2 dans notre pays proviennent principalement du chauffage (fuel et gaz) et du transport (essence, diesel, gasoil, kérosène,…), la plus grande partir des financements publics et privés liés à la transition énergétique va aux renouvelables électriques (éolien et solaire) pour permettre la réduction du nucléaire et non pas celle des émission de CO2.
Si la France figure avec la Suède et la Suisse parmi les pays développés dont les émissions de CO2 sont les plus faibles par tête d’habitant, c’est bien en raison de son mix électrique largement décarboné grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité. Remplacer le nucléaire par l’éolien et le solaire n’améliorera pas cette performance, comme le montre l’exemple de l’Allemagne, qui ne voit pas les émissions de CO2 de son secteur électrique diminuer après l’arrêt de huit réacteurs nucléaires depuis 2011 et leur remplacement par des dizaines de milliers d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques.
La dépense publique et privée devrait logiquement être orientée en majeure partie vers la rénovation thermique des bâtiments et la décarbonation des transports, principales sources d’émission de CO2 en France. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, comme l’a implicitement reconnu en juin 2019 le Premier Ministre dans son discours de politique générale en mettant l’accent sur la remise à plat des aides à la rénovation thermique de l’habitat.
Dans ces conditions, rendre impérative une réduction accélérée du nucléaire sans tenir compte de la baisse effective des émissions de CO2 ne peut que mettre en cause l’atteinte de l’objectif de neutralité carbone en 2050, objectif prioritaire du projet de loi Energie et Climat, auquel devrait être subordonné celui, nettement moins urgent, de la diversification du mix électrique.
J’espère donc vivement que cet amendement sera rejeté lors du débat en plénière sur le projet de loi.
Face au défi pour l’humanité que représente le changement climatique, c’est de pragmatisme et non d’idéologie que nous avons besoin. En présentant cet amendement aux côtés de Mme Pompili, qui n’a jamais fait mystère de son militantisme antinucléaire, ces députés ne rendent pas service au climat et desservent tous ceux qui en France – scientifiques, ingénieurs, techniciens, ouvriers, employés, simples citoyens – se battent quotidiennement pour que la France reste un leader dans la lutte contre le changement climatique.
Avec mes salutations respectueuses,