LA SANTE DE LA TERRE, UN DEFI AUX UNIVERSITES, par André Berger (1990)

LA SANTE DE LA TERRE, UN DEFI AUX UNIVERSITES

Leçon présentée à l’occasion de la remise du diplôme de Docteur honoris causa par l’Université d’Aix-Marseille III, Aix, le 27 avril 1990.

Publié dans la Revue des Questions Scientifiques (161-2, 1990, p.129-149)  et dans Les Cahiers du MURS 23/24, 1991, pp. 113-131.

A. BERGER

Université‚ Catholique de Louvain

Institut d’Astronomie et de Géophysique G. Lemaître

2 Chemin du Cyclotron

1348 Louvain-la-Neuve

Les universités interpellées

Le problème des interactions de l’homme avec la géosphère et la biosphère interpelle les Universités en cette fin de 20ème siècle, sur deux points au moins : la remise en question des programmes d’enseignement et de l’organisation de la recherche, remise en question qui concerne principalement la collaboration entre disciplines et la formation à long terme des chercheurs.

La pluridisciplinarité de la recherche pour la santé de la planète est une nécessité urgente. La structure du système climatique et les problèmes multiples que soulève la compréhension des mécanismes qui régissent son comportement, requièrent une collaboration étroite entre physiciens, chimistes et biologistes pour écrire les équations qui gouvernent la dynamique de l’environnement global, et du climat en particulier; mathématiciens, informaticiens et ingénieurs pour résoudre ces équations; géologues, palynologues, géochimistes, océanographes, géophysiciens et climatologistes pour acquérir les mesures indispensables à la compréhension des mécanismes qui régissent l’évolution du système, mesures qui concernent aussi bien l’état actuel que celui du passé; économistes, sociologues, écologistes et médecins pour étudier l’impact de cette évolution sur la Société. Ce problème est malheureusement peu perçu au sein de nos universités où une structure classique reste définie par les politiques – conservatrices et individualistes la plupart du temps – des facultés, départements et autres unités.

D’autre part, la formation à long terme assurerait une préparation efficace aux chercheurs appelés à résoudre les problèmes que nous commençons seulement à entrevoir, mais dont nous avons la certitude qu’ils s’amplifieront au cours du temps, du fait de l’inertie du système et du temps caractéristique des phénomènes mis en jeu. Cette formation à long terme devrait être un des objectifs majeurs de nos universités, car il représente le meilleur investissement que l’on puisse faire pour l’avenir des jeunes et le développement de la Société. Nous devrions être soucieux de mettre en place une médecine préventive de la géosphère avant que ne s’impose la médecine curative, traditionnellement usitée pour la santé de l’homme. 

La pollution globale

Il y a 200 ans, nous étions 1 milliard d’habitants sur Terre; en 1930, nous sommes passés à 2 milliards; en 1950, à 2,5 milliards et en 1988, nous avons officiellement franchi la barre des 5 milliards. En fait, le problème soulevé par cette augmentation du nombre d’habitants n’est pas l’explosion démographique en soi, mais le fait que la politique de développement de cette population ignore l’environnement et n’est pas adaptée à la rapidité de son accroissement. C’est la vitesse à laquelle la civilisation agresse l’environnement, plus que l’intensité, qui constitue le cœur du problème.

Cette agression, commencée dès le début de la Révolution Industrielle, a créé une série de bombes à retardement que sont les pluies acides, le trou d’ozone et autre intensification de l’effet de serre. Bombes, car leurs effets risquent d’être importants pour les générations du 21ème siècle, si une tentative de désamorçage n’est pas entreprise à bref délai. A retardement, car ces effets ne seront visibles que lorsqu’il sera trop tard pour pouvoir les éviter.

Les exemples les plus connus de cette pollution sont certes les déchets, les pluies acides et le trou d’ozone. Chaque habitant dans nos pays est, en moyenne, responsable de l’émission d’une centaine de grammes de soufre par jour sous la forme de dioxyde de soufre. C’est ce SO2 qui est à l’origine de l’acidité accrue des précipitations dans les régions industrialisées, lesquelles contribuent à détruire notre patrimoine artistique et les forêts. Celles-ci, en effet, soumises à un stress climatique et à une gestion basée sur le rendement immédiat plus que sur la protection à long terme, résistent mal à cette agression supplémentaire. Quant aux ordures ménagères, chacun d’entre nous en produit environ 1 kg par jour, sans prendre grand soin d’aucune récupération ni autre traitement. De plus, les fréons créés exclusivement par l’homme contribuent à détruire la couche d’ozone stratosphérique, principalement dans les régions polaires de l’Antarctique. Si ce phénomène, en soi, n’est pas particulièrement grave car au moment du minimum, en octobre, le rayonnement solaire est encore relativement faible, il nous donne toutefois la certitude de l’impact de l’homme sur son environnement. Il est donc révélateur que, tôt ou tard, si rien ne change, nous pourrions assister à une diminution de l’ozone stratosphérique global, bien en dehors des zones polaires. Cela pourrait conduire à une plus grande pénétration du rayonnement ultraviolet partout sur la Terre, à un accroissement des cancers de la peau et des affections oculaires, voire même à un affaiblissement du système immunitaire face aux maladies infectieuses.

Mais ces dernières années, c’est le réchauffement mondial imputable à l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, qui a retenu toute notre attention. Cette hypothèse est, en effet, devenue de plus en plus crédible, tant pour les scientifiques que pour le grand public. La tendance générale des températures en surface au cours des années 1980 à 1990 a amené plusieurs chercheurs à déclarer que le réchauffement mondial et l’élévation connexe du niveau de la mer avaient déjà commencé. D’autres, toutefois, continuent de mettre en doute la qualité et la distribution des données sur lesquelles l’hypothèse en question se fonde.

Mobilisation au plus haut niveau

Qu’en est-il au juste ?  Peu de questions scientifiques ont autant retenu l’attention de tous ces dernières années. En particulier, l’examen des problèmes liés à l’atmosphère et au climat a été plus que jamais au centre des rencontres qui ont réuni, en 1989, des responsables politiques du monde entier. Cette prise de conscience accrue s’explique sans doute, en partie, par le succès de la Conférence de Toronto, organisée en juin 1988. La déclaration, publiée à l’issue de cette conférence, concluait en ces termes :

« L’atmosphère terrestre se modifie à un rythme sans précédent sous l’effet des polluants provenant des activités humaines. Ces modifications constituent une grave menace pour la sécurité internationale et ont déjà des conséquences néfastes dans de nombreuses parties du monde ».

A la fin de 1988, l’Assemblée Générale des Nations Unies adoptait la

Résolution sur la Protection du Climat Mondial pour les Générations Présentes et Futures. En mars 1989, le Premier Ministre britannique donnait le signal des rencontres au plus haut niveau consacrées au climat et à l’atmosphère, en convoquant une conférence intitulée « Sauver la Couche d’Ozone ». Une semaine plus tard, se tenait à La Haye une réunion où 24 chefs d’Etat se sont penchés sur les problèmes que soulève la protection de l’atmosphère terrestre. Le 5 juin, dans le cadre de la Journée Mondiale de l’Environnement, une réunion internationale placée sous le haut patronage de sa Majesté le Roi Baudouin, lançait un appel à plus de recherche et d’éducation, à l’économie d’énergie et aux produits propres. Une semaine plus tard, un colloque sur la Planète Terre à l’invitation de Monsieur François Mitterrand, Président de la République Française, réclamait la mise en œuvre d’un réseau d’observation climatique permanent du globe et une coopération nord-sud plus équitable pour défendre l’environnement. Au début du mois de juillet, les chefs d’Etat ou de gouvernement des sept pays les plus riches du monde adoptaient une déclaration appuyant vigoureusement les travaux du Panel Intergouvernemental sur les Changements de Climat et le lancement du nouveau projet de l’Organisation Météorologique Mondiale sur la détection des changements climatiques.

La communauté des climatologistes voit ses efforts portés à l’attention des hommes d’Etat les plus puissants de la Planète. Il lui appartient donc de veiller à ce que ses activités de surveillance et de recherche soient conduites avec toute la rigueur scientifique voulue, et que les résultats en soient exposés de telle manière qu’ils puissent servir de base à l’élaboration de politiques internationales et nationales dans ce domaine.

Les climats du passé et de l’avenir

Quand on s’intéresse à l’augmentation de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre et à leurs conséquences éventuelles sur le climat de notre Terre, il ne faut pas oublier que, fait essentiel, le climat est un régime dynamique plutôt que statique, soumis à des variations naturelles à toutes les échelles temporelles, de quelques années aux millénaires, et à des possibles altérations d’origine anthropique. Ainsi, l’étude des paléoclimats met en évidence une série de variations quasi-périodiques et de périodes glaciaires à intervalles d’environ 100.000 ans pendant tout le Quaternaire. Ces variations sont liées à des modifications des paramètres orbitaux, induisant des différences dans l’intensité du rayonnement solaire reçu par la Terre. A une échelle temporelle plus petite et plus récente, les relevés de température superficielle moyenne du globe (terres et océans compris) indiquent, tout au long du siècle passé, un réchauffement sensible au cours de cette période, mais aussi des fluctuations continuelles d’amplitude comparable, qui sont attribuées à la variabilité naturelle du système atmosphère-océan-glace. La prévision d’un futur changement climatique d’origine anthropique ne peut donc être séparée de la compréhension et de la prévision de ces variations naturelles.

C’est pourquoi une activité scientifique importante a vu le jour il y a plus de 10 ans, placée sous l’égide du Programme Climatique Mondial. De toutes les conférences internationales organisées au cours des 5 dernières années, il ressort clairement que les gaz à effet de serre jouent un rôle fondamental et qu’ils pourraient provoquer, dès les premières décennies du 21ème siècle, un réchauffement global majeur, plus important que tous ceux enregistrés dans l’histoire de l’homme. Quelques « dissidents » se font entendre, mais aucun d’entre-deux n’a participé à l’effort soutenu de recherche que la plupart des équipes vivent depuis quelque 20 ans. Alléchés par le succès médiatique que connaît la question ou éternellement opposés à la communauté scientifique, ils se distinguent par des déclarations foudroyantes qui se départissent du consensus et qui sont la plupart du temps sans fondement scientifique. Ils doivent toutefois savoir que leur responsabilité est engagée, car ils risquent de faire retarder la mise en application de mesures qu’auraient décidé de prendre les hommes politiques et les industriels. 

Les points sur lesquels il y a accord

Quel est donc le consensus ?  Sept points peuvent être relevés sur lesquels tous les scientifiques avertis sont d’accord.

1.      Depuis la Révolution Industrielle, la concentration de certains gaz rares, mais radiative ment actifs, dans la troposphère est en augmentation; il s’agit notamment du gaz carbonique, du N2O, du méthane, des chlorofluorocarbones et de l’ozone troposphérique.

Grâce à l’analyse des bulles d’air enchâssées dans la glace des calottes polaires, on a pu estimer à quelque 280 ppmv la concentration en CO2 dans l’air au 18ème siècle. En 1989, les mesures précises montrent qu’elle a dépassé 350 ppmv, ce qui représente une augmentation de 25% en 200 ans environ, dont 10 ont été réalisés au cours des 20 dernières années seulement!  L’augmentation actuelle de plus de 0.5% par an résulte, en fait, du rejet de quelque 5 à 6 milliards de tonnes de carbone provenant de l’utilisation des combustibles fossiles et de 0.5 à 2 milliards de tonnes provenant de la manipulation des sols et du déboisement intensif de la forêt tropicale. Les estimations in-situ et satellitaires montrent, en effet, que celle-ci disparait à la vitesse d’environ 20 hectares par minute. Les rejets globaux sont donc de quelque 7 GtC par an, ce qui représente un rejet journalier de 3,5 kg de C par chaque habitant de la Terre.

Le méthane qui résulte de la décomposition de substances organiques produites par les êtres vivants augmente à la vitesse de 1% par an; le N2O lié à la production d’engrais azotés pour l’agriculture, à la vitesse de 0.3% par an; l’ozone troposphérique qui résulte de réactions photochimiques en présence d’autres polluants comme le monoxyde de carbone et les oxydes d’azote, à la vitesse de 1,5% par an et finalement, les fréons qui font marcher nos frigidaires et nos bombes à aérosols, à la vitesse de 5% par an.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes fréons qui sont responsables du trou d’ozone dans l’Antarctique et l’application du Protocole de Montréal permettrait dès lors de faire d’une pierre, deux coups.

2.      Ces molécules poly atomiques absorbent le rayonnement infrarouge de la Terre et contribuent à l’effet de serre de l’atmosphère en piégeant le rayonnement émis par la surface. Voilà pourquoi, de telles substances ont fini par être appelées « gaz à effet de serre ».

Mais l’effet de serre n’est pas une nouveauté, pas plus d’ailleurs que ses bases scientifiques ne sont contestées. L’effet de serre est responsable d’une température sur Vénus bien supérieure à celle qui règne dans nos fourneaux domestiques. Si ces gaz n’existaient pas sur Terre, la température en surface y serait de -18øC, au lieu des 15øC confortables que nous connaissons actuellement. C’est l’effet de serre qui rend notre Terre habitable. Il est donc plus correct de parler d’une perturbation, en réalité d’une intensification de l’effet serre, lorsqu’on se réfère à l’augmentation de la concentration de ces gaz.

3.      Le rôle des gaz à effet de serre autres que le CO2 dans les changements climatiques est, en 1989, déjà aussi important que celui du seul CO2. Si les tendances actuelles se poursuivent, les concentrations combinées du CO2 et des autres gaz à effet de serre équivaudraient, du point de vue radiatif, à un doublement du CO2 par rapport à l’époque préindustrielle dès les années 2030.

4.      Les modèles de circulation générale du système climatique concluent que, pour un doublement de la concentration en CO2 (ou son équivalent en gaz à effet de serre), l’augmentation de la température moyenne globale en surface, à l’Equilibre, serait située entre 1,5 et 4,5øC. Bien que l’inertie de l’océan retarde l’apparition de tels effets climatiques, il semble acquis que ceux-ci se produisent, malgré tout, durant la première partie du 21ème siècle.  Cette fourchette, reflétant l’incertitude de nos connaissances, est interprétée à tort par les média comme signe d’un désaccord entre scientifiques et utilisée par les décideurs pour justifier leur hésitation à mettre en place une politique volontariste de protection du climat et de l’environnement.

5.      En ce qui concerne les précipitations, le problème est plus complexe encore, mais une intensification du cycle hydrologique à l’échelle globale, estimée à quelque 10-15%, peut être prévue avec confiance.

6.      Bien que les caractéristiques régionales associées à un tel changement climatique ne puissent pas encore être modélisées, il semble acquis, à une échelle plus globale, que (i) le réchauffement soit maximum dans les hautes latitudes et survienne principalement fin automne et en hiver, (ii) que le ruissellement annuel moyen augmente aux hautes latitudes, (iii) que la sécheresse estivale devienne plus fréquente sur les continents des latitudes moyennes de l’hémisphère nord, (iv) que, dans les régions tropicales, les précipitations convectives et

l’évapotranspiration potentielle augmentent. En ce qui concerne l’Europe, les modèles prévoient un réchauffement de 2 à 4øC en été et de 4 à 10øC en hiver. Pour le bassin méditerranéen, la majorité des modèles montrent malheureusement une intensification de la sécheresse dans le futur.

7.      Sur la base des changements observés depuis le début de ce siècle, le réchauffement mondial estimé aurait pour résultat une hausse du niveau moyen des mers de 10 à 30 cm. Une hausse située dans la gamme supérieure de  cette estimation aurait des conséquences directes importantes sur les zones côtières, les estuaires et leurs habitats. Bien qu’un effondrement de la calotte ouest Antarctique, conduisant à une hausse du niveau des mers de plusieurs mètres, reste possible, il ne pourrait se faire que progressivement et mettrait plusieurs siècles avant d’atteindre son effet maximal.

Avons-nous les preuves ?

Bien que l’observation de l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre constitue une preuve de l’action de l’homme sur le système climatique, a-t-on déjà observé leurs effets ?

En réalité, que nous disent les modèles : 1ø) ils nous enseignent d’abord qu’au cours des 200 dernières années, la température aurait d– augmenter de 1øC environ à cause de l’augmentation des gaz à effet de serre. Or, on observe que depuis 100 ans, la température a augmenté de 0,5 à 1øC et que la décennie 80 a battu tous les records, 1989 étant l’année la plus chaude depuis qu’on possède des observations météorologiques (une bonne centaine d’années). L’augmentation subséquente du niveau moyen des mers, de 10 à 20 cm, est elle aussi compatible avec les résultats des modèles;

2ø) les modèles prévoient une diminution de la température de la stratosphère. Or, les mesures (effectuées depuis une vingtaine d’années) montrent que la stratosphère se refroidit; 3ø) selon les modèles, l’amplitude de la variation diurne de la température devrait diminuer. Depuis peu de temps, c’est ce que montrent les observations météorologiques, aux Etats Unis du moins; 4ø) les modèles disent encore que l’évaporation devrait aller croissant à cause de l’effet de serre. Les mesures montrent qu’il y a de plus en plus de vapeur d’eau dans l’air au dessus de l’Océan Pacifique équatorial; 5ø) quant aux événements extrêmes, des études sur la thermodynamique des ouragans montrent que dans un monde plus chaud, leur fréquence et leur intensité devraient augmenter. De plus, un des modèles les plus développés de la communauté scientifique indique que dans un climat plus chaud, on devrait s’attendre à des sécheresses plus intenses au cœur des continents des latitudes tempérées. Des études théoriques concluent aussi qu’un changement dans la moyenne s’accompagne d’un changement dans la fréquence des extrêmes. Quelques statistiques, trop rares malheureusement, montrent une telle augmentation de la fréquence des inondations, tempêtes et sécheresses au cours des 3 dernières décennies. Personne ne prétend toutefois que les sécheresses enregistrées au cours des derniers étés dans les plaines centrales des USA, ni les hivers doux et autres tempêtes récentes en Europe, soient le résultat des perturbations de l’effet de serre liées aux activités humaines. Il est cependant intéressant de remarquer que les résultats des modèles simulant l’impact de l’augmentation des gaz à effet de serre sur le climat ne sont pas en contradiction, voire même sont du même ordre de grandeur que les observations. Ajoutons que ces mêmes modèles ont permis de reproduire avec une bonne fiabilité les climats anciens.

La prudence des scientifiques

Le dilemme de la communauté scientifique réside, en fait, bien plus dans la confiance que dans la compréhension scientifique. La question qui est régulièrement posée est : « Quand serons-nous capable de dire avec certitude que l’effet de serre est là ? ».  En réalité, étant donné la remarque déjà faite à propos de l’effet de serre, ce que les hommes politiques, les décideurs ou les citoyens désirent savoir est : « Quand serons-nous certains que la pollution due aux activités humaines peut significativement perturber le climat global de la Terre ? ».  Mais cette question est elle-même insidieuse, parce qu’imprécise, et la réponse est difficile pour deux raisons. La première concerne le « nous » qui est nondéfini et la seconde est liée à la notion de « certain » qui est un jugement de valeur, pas une quantité relevant de la science.

En ce qui concerne le « nous », une enquête auprès de la population a révélé que la réponse à la question était largement différente selon que l’on s’adressait aux spécialistes ou non. La plupart des gens estiment, en effet, qu’une action politique devrait être prise pour réduire le risque d’une intensification de l’effet de serre à partir du moment où le degré de confiance de la communauté scientifique atteint 50%, alors que cette dernière veut être sûre à 90% et plus. L’hésitation bien connue des scientifiques à parler haut de l’effet de serre et de ses impacts est donc bien liée à cette notion de certitude.

La statistique est un sujet perfide. Disraéli n’a-t-il pas dit : « Il y a des mensonges, des mensonges odieux et des statistiques ! ».  En climatologie, la confiance en une observation ou en une prédiction dépend du pouvoir de détecter le signal au milieu du bruit de la variabilité naturelle. Le problème qui se pose aux climatologues est compliqué, car bien qu’on assiste au cours de ce siècle à une augmentation progressive de la température, celle-ci est loin d’être systématique et régulière. De plus, certaines années parmi les plus chaudes, spécialement au cours de cette décennie, sont associées à des phénomènes naturels tels que le El Nino et l’activité solaire, phénomènes qui sont loin d’être connus parfaitement. L’augmentation de température, l’accroissement de la concentration des gaz à effet de serre et les lois de la physique ont convaincu plus d’un spécialiste que l’intensification de l’effet de serre va se produire. Tout autre chose est de décider quand on est suffisamment sûr pour affirmer que la perturbation est déjà en train de se produire. Savoir quand vous allez décider de ne plus attendre un bus qui est en retard dépend crucialement de circonstances personnelles; c’est un jugement de valeur, tout comme l’est le problème de la perturbation de l’effet de serre. Bien que nous ayons suffisamment d’arguments pour croire au réchauffement global, aucun pris séparément ne peut fournir la certitude que les preuves observationnelles ne reflètent peut-être rien d’autres que des fluctuations aléatoires du système climatique. Le problème des climatologistes est qu’ils savent que le système climatique ne peut pas rester indifférent aux perturbations induites par l’activité humaine, mais qu’ils sont aussi convaincus de la difficulté de détecter la réponse du système à ces perturbations au milieu du bruit de fond résiduel. Le problème est, en fait, similaire à celui du réchauffement inévitable d’une pièce si le radiateur fonctionne, même si l’inertie retarde l’apparition de la chaleur et que vous n’ayez aucune possibilité de vérifier si l’interrupteur est allumé.

Beaucoup croient que d’ici la fin du siècle nos doutes devraient avoir disparu grâce à l’accroissement du nombre d’observations et de leur diversification, mais aussi grâce à l’augmentation de la précision de nos calculs. Il n’en demeure pas moins que les conservateurs continueront à s’interroger sur le degré de certitude et que certains continueront à prétendre qu’aucune déclaration ne peut être faite sans que nous soyons « absolument certains ». La question est alors de savoir si les gens comprennent bien que lorsque nous, scientifiques, seront certains, il sera bien trop tard pour prévenir et contrecarrer les changements que l’humanité est en train de préparer dans sa vie courante et sans en prendre conscience.

Prévenir ou guérir demeure donc bien la question fondamentale, dont le choix appartiendra à la Société tout entière, mais où l’Université est appelée à jouer un rôle fondamental pour que ce choix soit le plus judicieux possible.

On peut donc se demander quand le souci personnel de chaque scientifique pour l’environnement planétaire l’emportera-t-il sur sa formation scientifique et, en particulier, sur sa prudence naturelle basée sur son degré de compréhension des phénomènes naturels et des statistiques. Certains dont l’auteur, ont déjà franchi le pas, en soutenant par exemple que la lutte contre le gaspillage énergétique et la réduction des émissions de CO2 et autres CFCs constituent une sorte d’assurance qui mérite largement l’investissement, étant donné les intérêts à long terme pour le bien être futur.

Un réchauffement inévitable non-uniforme

Il ne sera probablement jamais possible de parler avec une certitude totale de l’avenir du climat, car il se produira toujours des fluctuations climatiques naturelles, des changements climatiques à long terme et des phénomènes de caractère soudain, tels que l’analyse du passé nous permet de le supposer.

Etant donné l’inertie du système climatique et le temps considérable que requiert l’implantation d’une politique nouvelle dans les structures socio-économiques actuelles, sans parler du peu d’enthousiasme des décideurs à prendre les mesures de changement préconisées par les scientifiques, il apparait comme certain, à présent, que la concentration des gaz à effet de serre continuera à augmenter dans les décennies à venir et, dès lors, que le RECHAUFFEMENT prévu sera INEVITABLE. Il n’en demeure pas moins vrai que les décisions politiques futures, à prendre le plus rapidement possible, pourraient RALENTIR la vitesse d’accroissement. Ceci donnerait à la Société plus de temps pour s’adapter aux changements et permettrait aux scientifiques d’affiner et de mettre à jour leur scénarios, au fur et à mesure de l’implantation des politiques sociales et économiques.

Très probablement, l’action inconsidérée des activités humaines donnerat-elle au climat et à l’environnement un aspect qu’on ne leur a jamais connu. Les informations du passé montrent, en effet, qu’un doublement du CO2 atmosphérique pourrait avoir des impacts profonds sur l’écosystème global, l’agriculture, les ressources en eau et la sécurité alimentaire.

Bien que ces effets puissent aggraver les tensions internationales et ébranler tout le système économique, on doit admettre que les changements climatiques ne seront pas néfastes pour tous. Incontestablement, le réchauffement redistribuera les ressources climatiques, rendant la situation meilleure à certains endroits, pire à d’autres. De toute façon, la connaissance partielle et incertaine des phénomènes ne nous aidera guère à nous adapter à la nouvelle situation, ni à limiter les dégâts lors de la transition. C’est, en effet, lors du passage progressif vers un nouvel équilibre climatique que les difficultés risquent d’être les plus grandes. Ceci est particulièrement vrai dans un monde de 5 milliards d’habitants, étroitement liés économiquement et politiquement. Vu le degré de sophistication des technologies, dont le développement dépend de plus en plus impérativement, et l’interdépendance de toutes les structures, la Société est d’autant plus sensible, voire fragilisée face aux contre-réactions qui caractérisent tout système hautement non linéaire, tel celui qui gouverne son comportement global.

Que faire ?

Le risque de déséquilibre, transitoire au mieux, que le développement industriel et économique de la seconde moitié du 20ème siècle fait courir aux générations futures, a atteint, de l’avis des spécialistes, un seuil dont la gravité exige que tous les phénomènes décrits ici puissent être étudiés avec beaucoup plus de moyens et d’attention.

L’observation et la recherche

Il faut pour cela encourager les chercheurs à étudier la Terre et intensifier leur formation grâce à un enseignement universitaire de qualité. Il faut aussi que les moyens continuent à leur être donnés, à l’échelle nationale (pour la recherche et la diffusion de l’information) et internationale (pour la collaboration), pour déceler le plus rapidement possible le signal du réchauffement au sein de la variabilité naturelle du climat et limiter le degré de nos incertitudes. Il faut donc, d’une part, multiplier et diversifier les observations et les informations sur le climat présent et passé.  D’autre part, il faut mettre au point des modèles performants en vue d’estimer l’AMPLITUDE, la CHRONOLOGIE et la DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE (régionale) des impacts attendus. Tout doit être fait pour limiter la grandeur de ces impacts; il est, pour cela, impératif de pouvoir les reconnaitre à temps, afin de mieux s’en prévenir.

Sauver nos ressources naturelles non renouvelables

Parallèlement à la recherche et à la formation des enseignants, des actions concrètes peuvent être engagées de manière à diminuer les risques que ces activités humaines font courir à l’environnement et réduire leurs effets. Avant qu’une stratégie internationale soit mise sur pied (ce qui prendra surement du temps si on regarde ce qui s’est passé avec la pollution transfrontière et l’ozone), les nations devraient pouvoir prendre une série de mesures qui, de toute façon, seraient bénéfiques à l’environnement, que l’effet de serre s’avère être catastrophique ou non, sans pour autant qu’elles mettent en péril leur compétitivité économique ni leur bien-être. Une lutte urgente contre le gaspillage énergétique, le développement d’une politique volontaire d’utilisation rationnelle de l’énergie, la mise en œuvre immédiate d’une politique économique qui favorise l’usage domestique de produits propres et la reconnaissance d’une valeur juridique au principe du pollueur-payeur inscrit dans l’acte unique européen, une réduction considérable de la déforestation, et une diversification des sources énergétiques aideraient à sauver nos ressources naturelles non renouvelables dont on sait qu’elles sont limitées et appelées à disparaitre avant la fin du 21ème siècle si nous continuons à les galvauder comme à présent.

Limiter les émissions de CO2

Nous serons aussi amenés à définir rapidement des stratégies de développement qui devraient permettre de stabiliser la concentration en CO2-équivalent bien en dessous d’un seuil critique. Comment pourrionsnous réaliser un tel objectif alors que les scénarios montrent que les besoins annuels en énergie primaire seront très vraisemblablement d’au moins 20 TWan d’ici 30 à 40 ans. En fait, ce chiffre correspond à une croissance de 1,7% par an, similaire à celle du post-choc pétrolier des années 1973. Il serait toutefois prudent d’également prévoir un scénario de quelque 30 TWan correspondant à une croissance énergétique de 4%, typique des « golden sixties », pour les pays en voie de développement et de 2% pour les pays riches. Face à de telles projections en besoin énergétique d’ici une cinquantaine d’années et à la nécessité de réduire les émissions de CO2 de 20% par rapport à 1988 d’ici l’an 2005, voire de 50 % si on veut stabiliser la concentration en CO2 et limiter le réchauffement global à 0,1øC par décennie, bon nombre d’organismes s’accordent pour reconnaitre qu’en plus des économies d’énergie et de l’utilisation rationnelle de l’énergie, l’exploitation énergétique de la biomasse, les énergies douces (hydroélectrique, solaire, éolienne et géothermique) et l’énergie nucléaire sont à la base d’un espoir de solution. Si on admet qu’une politique résolue d’utilisation rationnelle de l’énergie nous permettra d’économiser une dizaine de TWan, une quinzaine de TWan pourrait être raisonnablement fournie à raison de 5

TWan par les combustibles fossiles, 3 par les énergies douces renouvelables, 3 par la biomasse et 4 par le nucléaire. Le non-respect de ces chiffres, ou toute croissance supérieure à ces 25 TWan, requiert donc un développement énergétique nouveau et nécessitent le renforcement de la recherche dans les sources d’énergie propres à fort potentiel.

Une politique à environnement intégré

La Ligue des Droits de l’Homme a permis d’améliorer les conditions de vie de la Société au début du 20ème siècle. Mais il apparait, à présent, qu’en même temps la Révolution Industrielle a, avec sa pollution globale de l’environnement, progressivement créé une situation qui pourrait sérieusement entraver le développement du siècle prochain. Nous avons, en effet, oublié de prévoir l’impact à long terme d’un développement anarchique visant d’abord le profit immédiat. La prise en compte du co–t réel du développement, y compris le maintien ou la restauration d’un environnement sain, nous aurait mis à l’abri de ces bombes à retardement que sont les pluies acides, le trou d’ozone, le réchauffement d– aux gaz à effet de serre, la pollution des eaux et des sols, la déforestation, les accidents et les déchets industriels, tant chimiques que nucléaires, et autres ordures ménagères. En particulier, les modifications inévitables et quasi-irréversibles du climat, liées à l’utilisation inefficace des combustibles fossiles par une population mondiale en explosion sans précédent dans l’Histoire, requièrent un effort particulier de contre-mesures. De manière à éviter les erreurs du passé, il faudra dorénavant s’assurer que la protection de l’environnement fasse partie intégrante de toutes les politiques, comme reconnu dans la Déclaration du sommet Européen de Rhodes, en décembre 1988. Pour cela, il est urgent que chaque pays mette sur pied une Commission Interministérielle de l’Environnement. Celles-ci, libres de toute contrainte politique nationale et en étroite concertation avec les autres pays, devraient veiller non seulement à ce que les directives internationales soient effectivement prises en compte et implantées rapidement dans les structures sociales et économiques, mais surtout à ce que les décisions futures liées au développement soient prises en tenant compte de leur impact éventuel sur l’environnement.

Le 21ème siècle appartiendra à ceux qui ont, dès à présent, le courage de reconnaitre la vitesse effrénée de notre développement par rapport à l’évolution naturelle et l’absolue nécessité de transmettre aux générations futures notre héritage naturel par l’utilisation d’une médecine préventive plutôt que curative. Cette politique à ENVIRONNEMENT INTEGRE ne pourra être stabilisée à long terme que par un changement radical des mentalités, c’est-à-dire une attitude où l’environnement ferait partie des prises de décisions au même titre que l’économie, la justice et le droit des hommes. 

L’Industrie verte, un souffle économique nouveau

Etant donné les problèmes d’environnement d’ampleur croissante auxquels le monde d’aujourd’hui doit faire face, le respect des règles strictes de protection de l’environnement apparaît à présent comme une condition impérative pour permettre d’assurer une croissance soutenue et une meilleure qualité de la vie à tous les peuples de la Terre. Le Siècle de l’EFFET DE SERRE sera celui de l’INDUSTRIE VERTE. Une telle politique volontariste relancerait notre économie en lui donnant un sens et un souffle nouveau, en lui permettant de SE RENOUVELER dans la perspective d’un développement harmonieux de la Société en SYMBIOSE avec l’environnement pour le bénéfice de tous.

Un protocole international pour la protection du climat

Résoudre le problème demande une organisation extraordinairement complexe qui ne peut s’improviser. De plus, plus tard seront prises les mesures en vue de prévenir les impacts ou du moins de les atténuer, plus chers les remèdes couteront-ils à la Société. Par conséquent, des mécanismes de gestion doivent être installés pour encourager, examiner et approuver les nouveaux projets. A l’instar du Protocole de Montréal sur la préservation de la couche d’ozone, un Protocole International pour la Protection de notre Atmosphère Globale, et en particulier du Climat de la Terre doit être négocié et son implantation dans les structures politiques et sociales préparée.

L’explosion démographique du Tiers-Monde

Etant donné l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre et de la déforestation, la responsabilité des pays en voie de développement sera de plus en plus engagée. Des programmes devront donc être développés pour les rendre conscients de l’importance du problème et les amener à prendre eux-mêmes les mesures qui s’imposent (par exemple en matière de démographie). De plus, une politique internationale devrait rapidement leur permettre de sauver leurs ressources forestières et leur procurer des technologies propres en vue de produire l’énergie requise par un développement rapide et une expansion économique à la mesure de leurs besoins. Tel serait d’ailleurs un des buts du Fond International pour l’Environnement réclamé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

Une charte des devoirs des hommes

Comme le temps nous manque, la solution ne pourra pas venir des seules organisations gouvernementales ou internationales. Chacun de nous, en particulier dans les pays industrialisés, doit reconnaitre la part de responsabilité qu’il prend, jour après jour, dans la pollution globale. Il est dès lors temps qu’une Charte des Devoirs des Hommes soit créée pour susciter une prise de conscience collective, afin que nous nous sentions plus solidaires dans un développement en meilleure harmonie avec l’environnement et plus concernés par la responsabilité que nous avons de léguer notre héritage naturel aux générations à venir.

Un cours d’éthique de l’environnement

Cette prise de conscience ne peut se réaliser que par un enseignement approprié dès le bas âge et poursuivi jusqu’à l’Université. Il s’agirait d’un enseignement conduisant à une Ethique de l’environnement, au même titre que les cours qui enseignent la morale, le droit et la justice. C’est l’Université qui devrait prendre en charge sa création, ce qui ne pourra se faire que grâce à l’acquisition d’une information solide basée sur une recherche de qualité.

Le rôle central de l’Université

Quelque soit le bout par lequel on approche le problème de l’impact des activités humaines sur le climat, l’Université se retrouve immanquablement interpellée; c’est à ell

L’éolien en France en 2021

Par François Vissac.

Inspiré de : Jean-Louis Butré, Président de la Fédération Environnement Durable.

Une chaîne d’intérêts inédite explique le développement de l’énergie éolienne avec une certitude: les Français, consommateurs d’électricité ou contribuables paieront!

Et en effet la politique de développement à marche forcées des ENR nous a déjà couté 200 milliards d’euros.

Et ce n’est qu’un début ! L’Etat prévoit une aide de 49 Milliards sur 10 ans pour poursuivre le déploiement de 6500 éoliennes terrestres sans compter les éoliennes offshore le long de côtes.

Essayons d’éclaircir cette chaîne d’intérêts.

Le promoteur est comblé: sa production lui sera rachetée quoi qu’il arrive pendant 15 ans à un tarif fixe qui lui assure une rentabilité de rêve en ces temps difficiles!

Le banquier oriente les détenteurs de capitaux et les épargnants vers cette énergie renouvelable aux rendements inespérés.

Le maire sans lequel rien ne pourrait se faire, se voit récompensé par le promoteur. Désormais une entreprise privée peut financer un budget communal!

La pièce clef c’est l’agriculteur, dont l’essentiel des revenus se voit tout à coup augmenté. La rémunération annuelle, liée à l’implantation ne se refuse pas.

Un seul bémol : le démantèlement : ces machines d’une durée de vie prévue autour de 20 ans devront être démantelées et l’argent prévu à cet effet est très insuffisant. Personne ne sait encore qui paiera ?

Et puis il y a les victimes, celles qui devront payer ces folies. Au nombre de 5 catégories.

Ce sont d’abord les consommateurs d’électricité condamnés à voir doubler leur facture d’électricité en moins de 10 ans.

EDF aussi est victime. Comment en serait-il autrement quand l’État l’oblige à racheter en priorité le kWh éolien à un prix en moyenne double de celui du marché? Qui paie la différence ? Pour l’essentiel, c’est EDF (ses actionnaires et ses clients) et l’ensemble des redevables de la « compensation du service public de l’électricité » (CSPE) : nous tous en fait.

Victime, notre balance commerciale, déjà mal en point, se verra encore plus déficitaire. En effet, ces engins métalliques sont pour la plupart fabriqués à l’étranger. Par ailleurs, cette filière ne crée quasiment pas d’emplois en France, et encore, beaucoup sont éphémères.

Victime aussi l’environnement. Car qui parle des 800 tonnes de béton armé par éolienne coulés au milieu des champs, des pales métalliques que certains voudraient enterrer après usage, des métaux non recyclables utilisés dans les nacelles ?

Victimes enfin et surtout, les populations impactées par des implantations autorisées à partir de 500 mètres, contrairement à ce qui se fait généralement en Europe (où les distances exigées sont généralement de plus d’1 km), ce qui marque un total irrespect pour les riverains victimes de nuisances auditives et visuelles insupportables. De plus leur patrimoine subit des pertes importantes.

La désinformation ou le silence détourne l’opinion de tous ces faits.

Pour cette raison, ce sujet devrait être un des enjeux au cœur de la campagne présidentielle. Déjà des centaines de milliers de citoyens sont directement concernés.

Nous devrons approfondir les travaux de la première commission parlementaire, celle qui dans ses conclusions en 2019 affirmait que les éoliennes n’ont aucune influence dans la lutte contre le réchauffement climatique!, ainsi que le récent rapport de la Cour des Comptes (voir ci-dessous).

Nous devons sortir de l’impasse technique et financière dans laquelle nous sommes avec l’éolien.

Annexe (non dit) :

La Cour des Comptes écrit que la politique de soutien aux énergies renouvelables s’est parfois écartée ces dernières années de la rationalité économique et du bon usage des deniers publics.

Elle montre que les subventions aux énergies renouvelables, notamment électriques (éolien et photovoltaïque), coûtent très cher (plusieurs milliards d’euros chaque année), qu’elles vont coûter de plus en plus cher mais qu’il est difficile d’en avoir une idée précise tant les organismes étatiques impliqués sont épars et ne semblent pas eux-mêmes le savoir.

Le nucléaire en France en 2021 (inspiré de Michel GAY auteur de « Vive le nucléaire heureux » et « Au diable les énergies renouvelables ! »)

Depuis l’accident de Fukushima (2011), le nucléaire fait l’objet d’une campagne de dénigrement et de désinformation. Les antinucléaires se retrouvent dans les milieux politiques et médiatiques, ainsi qu’au sein des instances européennes.

L’objectif de cette campagne est d’affaiblir une filière industrielle d’excellence (nous en étions le leader mondial avant cette offensive), pour des raisons dogmatiques (EELV ; la fin du nucléaire est un objectif inscrit dans les statuts des Verts), électoralistes (PS et Macron), ou de concurrence les allemands cherchant aujourd’hui à imposer à l’Europe le gaz d’origine russe comme vecteur pilotable au détriment du nucléaire.

A ce jour, en une décennie de « lutte » sous 2 quinquennats Hollande et Macron, les antinucléaires ont réussit 3 choses :

–          Nous engager dans un plan de transition énergétique en cours, qui prévoit de baisser la part du nucléaire à 50% en 2035, contre 71% aujourd’hui, en le remplaçant par des énergies renouvelables mais intermittentes. Ce plan prévoit le développement massif de capacités de production en énergies renouvelables intermittentes (solaire et éolien). Ce plan nous a déjà couté 200 milliards d’euros, au travers de subventions, de taxes ….. sans le moindre bénéfice en terme de baisse de nos émissions de CO2. En effet, les nouvelles capacités ne remplacent le nucléaire que s’il y a du vent ou du soleil. Le reste du temps les centrales nucléaires fonctionnent et heureusement pour nous ; ça évite les coupures de courant ! Pire on a déjà vu les effets néfastes de ce Plan pendant l’hiver 2020 ou, faute de vent, il a fallu remettre en marche des centrales à charbon pour compenser la fermeture de Fessenheim. Merci les pseudo écolos !

–          Stopper le projet Astrid en 2019. Ce projet était un élément important pour préparer le nucléaire du futur.

–          Dégrader l’image du nucléaire dans l’esprit des français par une désinformation et des mensonges grossiers (voir ARTE, média le plus antinucléaire)

Il est largement temps de stopper cette politique de « sabotage » et de dénigrement du nucléaire et de redonner au nucléaire une place optimale (celle que la Science et les experts jugent nécessaire) dans le mix électrique français.

Le Nucléaire a des atouts dont presque personne ne parle :

–          préserver la planète et l’environnement (le nucléaire émet peu de CO2, 70 fois moins que le gaz, occupe une surface réduite, et produit peu de déchets),

–          accroitre l’indépendance énergétique de la France,

–          la durabilité, il n’y a aucun problème de disponibilité en combustible.

–          Le contrôle de la sécurité du fonctionnement des centrales et de la gestion des déchets sont assurés par une autorité indépendante de l’exploitant (ASN en France)

–          La longévité des centrales : Tous les réacteurs nucléaires sont prolongés à 60 ans

–          l’efficacité pour une production massive d’électricité ainsi que de chaleur

–          concourt positivement à la balance commerciale de la France et donner des opportunités de développement mondial à notre industrie.

–          bénéficier d’une électricité bon marché et fiable, facilement ajustable à la demande (pilotable), en cas de vent et ou de soleil insuffisants.

–          développer des métiers prometteurs, des emplois et des technologies à forte valeur ajoutée dans le nucléaire du futur.

Conclusion

Pour baisser de façon drastique nos émissions de CO2, il est indispensable d’accroître nos capacités de production d’une électricité décarbonée et notamment nucléaire (en construisant des EPR et des SMR, version plus petite). Ceci afin de basculer les usages encore fortement dépendants des énergies fossiles carbonées vers l’électricité. Ces usages sont les transports, le chauffage, l’industrie, l’agriculture.

DÉCLARATION CONJOINTE DES MINISTRES DE L’ÉNERGIE DES ÉTATS-UNIS ET DE LA FRANCE SUR LA TECHNOLOGIE ÉNERGÉTIQUE ET LA RÉSOLUTION DE POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE

JOINT STATEMENT OF THE UNITED STATES AND FRANCE ENERGY MINISTERS ON ENERGY TECHNOLOGY AND POLICY RESOLVE

Communiqué de presse relatant sa rencontre avec la Secrétaire d’État américaine.

A prendre avec des pincettes :

Pompili va favoriser le nucléaire qui n’existe pas encore, tout en coupant les budgets.

Encore le ni-ni de circonstance. 

 Pour pouvoir dire que le nucléaire « arrivera trop tard » pour le climat. C’est faux bien sûr.

L’Allemagne, qui sera peut-être bientôt dirigée par une chancelière verte, a une singulière conception de la défense de l’environnement. (Le Figaro)

Gaëtan de Capèle @gdecapele dans Le Figaro

8 mai 2021

L’Allemagne, qui sera peut-être bientôt dirigée par une chancelière verte, a une singulière conception de la défense de l’environnement. Voici dix ans, au lendemain de la catastrophe de Fukushima, elle avait enthousiasmé le monde de l’écologie en renonçant du jour au lendemain à l’énergie nucléaire. à la pointe du combat dans toutes les instances internationales, elle annoncera sans doute la semaine prochaine une accélération de son calendrier pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Nouveau tonnerre d’applaudissements garanti. Mais le parangon de vertu n’en a hélas que l’apparence : privée de nucléaire, l’Allemagne, qui consomme toujours autant d’électricité, fait tourner ses centrales à charbon ou à gaz à plein régime pour produire l’énergie que ses éoliennes et ses panneaux solaires sont incapables de lui fournir. Le résultat est sans surprise : loin de verdir la planète, elle noircit l’atmosphère. L’élève modèle de la transition énergétique européenne est en réalité un cancre.

Une fois n’est pas coutume, la France, qui ne prétend donner de leçon à personne, se montre exemplaire. Grâce notamment à son puissant parc nucléaire, elle bénéficie d’une énergie très peu polluante – tous les scientifiques s’accordent là-dessus – et présente, dans tous les classements internationaux, l’une des empreintes carbone les plus vertueuses du monde. Ces faits objectifs établis, le bras de fer en cours à Bruxelles ne manque pas de saveur. L’Allemagne, qui importe sans états d’âme notre électricité lorsqu’elle se trouve démunie, manœuvre pour exclure le nucléaire des financements verts européens… tout en plaidant au passage la cause du gaz, infiniment plus polluant. Comprenne qui pourra !

Dans cette affaire, la posture allemande doit beaucoup à des considérations de politique interne, peu à des préoccupations écologiques. Celle de la France a un grand mérite : conjuguer la lutte contre le réchauffement climatique avec la préservation d’une filière industrielle stratégique. Raison de plus pour ne rien céder.

Critique du livre « Manual for Survival » de Kate Brown (Tchernobyl)

Lien ici vers le livre

Nota le 3/05/2021 : Le traducteur Gérard Grunblatt souhaite finaliser sa traduction. Elle sera mise prochainement en ligne.

Critique du livre Manual for Survival de Kate Brown (en anglais ici ou ici)


Jim Smith


School of Earth and Environmental Sciences, University of Portsmouth, Burnaby
Building, Burnaby Road, Portsmouth, PO1 3QL, United Kingdom
Courriel : jim.smith@port.ac.uk

Traduction automatique Google :

Résumé


Ma revue, basée sur près de trente ans de recherche sur Tchernobyl et des dizaines de visites dans les zones contaminées du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie, fait valoir que Manual for Survival ignore les milliers d’études scientifiques sur Tchernobyl qui sont disponibles dans la littérature scientifique internationale. Ce faisant, il présente un compte rendu biaisé et trompeur des effets de l’accident sur la santé et l’environnement. Je crois que ce livre ne fait que perpétuer les nombreux mythes sur les effets des accidents et n’a que très peu de bases scientifiques solides.

Manual for Survival est une histoire intéressante, mais profondément imparfaite, des impacts sanitaires et environnementaux de Tchernobyl, la pire catastrophe technologique de l’histoire de l’humanité. Il ne serait que trop facile de le rejeter pour ses multiples omissions, incohérences et erreurs. Mais il est important que nous, membres de la communauté de la radioprotection, le prenions au sérieux et réagissions en détail à ses allégations – des effets majeurs des rayonnements à faible dose que nous avons manqués – avec des preuves claires et une explication de la raison pour laquelle nous pensons que c’est faux d’une manière qui non -les spécialistes peuvent clairement comprendre. À l’exception notable de la réponse de Mikhail Balonov [1] au rapport de Yablokov [2] sur Tchernobyl, je pense que c’est quelque chose que nous n’avons pas réussi à faire avec les affirmations précédentes sur les effets majeurs des radiations à faible dose après Tchernobyl.

J’ai été interviewé par Kate Brown pour ce livre lors d’une réunion en Floride sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl. Pendant environ une heure et demie, j’ai été soumis à ce qui m’a semblé être un contre-interrogatoire agressif sur une vaste gamme de sujets liés aux radiations, y compris les études sur les survivants des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, le cancer, les effets sur la faune, la contamination des aliments et la dose. reconstruction. J’ai répondu à toutes ses questions et là où j’avais des doutes plus tard, j’ai fourni des informations et des preuves. Je suis sorti de l’entretien en me sentant épuisé mentalement (vraiment!) Mais néanmoins heureux, voire un peu exalté. Malgré mes réserves sur ses connaissances scientifiques, je pensais que c’était une historienne sérieuse et impartiale déterminée à découvrir la vérité sur la question extrêmement complexe et controversée des conséquences sanitaires et environnementales de Tchernobyl.

J’ai eu tort.

En obtenant la copie de critique de ce livre, je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner d’abord vers les pages traitant de mon entretien (je suppose que la plupart des gens feraient de même). J’ai été choqué et déçu de constater que les informations et les opinions que j’avais données sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl avaient été rejetées. Selon Brown, j’étais un physicien (utilisé presque comme un terme d’abus dans le contexte) qui n’a pas jugé nécessaire d’aller à Tchernobyl pour tirer mes conclusions préformées sur les effets de l’accident. Brown n’a pas rapporté ce que je lui avais dit – j’ai étudié pour la première fois les retombées de Tchernobyl dans la région des lacs anglais en 1990 et j’ai d’abord effectué des travaux sur le terrain dans les zones touchées par Tchernobyl en Ukraine et en Biélorussie en 1994. Je me souviens clairement que j’étais assez inquiet de ce qu’ils étaient – à cette époque – des risques de rayonnement largement inconnus à Tchernobyl. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai visité les zones contaminées de Tchernobyl depuis, mais je suppose que c’est autour de 40. Je suis heureux d’être discuté, mais il est médiocre et biaisé de rejeter mon témoignage (et celui de mon Bélarussien collègues qui ont travaillé dans la zone d’exclusion pendant de nombreuses années).

Ceci, je pense, n’est qu’un symptôme d’une approche profondément imparfaite des informations complexes sur Tchernobyl, mais je vais essayer de donner à ce livre une critique aussi juste que possible. Vous pouvez juger si j’y suis parvenu, mais ce sera certainement plus approfondi que les critiques plutôt superficielles et trompeuses fournies par Nature [3] et un certain nombre d’autres revues et journaux.

Dosimétrie et reconstruction de dose
Le traitement de la dose de rayonnement et de l’estimation de la dose est incontestablement biaisé dans ce livre. L’auteur souhaite faire valoir que «les physiciens» se sont trompés sur les doses de rayonnement après Tchernobyl. Elle commence par une description d’une entrevue avec Lynn Anspaugh, une experte en radiation de renommée internationale qui, entre autres, a codirigé le rapport 2006 du forum «environnemental» de l’AIEA sur Tchernobyl [4]. Au cours de ma brève expérience de contact avec lui lors de la préparation du rapport, je l’ai trouvé très bien informé sur les nombreux aspects du rayonnement et de la reconstruction des doses après Tchernobyl. Kate Brown n’est apparemment pas arrivée à la même conclusion. De son entretien téléphonique, elle tire une information: au début, Anspaugh (estimant vraisemblablement la contamination globale totale de Tchernobyl) n’a pris que deux points de données pour estimer les retombées dans l’ensemble de la Roumanie. Elle utilise ensuite cette information pour tenter de discréditer tout le domaine de la dosimétrie de radioprotection! Je suppose qu’en bon scientifique, Anspaugh s’est rendu compte que dans une estimation initiale des impacts de Tchernobyl (il y a eu de bien meilleures estimations depuis l’inclusion de l’Atlas Russie / Biélorussie / Ukraine / UE [5] et bien d’autres), que les retombées en La Roumanie n’allait pas faire trop de différence et il a fait la meilleure estimation possible.

Ce qui est étonnant (littéralement, époustouflant), c’est que Manual for Survival omet de mentionner, dans la section du livre consacrée à la dosimétrie, toutes les mesures effectuées dans les années qui ont suivi l’accident dans les anciens pays soviétiques et à l’étranger. Je crois que Brown qu’à l’époque soviétique, les informations à ce sujet étaient (impardonnablement) gardées secrètes, mais elles sont là et maintenant vous n’avez pas à fouiller dans les archives soviétiques pour les trouver: rapports et résultats (mais malheureusement pas toutes les données originales ) font partie de la littérature scientifique internationale depuis plus de 20 ans. Par exemple, dans son article pour la conférence de Minsk de 1996 [6], Mikhail Balonov a rapporté «un million de mesures de 134Cs et 137Cs dans le corps».

Ceux qui cherchent à critiquer le consensus sur Tchernobyl accusent souvent les scientifiques de se concentrer uniquement sur un isotope: le radiocaesium. Il est vrai qu’il y a beaucoup plus de mesures et d’études sur le césium que sur d’autres isotopes, car il a une durée de vie relativement longue et peut être mesuré raisonnablement bon marché et facilement par spectrométrie gamma et comptage du corps entier. Mais cela ne signifie pas que d’autres isotopes ont été ignorés: la littérature scientifique contient de nombreux articles sur de nombreux autres isotopes, y compris 131I 90Sr et des éléments transuraniens auxquels Brown aurait pu faire référence, mais qu’il a choisi de ne pas faire. Le court article de Balonov à lui seul [6] mentionne des centaines de mesures du 90Sr, discute du changement des isotopes contribuant à la dose au fil du temps depuis l’accident et présente des modèles de dosimétrie qui incluent les isotopes clés nécessaires pour la prévision à long terme. Il en existe de nombreux autres présentant des modèles de reconstruction de dose. Brown fait beaucoup de cas du «cocktail» de radionucléides auxquels les résidents ont été exposés, en particulier 90Sr: cela a également été abordé dans la littérature scientifique. Balonov [6] déclare: «… en raison de la faible teneur en 90Sr dans le rejet de Tchernobyl et des [faibles] retombées en dehors de la zone de 30 km, sa contribution à la dose efficace interne ne dépasse pas 5 à 10%, selon l’apport calcul et mesures directes de 90Sr dans des os humains (échantillons d’autopsie). Une contribution similaire de l’inhalation de 238Pu 239, Pu 240, Pu et 241Am provenant de 241Pu ne dépassera pas 1% même pour les travailleurs en extérieur ». Il existe une multitude d’autres informations sur tous les aspects de la dosimétrie dans la littérature scientifique, soit des centaines, voire des milliers d’articles. Encore une fois, Brown n’a pas à croire Balonov et tous les autres scientifiques, mais omettre cette preuve est choquant.

Ayant écarté la méthode d’estimation et de reconstruction de dose «des physiciens», Manual for Survival poursuit en affirmant que «les médecins» disposaient d’une méthode bien meilleure qui a été ignorée. Elle cite un travail de Vorobiev (je n’ai pas vu ce travail en russe, mais j’essaierai d’en obtenir une copie) qui revendique une méthode de biodosimétrie basée sur l’analyse des dommages chromosomiques qui est beaucoup plus précise que le comptage du corps entier et la reconstruction de dose. Cette méthode semble donner des doses accumulées beaucoup plus élevées que les méthodes «des physiciens».

Est-il vrai que les méthodes de biodosimétrie sont meilleures que les mesures et les modèles physiques? Autant que je sache, la communauté de la radioprotection n’utilise que la biodosimétrie pour reconstituer les doses après des expositions élevées qui n’ont pas pu être évaluées à l’aide de méthodes physiques. Même les tentatives les plus récentes (utilisant une technologie beaucoup plus sophistiquée que celle disponible en 1986) pour développer un biomarqueur de rayonnement unique pour une exposition à faible dose ont échoué. J’ai vérifié cela avec Geraldine Thomas, professeur de pathologie moléculaire à l’Imperial College et elle a confirmé (comm. Pers.) Que la biodosimétrie ne fonctionne bien que pour des doses élevées. Cela ne veut pas dire que de telles tentatives ne sont pas utiles, mais simplement que l’affirmation de Brown selon laquelle les méthodes biodosimétriques dans l’ex-Union soviétique étaient meilleures que la mesure directe des émetteurs gamma et la reconstruction de dose pour d’autres nucléides est très peu appuyée.

Effets sur la faune
Cette section est tellement biaisée et trompeuse que je ne sais pas par où commencer. Brown a choisi de croire aux preuves d’Anders P. Møller et Tim Mousseau selon lesquelles il existe des effets majeurs du rayonnement sur les organismes à Tchernobyl à des débits de dose bien inférieurs aux prévisions et que la faune est gravement endommagée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl (CEZ). Dans d’autres parties du livre, Brown prend soin de remettre en question la véracité de ses sources. Mais étonnamment, elle omet de mentionner: Anders P Møller est un scientifique très controversé (en radioécologie et dans son domaine précédent de biologie évolutionniste): un article dans Nature rapporte qu’il a été une fois reconnu coupable de manipulation de données par le Comité danois sur la malhonnêteté scientifique ( Nature 427 381, 2004). Cela ne signifie pas automatiquement que lui et Mousseau se trompent sur l’étendue des effets de Tchernobyl, mais il y a beaucoup de preuves qu’ils le sont, par exemple. [7–11]. Brown rejette les témoignages de mes collègues (y compris des scientifiques biélorusses) et moi en m’appelant physicien et en laissant entendre que je ne suis jamais allé à Tchernobyl. Fait intéressant, dans la liste de notes de bas de page apparemment méticuleusement construite, elle cite à tort notre article (montrant des populations de mammifères abondantes dans la CEZ) à tort comme Smith et al ... '' plutôt que Deryabina et al …  » comme il se doit depuis Tatiana Deryabina était le premier auteur. Est-ce une erreur (nous les faisons tous)? Malheureusement, cette erreur cache le fait que les scientifiques biélorusses ont joué un rôle clé dans l’étude, de sorte que Manual for Survival peut affirmer (à tort) que cela a été fait par quelqu’un sans connaissance de la CEZ.

Les omissions dans cette section sont choquantes. Brown n’a pas parlé et ne mentionne pas la seule personne au monde qui est le plus étroitement associée à la faune à Tchernobyl: Sergey Gaschak. Sergey (à sa grande frustration parfois) est la personne à qui les journalistes semblent toujours aller pour se renseigner sur la faune dans la CEZ. Brown peut ne pas être d’accord avec l’opinion de Gaschak (formée à partir de 30 ans dans la zone et d’une connaissance intime des habitats et de la faune de la zone) selon laquelle la faune n’est pas significativement affectée par les radiations à Tchernobyl, mais elle devrait au moins le signaler. Gaschak a d’abord travaillé avec Møller et Mousseau mais a refusé de continuer: il ne faisait pas confiance à leurs rapports de données, en particulier sur l’influence de l’habitat sur la distribution des oiseaux [12]. Brown ne discute pas du travail de Ron Chesser et Robert Baker de la Texas Tech University qui ont passé de nombreuses années à étudier les petits mammifères dans le point chaud de la Forêt Rouge. Ils ont constaté que l’abondance des petits mammifères était similaire dans la forêt rouge aux zones témoins [13] et que les effets génétiques étaient subtils. Les réflexions de Chesser et Baker sur leur longue expérience de la recherche radioécologique à Tchernobyl sont des lectures essentielles pour comprendre ce problème. Encore une fois, vous n’avez pas besoin de fouiller dans les archives soviétiques: leur article, ignoré dans Manual for Survival, est dans American Scientist [14].

Effets sur la santé et maladie chronique des radiations
Ma foi en Brown en tant que journaliste précis des effets des radiations sur la santé a été un peu ébranlée quand j’ai été interviewée par elle. Bien qu’elle ait déjà écrit Plutopia (Oxford University Press, 2013), son récit fascinant, mais scientifiquement imparfait, des programmes d’armes nucléaires américains et soviétiques, elle ne savait très clairement pas que le cancer non lié aux radiations était très répandu dans le monde. Il existe une myriade de statistiques sur la santé à ce sujet, mais vous n’avez pas besoin de chercher aussi loin: Cancer Research UK, par exemple, indique sur son site Web (et dans sa publicité) la projection selon laquelle la moitié des citoyens britanniques auront un cancer à un moment donné. nos vies. J’ai été en outre choqué de lire dans ce livre de Tchernobyl (p 25) la déclaration chauve de Brown selon laquelle les radiations sont la seule cause connue de leucémie myéloïde, dans le contexte impliquant clairement (à tort) qu’il n’y a pas d’autres causes. Brown n’a examiné ni cité aucune des statistiques de santé publique sur l’incidence de la leucémie myéloïde dans les pays du monde entier. Elle ne cite pas non plus le rapport de la Hiroshima and Nagasaki Life Span Study (LSS) [15] qui présente clairement des preuves que le rayonnement est une cause de leucémie myéloïde (très importante à fortes doses), mais est très loin d’être la seule cause, en particulier à faibles débits de dose. Elle ne cite pas non plus sa propre déclaration à la page 168 selon laquelle «les dommages causés par les radiations sont difficiles à isoler et à détecter car ils ne provoquent pas de nouvelles maladies autonomes».

L’affirmation la plus controversée de ce livre est que le rayonnement à très faible dose provoque la maladie chronique des radiations. La maladie chronique des radiations est réelle, ayant été vue pour la première fois (mais reconnue tardivement) à des débits de dose très élevés chez les peintres à cadran au radium il y a un siècle. Elle a été observée chez des travailleurs hautement exposés de l’usine de production de plutonium de Mayak où elle a été diagnostiquée et traitée pour la première fois par Angelina Gus’kova. Dans la première partie du Manuel de survie, Gus’kova est à juste titre décrit comme un héros scientifique («Personne au monde n’avait traité plus de patients atteints de maladie radiologique que Gus’kova» p 13; «Travailler sur des centaines de patients .. .pendant trois décennies, Gus’kova a développé un recueil de connaissances sur la médecine radiologique qui n’avait pas d’équivalent dans le monde »p 15). Comme détaillé dans Manual for Survival, le travail de Gus’kova traitant les premières victimes de Tchernobyl (les 134 personnes souffrant du syndrome des radiations aiguës) a sauvé et prolongé de nombreuses vies. Brown met en contraste la compréhension profonde de Gus’kova de la maladie des radiations avec l’inexpérience relative du médecin américain, Robert Gale, qui a pris l’avion pour aider à soigner les victimes. Brown soutient, avec force, que Gale pensait qu’il savait mieux que le scientifique soviétique et ignorait son expertise.

Malheureusement, le médecin américain n’a pas été le seul à ignorer l’expertise d’Angelina Gus’kova: Brown elle-même le fait. Gus’kova a non seulement traité les personnes souffrant de maladie aiguë des radiations, mais a également contrôlé les évacués et a participé à l’étude des «  liquidateurs  », les centaines de milliers de personnes qui ont travaillé sur l’opération de nettoyage de Tchernobyl en 1986 et 87 et qui ont reçu certaines des doses de rayonnement les plus élevées. Dans un article de 2012, Gus’kova [16] a déclaré que «contrairement au premier groupe [les 134 victimes de l’ARS], ce deuxième groupe d’individus travaillant dans la zone de 30 km, tout comme la population exposée aux radiations [je souligne ], n’a présenté aucune manifestation de maladie des radiations ».

Ainsi, l’expert de renommée mondiale en maladie chronique des radiations a déclaré qu’elle ne croyait pas que ni l’énorme groupe de liquidateurs, ni la population exposée à des rayonnements chroniques à débit de dose relativement faible ne souffrent du mal des radiations. Kate Brown soutiendrait sans aucun doute que le statut élevé de Gus’kova dans la science atomique soviétique et russe lui a fait ignorer les preuves du contraire. Que vous croyiez Gus’kova ou non (je le crois), pour Brown d’exclure cette preuve clé d’un livre d’histoire sur les effets sur la santé de Tchernobyl est une omission de proportions monumentales.

Manual for Survival soutient que les scientifiques occidentaux en savaient moins sur les effets des radiations sur la santé que leurs homologues soviétiques (et post-soviétiques). Des preuves de dommages apparents à la santé des adultes, des enfants et des nouveau-nés dans les régions contaminées sont citées dans des archives en Ukraine et en Biélorussie. Brown affirme que l’étude sur la durée de vie d’Hiroshima et de Nagasaki (sur laquelle le système de radioprotection est largement, mais loin d’être entièrement basé) a manqué de nombreux effets précoces des radiations puisqu’elle n’a commencé qu’en 1950, cinq ans après le largage des bombes. C’est en partie, mais pas entièrement, vrai: les effets de l’exposition fœtale pourraient être et ont été étudiés [17]. Les effets sur les enfants dus à l’exposition pré-conception de leurs parents ont été étudiés et aucun effet n’a été trouvé [18] permettant d’estimer une limite supérieure du risque de mutation intergénérationnelle.

L’actualisation des preuves de l’étude sur la durée de vie permet à Brown de faire valoir que les rayonnements sont bien pires que ce que les organisations des Nations Unies et la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) pensent (mais notez que ces organisations ont consulté et ont eu comme membres d’anciens scientifiques soviétiques clés, y compris l’expert en maladie des rayonnements Angelina Gus’kova). Étonnamment, cependant, Manual for Survival ignore presque toutes les autres preuves scientifiques internationales sur cette question. Des centaines de notes de bas de page détaillent les sources soviétiques et ex-soviétiques, mais il n’y a pratiquement pas de citations des nombreuses études épidémiologiques (pas seulement du LSS) et des milliers d’études radiobiologiques dans la littérature scientifique internationale (voir, pour un seul exemple, l’Oxford Restatement on ce numéro [19]). Les quelques sources internationales citées sont celles (dont certaines très controversées) qui sont en accord avec les diverses hypothèses contradictoires et déroutantes de Brown.

Qu’en est-il des statistiques de santé publique montrant apparemment d’énormes augmentations des malformations congénitales, des cancers et d’un large éventail d’autres maladies dans les populations des territoires contaminés? Bien que Brown ait apparemment découvert de nouvelles preuves d’archives (qui devraient être évaluées, si elles ne l’ont pas déjà été), je suis très sceptique. Je soupçonne (mais je ne sais pas) qu’une grande partie de ces preuves est similaire à celle présentée dans le rapport controversé de Yablokov [2] faisant état de près d’un million de morts à Tchernobyl. Je ne suis pas épidémiologiste, mais j’ai essayé d’examiner ces affirmations.

Premièrement, j’ai de nouveau examiné le rapport 2006 du Forum de l’OMS sur Tchernobyl [20]. Les 45 experts internationaux (dont des experts du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie) ont évalué une multitude de données sur les effets de Tchernobyl sur la santé. Le rapport (étrangement, à peine mentionné dans Manual for Survival) couvre un large éventail de résultats pour la santé, y compris les effets cancéreux et non cancéreux chez les adultes et les enfants, ainsi que les issues défavorables de la grossesse. Il arrive à une conclusion très différente de Manual for Survival. Les experts internationaux ont-ils ignoré ou manqué des preuves clés? Je pense que c’est très improbable, mais ce qui me manque dans le rapport de l’OMS, c’est une explication claire, en termes profanes, des raisons pour lesquelles ces preuves ne sont pas incluses.

J’ai examiné certaines (mais bien sûr pas toutes) de ces preuves et il me semble évident pourquoi une grande partie n’a pas été incluse dans l’analyse de l’OMS. Les études sur les effets sur la santé après Tchernobyl ont souffert de deux problèmes majeurs: des changements et des erreurs dans les rapports avant et après l’accident, et une difficulté à démêler les effets des rayonnements sur la santé de la crise de santé publique en cours pendant et après l’effondrement de l’Union soviétique. Ces deux effets sont réels: ils sont mentionnés dans le Manuel de survie, mais sont écartés lorsque des allégations d’effets énormes sur la santé des rayonnements sont faites.

Problèmes dans les rapports de santé. Je travaille actuellement dans le district de Narodichi en Ukraine sur un petit projet visant à améliorer un peu la vie des habitants des zones touchées en remettant en service des terres agricoles abandonnées, là où cela peut être fait en toute sécurité. Dans le cadre du projet, nous nous sommes entretenus avec Anatoly Prysyazhnyuk, cancérologue et épidémiologiste. Anatoly est né à Narodichi dans une famille de médecins locaux et est un citoyen honoré de Narodichi, mais travaillait à Kiev au moment de l’accident. Il nous a dit qu’en 1987, il avait été contacté par le chef de l’hôpital local. Le chef de l’hôpital était très préoccupé par le fait que les inscriptions au cancer avaient augmenté de manière significative depuis l’accident. Anatoly est retourné dans sa ville natale pour enquêter. Il a constaté que, en effet, les enregistrements de cancer avaient augmenté, mais que cela était dû à des changements signalés, et non à des radiations. Les changements dans la notification des résultats sanitaires sont réels et constituent un élément clé de l’interprétation des statistiques sanitaires, comme le savaient sans doute les 45 experts de l’OMS.

Utilisation abusive des statistiques de santé publique. Dans son examen du rapport défectueux de Yablokov [2], Mikhail Balonov [1] cite des données sur les taux de mortalité à travers la Russie depuis la chute de l’Union soviétique [21]. Comme le note Balonov, les taux de mortalité ont augmenté depuis 1991 dans toutes les régions de la Russie, même en Sibérie, à des milliers de kilomètres de Tchernobyl. Comme le montre la figure 1, les démographes ont attribué cela à la crise économique, à la consommation d’alcool et au tabagisme, et non aux radiations. Les tendances de la mortalité et d’autres résultats sanitaires sont compromis par cette crise sanitaire généralisée. La comparaison des statistiques de santé publique entre les régions contaminées et non contaminées est également très difficile en raison des changements démographiques connus dans les régions contaminées (les jeunes ont tendance à partir, les personnes âgées ont tendance à rester).

Curieusement, Kate Brown accepte des problèmes pour distinguer les effets des rayonnements dans les données sur la santé. Son traitement de l’étude de Fred Mettler sur 1656 habitants, enfants compris, des zones touchées et non touchées [22] révèle les énormes contradictions au cœur de la thèse de Brown. Manual for Survival rapporte le résultat de cette étude: aucune différence significative n’a pu être trouvée entre 853 habitants des zones contaminées et 803 habitants des zones témoins. Mais Brown poursuit en tentant de discréditer cette étude. Premièrement, elle fait valoir que les doses n’étaient pas différentes entre les régions témoins et les régions contaminées en raison du commerce des denrées alimentaires. Cela ne tient pas compte du fait que cela (tout en ayant peu de sens) a été vérifié dans l’étude: «Des échantillons de pain, de lait, de légumes et de viande ont également été examinés dans ces établissements témoins. L’analyse a révélé de faibles niveaux de contamination, comme prévu »(IAEA [22] pp 283–84).

Deuxièmement, Brown soutient qu’une étude de 1 600 personnes n’est pas suffisante pour trouver des preuves des effets à faible probabilité sur la santé d’un rayonnement à faible dose. Elle a raison, mais ce qui est étonnant, c’est qu’elle n’applique pas cette logique à nombre des autres affirmations de son livre. Dans la plupart des livres, elle semble revendiquer des effets majeurs sur la santé qui auraient été relevés par le dépistage de l’AIEA. En effet, le rapport [22] comprend une analyse de puissance de l’étude montrant quel type d’effet sur la santé l’étude pourrait détecter. Plus loin dans le livre, Brown soutient ses affirmations sur les effets non cancéreux des rayonnements sur la santé en se référant à des études à grande échelle (des centaines de milliers de sujets) qui peuvent (ou non) indiquer une légère augmentation du risque cardiovasculaire à de faibles débits de dose ( de l’ordre de la majorité des doses reçues par les populations touchées par Tchernobyl). Mais elle ignore le point clé: même s’ils sont réels, ces minuscules effets non cancéreux sur la santé n’ont pas d’importance significative pour la santé des personnes vivant dans des zones contaminées. Ce dont ils doivent s’inquiéter (et s’inquiètent souvent, bien sûr), comme cela a été souligné à maintes reprises [23, 24], ce sont les taux de chômage élevés, le mauvais état de leurs services de santé, leur alimentation, leur alimentation, le tabagisme. , consommation d’alcool, etc.

Cela ne veut pas dire que Tchernobyl n’a eu aucun effet sur la santé. Comme l’a noté Brown, l’effet du cancer qui peut être attribué le plus clairement et sans ambiguïté aux rayonnements est le cancer de la thyroïde chez les enfants et les adultes exposés dans leur enfance à l’I-131 à décomposition rapide dans les semaines qui ont suivi l’accident. L’augmentation dans les régions touchées était importante et pouvait être observée même dans les statistiques nationales de la santé: l’incidence annuelle au Bélarus, par exemple, est passée de moins d’un cas sur 100 000 avant 1986 à 7 à 8 cas pour 100 000 dans les années 90 [25 ] et reste élevée. Il existe des preuves d’une augmentation potentielle du cancer du sein [26], mais il convient de noter que cette étude a conclu que «les taux d’incidence du cancer du sein ajustés en fonction de l’âge dans les régions les plus contaminées du Bélarus et de l’Ukraine sont toujours inférieurs à ceux de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale». . L’incidence d’autres cancers provenant de la reconstruction de dose à travers l’Europe a été estimée par Cardis et al [27, 28], si vous appliquez l’hypothèse linéaire sans seuil (LNT) selon laquelle même de petites doses de rayonnement comportent un risque potentiel.

Baies au radiocaesium en Polessie
Une allégation dans Manual for Survival est que, même après la période initiale de contamination par l’iode, les produits contaminés, en particulier le lait, étaient encore consommés par des personnes dans les années qui ont suivi l’accident, même s’ils dépassaient les limites (assez prudentes) pour le radiocaesium en produits alimentaires en place dans les anciens pays soviétiques. Encore une fois, ce n’est pas un fait historique caché dans les archives soviétiques: il est présent dans la littérature scientifique et dans les statistiques officielles des pays touchés. Dans mon livre co-écrit sur Tchernobyl [30], nous avons reproduit un tableau de Firsakova [31] montrant les changements dans le nombre de kilotonnes de lait et de viande des fermes collectives qui étaient au-dessus des limites d’intervention.

L’une des affirmations «  manchettes  » du Manual for Survival est que les baies contaminées contiennent jusqu’à 3000 Bq kg − 1 de 137Cs (bien au-dessus de la limite ukrainienne) et qu’elles peuvent être mélangées avec des baies non contaminées et exportées vers l’Europe occidentale. Bien sûr, ce n’est pas une bonne chose, mais est-ce vraiment une mauvaise chose? Manual for Survival implique que c’est vraiment dangereux, mais ne fournit aucun contexte pour aider le lecteur à évaluer quel est le risque. Cela peut aider à replacer cela dans le contexte qu’après Tchernobyl, le gouvernement norvégien a pris la décision difficile d’augmenter la limite des concentrations de 137Cs dans la viande de renne jusqu’à 6000 Bq kg − 1 (en 1994, elle a été réduite à 3000 Bq kg − 1). [32]. Pourquoi? Parce qu’ils ont raisonnablement équilibré le risque minime pour les éleveurs de rennes et les consommateurs norvégiens contre les dommages causés par une interdiction aux modes de vie et à la culture de la communauté des éleveurs. Je ne connais pas assez les cueilleurs de baies de Rivne, en Ukraine, pour prendre une telle décision, mais Brown a tort de dire que c’est très dangereux. Je ne préconise en aucun cas de permettre le dépassement des limites réglementaires, mais simplement que briser ces limites très prudentes ne signifie pas que quelque chose est dangereux. En tant que consommateur européen, si je parvenais d’une manière ou d’une autre (un événement extrêmement improbable) à manger un kg entier des baies les plus contaminées, j’aurais une dose supplémentaire équivalente à environ deux radiographies pulmonaires, un vol de retour de Los Angeles à New York. ou 250 fois inférieur à un scanner abdominal.

Les habitants de Polessie consomment en permanence des produits contaminés: c’est pourquoi nous calculons la dose globale. Seule une petite proportion de personnes vivant actuellement dans les régions contaminées reçoit une dose supérieure à 2 mSv par an et la grande majorité reçoit une dose inférieure à 1 mSv par an. Ces débits de dose correspondent bien à la variation du rayonnement de fond naturel dans le monde.

essais d’armes nucléaires
Manual for Survival soutient que Tchernobyl n’était qu’une accélération d’un processus, dommageable pour toute la planète, commencé lors des essais de bombes atmosphériques des années 50 et 60. Je suis d’accord avec Brown que, si vous croyez en l’hypothèse LNT selon laquelle chaque petite dose de rayonnement comporte un risque, alors les conséquences sur la santé mondiale des essais d’armes nucléaires atmosphériques sont énormes. Comme beaucoup d’allégations dans Manual for Survival, cette affirmation est traitée comme une nouvelle, mais ce n’est qu’une nouvelle alarmante si vous ignorez la masse des preuves scientifiques. Le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) a publié de nombreux rapports à ce sujet. La dose collective estimée à partir des essais d’armes atmosphériques est énorme et éclipse celle de Tchernobyl. Mais les doses individuelles sont, bien entendu, faibles: l’UNSCEAR [33] rapporte un pic de dose efficace totale annuelle en 1963 dans la région de 0,1 mSv. Cela correspond à peu près à la dose équivalente à un vol aller-retour Londres-Los Angeles (à partir du rayonnement cosmique) pour tout le monde dans l’hémisphère nord et à environ un trentième des débits de dose annuels de rayonnement de fond naturel. Toute dose supplémentaire au-dessus du niveau de fond pourrait être un risque potentiel. Mais l’affirmation vague de Brown selon laquelle cela pourrait être une cause importante d’augmentation à long terme de l’incidence du cancer dans le monde, sans aucune preuve à l’appui, n’est pas convaincante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Omissions et erreurs
L’un des principaux défauts de ce livre est que le vaste corpus de connaissances de la littérature scientifique internationale est presque complètement ignoré. Les autres omissions que j’ai notées sont: aucune discussion sur la radioactivité naturelle, aucune mention du traitement thyroïdien par l’I-131, des doses diagnostiques médicales ou toutes les preuves épidémiologiques issues de procédures diagnostiques médicales et thérapeutiques. Il y a plus d’omissions et beaucoup plus d’erreurs que je n’ai eu l’espace pour le signaler ici

Briser les lois de la physique
Ce sont peut-être des points mineurs, mais je pense que cela indique quelque chose à propos de la mauvaise qualité de ce livre lorsque je dois souligner que Manual for Survival donne foi à trois affirmations qui enfreignent les lois actuelles de la physique:

1.
Cela donne apparemment du crédit à l’idée (p 215) que les essais d’armes nucléaires sur Terre, à travers le vide de l’espace, ont influencé d’une manière ou d’une autre l’activité de l’éruption solaire du Soleil. Il est vrai que les armes nucléaires ont un pouvoir destructeur terrifiant – les plus grosses équivalent à 50 mégatonnes de TNT. Je pourrais écrire un essai sur les raisons pour lesquelles ceux-ci ne pourraient pas influencer l’activité des éruptions solaires, mais peut-être qu’une comparaison de l’énergie relative est la meilleure. J’ai étudié l’astrophysique il y a plus de 30 ans et j’ai oublié ce que j’ai appris sur les éruptions solaires, alors je suis allé sur le site Web de la NASA (https://visibleearth.nasa.gov/view.php?id=55580). J’ai découvert que «les éruptions solaires … sont capables de libérer autant d’énergie qu’un milliard de mégatonnes de TNT», vingt millions de fois plus gros que la plus grosse bombe nucléaire. L’activité solaire, bien sûr, affecte la Terre, notamment dans les particules chargées contribuant au rayonnement de fond cosmique et naturel que nous recevons tous chaque jour. L’omission étonnante de toute discussion sur les doses de rayonnement naturel n’est qu’un autre défaut fatal du Manuel de survie.
2.
Il rapporte (p 302) que «la période pendant laquelle la moitié des 137Cs disparaîtra des forêts de Tchernobyl sera comprise entre 180 et 320 ans», citant le magazine «Wired». La demi-vie de désintégration physique du 137Cs est d’environ 30,2 ans. Dans les années qui ont suivi Tchernobyl, il a été souligné à maintes reprises, par moi et par beaucoup d’autres, que dans les sols riches en matière organique, la demi-vie écologique effective du 137Cs s’approche de sa demi-vie de décomposition physique (par exemple [34]). Mais cela ne peut pas dépasser 30,2 ans, à moins, bien sûr, que les lois de la physique ne soient erronées.

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ARTICLE D’OPINION • L’ARTICLE SUIVANT ISOPEN ACCESS
Examen du manuel de survie par Kate Brown
Jim Smith1

Publié le 21 février 2020 • © 2020 Society for Radiological Protection. Publié au nom de SRP par IOP Publishing Limited. Tous les droits sont réservés.
Journal of Radiological Protection, Volume 40, Numéro 1
Citation Jim Smith 2020 J. Radiol. Prot. 40 337
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Abstrait
Ma revue, basée sur près de trente ans de recherche sur Tchernobyl et des dizaines de visites dans les zones contaminées du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie, fait valoir que Manual for Survival ignore les milliers d’études scientifiques sur Tchernobyl qui sont disponibles dans la littérature scientifique internationale. Ce faisant, il présente un compte rendu biaisé et trompeur des effets de l’accident sur la santé et l’environnement. Je crois que ce livre ne fait que perpétuer les nombreux mythes sur les effets des accidents et n’a que très peu de bases scientifiques solides.

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Manual for Survival est une histoire intéressante, mais profondément imparfaite, des impacts sanitaires et environnementaux de Tchernobyl, la pire catastrophe technologique de l’histoire de l’humanité. Il ne serait que trop facile de le rejeter pour ses multiples omissions, incohérences et erreurs. Mais il est important que nous, membres de la communauté de la radioprotection, le prenions au sérieux et réagissions en détail à ses allégations – des effets majeurs des rayonnements à faible dose que nous avons manqués – avec des preuves claires et une explication de la raison pour laquelle nous pensons que c’est faux d’une manière qui non -les spécialistes peuvent clairement comprendre. À l’exception notable de la réponse de Mikhail Balonov [1] au rapport de Yablokov [2] sur Tchernobyl, je pense que c’est quelque chose que nous n’avons pas réussi à faire avec les affirmations précédentes sur les effets majeurs des radiations à faible dose après Tchernobyl.

J’ai été interviewé par Kate Brown pour ce livre lors d’une réunion en Floride sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl. Pendant environ une heure et demie, j’ai été soumis à ce qui m’a semblé être un contre-interrogatoire agressif sur une vaste gamme de sujets liés aux radiations, y compris les études sur les survivants des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, le cancer, les effets sur la faune, la contamination des aliments et la dose. reconstruction. J’ai répondu à toutes ses questions et là où j’avais des doutes plus tard, j’ai fourni des informations et des preuves. Je suis sorti de l’entretien en me sentant épuisé mentalement (vraiment!) Mais néanmoins heureux, voire un peu exalté. Malgré mes réserves sur ses connaissances scientifiques, je pensais que c’était une historienne sérieuse et impartiale déterminée à découvrir la vérité sur la question extrêmement complexe et controversée des conséquences sanitaires et environnementales de Tchernobyl.

J’ai eu tort.

En obtenant la copie de critique de ce livre, je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner d’abord vers les pages traitant de mon entretien (je suppose que la plupart des gens feraient de même). J’ai été choqué et déçu de constater que les informations et les opinions que j’avais données sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl avaient été rejetées. Selon Brown, j’étais un physicien (utilisé presque comme un terme d’abus dans le contexte) qui n’a pas jugé nécessaire d’aller à Tchernobyl pour tirer mes conclusions préformées sur les effets de l’accident. Brown n’a pas rapporté ce que je lui avais dit – j’ai étudié pour la première fois les retombées de Tchernobyl dans la région des lacs anglais en 1990 et j’ai d’abord effectué des travaux sur le terrain dans les zones touchées par Tchernobyl en Ukraine et en Biélorussie en 1994. Je me souviens clairement que j’étais assez inquiet de ce qu’ils étaient – à cette époque – des risques de rayonnement largement inconnus à Tchernobyl. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai visité les zones contaminées de Tchernobyl depuis, mais je suppose que c’est autour de 40. Je suis heureux d’être discuté, mais il est médiocre et biaisé de rejeter mon témoignage (et celui de mon Bélarussien collègues qui ont travaillé dans la zone d’exclusion pendant de nombreuses années).

Ceci, je pense, n’est qu’un symptôme d’une approche profondément imparfaite des informations complexes sur Tchernobyl, mais je vais essayer de donner à ce livre une critique aussi juste que possible. Vous pouvez juger si j’y suis parvenu, mais ce sera certainement plus approfondi que les critiques plutôt superficielles et trompeuses fournies par Nature [3] et un certain nombre d’autres revues et journaux.

Dosimétrie et reconstruction de dose
Le traitement de la dose de rayonnement et de l’estimation de la dose est incontestablement biaisé dans ce livre. L’auteur souhaite faire valoir que «les physiciens» se sont trompés sur les doses de rayonnement après Tchernobyl. Elle commence par une description d’une entrevue avec Lynn Anspaugh, une experte en radiation de renommée internationale qui, entre autres, a codirigé le rapport 2006 du forum «environnemental» de l’AIEA sur Tchernobyl [4]. Au cours de ma brève expérience de contact avec lui lors de la préparation du rapport, je l’ai trouvé très bien informé sur les nombreux aspects du rayonnement et de la reconstruction des doses après Tchernobyl. Kate Brown n’est apparemment pas arrivée à la même conclusion. De son entretien téléphonique, elle tire une information: au début, Anspaugh (estimant vraisemblablement la contamination globale totale de Tchernobyl) n’a pris que deux points de données pour estimer les retombées dans l’ensemble de la Roumanie. Elle utilise ensuite cette information pour tenter de discréditer tout le domaine de la dosimétrie de radioprotection! Je suppose qu’en bon scientifique, Anspaugh s’est rendu compte que dans une estimation initiale des impacts de Tchernobyl (il y a eu de bien meilleures estimations depuis l’inclusion de l’Atlas Russie / Biélorussie / Ukraine / UE [5] et bien d’autres), que les retombées en La Roumanie n’allait pas faire trop de différence et il a fait la meilleure estimation possible.

Ce qui est étonnant (littéralement, époustouflant), c’est que Manual for Survival omet de mentionner, dans la section du livre consacrée à la dosimétrie, toutes les mesures effectuées dans les années qui ont suivi l’accident dans les anciens pays soviétiques et à l’étranger. Je crois que Brown qu’à l’époque soviétique, les informations à ce sujet étaient (impardonnablement) gardées secrètes, mais elles sont là et maintenant vous n’avez pas à fouiller dans les archives soviétiques pour les trouver: rapports et résultats (mais malheureusement pas toutes les données originales ) font partie de la littérature scientifique internationale depuis plus de 20 ans. Par exemple, dans son article pour la conférence de Minsk de 1996 [6], Mikhail Balonov a rapporté «un million de mesures de 134Cs et 137Cs dans le corps».

Ceux qui cherchent à critiquer le consensus sur Tchernobyl accusent souvent les scientifiques de se concentrer uniquement sur un isotope: le radiocaesium. Il est vrai qu’il y a beaucoup plus de mesures et d’études sur le césium que sur d’autres isotopes, car il a une durée de vie relativement longue et peut être mesuré raisonnablement bon marché et facilement par spectrométrie gamma et comptage du corps entier. Mais cela ne signifie pas que d’autres isotopes ont été ignorés: la littérature scientifique contient de nombreux articles sur de nombreux autres isotopes, y compris 131I 90Sr et des éléments transuraniens auxquels Brown aurait pu faire référence, mais qu’il a choisi de ne pas faire. Le court article de Balonov à lui seul [6] mentionne des centaines de mesures du 90Sr, discute du changement des isotopes contribuant à la dose au fil du temps depuis l’accident et présente des modèles de dosimétrie qui incluent les isotopes clés nécessaires pour la prévision à long terme. Il en existe de nombreux autres présentant des modèles de reconstruction de dose. Brown fait beaucoup de cas du «cocktail» de radionucléides auxquels les résidents ont été exposés, en particulier 90Sr: cela a également été abordé dans la littérature scientifique. Balonov [6] déclare: «… en raison de la faible teneur en 90Sr dans le rejet de Tchernobyl et des [faibles] retombées en dehors de la zone de 30 km, sa contribution à la dose efficace interne ne dépasse pas 5 à 10%, selon l’apport calcul et mesures directes de 90Sr dans des os humains (échantillons d’autopsie). Une contribution similaire de l’inhalation de 238Pu 239, Pu 240, Pu et 241Am provenant de 241Pu ne dépassera pas 1% même pour les travailleurs en extérieur ». Il existe une multitude d’autres informations sur tous les aspects de la dosimétrie dans la littérature scientifique, soit des centaines, voire des milliers d’articles. Encore une fois, Brown n’a pas à croire Balonov et tous les autres scientifiques, mais omettre cette preuve est choquant.

Ayant écarté la méthode d’estimation et de reconstruction de dose «des physiciens», Manual for Survival poursuit en affirmant que «les médecins» disposaient d’une méthode bien meilleure qui a été ignorée. Elle cite un travail de Vorobiev (je n’ai pas vu ce travail en russe, mais j’essaierai d’en obtenir une copie) qui revendique une méthode de biodosimétrie basée sur l’analyse des dommages chromosomiques qui est beaucoup plus précise que le comptage du corps entier et la reconstruction de dose. Cette méthode semble donner des doses accumulées beaucoup plus élevées que les méthodes «des physiciens».

Est-il vrai que les méthodes de biodosimétrie sont meilleures que les mesures et les modèles physiques? Autant que je sache, la communauté de la radioprotection n’utilise que la biodosimétrie pour reconstituer les doses après des expositions élevées qui n’ont pas pu être évaluées à l’aide de méthodes physiques. Même les tentatives les plus récentes (utilisant une technologie beaucoup plus sophistiquée que celle disponible en 1986) pour développer un biomarqueur de rayonnement unique pour une exposition à faible dose ont échoué. J’ai vérifié cela avec Geraldine Thomas, professeur de pathologie moléculaire à l’Imperial College et elle a confirmé (comm. Pers.) Que la biodosimétrie ne fonctionne bien que pour des doses élevées. Cela ne veut pas dire que de telles tentatives ne sont pas utiles, mais simplement que l’affirmation de Brown selon laquelle les méthodes biodosimétriques dans l’ex-Union soviétique étaient meilleures que la mesure directe des émetteurs gamma et la reconstruction de dose pour d’autres nucléides est très peu appuyée.

Effets sur la faune
Cette section est tellement biaisée et trompeuse que je ne sais pas par où commencer. Brown a choisi de croire aux preuves d’Anders P. Møller et Tim Mousseau selon lesquelles il existe des effets majeurs du rayonnement sur les organismes à Tchernobyl à des débits de dose bien inférieurs aux prévisions et que la faune est gravement endommagée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl (CEZ). Dans d’autres parties du livre, Brown prend soin de remettre en question la véracité de ses sources. Mais étonnamment, elle omet de mentionner: Anders P Møller est un scientifique très controversé (en radioécologie et dans son domaine précédent de biologie évolutionniste): un article dans Nature rapporte qu’il a été une fois reconnu coupable de manipulation de données par le Comité danois sur la malhonnêteté scientifique ( Nature 427 381, 2004). Cela ne signifie pas automatiquement que lui et Mousseau se trompent sur l’étendue des effets de Tchernobyl, mais il y a beaucoup de preuves qu’ils le sont, par exemple. [7–11]. Brown rejette les témoignages de mes collègues (y compris des scientifiques biélorusses) et moi en m’appelant physicien et en laissant entendre que je ne suis jamais allé à Tchernobyl. Fait intéressant, dans la liste de notes de bas de page apparemment méticuleusement construite, elle cite à tort notre article (montrant des populations de mammifères abondantes dans la CEZ) à tort comme Smith et al ... '' plutôt que Deryabina et al …  » comme il se doit depuis Tatiana Deryabina était le premier auteur. Est-ce une erreur (nous les faisons tous)? Malheureusement, cette erreur cache le fait que les scientifiques biélorusses ont joué un rôle clé dans l’étude, de sorte que Manual for Survival peut affirmer (à tort) que cela a été fait par quelqu’un sans connaissance de la CEZ.

Les omissions dans cette section sont choquantes. Brown n’a pas parlé et ne mentionne pas la seule personne au monde qui est le plus étroitement associée à la faune à Tchernobyl: Sergey Gaschak. Sergey (à sa grande frustration parfois) est la personne à qui les journalistes semblent toujours aller pour se renseigner sur la faune dans la CEZ. Brown peut ne pas être d’accord avec l’opinion de Gaschak (formée à partir de 30 ans dans la zone et d’une connaissance intime des habitats et de la faune de la zone) selon laquelle la faune n’est pas significativement affectée par les radiations à Tchernobyl, mais elle devrait au moins le signaler. Gaschak a d’abord travaillé avec Møller et Mousseau mais a refusé de continuer: il ne faisait pas confiance à leurs rapports de données, en particulier sur l’influence de l’habitat sur la distribution des oiseaux [12]. Brown ne discute pas du travail de Ron Chesser et Robert Baker de la Texas Tech University qui ont passé de nombreuses années à étudier les petits mammifères dans le point chaud de la Forêt Rouge. Ils ont constaté que l’abondance des petits mammifères était similaire dans la forêt rouge aux zones témoins [13] et que les effets génétiques étaient subtils. Les réflexions de Chesser et Baker sur leur longue expérience de la recherche radioécologique à Tchernobyl sont des lectures essentielles pour comprendre ce problème. Encore une fois, vous n’avez pas besoin de fouiller dans les archives soviétiques: leur article, ignoré dans Manual for Survival, est dans American Scientist [14].

Effets sur la santé et maladie chronique des radiations
Ma foi en Brown en tant que journaliste précis des effets des radiations sur la santé a été un peu ébranlée quand j’ai été interviewée par elle. Bien qu’elle ait déjà écrit Plutopia (Oxford University Press, 2013), son récit fascinant, mais scientifiquement imparfait, des programmes d’armes nucléaires américains et soviétiques, elle ne savait très clairement pas que le cancer non lié aux radiations était très répandu dans le monde. Il existe une myriade de statistiques sur la santé à ce sujet, mais vous n’avez pas besoin de chercher aussi loin: Cancer Research UK, par exemple, indique sur son site Web (et dans sa publicité) la projection selon laquelle la moitié des citoyens britanniques auront un cancer à un moment donné. nos vies. J’ai été en outre choqué de lire dans ce livre de Tchernobyl (p 25) la déclaration chauve de Brown selon laquelle les radiations sont la seule cause connue de leucémie myéloïde, dans le contexte impliquant clairement (à tort) qu’il n’y a pas d’autres causes. Brown n’a examiné ni cité aucune des statistiques de santé publique sur l’incidence de la leucémie myéloïde dans les pays du monde entier. Elle ne cite pas non plus le rapport de la Hiroshima and Nagasaki Life Span Study (LSS) [15] qui présente clairement des preuves que le rayonnement est une cause de leucémie myéloïde (très importante à fortes doses), mais est très loin d’être la seule cause, en particulier à faibles débits de dose. Elle ne cite pas non plus sa propre déclaration à la page 168 selon laquelle «les dommages causés par les radiations sont difficiles à isoler et à détecter car ils ne provoquent pas de nouvelles maladies autonomes».

L’affirmation la plus controversée de ce livre est que le rayonnement à très faible dose provoque la maladie chronique des radiations. La maladie chronique des radiations est réelle, ayant été vue pour la première fois (mais reconnue tardivement) à des débits de dose très élevés chez les peintres à cadran au radium il y a un siècle. Elle a été observée chez des travailleurs hautement exposés de l’usine de production de plutonium de Mayak où elle a été diagnostiquée et traitée pour la première fois par Angelina Gus’kova. Dans la première partie du Manuel de survie, Gus’kova est à juste titre décrit comme un héros scientifique («Personne au monde n’avait traité plus de patients atteints de maladie radiologique que Gus’kova» p 13; «Travailler sur des centaines de patients .. .pendant trois décennies, Gus’kova a développé un recueil de connaissances sur la médecine radiologique qui n’avait pas d’équivalent dans le monde »p 15). Comme détaillé dans Manual for Survival, le travail de Gus’kova traitant les premières victimes de Tchernobyl (les 134 personnes souffrant du syndrome des radiations aiguës) a sauvé et prolongé de nombreuses vies. Brown met en contraste la compréhension profonde de Gus’kova de la maladie des radiations avec l’inexpérience relative du médecin américain, Robert Gale, qui a pris l’avion pour aider à soigner les victimes. Brown soutient, avec force, que Gale pensait qu’il savait mieux que le scientifique soviétique et ignorait son expertise.

Malheureusement, le médecin américain n’a pas été le seul à ignorer l’expertise d’Angelina Gus’kova: Brown elle-même le fait. Gus’kova a non seulement traité les personnes souffrant de maladie aiguë des radiations, mais a également contrôlé les évacués et a participé à l’étude des «  liquidateurs  », les centaines de milliers de personnes qui ont travaillé sur l’opération de nettoyage de Tchernobyl en 1986 et 87 et qui ont reçu certaines des doses de rayonnement les plus élevées. Dans un article de 2012, Gus’kova [16] a déclaré que «contrairement au premier groupe [les 134 victimes de l’ARS], ce deuxième groupe d’individus travaillant dans la zone de 30 km, tout comme la population exposée aux radiations [je souligne ], n’a présenté aucune manifestation de maladie des radiations ».

Ainsi, l’expert de renommée mondiale en maladie chronique des radiations a déclaré qu’elle ne croyait pas que ni l’énorme groupe de liquidateurs, ni la population exposée à des rayonnements chroniques à débit de dose relativement faible ne souffrent du mal des radiations. Kate Brown soutiendrait sans aucun doute que le statut élevé de Gus’kova dans la science atomique soviétique et russe lui a fait ignorer les preuves du contraire. Que vous croyiez Gus’kova ou non (je le crois), pour Brown d’exclure cette preuve clé d’un livre d’histoire sur les effets sur la santé de Tchernobyl est une omission de proportions monumentales.

Manual for Survival soutient que les scientifiques occidentaux en savaient moins sur les effets des radiations sur la santé que leurs homologues soviétiques (et post-soviétiques). Des preuves de dommages apparents à la santé des adultes, des enfants et des nouveau-nés dans les régions contaminées sont citées dans des archives en Ukraine et en Biélorussie. Brown affirme que l’étude sur la durée de vie d’Hiroshima et de Nagasaki (sur laquelle le système de radioprotection est largement, mais loin d’être entièrement basé) a manqué de nombreux effets précoces des radiations puisqu’elle n’a commencé qu’en 1950, cinq ans après le largage des bombes. C’est en partie, mais pas entièrement, vrai: les effets de l’exposition fœtale pourraient être et ont été étudiés [17]. Les effets sur les enfants dus à l’exposition pré-conception de leurs parents ont été étudiés et aucun effet n’a été trouvé [18] permettant d’estimer une limite supérieure du risque de mutation intergénérationnelle.

L’actualisation des preuves de l’étude sur la durée de vie permet à Brown de faire valoir que les rayonnements sont bien pires que ce que les organisations des Nations Unies et la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) pensent (mais notez que ces organisations ont consulté et ont eu comme membres d’anciens scientifiques soviétiques clés, y compris l’expert en maladie des rayonnements Angelina Gus’kova). Étonnamment, cependant, Manual for Survival ignore presque toutes les autres preuves scientifiques internationales sur cette question. Des centaines de notes de bas de page détaillent les sources soviétiques et ex-soviétiques, mais il n’y a pratiquement pas de citations des nombreuses études épidémiologiques (pas seulement du LSS) et des milliers d’études radiobiologiques dans la littérature scientifique internationale (voir, pour un seul exemple, l’Oxford Restatement on ce numéro [19]). Les quelques sources internationales citées sont celles (dont certaines très controversées) qui sont en accord avec les diverses hypothèses contradictoires et déroutantes de Brown.

Qu’en est-il des statistiques de santé publique montrant apparemment d’énormes augmentations des malformations congénitales, des cancers et d’un large éventail d’autres maladies dans les populations des territoires contaminés? Bien que Brown ait apparemment découvert de nouvelles preuves d’archives (qui devraient être évaluées, si elles ne l’ont pas déjà été), je suis très sceptique. Je soupçonne (mais je ne sais pas) qu’une grande partie de ces preuves est similaire à celle présentée dans le rapport controversé de Yablokov [2] faisant état de près d’un million de morts à Tchernobyl. Je ne suis pas épidémiologiste, mais j’ai essayé d’examiner ces affirmations.

Premièrement, j’ai de nouveau examiné le rapport 2006 du Forum de l’OMS sur Tchernobyl [20]. Les 45 experts internationaux (dont des experts du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie) ont évalué une multitude de données sur les effets de Tchernobyl sur la santé. Le rapport (étrangement, à peine mentionné dans Manual for Survival) couvre un large éventail de résultats pour la santé, y compris les effets cancéreux et non cancéreux chez les adultes et les enfants, ainsi que les issues défavorables de la grossesse. Il arrive à une conclusion très différente de Manual for Survival. Les experts internationaux ont-ils ignoré ou manqué des preuves clés? Je pense que c’est très improbable, mais ce qui me manque dans le rapport de l’OMS, c’est une explication claire, en termes profanes, des raisons pour lesquelles ces preuves ne sont pas incluses.

J’ai examiné certaines (mais bien sûr pas toutes) de ces preuves et il me semble évident pourquoi une grande partie n’a pas été incluse dans l’analyse de l’OMS. Les études sur les effets sur la santé après Tchernobyl ont souffert de deux problèmes majeurs: des changements et des erreurs dans les rapports avant et après l’accident, et une difficulté à démêler les effets des rayonnements sur la santé de la crise de santé publique en cours pendant et après l’effondrement de l’Union soviétique. Ces deux effets sont réels: ils sont mentionnés dans le Manuel de survie, mais sont écartés lorsque des allégations d’effets énormes sur la santé des rayonnements sont faites.

Problèmes dans les rapports de santé. Je travaille actuellement dans le district de Narodichi en Ukraine sur un petit projet visant à améliorer un peu la vie des habitants des zones touchées en remettant en service des terres agricoles abandonnées, là où cela peut être fait en toute sécurité. Dans le cadre du projet, nous nous sommes entretenus avec Anatoly Prysyazhnyuk, cancérologue et épidémiologiste. Anatoly est né à Narodichi dans une famille de médecins locaux et est un citoyen honoré de Narodichi, mais travaillait à Kiev au moment de l’accident. Il nous a dit qu’en 1987, il avait été contacté par le chef de l’hôpital local. Le chef de l’hôpital était très préoccupé par le fait que les inscriptions au cancer avaient augmenté de manière significative depuis l’accident. Anatoly est retourné dans sa ville natale pour enquêter. Il a constaté que, en effet, les enregistrements de cancer avaient augmenté, mais que cela était dû à des changements signalés, et non à des radiations. Les changements dans la notification des résultats sanitaires sont réels et constituent un élément clé de l’interprétation des statistiques sanitaires, comme le savaient sans doute les 45 experts de l’OMS.

Utilisation abusive des statistiques de santé publique. Dans son examen du rapport défectueux de Yablokov [2], Mikhail Balonov [1] cite des données sur les taux de mortalité à travers la Russie depuis la chute de l’Union soviétique [21]. Comme le note Balonov, les taux de mortalité ont augmenté depuis 1991 dans toutes les régions de la Russie, même en Sibérie, à des milliers de kilomètres de Tchernobyl. Comme le montre la figure 1, les démographes ont attribué cela à la crise économique, à la consommation d’alcool et au tabagisme, et non aux radiations. Les tendances de la mortalité et d’autres résultats sanitaires sont compromis par cette crise sanitaire généralisée. La comparaison des statistiques de santé publique entre les régions contaminées et non contaminées est également très difficile en raison des changements démographiques connus dans les régions contaminées (les jeunes ont tendance à partir, les personnes âgées ont tendance à rester).

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Figure 1. Graphique illustrant les changements d’espérance de vie en Russie (non liés aux radiations) de 1981 à 2002 [29], perte d’espérance de vie dans le groupe de survivants de la bombe atomique à forte dose; prévalence du tabagisme dans les anciens pays soviétiques.

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Curieusement, Kate Brown accepte des problèmes pour distinguer les effets des rayonnements dans les données sur la santé. Son traitement de l’étude de Fred Mettler sur 1656 habitants, enfants compris, des zones touchées et non touchées [22] révèle les énormes contradictions au cœur de la thèse de Brown. Manual for Survival rapporte le résultat de cette étude: aucune différence significative n’a pu être trouvée entre 853 habitants des zones contaminées et 803 habitants des zones témoins. Mais Brown poursuit en tentant de discréditer cette étude. Premièrement, elle fait valoir que les doses n’étaient pas différentes entre les régions témoins et les régions contaminées en raison du commerce des denrées alimentaires. Cela ne tient pas compte du fait que cela (tout en ayant peu de sens) a été vérifié dans l’étude: «Des échantillons de pain, de lait, de légumes et de viande ont également été examinés dans ces établissements témoins. L’analyse a révélé de faibles niveaux de contamination, comme prévu »(IAEA [22] pp 283–84).

Deuxièmement, Brown soutient qu’une étude de 1 600 personnes n’est pas suffisante pour trouver des preuves des effets à faible probabilité sur la santé d’un rayonnement à faible dose. Elle a raison, mais ce qui est étonnant, c’est qu’elle n’applique pas cette logique à nombre des autres affirmations de son livre. Dans la plupart des livres, elle semble revendiquer des effets majeurs sur la santé qui auraient été relevés par le dépistage de l’AIEA. En effet, le rapport [22] comprend une analyse de puissance de l’étude montrant quel type d’effet sur la santé l’étude pourrait détecter. Plus loin dans le livre, Brown soutient ses affirmations sur les effets non cancéreux des rayonnements sur la santé en se référant à des études à grande échelle (des centaines de milliers de sujets) qui peuvent (ou non) indiquer une légère augmentation du risque cardiovasculaire à de faibles débits de dose ( de l’ordre de la majorité des doses reçues par les populations touchées par Tchernobyl). Mais elle ignore le point clé: même s’ils sont réels, ces minuscules effets non cancéreux sur la santé n’ont pas d’importance significative pour la santé des personnes vivant dans des zones contaminées. Ce dont ils doivent s’inquiéter (et s’inquiètent souvent, bien sûr), comme cela a été souligné à maintes reprises [23, 24], ce sont les taux de chômage élevés, le mauvais état de leurs services de santé, leur alimentation, leur alimentation, le tabagisme. , consommation d’alcool, etc.

Cela ne veut pas dire que Tchernobyl n’a eu aucun effet sur la santé. Comme l’a noté Brown, l’effet du cancer qui peut être attribué le plus clairement et sans ambiguïté aux rayonnements est le cancer de la thyroïde chez les enfants et les adultes exposés dans leur enfance à l’I-131 à décomposition rapide dans les semaines qui ont suivi l’accident. L’augmentation dans les régions touchées était importante et pouvait être observée même dans les statistiques nationales de la santé: l’incidence annuelle au Bélarus, par exemple, est passée de moins d’un cas sur 100 000 avant 1986 à 7 à 8 cas pour 100 000 dans les années 90 [25 ] et reste élevée. Il existe des preuves d’une augmentation potentielle du cancer du sein [26], mais il convient de noter que cette étude a conclu que «les taux d’incidence du cancer du sein ajustés en fonction de l’âge dans les régions les plus contaminées du Bélarus et de l’Ukraine sont toujours inférieurs à ceux de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale». . L’incidence d’autres cancers provenant de la reconstruction de dose à travers l’Europe a été estimée par Cardis et al [27, 28], si vous appliquez l’hypothèse linéaire sans seuil (LNT) selon laquelle même de petites doses de rayonnement comportent un risque potentiel.

Baies au radiocaesium en Polessie
Une allégation dans Manual for Survival est que, même après la période initiale de contamination par l’iode, les produits contaminés, en particulier le lait, étaient encore consommés par des personnes dans les années qui ont suivi l’accident, même s’ils dépassaient les limites (assez prudentes) pour le radiocaesium en produits alimentaires en place dans les anciens pays soviétiques. Encore une fois, ce n’est pas un fait historique caché dans les archives soviétiques: il est présent dans la littérature scientifique et dans les statistiques officielles des pays touchés. Dans mon livre co-écrit sur Tchernobyl [30], nous avons reproduit un tableau de Firsakova [31] montrant les changements dans le nombre de kilotonnes de lait et de viande des fermes collectives qui étaient au-dessus des limites d’intervention.

L’une des affirmations «  manchettes  » du Manual for Survival est que les baies contaminées contiennent jusqu’à 3000 Bq kg − 1 de 137Cs (bien au-dessus de la limite ukrainienne) et qu’elles peuvent être mélangées avec des baies non contaminées et exportées vers l’Europe occidentale. Bien sûr, ce n’est pas une bonne chose, mais est-ce vraiment une mauvaise chose? Manual for Survival implique que c’est vraiment dangereux, mais ne fournit aucun contexte pour aider le lecteur à évaluer quel est le risque. Cela peut aider à replacer cela dans le contexte qu’après Tchernobyl, le gouvernement norvégien a pris la décision difficile d’augmenter la limite des concentrations de 137Cs dans la viande de renne jusqu’à 6000 Bq kg − 1 (en 1994, elle a été réduite à 3000 Bq kg − 1). [32]. Pourquoi? Parce qu’ils ont raisonnablement équilibré le risque minime pour les éleveurs de rennes et les consommateurs norvégiens contre les dommages causés par une interdiction aux modes de vie et à la culture de la communauté des éleveurs. Je ne connais pas assez les cueilleurs de baies de Rivne, en Ukraine, pour prendre une telle décision, mais Brown a tort de dire que c’est très dangereux. Je ne préconise en aucun cas de permettre le dépassement des limites réglementaires, mais simplement que briser ces limites très prudentes ne signifie pas que quelque chose est dangereux. En tant que consommateur européen, si je parvenais d’une manière ou d’une autre (un événement extrêmement improbable) à manger un kg entier des baies les plus contaminées, j’aurais une dose supplémentaire équivalente à environ deux radiographies pulmonaires, un vol de retour de Los Angeles à New York. ou 250 fois inférieur à un scanner abdominal.

Les habitants de Polessie consomment en permanence des produits contaminés: c’est pourquoi nous calculons la dose globale. Seule une petite proportion de personnes vivant actuellement dans les régions contaminées reçoit une dose supérieure à 2 mSv par an et la grande majorité reçoit une dose inférieure à 1 mSv par an. Ces débits de dose correspondent bien à la variation du rayonnement de fond naturel dans le monde.

Essais d’armes nucléaires
Manual for Survival soutient que Tchernobyl n’était qu’une accélération d’un processus, dommageable pour toute la planète, commencé lors des essais de bombes atmosphériques des années 50 et 60. Je suis d’accord avec Brown que, si vous croyez en l’hypothèse LNT selon laquelle chaque petite dose de rayonnement comporte un risque, alors les conséquences sur la santé mondiale des essais d’armes nucléaires atmosphériques sont énormes. Comme beaucoup d’allégations dans Manual for Survival, cette affirmation est traitée comme une nouvelle, mais ce n’est qu’une nouvelle alarmante si vous ignorez la masse des preuves scientifiques. Le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) a publié de nombreux rapports à ce sujet. La dose collective estimée à partir des essais d’armes atmosphériques est énorme et éclipse celle de Tchernobyl. Mais les doses individuelles sont, bien entendu, faibles: l’UNSCEAR [33] rapporte un pic de dose efficace totale annuelle en 1963 dans la région de 0,1 mSv. Cela correspond à peu près à la dose équivalente à un vol aller-retour Londres-Los Angeles (à partir du rayonnement cosmique) pour tout le monde dans l’hémisphère nord et à environ un trentième des débits de dose annuels de rayonnement de fond naturel. Toute dose supplémentaire au-dessus du niveau de fond pourrait être un risque potentiel. Mais l’affirmation vague de Brown selon laquelle cela pourrait être une cause importante d’augmentation à long terme de l’incidence du cancer dans le monde, sans aucune preuve à l’appui, n’est pas convaincante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Omissions et erreurs
L’un des principaux défauts de ce livre est que le vaste corpus de connaissances de la littérature scientifique internationale est presque complètement ignoré. Les autres omissions que j’ai notées sont: aucune discussion sur la radioactivité naturelle, aucune mention du traitement thyroïdien par l’I-131, des doses diagnostiques médicales ou toutes les preuves épidémiologiques issues de procédures diagnostiques médicales et thérapeutiques. Il y a plus d’omissions et beaucoup plus d’erreurs que je n’ai eu l’espace pour le signaler ici.

Briser les lois de la physique
Ce sont peut-être des points mineurs, mais je pense que cela indique quelque chose à propos de la mauvaise qualité de ce livre lorsque je dois souligner que Manual for Survival donne foi à trois affirmations qui enfreignent les lois actuelles de la physique:

1.
Cela donne apparemment du crédit à l’idée (p 215) que les essais d’armes nucléaires sur Terre, à travers le vide de l’espace, ont influencé d’une manière ou d’une autre l’activité de l’éruption solaire du Soleil. Il est vrai que les armes nucléaires ont un pouvoir destructeur terrifiant – les plus grosses équivalent à 50 mégatonnes de TNT. Je pourrais écrire un essai sur les raisons pour lesquelles ceux-ci ne pourraient pas influencer l’activité des éruptions solaires, mais peut-être qu’une comparaison de l’énergie relative est la meilleure. J’ai étudié l’astrophysique il y a plus de 30 ans et j’ai oublié ce que j’ai appris sur les éruptions solaires, alors je suis allé sur le site Web de la NASA (https://visibleearth.nasa.gov/view.php?id=55580). J’ai découvert que «les éruptions solaires … sont capables de libérer autant d’énergie qu’un milliard de mégatonnes de TNT», vingt millions de fois plus gros que la plus grosse bombe nucléaire. L’activité solaire, bien sûr, affecte la Terre, notamment dans les particules chargées contribuant au rayonnement de fond cosmique et naturel que nous recevons tous chaque jour. L’omission étonnante de toute discussion sur les doses de rayonnement naturel n’est qu’un autre défaut fatal du Manuel de survie.
2.
Il rapporte (p 302) que «la période pendant laquelle la moitié des 137Cs disparaîtra des forêts de Tchernobyl sera comprise entre 180 et 320 ans», citant le magazine «Wired». La demi-vie de désintégration physique du 137Cs est d’environ 30,2 ans. Dans les années qui ont suivi Tchernobyl, il a été souligné à maintes reprises, par moi et par beaucoup d’autres, que dans les sols riches en matière organique, la demi-vie écologique effective du 137Cs s’approche de sa demi-vie de décomposition physique (par exemple [34]). Mais cela ne peut pas dépasser 30,2 ans, à moins, bien sûr, que les lois de la physique ne soient erronées.
3.
Le dosimètre de Kate Brown «sautait dans l’alarme» dans la zone la plus contaminée de la Forêt Rouge (p 125), apparemment en raison d’un précédent incendie de forêt. J’ai du mal à comprendre ce que Brown veut dire ici, mais elle semble prétendre que son dosimètre lisait 1000 μSv h − 1 alors que normalement la Forêt Rouge lit (très haut) 50–100 μSv h − 1. Ici, Brown affirme qu’un incendie de l’année précédente a entraîné une augmentation de 10 fois du débit de dose parce que le feu a libéré de la radioactivité. Encore une fois, il y a tellement de mal dans cette hypothèse que je ne sais pas par où commencer. Oui, les incendies de forêt peuvent libérer de petites quantités de radioactivité dans l’air, mais pourquoi cela devrait-il avoir une influence significative (10 ×) sur les débits de dose gamma externes? Pour comprendre les effets des incendies de forêt sur la remise en suspension des radionucléides, Brown aurait pu étudier et citer des travaux antérieurs à ce sujet, par ex. [35].
Les lois de la physique ne sont pas gravées dans le marbre et les physiciens font également des erreurs, mais je ne pense pas que nous allons commencer à réécrire les manuels pour le moment. Je ne m’attends pas à ce que Brown comprenne toute la physique de la radioprotection, mais je m’attends à ce qu’elle tienne compte de l’énorme quantité de connaissances et d’opinions scientifiques disponibles.

Que pouvons-nous apprendre de ce livre?
Dans cette revue, je me suis nécessairement concentré principalement sur les (nombreux) défauts et omissions du livre. Manual for Survival est une polémique, pas un livre d’histoire et encore moins un livre scientifique. Brown est à juste titre en colère contre les dissimulations soviétiques (et certaines occidentales), les délocalisations aléatoires et souvent inefficaces. Après Tchernobyl, les gens ont reçu des doses plus importantes que ce dont ils avaient besoin, en particulier les doses thyroïdiennes impardonnablement élevées en raison de l’incapacité de prévenir l’ingestion de 131I dans les premières semaines après l’accident. Elle est également fâchée que les personnes vivant dans les zones contaminées de Tchernobyl aient apparemment été oubliées par la communauté internationale. Les efforts scientifiques et humanitaires internationaux (à de nombreuses exceptions notables) ont été fragmentaires, souvent avec un financement limité et irrégulier, et ont très souvent échoué (en partie à cause de la complexité du travail dans les pays post-soviétiques). Je comparerais le financement incohérent du réaménagement économique dans les zones contaminées de Tchernobyl avec les quelque 1,5 milliard de dollars engagés dans le projet de nouveau confinement sûr et de déclassement des réacteurs.

Je me souviens très bien, au milieu des années 1990, d’étudier les poissons du lac Kozhanovskoe en Russie. Le poisson avait accumulé des concentrations d’activité de 137Cs bien au-dessus des limites d’intervention, mais les gens mangeaient toujours le poisson. Naïvement, j’ai demandé à un pêcheur pourquoi il mangeait ces poissons: il m’a regardé d’un air vide – comme si j’étais venu d’un autre monde – et a répondu sèchement: «qu’attendez-vous que je mange?». À l’époque, il y avait peu de nourriture dans les magasins ruraux. À ce moment-là, j’ai réalisé que la radioactivité du poisson était le moindre des problèmes du pêcheur.

Je suis fâché que trop souvent, dans les pays touchés et à l’étranger, des mythes sur les radiations se soient répandus: je pense que ceux-ci causent de réels dommages à la vie des gens et ont sans aucun doute entravé la reprise après la catastrophe. Manual for Survival perpétue nombre de ces mythes, mais je pense que nous devrions en tirer des leçons. Je suis également en colère contre moi-même et mon domaine scientifique de ne pas avoir travaillé plus dur pour contrer ces mythes. Kate Brown a une compétence de journaliste pour capturer les tragédies individuelles de la vie de nombreuses personnes dans les terres contaminées de Tchernobyl et elle en fait bon usage pour décrire ses nombreuses visites dans ces régions. Le problème est réel, mais je pense que le diagnostic proposé dans Manual for Survival est très faux et dommageable. Les habitants des zones touchées par Tchernobyl ont besoin de plus d’emplois, de plus de développement économique, de meilleurs soins de santé et d’une meilleure nutrition. Les rayonnements actuels devraient être la moindre de leurs préoccupations, même si je comprends pourquoi beaucoup (pas tous) s’inquiètent encore.

Remerciements
Je bénéficie actuellement d’un financement du projet iCLEAR du UK Natural Environment Research Council – Innovating the Tchernobyl Landscape: Environmental Assessment for Rehabilitation and Management (NE / R009619 / 1).

Publié le 21 février 2020 • © 2020 Society for Radiological Protection. Publié au nom de SRP par IOP Publishing Limited. Tous les droits sont réservés.
Journal of Radiological Protection, Volume 40, Numéro 1
Citation Jim Smith 2020 J. Radiol. Prot. 40 337
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Ma revue, basée sur près de trente ans de recherche sur Tchernobyl et des dizaines de visites dans les zones contaminées du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie, fait valoir que Manual for Survival ignore les milliers d’études scientifiques sur Tchernobyl qui sont disponibles dans la littérature scientifique internationale. Ce faisant, il présente un compte rendu biaisé et trompeur des effets de l’accident sur la santé et l’environnement. Je crois que ce livre ne fait que perpétuer les nombreux mythes sur les effets des accidents et n’a que très peu de bases scientifiques solides.

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Manual for Survival est une histoire intéressante, mais profondément imparfaite, des impacts sanitaires et environnementaux de Tchernobyl, la pire catastrophe technologique de l’histoire de l’humanité. Il ne serait que trop facile de le rejeter pour ses multiples omissions, incohérences et erreurs. Mais il est important que nous, membres de la communauté de la radioprotection, le prenions au sérieux et réagissions en détail à ses allégations – des effets majeurs des rayonnements à faible dose que nous avons manqués – avec des preuves claires et une explication de la raison pour laquelle nous pensons que c’est faux d’une manière qui non -les spécialistes peuvent clairement comprendre. À l’exception notable de la réponse de Mikhail Balonov [1] au rapport de Yablokov [2] sur Tchernobyl, je pense que c’est quelque chose que nous n’avons pas réussi à faire avec les affirmations précédentes sur les effets majeurs des radiations à faible dose après Tchernobyl.

J’ai été interviewé par Kate Brown pour ce livre lors d’une réunion en Floride sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl. Pendant environ une heure et demie, j’ai été soumis à ce qui m’a semblé être un contre-interrogatoire agressif sur une vaste gamme de sujets liés aux radiations, y compris les études sur les survivants des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, le cancer, les effets sur la faune, la contamination des aliments et la dose. reconstruction. J’ai répondu à toutes ses questions et là où j’avais des doutes plus tard, j’ai fourni des informations et des preuves. Je suis sorti de l’entretien en me sentant épuisé mentalement (vraiment!) Mais néanmoins heureux, voire un peu exalté. Malgré mes réserves sur ses connaissances scientifiques, je pensais que c’était une historienne sérieuse et impartiale déterminée à découvrir la vérité sur la question extrêmement complexe et controversée des conséquences sanitaires et environnementales de Tchernobyl.

J’ai eu tort.

En obtenant la copie de critique de ce livre, je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner d’abord vers les pages traitant de mon entretien (je suppose que la plupart des gens feraient de même). J’ai été choqué et déçu de constater que les informations et les opinions que j’avais données sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl avaient été rejetées. Selon Brown, j’étais un physicien (utilisé presque comme un terme d’abus dans le contexte) qui n’a pas jugé nécessaire d’aller à Tchernobyl pour tirer mes conclusions préformées sur les effets de l’accident. Brown n’a pas rapporté ce que je lui avais dit – j’ai étudié pour la première fois les retombées de Tchernobyl dans la région des lacs anglais en 1990 et j’ai d’abord effectué des travaux sur le terrain dans les zones touchées par Tchernobyl en Ukraine et en Biélorussie en 1994. Je me souviens clairement que j’étais assez inquiet de ce qu’ils étaient – à cette époque – des risques de rayonnement largement inconnus à Tchernobyl. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai visité les zones contaminées de Tchernobyl depuis, mais je suppose que c’est autour de 40. Je suis heureux d’être discuté, mais il est médiocre et biaisé de rejeter mon témoignage (et celui de mon Bélarussien collègues qui ont travaillé dans la zone d’exclusion pendant de nombreuses années).

Ceci, je pense, n’est qu’un symptôme d’une approche profondément imparfaite des informations complexes sur Tchernobyl, mais je vais essayer de donner à ce livre une critique aussi juste que possible. Vous pouvez juger si j’y suis parvenu, mais ce sera certainement plus approfondi que les critiques plutôt superficielles et trompeuses fournies par Nature [3] et un certain nombre d’autres revues et journaux.

Dosimétrie et reconstruction de dose
Le traitement de la dose de rayonnement et de l’estimation de la dose est incontestablement biaisé dans ce livre. L’auteur souhaite faire valoir que «les physiciens» se sont trompés sur les doses de rayonnement après Tchernobyl. Elle commence par une description d’une entrevue avec Lynn Anspaugh, une experte en radiation de renommée internationale qui, entre autres, a codirigé le rapport 2006 du forum «environnemental» de l’AIEA sur Tchernobyl [4]. Au cours de ma brève expérience de contact avec lui lors de la préparation du rapport, je l’ai trouvé très bien informé sur les nombreux aspects du rayonnement et de la reconstruction des doses après Tchernobyl. Kate Brown n’est apparemment pas arrivée à la même conclusion. De son entretien téléphonique, elle tire une information: au début, Anspaugh (estimant vraisemblablement la contamination globale totale de Tchernobyl) n’a pris que deux points de données pour estimer les retombées dans l’ensemble de la Roumanie. Elle utilise ensuite cette information pour tenter de discréditer tout le domaine de la dosimétrie de radioprotection! Je suppose qu’en bon scientifique, Anspaugh s’est rendu compte que dans une estimation initiale des impacts de Tchernobyl (il y a eu de bien meilleures estimations depuis l’inclusion de l’Atlas Russie / Biélorussie / Ukraine / UE [5] et bien d’autres), que les retombées en La Roumanie n’allait pas faire trop de différence et il a fait la meilleure estimation possible.

Ce qui est étonnant (littéralement, époustouflant), c’est que Manual for Survival omet de mentionner, dans la section du livre consacrée à la dosimétrie, toutes les mesures effectuées dans les années qui ont suivi l’accident dans les anciens pays soviétiques et à l’étranger. Je crois que Brown qu’à l’époque soviétique, les informations à ce sujet étaient (impardonnablement) gardées secrètes, mais elles sont là et maintenant vous n’avez pas à fouiller dans les archives soviétiques pour les trouver: rapports et résultats (mais malheureusement pas toutes les données originales ) font partie de la littérature scientifique internationale depuis plus de 20 ans. Par exemple, dans son article pour la conférence de Minsk de 1996 [6], Mikhail Balonov a rapporté «un million de mesures de 134Cs et 137Cs dans le corps».

Ceux qui cherchent à critiquer le consensus sur Tchernobyl accusent souvent les scientifiques de se concentrer uniquement sur un isotope: le radiocaesium. Il est vrai qu’il y a beaucoup plus de mesures et d’études sur le césium que sur d’autres isotopes, car il a une durée de vie relativement longue et peut être mesuré raisonnablement bon marché et facilement par spectrométrie gamma et comptage du corps entier. Mais cela ne signifie pas que d’autres isotopes ont été ignorés: la littérature scientifique contient de nombreux articles sur de nombreux autres isotopes, y compris 131I 90Sr et des éléments transuraniens auxquels Brown aurait pu faire référence, mais qu’il a choisi de ne pas faire. Le court article de Balonov à lui seul [6] mentionne des centaines de mesures du 90Sr, discute du changement des isotopes contribuant à la dose au fil du temps depuis l’accident et présente des modèles de dosimétrie qui incluent les isotopes clés nécessaires pour la prévision à long terme. Il en existe de nombreux autres présentant des modèles de reconstruction de dose. Brown fait beaucoup de cas du «cocktail» de radionucléides auxquels les résidents ont été exposés, en particulier 90Sr: cela a également été abordé dans la littérature scientifique. Balonov [6] déclare: «… en raison de la faible teneur en 90Sr dans le rejet de Tchernobyl et des [faibles] retombées en dehors de la zone de 30 km, sa contribution à la dose efficace interne ne dépasse pas 5 à 10%, selon l’apport calcul et mesures directes de 90Sr dans des os humains (échantillons d’autopsie). Une contribution similaire de l’inhalation de 238Pu 239, Pu 240, Pu et 241Am provenant de 241Pu ne dépassera pas 1% même pour les travailleurs en extérieur ». Il existe une multitude d’autres informations sur tous les aspects de la dosimétrie dans la littérature scientifique, soit des centaines, voire des milliers d’articles. Encore une fois, Brown n’a pas à croire Balonov et tous les autres scientifiques, mais omettre cette preuve est choquant.

Ayant écarté la méthode d’estimation et de reconstruction de dose «des physiciens», Manual for Survival poursuit en affirmant que «les médecins» disposaient d’une méthode bien meilleure qui a été ignorée. Elle cite un travail de Vorobiev (je n’ai pas vu ce travail en russe, mais j’essaierai d’en obtenir une copie) qui revendique une méthode de biodosimétrie basée sur l’analyse des dommages chromosomiques qui est beaucoup plus précise que le comptage du corps entier et la reconstruction de dose. Cette méthode semble donner des doses accumulées beaucoup plus élevées que les méthodes «des physiciens».

Est-il vrai que les méthodes de biodosimétrie sont meilleures que les mesures et les modèles physiques? Autant que je sache, la communauté de la radioprotection n’utilise que la biodosimétrie pour reconstituer les doses après des expositions élevées qui n’ont pas pu être évaluées à l’aide de méthodes physiques. Même les tentatives les plus récentes (utilisant une technologie beaucoup plus sophistiquée que celle disponible en 1986) pour développer un biomarqueur de rayonnement unique pour une exposition à faible dose ont échoué. J’ai vérifié cela avec Geraldine Thomas, professeur de pathologie moléculaire à l’Imperial College et elle a confirmé (comm. Pers.) Que la biodosimétrie ne fonctionne bien que pour des doses élevées. Cela ne veut pas dire que de telles tentatives ne sont pas utiles, mais simplement que l’affirmation de Brown selon laquelle les méthodes biodosimétriques dans l’ex-Union soviétique étaient meilleures que la mesure directe des émetteurs gamma et la reconstruction de dose pour d’autres nucléides est très peu appuyée.

Effets sur la faune
Cette section est tellement biaisée et trompeuse que je ne sais pas par où commencer. Brown a choisi de croire aux preuves d’Anders P. Møller et Tim Mousseau selon lesquelles il existe des effets majeurs du rayonnement sur les organismes à Tchernobyl à des débits de dose bien inférieurs aux prévisions et que la faune est gravement endommagée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl (CEZ). Dans d’autres parties du livre, Brown prend soin de remettre en question la véracité de ses sources. Mais étonnamment, elle omet de mentionner: Anders P Møller est un scientifique très controversé (en radioécologie et dans son domaine précédent de biologie évolutionniste): un article dans Nature rapporte qu’il a été une fois reconnu coupable de manipulation de données par le Comité danois sur la malhonnêteté scientifique ( Nature 427 381, 2004). Cela ne signifie pas automatiquement que lui et Mousseau se trompent sur l’étendue des effets de Tchernobyl, mais il y a beaucoup de preuves qu’ils le sont, par exemple. [7–11]. Brown rejette les témoignages de mes collègues (y compris des scientifiques biélorusses) et moi en m’appelant physicien et en laissant entendre que je ne suis jamais allé à Tchernobyl. Fait intéressant, dans la liste de notes de bas de page apparemment méticuleusement construite, elle cite à tort notre article (montrant des populations de mammifères abondantes dans la CEZ) à tort comme Smith et al ... '' plutôt que Deryabina et al …  » comme il se doit depuis Tatiana Deryabina était le premier auteur. Est-ce une erreur (nous les faisons tous)? Malheureusement, cette erreur cache le fait que les scientifiques biélorusses ont joué un rôle clé dans l’étude, de sorte que Manual for Survival peut affirmer (à tort) que cela a été fait par quelqu’un sans connaissance de la CEZ.

Les omissions dans cette section sont choquantes. Brown n’a pas parlé et ne mentionne pas la seule personne au monde qui est le plus étroitement associée à la faune à Tchernobyl: Sergey Gaschak. Sergey (à sa grande frustration parfois) est la personne à qui les journalistes semblent toujours aller pour se renseigner sur la faune dans la CEZ. Brown peut ne pas être d’accord avec l’opinion de Gaschak (formée à partir de 30 ans dans la zone et d’une connaissance intime des habitats et de la faune de la zone) selon laquelle la faune n’est pas significativement affectée par les radiations à Tchernobyl, mais elle devrait au moins le signaler. Gaschak a d’abord travaillé avec Møller et Mousseau mais a refusé de continuer: il ne faisait pas confiance à leurs rapports de données, en particulier sur l’influence de l’habitat sur la distribution des oiseaux [12]. Brown ne discute pas du travail de Ron Chesser et Robert Baker de la Texas Tech University qui ont passé de nombreuses années à étudier les petits mammifères dans le point chaud de la Forêt Rouge. Ils ont constaté que l’abondance des petits mammifères était similaire dans la forêt rouge aux zones témoins [13] et que les effets génétiques étaient subtils. Les réflexions de Chesser et Baker sur leur longue expérience de la recherche radioécologique à Tchernobyl sont des lectures essentielles pour comprendre ce problème. Encore une fois, vous n’avez pas besoin de fouiller dans les archives soviétiques: leur article, ignoré dans Manual for Survival, est dans American Scientist [14].

Effets sur la santé et maladie chronique des radiations
Ma foi en Brown en tant que journaliste précis des effets des radiations sur la santé a été un peu ébranlée quand j’ai été interviewée par elle. Bien qu’elle ait déjà écrit Plutopia (Oxford University Press, 2013), son récit fascinant, mais scientifiquement imparfait, des programmes d’armes nucléaires américains et soviétiques, elle ne savait très clairement pas que le cancer non lié aux radiations était très répandu dans le monde. Il existe une myriade de statistiques sur la santé à ce sujet, mais vous n’avez pas besoin de chercher aussi loin: Cancer Research UK, par exemple, indique sur son site Web (et dans sa publicité) la projection selon laquelle la moitié des citoyens britanniques auront un cancer à un moment donné. nos vies. J’ai été en outre choqué de lire dans ce livre de Tchernobyl (p 25) la déclaration chauve de Brown selon laquelle les radiations sont la seule cause connue de leucémie myéloïde, dans le contexte impliquant clairement (à tort) qu’il n’y a pas d’autres causes. Brown n’a examiné ni cité aucune des statistiques de santé publique sur l’incidence de la leucémie myéloïde dans les pays du monde entier. Elle ne cite pas non plus le rapport de la Hiroshima and Nagasaki Life Span Study (LSS) [15] qui présente clairement des preuves que le rayonnement est une cause de leucémie myéloïde (très importante à fortes doses), mais est très loin d’être la seule cause, en particulier à faibles débits de dose. Elle ne cite pas non plus sa propre déclaration à la page 168 selon laquelle «les dommages causés par les radiations sont difficiles à isoler et à détecter car ils ne provoquent pas de nouvelles maladies autonomes».

L’affirmation la plus controversée de ce livre est que le rayonnement à très faible dose provoque la maladie chronique des radiations. La maladie chronique des radiations est réelle, ayant été vue pour la première fois (mais reconnue tardivement) à des débits de dose très élevés chez les peintres à cadran au radium il y a un siècle. Elle a été observée chez des travailleurs hautement exposés de l’usine de production de plutonium de Mayak où elle a été diagnostiquée et traitée pour la première fois par Angelina Gus’kova. Dans la première partie du Manuel de survie, Gus’kova est à juste titre décrit comme un héros scientifique («Personne au monde n’avait traité plus de patients atteints de maladie radiologique que Gus’kova» p 13; «Travailler sur des centaines de patients .. .pendant trois décennies, Gus’kova a développé un recueil de connaissances sur la médecine radiologique qui n’avait pas d’équivalent dans le monde »p 15). Comme détaillé dans Manual for Survival, le travail de Gus’kova traitant les premières victimes de Tchernobyl (les 134 personnes souffrant du syndrome des radiations aiguës) a sauvé et prolongé de nombreuses vies. Brown met en contraste la compréhension profonde de Gus’kova de la maladie des radiations avec l’inexpérience relative du médecin américain, Robert Gale, qui a pris l’avion pour aider à soigner les victimes. Brown soutient, avec force, que Gale pensait qu’il savait mieux que le scientifique soviétique et ignorait son expertise.

Malheureusement, le médecin américain n’a pas été le seul à ignorer l’expertise d’Angelina Gus’kova: Brown elle-même le fait. Gus’kova a non seulement traité les personnes souffrant de maladie aiguë des radiations, mais a également contrôlé les évacués et a participé à l’étude des «  liquidateurs  », les centaines de milliers de personnes qui ont travaillé sur l’opération de nettoyage de Tchernobyl en 1986 et 87 et qui ont reçu certaines des doses de rayonnement les plus élevées. Dans un article de 2012, Gus’kova [16] a déclaré que «contrairement au premier groupe [les 134 victimes de l’ARS], ce deuxième groupe d’individus travaillant dans la zone de 30 km, tout comme la population exposée aux radiations [je souligne ], n’a présenté aucune manifestation de maladie des radiations ».

Ainsi, l’expert de renommée mondiale en maladie chronique des radiations a déclaré qu’elle ne croyait pas que ni l’énorme groupe de liquidateurs, ni la population exposée à des rayonnements chroniques à débit de dose relativement faible ne souffrent du mal des radiations. Kate Brown soutiendrait sans aucun doute que le statut élevé de Gus’kova dans la science atomique soviétique et russe lui a fait ignorer les preuves du contraire. Que vous croyiez Gus’kova ou non (je le crois), pour Brown d’exclure cette preuve clé d’un livre d’histoire sur les effets sur la santé de Tchernobyl est une omission de proportions monumentales.

Manual for Survival soutient que les scientifiques occidentaux en savaient moins sur les effets des radiations sur la santé que leurs homologues soviétiques (et post-soviétiques). Des preuves de dommages apparents à la santé des adultes, des enfants et des nouveau-nés dans les régions contaminées sont citées dans des archives en Ukraine et en Biélorussie. Brown affirme que l’étude sur la durée de vie d’Hiroshima et de Nagasaki (sur laquelle le système de radioprotection est largement, mais loin d’être entièrement basé) a manqué de nombreux effets précoces des radiations puisqu’elle n’a commencé qu’en 1950, cinq ans après le largage des bombes. C’est en partie, mais pas entièrement, vrai: les effets de l’exposition fœtale pourraient être et ont été étudiés [17]. Les effets sur les enfants dus à l’exposition pré-conception de leurs parents ont été étudiés et aucun effet n’a été trouvé [18] permettant d’estimer une limite supérieure du risque de mutation intergénérationnelle.

L’actualisation des preuves de l’étude sur la durée de vie permet à Brown de faire valoir que les rayonnements sont bien pires que ce que les organisations des Nations Unies et la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) pensent (mais notez que ces organisations ont consulté et ont eu comme membres d’anciens scientifiques soviétiques clés, y compris l’expert en maladie des rayonnements Angelina Gus’kova). Étonnamment, cependant, Manual for Survival ignore presque toutes les autres preuves scientifiques internationales sur cette question. Des centaines de notes de bas de page détaillent les sources soviétiques et ex-soviétiques, mais il n’y a pratiquement pas de citations des nombreuses études épidémiologiques (pas seulement du LSS) et des milliers d’études radiobiologiques dans la littérature scientifique internationale (voir, pour un seul exemple, l’Oxford Restatement on ce numéro [19]). Les quelques sources internationales citées sont celles (dont certaines très controversées) qui sont en accord avec les diverses hypothèses contradictoires et déroutantes de Brown.

Qu’en est-il des statistiques de santé publique montrant apparemment d’énormes augmentations des malformations congénitales, des cancers et d’un large éventail d’autres maladies dans les populations des territoires contaminés? Bien que Brown ait apparemment découvert de nouvelles preuves d’archives (qui devraient être évaluées, si elles ne l’ont pas déjà été), je suis très sceptique. Je soupçonne (mais je ne sais pas) qu’une grande partie de ces preuves est similaire à celle présentée dans le rapport controversé de Yablokov [2] faisant état de près d’un million de morts à Tchernobyl. Je ne suis pas épidémiologiste, mais j’ai essayé d’examiner ces affirmations.

Premièrement, j’ai de nouveau examiné le rapport 2006 du Forum de l’OMS sur Tchernobyl [20]. Les 45 experts internationaux (dont des experts du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie) ont évalué une multitude de données sur les effets de Tchernobyl sur la santé. Le rapport (étrangement, à peine mentionné dans Manual for Survival) couvre un large éventail de résultats pour la santé, y compris les effets cancéreux et non cancéreux chez les adultes et les enfants, ainsi que les issues défavorables de la grossesse. Il arrive à une conclusion très différente de Manual for Survival. Les experts internationaux ont-ils ignoré ou manqué des preuves clés? Je pense que c’est très improbable, mais ce qui me manque dans le rapport de l’OMS, c’est une explication claire, en termes profanes, des raisons pour lesquelles ces preuves ne sont pas incluses.

J’ai examiné certaines (mais bien sûr pas toutes) de ces preuves et il me semble évident pourquoi une grande partie n’a pas été incluse dans l’analyse de l’OMS. Les études sur les effets sur la santé après Tchernobyl ont souffert de deux problèmes majeurs: des changements et des erreurs dans les rapports avant et après l’accident, et une difficulté à démêler les effets des rayonnements sur la santé de la crise de santé publique en cours pendant et après l’effondrement de l’Union soviétique. Ces deux effets sont réels: ils sont mentionnés dans le Manuel de survie, mais sont écartés lorsque des allégations d’effets énormes sur la santé des rayonnements sont faites.

Problèmes dans les rapports de santé. Je travaille actuellement dans le district de Narodichi en Ukraine sur un petit projet visant à améliorer un peu la vie des habitants des zones touchées en remettant en service des terres agricoles abandonnées, là où cela peut être fait en toute sécurité. Dans le cadre du projet, nous nous sommes entretenus avec Anatoly Prysyazhnyuk, cancérologue et épidémiologiste. Anatoly est né à Narodichi dans une famille de médecins locaux et est un citoyen honoré de Narodichi, mais travaillait à Kiev au moment de l’accident. Il nous a dit qu’en 1987, il avait été contacté par le chef de l’hôpital local. Le chef de l’hôpital était très préoccupé par le fait que les inscriptions au cancer avaient augmenté de manière significative depuis l’accident. Anatoly est retourné dans sa ville natale pour enquêter. Il a constaté que, en effet, les enregistrements de cancer avaient augmenté, mais que cela était dû à des changements signalés, et non à des radiations. Les changements dans la notification des résultats sanitaires sont réels et constituent un élément clé de l’interprétation des statistiques sanitaires, comme le savaient sans doute les 45 experts de l’OMS.

Utilisation abusive des statistiques de santé publique. Dans son examen du rapport défectueux de Yablokov [2], Mikhail Balonov [1] cite des données sur les taux de mortalité à travers la Russie depuis la chute de l’Union soviétique [21]. Comme le note Balonov, les taux de mortalité ont augmenté depuis 1991 dans toutes les régions de la Russie, même en Sibérie, à des milliers de kilomètres de Tchernobyl. Comme le montre la figure 1, les démographes ont attribué cela à la crise économique, à la consommation d’alcool et au tabagisme, et non aux radiations. Les tendances de la mortalité et d’autres résultats sanitaires sont compromis par cette crise sanitaire généralisée. La comparaison des statistiques de santé publique entre les régions contaminées et non contaminées est également très difficile en raison des changements démographiques connus dans les régions contaminées (les jeunes ont tendance à partir, les personnes âgées ont tendance à rester).

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Figure 1. Graphique illustrant les changements d’espérance de vie en Russie (non liés aux radiations) de 1981 à 2002 [29], perte d’espérance de vie dans le groupe de survivants de la bombe atomique à forte dose; prévalence du tabagisme dans les anciens pays soviétiques.

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Curieusement, Kate Brown accepte des problèmes pour distinguer les effets des rayonnements dans les données sur la santé. Son traitement de l’étude de Fred Mettler sur 1656 habitants, enfants compris, des zones touchées et non touchées [22] révèle les énormes contradictions au cœur de la thèse de Brown. Manual for Survival rapporte le résultat de cette étude: aucune différence significative n’a pu être trouvée entre 853 habitants des zones contaminées et 803 habitants des zones témoins. Mais Brown poursuit en tentant de discréditer cette étude. Premièrement, elle fait valoir que les doses n’étaient pas différentes entre les régions témoins et les régions contaminées en raison du commerce des denrées alimentaires. Cela ne tient pas compte du fait que cela (tout en ayant peu de sens) a été vérifié dans l’étude: «Des échantillons de pain, de lait, de légumes et de viande ont également été examinés dans ces établissements témoins. L’analyse a révélé de faibles niveaux de contamination, comme prévu »(IAEA [22] pp 283–84).

Deuxièmement, Brown soutient qu’une étude de 1 600 personnes n’est pas suffisante pour trouver des preuves des effets à faible probabilité sur la santé d’un rayonnement à faible dose. Elle a raison, mais ce qui est étonnant, c’est qu’elle n’applique pas cette logique à nombre des autres affirmations de son livre. Dans la plupart des livres, elle semble revendiquer des effets majeurs sur la santé qui auraient été relevés par le dépistage de l’AIEA. En effet, le rapport [22] comprend une analyse de puissance de l’étude montrant quel type d’effet sur la santé l’étude pourrait détecter. Plus loin dans le livre, Brown soutient ses affirmations sur les effets non cancéreux des rayonnements sur la santé en se référant à des études à grande échelle (des centaines de milliers de sujets) qui peuvent (ou non) indiquer une légère augmentation du risque cardiovasculaire à de faibles débits de dose ( de l’ordre de la majorité des doses reçues par les populations touchées par Tchernobyl). Mais elle ignore le point clé: même s’ils sont réels, ces minuscules effets non cancéreux sur la santé n’ont pas d’importance significative pour la santé des personnes vivant dans des zones contaminées. Ce dont ils doivent s’inquiéter (et s’inquiètent souvent, bien sûr), comme cela a été souligné à maintes reprises [23, 24], ce sont les taux de chômage élevés, le mauvais état de leurs services de santé, leur alimentation, leur alimentation, le tabagisme. , consommation d’alcool, etc.

Cela ne veut pas dire que Tchernobyl n’a eu aucun effet sur la santé. Comme l’a noté Brown, l’effet du cancer qui peut être attribué le plus clairement et sans ambiguïté aux rayonnements est le cancer de la thyroïde chez les enfants et les adultes exposés dans leur enfance à l’I-131 à décomposition rapide dans les semaines qui ont suivi l’accident. L’augmentation dans les régions touchées était importante et pouvait être observée même dans les statistiques nationales de la santé: l’incidence annuelle au Bélarus, par exemple, est passée de moins d’un cas sur 100 000 avant 1986 à 7 à 8 cas pour 100 000 dans les années 90 [25 ] et reste élevée. Il existe des preuves d’une augmentation potentielle du cancer du sein [26], mais il convient de noter que cette étude a conclu que «les taux d’incidence du cancer du sein ajustés en fonction de l’âge dans les régions les plus contaminées du Bélarus et de l’Ukraine sont toujours inférieurs à ceux de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale». . L’incidence d’autres cancers provenant de la reconstruction de dose à travers l’Europe a été estimée par Cardis et al [27, 28], si vous appliquez l’hypothèse linéaire sans seuil (LNT) selon laquelle même de petites doses de rayonnement comportent un risque potentiel.

Baies au radiocaesium en Polessie
Une allégation dans Manual for Survival est que, même après la période initiale de contamination par l’iode, les produits contaminés, en particulier le lait, étaient encore consommés par des personnes dans les années qui ont suivi l’accident, même s’ils dépassaient les limites (assez prudentes) pour le radiocaesium en produits alimentaires en place dans les anciens pays soviétiques. Encore une fois, ce n’est pas un fait historique caché dans les archives soviétiques: il est présent dans la littérature scientifique et dans les statistiques officielles des pays touchés. Dans mon livre co-écrit sur Tchernobyl [30], nous avons reproduit un tableau de Firsakova [31] montrant les changements dans le nombre de kilotonnes de lait et de viande des fermes collectives qui étaient au-dessus des limites d’intervention.

L’une des affirmations «  manchettes  » du Manual for Survival est que les baies contaminées contiennent jusqu’à 3000 Bq kg − 1 de 137Cs (bien au-dessus de la limite ukrainienne) et qu’elles peuvent être mélangées avec des baies non contaminées et exportées vers l’Europe occidentale. Bien sûr, ce n’est pas une bonne chose, mais est-ce vraiment une mauvaise chose? Manual for Survival implique que c’est vraiment dangereux, mais ne fournit aucun contexte pour aider le lecteur à évaluer quel est le risque. Cela peut aider à replacer cela dans le contexte qu’après Tchernobyl, le gouvernement norvégien a pris la décision difficile d’augmenter la limite des concentrations de 137Cs dans la viande de renne jusqu’à 6000 Bq kg − 1 (en 1994, elle a été réduite à 3000 Bq kg − 1). [32]. Pourquoi? Parce qu’ils ont raisonnablement équilibré le risque minime pour les éleveurs de rennes et les consommateurs norvégiens contre les dommages causés par une interdiction aux modes de vie et à la culture de la communauté des éleveurs. Je ne connais pas assez les cueilleurs de baies de Rivne, en Ukraine, pour prendre une telle décision, mais Brown a tort de dire que c’est très dangereux. Je ne préconise en aucun cas de permettre le dépassement des limites réglementaires, mais simplement que briser ces limites très prudentes ne signifie pas que quelque chose est dangereux. En tant que consommateur européen, si je parvenais d’une manière ou d’une autre (un événement extrêmement improbable) à manger un kg entier des baies les plus contaminées, j’aurais une dose supplémentaire équivalente à environ deux radiographies pulmonaires, un vol de retour de Los Angeles à New York. ou 250 fois inférieur à un scanner abdominal.

Les habitants de Polessie consomment en permanence des produits contaminés: c’est pourquoi nous calculons la dose globale. Seule une petite proportion de personnes vivant actuellement dans les régions contaminées reçoit une dose supérieure à 2 mSv par an et la grande majorité reçoit une dose inférieure à 1 mSv par an. Ces débits de dose correspondent bien à la variation du rayonnement de fond naturel dans le monde.

Essais d’armes nucléaires
Manual for Survival soutient que Tchernobyl n’était qu’une accélération d’un processus, dommageable pour toute la planète, commencé lors des essais de bombes atmosphériques des années 50 et 60. Je suis d’accord avec Brown que, si vous croyez en l’hypothèse LNT selon laquelle chaque petite dose de rayonnement comporte un risque, alors les conséquences sur la santé mondiale des essais d’armes nucléaires atmosphériques sont énormes. Comme beaucoup d’allégations dans Manual for Survival, cette affirmation est traitée comme une nouvelle, mais ce n’est qu’une nouvelle alarmante si vous ignorez la masse des preuves scientifiques. Le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) a publié de nombreux rapports à ce sujet. La dose collective estimée à partir des essais d’armes atmosphériques est énorme et éclipse celle de Tchernobyl. Mais les doses individuelles sont, bien entendu, faibles: l’UNSCEAR [33] rapporte un pic de dose efficace totale annuelle en 1963 dans la région de 0,1 mSv. Cela correspond à peu près à la dose équivalente à un vol aller-retour Londres-Los Angeles (à partir du rayonnement cosmique) pour tout le monde dans l’hémisphère nord et à environ un trentième des débits de dose annuels de rayonnement de fond naturel. Toute dose supplémentaire au-dessus du niveau de fond pourrait être un risque potentiel. Mais l’affirmation vague de Brown selon laquelle cela pourrait être une cause importante d’augmentation à long terme de l’incidence du cancer dans le monde, sans aucune preuve à l’appui, n’est pas convaincante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Omissions et erreurs
L’un des principaux défauts de ce livre est que le vaste corpus de connaissances de la littérature scientifique internationale est presque complètement ignoré. Les autres omissions que j’ai notées sont: aucune discussion sur la radioactivité naturelle, aucune mention du traitement thyroïdien par l’I-131, des doses diagnostiques médicales ou toutes les preuves épidémiologiques issues de procédures diagnostiques médicales et thérapeutiques. Il y a plus d’omissions et beaucoup plus d’erreurs que je n’ai eu l’espace pour le signaler ici.

Briser les lois de la physique
Ce sont peut-être des points mineurs, mais je pense que cela indique quelque chose à propos de la mauvaise qualité de ce livre lorsque je dois souligner que Manual for Survival donne foi à trois affirmations qui enfreignent les lois actuelles de la physique:

1.
Cela donne apparemment du crédit à l’idée (p 215) que les essais d’armes nucléaires sur Terre, à travers le vide de l’espace, ont influencé d’une manière ou d’une autre l’activité de l’éruption solaire du Soleil. Il est vrai que les armes nucléaires ont un pouvoir destructeur terrifiant – les plus grosses équivalent à 50 mégatonnes de TNT. Je pourrais écrire un essai sur les raisons pour lesquelles ceux-ci ne pourraient pas influencer l’activité des éruptions solaires, mais peut-être qu’une comparaison de l’énergie relative est la meilleure. J’ai étudié l’astrophysique il y a plus de 30 ans et j’ai oublié ce que j’ai appris sur les éruptions solaires, alors je suis allé sur le site Web de la NASA (https://visibleearth.nasa.gov/view.php?id=55580). J’ai découvert que «les éruptions solaires … sont capables de libérer autant d’énergie qu’un milliard de mégatonnes de TNT», vingt millions de fois plus gros que la plus grosse bombe nucléaire. L’activité solaire, bien sûr, affecte la Terre, notamment dans les particules chargées contribuant au rayonnement de fond cosmique et naturel que nous recevons tous chaque jour. L’omission étonnante de toute discussion sur les doses de rayonnement naturel n’est qu’un autre défaut fatal du Manuel de survie.
2.
Il rapporte (p 302) que «la période pendant laquelle la moitié des 137Cs disparaîtra des forêts de Tchernobyl sera comprise entre 180 et 320 ans», citant le magazine «Wired». La demi-vie de désintégration physique du 137Cs est d’environ 30,2 ans. Dans les années qui ont suivi Tchernobyl, il a été souligné à maintes reprises, par moi et par beaucoup d’autres, que dans les sols riches en matière organique, la demi-vie écologique effective du 137Cs s’approche de sa demi-vie de décomposition physique (par exemple [34]). Mais cela ne peut pas dépasser 30,2 ans, à moins, bien sûr, que les lois de la physique ne soient erronées.
3.
Le dosimètre de Kate Brown «sautait dans l’alarme» dans la zone la plus contaminée de la Forêt Rouge (p 125), apparemment en raison d’un précédent incendie de forêt. J’ai du mal à comprendre ce que Brown veut dire ici, mais elle semble prétendre que son dosimètre lisait 1000 μSv h − 1 alors que normalement la Forêt Rouge lit (très haut) 50–100 μSv h − 1. Ici, Brown affirme qu’un incendie de l’année précédente a entraîné une augmentation de 10 fois du débit de dose parce que le feu a libéré de la radioactivité. Encore une fois, il y a tellement de mal dans cette hypothèse que je ne sais pas par où commencer. Oui, les incendies de forêt peuvent libérer de petites quantités de radioactivité dans l’air, mais pourquoi cela devrait-il avoir une influence significative (10 ×) sur les débits de dose gamma externes? Pour comprendre les effets des incendies de forêt sur la remise en suspension des radionucléides, Brown aurait pu étudier et citer des travaux antérieurs à ce sujet, par ex. [35].
Les lois de la physique ne sont pas gravées dans le marbre et les physiciens font également des erreurs, mais je ne pense pas que nous allons commencer à réécrire les manuels pour le moment. Je ne m’attends pas à ce que Brown comprenne toute la physique de la radioprotection, mais je m’attends à ce qu’elle tienne compte de l’énorme quantité de connaissances et d’opinions scientifiques disponibles.

Que pouvons-nous apprendre de ce livre?
Dans cette revue, je me suis nécessairement concentré principalement sur les (nombreux) défauts et omissions du livre. Manual for Survival est une polémique, pas un livre d’histoire et encore moins un livre scientifique. Brown est à juste titre en colère contre les dissimulations soviétiques (et certaines occidentales), les délocalisations aléatoires et souvent inefficaces. Après Tchernobyl, les gens ont reçu des doses plus importantes que ce dont ils avaient besoin, en particulier les doses thyroïdiennes impardonnablement élevées en raison de l’incapacité de prévenir l’ingestion de 131I dans les premières semaines après l’accident. Elle est également fâchée que les personnes vivant dans les zones contaminées de Tchernobyl aient apparemment été oubliées par la communauté internationale. Les efforts scientifiques et humanitaires internationaux (à de nombreuses exceptions notables) ont été fragmentaires, souvent avec un financement limité et irrégulier, et ont très souvent échoué (en partie à cause de la complexité du travail dans les pays post-soviétiques). Je comparerais le financement incohérent du réaménagement économique dans les zones contaminées de Tchernobyl avec les quelque 1,5 milliard de dollars engagés dans le projet de nouveau confinement sûr et de déclassement des réacteurs.

Je me souviens très bien, au milieu des années 1990, d’étudier les poissons du lac Kozhanovskoe en Russie. Le poisson avait accumulé des concentrations d’activité de 137Cs bien au-dessus des limites d’intervention, mais les gens mangeaient toujours le poisson. Naïvement, j’ai demandé à un pêcheur pourquoi il mangeait ces poissons: il m’a regardé d’un air vide – comme si j’étais venu d’un autre monde – et a répondu sèchement: «qu’attendez-vous que je mange?». À l’époque, il y avait peu de nourriture dans les magasins ruraux. À ce moment-là, j’ai réalisé que la radioactivité du poisson était le moindre des problèmes du pêcheur.

Je suis fâché que trop souvent, dans les pays touchés et à l’étranger, des mythes sur les radiations se soient répandus: je pense que ceux-ci causent de réels dommages à la vie des gens et ont sans aucun doute entravé la reprise après la catastrophe. Manual for Survival perpétue nombre de ces mythes, mais je pense que nous devrions en tirer des leçons. Je suis également en colère contre moi-même et mon domaine scientifique de ne pas avoir travaillé plus dur pour contrer ces mythes. Kate Brown a une compétence de journaliste pour capturer les tragédies individuelles de la vie de nombreuses personnes dans les terres contaminées de Tchernobyl et elle en fait bon usage pour décrire ses nombreuses visites dans ces régions. Le problème est réel, mais je pense que le diagnostic proposé dans Manual for Survival est très faux et dommageable. Les habitants des zones touchées par Tchernobyl ont besoin de plus d’emplois, de plus de développement économique, de meilleurs soins de santé et d’une meilleure nutrition. Les rayonnements actuels devraient être la moindre de leurs préoccupations, même si je comprends pourquoi beaucoup (pas tous) s’inquiètent encore.

Remerciements
Je bénéficie actuellement d’un financement du projet iCLEAR du UK Natural Environment Research Council – Innovating the Tchernobyl Landscape: Environmental Assessment for Rehabilitation and Management (NE / R009619 / 1).

Conflit d’intérêt
J’ai déjà reçu un petit montant de financement de l’industrie nucléaire et un projet plus vaste de la partie NERC financé par Radioactive Waste Management et l’Agence britannique pour l’environnement. Cela sera probablement perçu par certains comme un conflit d’intérêts. Je suis fier d’apporter une petite contribution à la dépollution de l’héritage des déchets nucléaires du Royaume-Uni et à un débat sur l’avenir de l’énergie nucléaire basé sur des preuves scientifiques.

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Journal de la protection radiologique
ARTICLE D’OPINION • L’ARTICLE SUIVANT ISOPEN ACCESS
Examen du manuel de survie par Kate Brown
Jim Smith1

Publié le 21 février 2020 • © 2020 Society for Radiological Protection. Publié au nom de SRP par IOP Publishing Limited. Tous les droits sont réservés.
Journal of Radiological Protection, Volume 40, Numéro 1
Citation Jim Smith 2020 J. Radiol. Prot. 40 337
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Abstrait
Ma revue, basée sur près de trente ans de recherche sur Tchernobyl et des dizaines de visites dans les zones contaminées du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie, fait valoir que Manual for Survival ignore les milliers d’études scientifiques sur Tchernobyl qui sont disponibles dans la littérature scientifique internationale. Ce faisant, il présente un compte rendu biaisé et trompeur des effets de l’accident sur la santé et l’environnement. Je crois que ce livre ne fait que perpétuer les nombreux mythes sur les effets des accidents et n’a que très peu de bases scientifiques solides.

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Manual for Survival est une histoire intéressante, mais profondément imparfaite, des impacts sanitaires et environnementaux de Tchernobyl, la pire catastrophe technologique de l’histoire de l’humanité. Il ne serait que trop facile de le rejeter pour ses multiples omissions, incohérences et erreurs. Mais il est important que nous, membres de la communauté de la radioprotection, le prenions au sérieux et réagissions en détail à ses allégations – des effets majeurs des rayonnements à faible dose que nous avons manqués – avec des preuves claires et une explication de la raison pour laquelle nous pensons que c’est faux d’une manière qui non -les spécialistes peuvent clairement comprendre. À l’exception notable de la réponse de Mikhail Balonov [1] au rapport de Yablokov [2] sur Tchernobyl, je pense que c’est quelque chose que nous n’avons pas réussi à faire avec les affirmations précédentes sur les effets majeurs des radiations à faible dose après Tchernobyl.

J’ai été interviewé par Kate Brown pour ce livre lors d’une réunion en Floride sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl. Pendant environ une heure et demie, j’ai été soumis à ce qui m’a semblé être un contre-interrogatoire agressif sur une vaste gamme de sujets liés aux radiations, y compris les études sur les survivants des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, le cancer, les effets sur la faune, la contamination des aliments et la dose. reconstruction. J’ai répondu à toutes ses questions et là où j’avais des doutes plus tard, j’ai fourni des informations et des preuves. Je suis sorti de l’entretien en me sentant épuisé mentalement (vraiment!) Mais néanmoins heureux, voire un peu exalté. Malgré mes réserves sur ses connaissances scientifiques, je pensais que c’était une historienne sérieuse et impartiale déterminée à découvrir la vérité sur la question extrêmement complexe et controversée des conséquences sanitaires et environnementales de Tchernobyl.

J’ai eu tort.

En obtenant la copie de critique de ce livre, je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner d’abord vers les pages traitant de mon entretien (je suppose que la plupart des gens feraient de même). J’ai été choqué et déçu de constater que les informations et les opinions que j’avais données sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl avaient été rejetées. Selon Brown, j’étais un physicien (utilisé presque comme un terme d’abus dans le contexte) qui n’a pas jugé nécessaire d’aller à Tchernobyl pour tirer mes conclusions préformées sur les effets de l’accident. Brown n’a pas rapporté ce que je lui avais dit – j’ai étudié pour la première fois les retombées de Tchernobyl dans la région des lacs anglais en 1990 et j’ai d’abord effectué des travaux sur le terrain dans les zones touchées par Tchernobyl en Ukraine et en Biélorussie en 1994. Je me souviens clairement que j’étais assez inquiet de ce qu’ils étaient – à cette époque – des risques de rayonnement largement inconnus à Tchernobyl. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai visité les zones contaminées de Tchernobyl depuis, mais je suppose que c’est autour de 40. Je suis heureux d’être discuté, mais il est médiocre et biaisé de rejeter mon témoignage (et celui de mon Bélarussien collègues qui ont travaillé dans la zone d’exclusion pendant de nombreuses années).

Ceci, je pense, n’est qu’un symptôme d’une approche profondément imparfaite des informations complexes sur Tchernobyl, mais je vais essayer de donner à ce livre une critique aussi juste que possible. Vous pouvez juger si j’y suis parvenu, mais ce sera certainement plus approfondi que les critiques plutôt superficielles et trompeuses fournies par Nature [3] et un certain nombre d’autres revues et journaux.

Dosimétrie et reconstruction de dose
Le traitement de la dose de rayonnement et de l’estimation de la dose est incontestablement biaisé dans ce livre. L’auteur souhaite faire valoir que «les physiciens» se sont trompés sur les doses de rayonnement après Tchernobyl. Elle commence par une description d’une entrevue avec Lynn Anspaugh, une experte en radiation de renommée internationale qui, entre autres, a codirigé le rapport 2006 du forum «environnemental» de l’AIEA sur Tchernobyl [4]. Au cours de ma brève expérience de contact avec lui lors de la préparation du rapport, je l’ai trouvé très bien informé sur les nombreux aspects du rayonnement et de la reconstruction des doses après Tchernobyl. Kate Brown n’est apparemment pas arrivée à la même conclusion. De son entretien téléphonique, elle tire une information: au début, Anspaugh (estimant vraisemblablement la contamination globale totale de Tchernobyl) n’a pris que deux points de données pour estimer les retombées dans l’ensemble de la Roumanie. Elle utilise ensuite cette information pour tenter de discréditer tout le domaine de la dosimétrie de radioprotection! Je suppose qu’en bon scientifique, Anspaugh s’est rendu compte que dans une estimation initiale des impacts de Tchernobyl (il y a eu de bien meilleures estimations depuis l’inclusion de l’Atlas Russie / Biélorussie / Ukraine / UE [5] et bien d’autres), que les retombées en La Roumanie n’allait pas faire trop de différence et il a fait la meilleure estimation possible.

Ce qui est étonnant (littéralement, époustouflant), c’est que Manual for Survival omet de mentionner, dans la section du livre consacrée à la dosimétrie, toutes les mesures effectuées dans les années qui ont suivi l’accident dans les anciens pays soviétiques et à l’étranger. Je crois que Brown qu’à l’époque soviétique, les informations à ce sujet étaient (impardonnablement) gardées secrètes, mais elles sont là et maintenant vous n’avez pas à fouiller dans les archives soviétiques pour les trouver: rapports et résultats (mais malheureusement pas toutes les données originales ) font partie de la littérature scientifique internationale depuis plus de 20 ans. Par exemple, dans son article pour la conférence de Minsk de 1996 [6], Mikhail Balonov a rapporté «un million de mesures de 134Cs et 137Cs dans le corps».

Ceux qui cherchent à critiquer le consensus sur Tchernobyl accusent souvent les scientifiques de se concentrer uniquement sur un isotope: le radiocaesium. Il est vrai qu’il y a beaucoup plus de mesures et d’études sur le césium que sur d’autres isotopes, car il a une durée de vie relativement longue et peut être mesuré raisonnablement bon marché et facilement par spectrométrie gamma et comptage du corps entier. Mais cela ne signifie pas que d’autres isotopes ont été ignorés: la littérature scientifique contient de nombreux articles sur de nombreux autres isotopes, y compris 131I 90Sr et des éléments transuraniens auxquels Brown aurait pu faire référence, mais qu’il a choisi de ne pas faire. Le court article de Balonov à lui seul [6] mentionne des centaines de mesures du 90Sr, discute du changement des isotopes contribuant à la dose au fil du temps depuis l’accident et présente des modèles de dosimétrie qui incluent les isotopes clés nécessaires pour la prévision à long terme. Il en existe de nombreux autres présentant des modèles de reconstruction de dose. Brown fait beaucoup de cas du «cocktail» de radionucléides auxquels les résidents ont été exposés, en particulier 90Sr: cela a également été abordé dans la littérature scientifique. Balonov [6] déclare: «… en raison de la faible teneur en 90Sr dans le rejet de Tchernobyl et des [faibles] retombées en dehors de la zone de 30 km, sa contribution à la dose efficace interne ne dépasse pas 5 à 10%, selon l’apport calcul et mesures directes de 90Sr dans des os humains (échantillons d’autopsie). Une contribution similaire de l’inhalation de 238Pu 239, Pu 240, Pu et 241Am provenant de 241Pu ne dépassera pas 1% même pour les travailleurs en extérieur ». Il existe une multitude d’autres informations sur tous les aspects de la dosimétrie dans la littérature scientifique, soit des centaines, voire des milliers d’articles. Encore une fois, Brown n’a pas à croire Balonov et tous les autres scientifiques, mais omettre cette preuve est choquant.

Ayant écarté la méthode d’estimation et de reconstruction de dose «des physiciens», Manual for Survival poursuit en affirmant que «les médecins» disposaient d’une méthode bien meilleure qui a été ignorée. Elle cite un travail de Vorobiev (je n’ai pas vu ce travail en russe, mais j’essaierai d’en obtenir une copie) qui revendique une méthode de biodosimétrie basée sur l’analyse des dommages chromosomiques qui est beaucoup plus précise que le comptage du corps entier et la reconstruction de dose. Cette méthode semble donner des doses accumulées beaucoup plus élevées que les méthodes «des physiciens».

Est-il vrai que les méthodes de biodosimétrie sont meilleures que les mesures et les modèles physiques? Autant que je sache, la communauté de la radioprotection n’utilise que la biodosimétrie pour reconstituer les doses après des expositions élevées qui n’ont pas pu être évaluées à l’aide de méthodes physiques. Même les tentatives les plus récentes (utilisant une technologie beaucoup plus sophistiquée que celle disponible en 1986) pour développer un biomarqueur de rayonnement unique pour une exposition à faible dose ont échoué. J’ai vérifié cela avec Geraldine Thomas, professeur de pathologie moléculaire à l’Imperial College et elle a confirmé (comm. Pers.) Que la biodosimétrie ne fonctionne bien que pour des doses élevées. Cela ne veut pas dire que de telles tentatives ne sont pas utiles, mais simplement que l’affirmation de Brown selon laquelle les méthodes biodosimétriques dans l’ex-Union soviétique étaient meilleures que la mesure directe des émetteurs gamma et la reconstruction de dose pour d’autres nucléides est très peu appuyée.

Effets sur la faune
Cette section est tellement biaisée et trompeuse que je ne sais pas par où commencer. Brown a choisi de croire aux preuves d’Anders P. Møller et Tim Mousseau selon lesquelles il existe des effets majeurs du rayonnement sur les organismes à Tchernobyl à des débits de dose bien inférieurs aux prévisions et que la faune est gravement endommagée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl (CEZ). Dans d’autres parties du livre, Brown prend soin de remettre en question la véracité de ses sources. Mais étonnamment, elle omet de mentionner: Anders P Møller est un scientifique très controversé (en radioécologie et dans son domaine précédent de biologie évolutionniste): un article dans Nature rapporte qu’il a été une fois reconnu coupable de manipulation de données par le Comité danois sur la malhonnêteté scientifique ( Nature 427 381, 2004). Cela ne signifie pas automatiquement que lui et Mousseau se trompent sur l’étendue des effets de Tchernobyl, mais il y a beaucoup de preuves qu’ils le sont, par exemple. [7–11]. Brown rejette les témoignages de mes collègues (y compris des scientifiques biélorusses) et moi en m’appelant physicien et en laissant entendre que je ne suis jamais allé à Tchernobyl. Fait intéressant, dans la liste de notes de bas de page apparemment méticuleusement construite, elle cite à tort notre article (montrant des populations de mammifères abondantes dans la CEZ) à tort comme Smith et al ... '' plutôt que Deryabina et al …  » comme il se doit depuis Tatiana Deryabina était le premier auteur. Est-ce une erreur (nous les faisons tous)? Malheureusement, cette erreur cache le fait que les scientifiques biélorusses ont joué un rôle clé dans l’étude, de sorte que Manual for Survival peut affirmer (à tort) que cela a été fait par quelqu’un sans connaissance de la CEZ.

Les omissions dans cette section sont choquantes. Brown n’a pas parlé et ne mentionne pas la seule personne au monde qui est le plus étroitement associée à la faune à Tchernobyl: Sergey Gaschak. Sergey (à sa grande frustration parfois) est la personne à qui les journalistes semblent toujours aller pour se renseigner sur la faune dans la CEZ. Brown peut ne pas être d’accord avec l’opinion de Gaschak (formée à partir de 30 ans dans la zone et d’une connaissance intime des habitats et de la faune de la zone) selon laquelle la faune n’est pas significativement affectée par les radiations à Tchernobyl, mais elle devrait au moins le signaler. Gaschak a d’abord travaillé avec Møller et Mousseau mais a refusé de continuer: il ne faisait pas confiance à leurs rapports de données, en particulier sur l’influence de l’habitat sur la distribution des oiseaux [12]. Brown ne discute pas du travail de Ron Chesser et Robert Baker de la Texas Tech University qui ont passé de nombreuses années à étudier les petits mammifères dans le point chaud de la Forêt Rouge. Ils ont constaté que l’abondance des petits mammifères était similaire dans la forêt rouge aux zones témoins [13] et que les effets génétiques étaient subtils. Les réflexions de Chesser et Baker sur leur longue expérience de la recherche radioécologique à Tchernobyl sont des lectures essentielles pour comprendre ce problème. Encore une fois, vous n’avez pas besoin de fouiller dans les archives soviétiques: leur article, ignoré dans Manual for Survival, est dans American Scientist [14].

Effets sur la santé et maladie chronique des radiations
Ma foi en Brown en tant que journaliste précis des effets des radiations sur la santé a été un peu ébranlée quand j’ai été interviewée par elle. Bien qu’elle ait déjà écrit Plutopia (Oxford University Press, 2013), son récit fascinant, mais scientifiquement imparfait, des programmes d’armes nucléaires américains et soviétiques, elle ne savait très clairement pas que le cancer non lié aux radiations était très répandu dans le monde. Il existe une myriade de statistiques sur la santé à ce sujet, mais vous n’avez pas besoin de chercher aussi loin: Cancer Research UK, par exemple, indique sur son site Web (et dans sa publicité) la projection selon laquelle la moitié des citoyens britanniques auront un cancer à un moment donné. nos vies. J’ai été en outre choqué de lire dans ce livre de Tchernobyl (p 25) la déclaration chauve de Brown selon laquelle les radiations sont la seule cause connue de leucémie myéloïde, dans le contexte impliquant clairement (à tort) qu’il n’y a pas d’autres causes. Brown n’a examiné ni cité aucune des statistiques de santé publique sur l’incidence de la leucémie myéloïde dans les pays du monde entier. Elle ne cite pas non plus le rapport de la Hiroshima and Nagasaki Life Span Study (LSS) [15] qui présente clairement des preuves que le rayonnement est une cause de leucémie myéloïde (très importante à fortes doses), mais est très loin d’être la seule cause, en particulier à faibles débits de dose. Elle ne cite pas non plus sa propre déclaration à la page 168 selon laquelle «les dommages causés par les radiations sont difficiles à isoler et à détecter car ils ne provoquent pas de nouvelles maladies autonomes».

L’affirmation la plus controversée de ce livre est que le rayonnement à très faible dose provoque la maladie chronique des radiations. La maladie chronique des radiations est réelle, ayant été vue pour la première fois (mais reconnue tardivement) à des débits de dose très élevés chez les peintres à cadran au radium il y a un siècle. Elle a été observée chez des travailleurs hautement exposés de l’usine de production de plutonium de Mayak où elle a été diagnostiquée et traitée pour la première fois par Angelina Gus’kova. Dans la première partie du Manuel de survie, Gus’kova est à juste titre décrit comme un héros scientifique («Personne au monde n’avait traité plus de patients atteints de maladie radiologique que Gus’kova» p 13; «Travailler sur des centaines de patients .. .pendant trois décennies, Gus’kova a développé un recueil de connaissances sur la médecine radiologique qui n’avait pas d’équivalent dans le monde »p 15). Comme détaillé dans Manual for Survival, le travail de Gus’kova traitant les premières victimes de Tchernobyl (les 134 personnes souffrant du syndrome des radiations aiguës) a sauvé et prolongé de nombreuses vies. Brown met en contraste la compréhension profonde de Gus’kova de la maladie des radiations avec l’inexpérience relative du médecin américain, Robert Gale, qui a pris l’avion pour aider à soigner les victimes. Brown soutient, avec force, que Gale pensait qu’il savait mieux que le scientifique soviétique et ignorait son expertise.

Malheureusement, le médecin américain n’a pas été le seul à ignorer l’expertise d’Angelina Gus’kova: Brown elle-même le fait. Gus’kova a non seulement traité les personnes souffrant de maladie aiguë des radiations, mais a également contrôlé les évacués et a participé à l’étude des «  liquidateurs  », les centaines de milliers de personnes qui ont travaillé sur l’opération de nettoyage de Tchernobyl en 1986 et 87 et qui ont reçu certaines des doses de rayonnement les plus élevées. Dans un article de 2012, Gus’kova [16] a déclaré que «contrairement au premier groupe [les 134 victimes de l’ARS], ce deuxième groupe d’individus travaillant dans la zone de 30 km, tout comme la population exposée aux radiations [je souligne ], n’a présenté aucune manifestation de maladie des radiations ».

Ainsi, l’expert de renommée mondiale en maladie chronique des radiations a déclaré qu’elle ne croyait pas que ni l’énorme groupe de liquidateurs, ni la population exposée à des rayonnements chroniques à débit de dose relativement faible ne souffrent du mal des radiations. Kate Brown soutiendrait sans aucun doute que le statut élevé de Gus’kova dans la science atomique soviétique et russe lui a fait ignorer les preuves du contraire. Que vous croyiez Gus’kova ou non (je le crois), pour Brown d’exclure cette preuve clé d’un livre d’histoire sur les effets sur la santé de Tchernobyl est une omission de proportions monumentales.

Manual for Survival soutient que les scientifiques occidentaux en savaient moins sur les effets des radiations sur la santé que leurs homologues soviétiques (et post-soviétiques). Des preuves de dommages apparents à la santé des adultes, des enfants et des nouveau-nés dans les régions contaminées sont citées dans des archives en Ukraine et en Biélorussie. Brown affirme que l’étude sur la durée de vie d’Hiroshima et de Nagasaki (sur laquelle le système de radioprotection est largement, mais loin d’être entièrement basé) a manqué de nombreux effets précoces des radiations puisqu’elle n’a commencé qu’en 1950, cinq ans après le largage des bombes. C’est en partie, mais pas entièrement, vrai: les effets de l’exposition fœtale pourraient être et ont été étudiés [17]. Les effets sur les enfants dus à l’exposition pré-conception de leurs parents ont été étudiés et aucun effet n’a été trouvé [18] permettant d’estimer une limite supérieure du risque de mutation intergénérationnelle.

L’actualisation des preuves de l’étude sur la durée de vie permet à Brown de faire valoir que les rayonnements sont bien pires que ce que les organisations des Nations Unies et la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) pensent (mais notez que ces organisations ont consulté et ont eu comme membres d’anciens scientifiques soviétiques clés, y compris l’expert en maladie des rayonnements Angelina Gus’kova). Étonnamment, cependant, Manual for Survival ignore presque toutes les autres preuves scientifiques internationales sur cette question. Des centaines de notes de bas de page détaillent les sources soviétiques et ex-soviétiques, mais il n’y a pratiquement pas de citations des nombreuses études épidémiologiques (pas seulement du LSS) et des milliers d’études radiobiologiques dans la littérature scientifique internationale (voir, pour un seul exemple, l’Oxford Restatement on ce numéro [19]). Les quelques sources internationales citées sont celles (dont certaines très controversées) qui sont en accord avec les diverses hypothèses contradictoires et déroutantes de Brown.

Qu’en est-il des statistiques de santé publique montrant apparemment d’énormes augmentations des malformations congénitales, des cancers et d’un large éventail d’autres maladies dans les populations des territoires contaminés? Bien que Brown ait apparemment découvert de nouvelles preuves d’archives (qui devraient être évaluées, si elles ne l’ont pas déjà été), je suis très sceptique. Je soupçonne (mais je ne sais pas) qu’une grande partie de ces preuves est similaire à celle présentée dans le rapport controversé de Yablokov [2] faisant état de près d’un million de morts à Tchernobyl. Je ne suis pas épidémiologiste, mais j’ai essayé d’examiner ces affirmations.

Premièrement, j’ai de nouveau examiné le rapport 2006 du Forum de l’OMS sur Tchernobyl [20]. Les 45 experts internationaux (dont des experts du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie) ont évalué une multitude de données sur les effets de Tchernobyl sur la santé. Le rapport (étrangement, à peine mentionné dans Manual for Survival) couvre un large éventail de résultats pour la santé, y compris les effets cancéreux et non cancéreux chez les adultes et les enfants, ainsi que les issues défavorables de la grossesse. Il arrive à une conclusion très différente de Manual for Survival. Les experts internationaux ont-ils ignoré ou manqué des preuves clés? Je pense que c’est très improbable, mais ce qui me manque dans le rapport de l’OMS, c’est une explication claire, en termes profanes, des raisons pour lesquelles ces preuves ne sont pas incluses.

J’ai examiné certaines (mais bien sûr pas toutes) de ces preuves et il me semble évident pourquoi une grande partie n’a pas été incluse dans l’analyse de l’OMS. Les études sur les effets sur la santé après Tchernobyl ont souffert de deux problèmes majeurs: des changements et des erreurs dans les rapports avant et après l’accident, et une difficulté à démêler les effets des rayonnements sur la santé de la crise de santé publique en cours pendant et après l’effondrement de l’Union soviétique. Ces deux effets sont réels: ils sont mentionnés dans le Manuel de survie, mais sont écartés lorsque des allégations d’effets énormes sur la santé des rayonnements sont faites.

Problèmes dans les rapports de santé. Je travaille actuellement dans le district de Narodichi en Ukraine sur un petit projet visant à améliorer un peu la vie des habitants des zones touchées en remettant en service des terres agricoles abandonnées, là où cela peut être fait en toute sécurité. Dans le cadre du projet, nous nous sommes entretenus avec Anatoly Prysyazhnyuk, cancérologue et épidémiologiste. Anatoly est né à Narodichi dans une famille de médecins locaux et est un citoyen honoré de Narodichi, mais travaillait à Kiev au moment de l’accident. Il nous a dit qu’en 1987, il avait été contacté par le chef de l’hôpital local. Le chef de l’hôpital était très préoccupé par le fait que les inscriptions au cancer avaient augmenté de manière significative depuis l’accident. Anatoly est retourné dans sa ville natale pour enquêter. Il a constaté que, en effet, les enregistrements de cancer avaient augmenté, mais que cela était dû à des changements signalés, et non à des radiations. Les changements dans la notification des résultats sanitaires sont réels et constituent un élément clé de l’interprétation des statistiques sanitaires, comme le savaient sans doute les 45 experts de l’OMS.

Utilisation abusive des statistiques de santé publique. Dans son examen du rapport défectueux de Yablokov [2], Mikhail Balonov [1] cite des données sur les taux de mortalité à travers la Russie depuis la chute de l’Union soviétique [21]. Comme le note Balonov, les taux de mortalité ont augmenté depuis 1991 dans toutes les régions de la Russie, même en Sibérie, à des milliers de kilomètres de Tchernobyl. Comme le montre la figure 1, les démographes ont attribué cela à la crise économique, à la consommation d’alcool et au tabagisme, et non aux radiations. Les tendances de la mortalité et d’autres résultats sanitaires sont compromis par cette crise sanitaire généralisée. La comparaison des statistiques de santé publique entre les régions contaminées et non contaminées est également très difficile en raison des changements démographiques connus dans les régions contaminées (les jeunes ont tendance à partir, les personnes âgées ont tendance à rester).

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Figure 1. Graphique illustrant les changements d’espérance de vie en Russie (non liés aux radiations) de 1981 à 2002 [29], perte d’espérance de vie dans le groupe de survivants de la bombe atomique à forte dose; prévalence du tabagisme dans les anciens pays soviétiques.

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Curieusement, Kate Brown accepte des problèmes pour distinguer les effets des rayonnements dans les données sur la santé. Son traitement de l’étude de Fred Mettler sur 1656 habitants, enfants compris, des zones touchées et non touchées [22] révèle les énormes contradictions au cœur de la thèse de Brown. Manual for Survival rapporte le résultat de cette étude: aucune différence significative n’a pu être trouvée entre 853 habitants des zones contaminées et 803 habitants des zones témoins. Mais Brown poursuit en tentant de discréditer cette étude. Premièrement, elle fait valoir que les doses n’étaient pas différentes entre les régions témoins et les régions contaminées en raison du commerce des denrées alimentaires. Cela ne tient pas compte du fait que cela (tout en ayant peu de sens) a été vérifié dans l’étude: «Des échantillons de pain, de lait, de légumes et de viande ont également été examinés dans ces établissements témoins. L’analyse a révélé de faibles niveaux de contamination, comme prévu »(IAEA [22] pp 283–84).

Deuxièmement, Brown soutient qu’une étude de 1 600 personnes n’est pas suffisante pour trouver des preuves des effets à faible probabilité sur la santé d’un rayonnement à faible dose. Elle a raison, mais ce qui est étonnant, c’est qu’elle n’applique pas cette logique à nombre des autres affirmations de son livre. Dans la plupart des livres, elle semble revendiquer des effets majeurs sur la santé qui auraient été relevés par le dépistage de l’AIEA. En effet, le rapport [22] comprend une analyse de puissance de l’étude montrant quel type d’effet sur la santé l’étude pourrait détecter. Plus loin dans le livre, Brown soutient ses affirmations sur les effets non cancéreux des rayonnements sur la santé en se référant à des études à grande échelle (des centaines de milliers de sujets) qui peuvent (ou non) indiquer une légère augmentation du risque cardiovasculaire à de faibles débits de dose ( de l’ordre de la majorité des doses reçues par les populations touchées par Tchernobyl). Mais elle ignore le point clé: même s’ils sont réels, ces minuscules effets non cancéreux sur la santé n’ont pas d’importance significative pour la santé des personnes vivant dans des zones contaminées. Ce dont ils doivent s’inquiéter (et s’inquiètent souvent, bien sûr), comme cela a été souligné à maintes reprises [23, 24], ce sont les taux de chômage élevés, le mauvais état de leurs services de santé, leur alimentation, leur alimentation, le tabagisme. , consommation d’alcool, etc.

Cela ne veut pas dire que Tchernobyl n’a eu aucun effet sur la santé. Comme l’a noté Brown, l’effet du cancer qui peut être attribué le plus clairement et sans ambiguïté aux rayonnements est le cancer de la thyroïde chez les enfants et les adultes exposés dans leur enfance à l’I-131 à décomposition rapide dans les semaines qui ont suivi l’accident. L’augmentation dans les régions touchées était importante et pouvait être observée même dans les statistiques nationales de la santé: l’incidence annuelle au Bélarus, par exemple, est passée de moins d’un cas sur 100 000 avant 1986 à 7 à 8 cas pour 100 000 dans les années 90 [25 ] et reste élevée. Il existe des preuves d’une augmentation potentielle du cancer du sein [26], mais il convient de noter que cette étude a conclu que «les taux d’incidence du cancer du sein ajustés en fonction de l’âge dans les régions les plus contaminées du Bélarus et de l’Ukraine sont toujours inférieurs à ceux de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale». . L’incidence d’autres cancers provenant de la reconstruction de dose à travers l’Europe a été estimée par Cardis et al [27, 28], si vous appliquez l’hypothèse linéaire sans seuil (LNT) selon laquelle même de petites doses de rayonnement comportent un risque potentiel.

Baies au radiocaesium en Polessie
Une allégation dans Manual for Survival est que, même après la période initiale de contamination par l’iode, les produits contaminés, en particulier le lait, étaient encore consommés par des personnes dans les années qui ont suivi l’accident, même s’ils dépassaient les limites (assez prudentes) pour le radiocaesium en produits alimentaires en place dans les anciens pays soviétiques. Encore une fois, ce n’est pas un fait historique caché dans les archives soviétiques: il est présent dans la littérature scientifique et dans les statistiques officielles des pays touchés. Dans mon livre co-écrit sur Tchernobyl [30], nous avons reproduit un tableau de Firsakova [31] montrant les changements dans le nombre de kilotonnes de lait et de viande des fermes collectives qui étaient au-dessus des limites d’intervention.

L’une des affirmations «  manchettes  » du Manual for Survival est que les baies contaminées contiennent jusqu’à 3000 Bq kg − 1 de 137Cs (bien au-dessus de la limite ukrainienne) et qu’elles peuvent être mélangées avec des baies non contaminées et exportées vers l’Europe occidentale. Bien sûr, ce n’est pas une bonne chose, mais est-ce vraiment une mauvaise chose? Manual for Survival implique que c’est vraiment dangereux, mais ne fournit aucun contexte pour aider le lecteur à évaluer quel est le risque. Cela peut aider à replacer cela dans le contexte qu’après Tchernobyl, le gouvernement norvégien a pris la décision difficile d’augmenter la limite des concentrations de 137Cs dans la viande de renne jusqu’à 6000 Bq kg − 1 (en 1994, elle a été réduite à 3000 Bq kg − 1). [32]. Pourquoi? Parce qu’ils ont raisonnablement équilibré le risque minime pour les éleveurs de rennes et les consommateurs norvégiens contre les dommages causés par une interdiction aux modes de vie et à la culture de la communauté des éleveurs. Je ne connais pas assez les cueilleurs de baies de Rivne, en Ukraine, pour prendre une telle décision, mais Brown a tort de dire que c’est très dangereux. Je ne préconise en aucun cas de permettre le dépassement des limites réglementaires, mais simplement que briser ces limites très prudentes ne signifie pas que quelque chose est dangereux. En tant que consommateur européen, si je parvenais d’une manière ou d’une autre (un événement extrêmement improbable) à manger un kg entier des baies les plus contaminées, j’aurais une dose supplémentaire équivalente à environ deux radiographies pulmonaires, un vol de retour de Los Angeles à New York. ou 250 fois inférieur à un scanner abdominal.

Les habitants de Polessie consomment en permanence des produits contaminés: c’est pourquoi nous calculons la dose globale. Seule une petite proportion de personnes vivant actuellement dans les régions contaminées reçoit une dose supérieure à 2 mSv par an et la grande majorité reçoit une dose inférieure à 1 mSv par an. Ces débits de dose correspondent bien à la variation du rayonnement de fond naturel dans le monde.

Essais d’armes nucléaires
Manual for Survival soutient que Tchernobyl n’était qu’une accélération d’un processus, dommageable pour toute la planète, commencé lors des essais de bombes atmosphériques des années 50 et 60. Je suis d’accord avec Brown que, si vous croyez en l’hypothèse LNT selon laquelle chaque petite dose de rayonnement comporte un risque, alors les conséquences sur la santé mondiale des essais d’armes nucléaires atmosphériques sont énormes. Comme beaucoup d’allégations dans Manual for Survival, cette affirmation est traitée comme une nouvelle, mais ce n’est qu’une nouvelle alarmante si vous ignorez la masse des preuves scientifiques. Le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) a publié de nombreux rapports à ce sujet. La dose collective estimée à partir des essais d’armes atmosphériques est énorme et éclipse celle de Tchernobyl. Mais les doses individuelles sont, bien entendu, faibles: l’UNSCEAR [33] rapporte un pic de dose efficace totale annuelle en 1963 dans la région de 0,1 mSv. Cela correspond à peu près à la dose équivalente à un vol aller-retour Londres-Los Angeles (à partir du rayonnement cosmique) pour tout le monde dans l’hémisphère nord et à environ un trentième des débits de dose annuels de rayonnement de fond naturel. Toute dose supplémentaire au-dessus du niveau de fond pourrait être un risque potentiel. Mais l’affirmation vague de Brown selon laquelle cela pourrait être une cause importante d’augmentation à long terme de l’incidence du cancer dans le monde, sans aucune preuve à l’appui, n’est pas convaincante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Omissions et erreurs
L’un des principaux défauts de ce livre est que le vaste corpus de connaissances de la littérature scientifique internationale est presque complètement ignoré. Les autres omissions que j’ai notées sont: aucune discussion sur la radioactivité naturelle, aucune mention du traitement thyroïdien par l’I-131, des doses diagnostiques médicales ou toutes les preuves épidémiologiques issues de procédures diagnostiques médicales et thérapeutiques. Il y a plus d’omissions et beaucoup plus d’erreurs que je n’ai eu l’espace pour le signaler ici.

Briser les lois de la physique
Ce sont peut-être des points mineurs, mais je pense que cela indique quelque chose à propos de la mauvaise qualité de ce livre lorsque je dois souligner que Manual for Survival donne foi à trois affirmations qui enfreignent les lois actuelles de la physique:

1.
Cela donne apparemment du crédit à l’idée (p 215) que les essais d’armes nucléaires sur Terre, à travers le vide de l’espace, ont influencé d’une manière ou d’une autre l’activité de l’éruption solaire du Soleil. Il est vrai que les armes nucléaires ont un pouvoir destructeur terrifiant – les plus grosses équivalent à 50 mégatonnes de TNT. Je pourrais écrire un essai sur les raisons pour lesquelles ceux-ci ne pourraient pas influencer l’activité des éruptions solaires, mais peut-être qu’une comparaison de l’énergie relative est la meilleure. J’ai étudié l’astrophysique il y a plus de 30 ans et j’ai oublié ce que j’ai appris sur les éruptions solaires, alors je suis allé sur le site Web de la NASA (https://visibleearth.nasa.gov/view.php?id=55580). J’ai découvert que «les éruptions solaires … sont capables de libérer autant d’énergie qu’un milliard de mégatonnes de TNT», vingt millions de fois plus gros que la plus grosse bombe nucléaire. L’activité solaire, bien sûr, affecte la Terre, notamment dans les particules chargées contribuant au rayonnement de fond cosmique et naturel que nous recevons tous chaque jour. L’omission étonnante de toute discussion sur les doses de rayonnement naturel n’est qu’un autre défaut fatal du Manuel de survie.
2.
Il rapporte (p 302) que «la période pendant laquelle la moitié des 137Cs disparaîtra des forêts de Tchernobyl sera comprise entre 180 et 320 ans», citant le magazine «Wired». La demi-vie de désintégration physique du 137Cs est d’environ 30,2 ans. Dans les années qui ont suivi Tchernobyl, il a été souligné à maintes reprises, par moi et par beaucoup d’autres, que dans les sols riches en matière organique, la demi-vie écologique effective du 137Cs s’approche de sa demi-vie de décomposition physique (par exemple [34]). Mais cela ne peut pas dépasser 30,2 ans, à moins, bien sûr, que les lois de la physique ne soient erronées.
3.
Le dosimètre de Kate Brown «sautait dans l’alarme» dans la zone la plus contaminée de la Forêt Rouge (p 125), apparemment en raison d’un précédent incendie de forêt. J’ai du mal à comprendre ce que Brown veut dire ici, mais elle semble prétendre que son dosimètre lisait 1000 μSv h − 1 alors que normalement la Forêt Rouge lit (très haut) 50–100 μSv h − 1. Ici, Brown affirme qu’un incendie de l’année précédente a entraîné une augmentation de 10 fois du débit de dose parce que le feu a libéré de la radioactivité. Encore une fois, il y a tellement de mal dans cette hypothèse que je ne sais pas par où commencer. Oui, les incendies de forêt peuvent libérer de petites quantités de radioactivité dans l’air, mais pourquoi cela devrait-il avoir une influence significative (10 ×) sur les débits de dose gamma externes? Pour comprendre les effets des incendies de forêt sur la remise en suspension des radionucléides, Brown aurait pu étudier et citer des travaux antérieurs à ce sujet, par ex. [35].
Les lois de la physique ne sont pas gravées dans le marbre et les physiciens font également des erreurs, mais je ne pense pas que nous allons commencer à réécrire les manuels pour le moment. Je ne m’attends pas à ce que Brown comprenne toute la physique de la radioprotection, mais je m’attends à ce qu’elle tienne compte de l’énorme quantité de connaissances et d’opinions scientifiques disponibles.

Que pouvons-nous apprendre de ce livre?
Dans cette revue, je me suis nécessairement concentré principalement sur les (nombreux) défauts et omissions du livre. Manual for Survival est une polémique, pas un livre d’histoire et encore moins un livre scientifique. Brown est à juste titre en colère contre les dissimulations soviétiques (et certaines occidentales), les délocalisations aléatoires et souvent inefficaces. Après Tchernobyl, les gens ont reçu des doses plus importantes que ce dont ils avaient besoin, en particulier les doses thyroïdiennes impardonnablement élevées en raison de l’incapacité de prévenir l’ingestion de 131I dans les premières semaines après l’accident. Elle est également fâchée que les personnes vivant dans les zones contaminées de Tchernobyl aient apparemment été oubliées par la communauté internationale. Les efforts scientifiques et humanitaires internationaux (à de nombreuses exceptions notables) ont été fragmentaires, souvent avec un financement limité et irrégulier, et ont très souvent échoué (en partie à cause de la complexité du travail dans les pays post-soviétiques). Je comparerais le financement incohérent du réaménagement économique dans les zones contaminées de Tchernobyl avec les quelque 1,5 milliard de dollars engagés dans le projet de nouveau confinement sûr et de déclassement des réacteurs.

Je me souviens très bien, au milieu des années 1990, d’étudier les poissons du lac Kozhanovskoe en Russie. Le poisson avait accumulé des concentrations d’activité de 137Cs bien au-dessus des limites d’intervention, mais les gens mangeaient toujours le poisson. Naïvement, j’ai demandé à un pêcheur pourquoi il mangeait ces poissons: il m’a regardé d’un air vide – comme si j’étais venu d’un autre monde – et a répondu sèchement: «qu’attendez-vous que je mange?». À l’époque, il y avait peu de nourriture dans les magasins ruraux. À ce moment-là, j’ai réalisé que la radioactivité du poisson était le moindre des problèmes du pêcheur.

Je suis fâché que trop souvent, dans les pays touchés et à l’étranger, des mythes sur les radiations se soient répandus: je pense que ceux-ci causent de réels dommages à la vie des gens et ont sans aucun doute entravé la reprise après la catastrophe. Manual for Survival perpétue nombre de ces mythes, mais je pense que nous devrions en tirer des leçons. Je suis également en colère contre moi-même et mon domaine scientifique de ne pas avoir travaillé plus dur pour contrer ces mythes. Kate Brown a une compétence de journaliste pour capturer les tragédies individuelles de la vie de nombreuses personnes dans les terres contaminées de Tchernobyl et elle en fait bon usage pour décrire ses nombreuses visites dans ces régions. Le problème est réel, mais je pense que le diagnostic proposé dans Manual for Survival est très faux et dommageable. Les habitants des zones touchées par Tchernobyl ont besoin de plus d’emplois, de plus de développement économique, de meilleurs soins de santé et d’une meilleure nutrition. Les rayonnements actuels devraient être la moindre de leurs préoccupations, même si je comprends pourquoi beaucoup (pas tous) s’inquiètent encore.

Remerciements
Je bénéficie actuellement d’un financement du projet iCLEAR du UK Natural Environment Research Council – Innovating the Tchernobyl Landscape: Environmental Assessment for Rehabilitation and Management (NE / R009619 / 1).

Conflit d’intérêt
J’ai déjà reçu un petit montant de financement de l’industrie nucléaire et un projet plus vaste de la partie NERC financé par Radioactive Waste Management et l’Agence britannique pour l’environnement. Cela sera probablement perçu par certains comme un conflit d’intérêts. Je suis fier d’apporter une petite contribution à la dépollution de l’héritage des déchets nucléaires du Royaume-Uni et à un débat sur l’avenir de l’énergie nucléaire basé sur des preuves scientifiques.

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Journal de la protection radiologique
ARTICLE D’OPINION • L’ARTICLE SUIVANT ISOPEN ACCESS
Examen du manuel de survie par Kate Brown
Jim Smith1

Publié le 21 février 2020 • © 2020 Society for Radiological Protection. Publié au nom de SRP par IOP Publishing Limited. Tous les droits sont réservés.
Journal of Radiological Protection, Volume 40, Numéro 1
Citation Jim Smith 2020 J. Radiol. Prot. 40 337
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Abstrait
Ma revue, basée sur près de trente ans de recherche sur Tchernobyl et des dizaines de visites dans les zones contaminées du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie, fait valoir que Manual for Survival ignore les milliers d’études scientifiques sur Tchernobyl qui sont disponibles dans la littérature scientifique internationale. Ce faisant, il présente un compte rendu biaisé et trompeur des effets de l’accident sur la santé et l’environnement. Je crois que ce livre ne fait que perpétuer les nombreux mythes sur les effets des accidents et n’a que très peu de bases scientifiques solides.

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Manual for Survival est une histoire intéressante, mais profondément imparfaite, des impacts sanitaires et environnementaux de Tchernobyl, la pire catastrophe technologique de l’histoire de l’humanité. Il ne serait que trop facile de le rejeter pour ses multiples omissions, incohérences et erreurs. Mais il est important que nous, membres de la communauté de la radioprotection, le prenions au sérieux et réagissions en détail à ses allégations – des effets majeurs des rayonnements à faible dose que nous avons manqués – avec des preuves claires et une explication de la raison pour laquelle nous pensons que c’est faux d’une manière qui non -les spécialistes peuvent clairement comprendre. À l’exception notable de la réponse de Mikhail Balonov [1] au rapport de Yablokov [2] sur Tchernobyl, je pense que c’est quelque chose que nous n’avons pas réussi à faire avec les affirmations précédentes sur les effets majeurs des radiations à faible dose après Tchernobyl.

J’ai été interviewé par Kate Brown pour ce livre lors d’une réunion en Floride sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl. Pendant environ une heure et demie, j’ai été soumis à ce qui m’a semblé être un contre-interrogatoire agressif sur une vaste gamme de sujets liés aux radiations, y compris les études sur les survivants des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, le cancer, les effets sur la faune, la contamination des aliments et la dose. reconstruction. J’ai répondu à toutes ses questions et là où j’avais des doutes plus tard, j’ai fourni des informations et des preuves. Je suis sorti de l’entretien en me sentant épuisé mentalement (vraiment!) Mais néanmoins heureux, voire un peu exalté. Malgré mes réserves sur ses connaissances scientifiques, je pensais que c’était une historienne sérieuse et impartiale déterminée à découvrir la vérité sur la question extrêmement complexe et controversée des conséquences sanitaires et environnementales de Tchernobyl.

J’ai eu tort.

En obtenant la copie de critique de ce livre, je n’ai pas pu m’empêcher de me tourner d’abord vers les pages traitant de mon entretien (je suppose que la plupart des gens feraient de même). J’ai été choqué et déçu de constater que les informations et les opinions que j’avais données sur les effets des radiations sur la faune à Tchernobyl avaient été rejetées. Selon Brown, j’étais un physicien (utilisé presque comme un terme d’abus dans le contexte) qui n’a pas jugé nécessaire d’aller à Tchernobyl pour tirer mes conclusions préformées sur les effets de l’accident. Brown n’a pas rapporté ce que je lui avais dit – j’ai étudié pour la première fois les retombées de Tchernobyl dans la région des lacs anglais en 1990 et j’ai d’abord effectué des travaux sur le terrain dans les zones touchées par Tchernobyl en Ukraine et en Biélorussie en 1994. Je me souviens clairement que j’étais assez inquiet de ce qu’ils étaient – à cette époque – des risques de rayonnement largement inconnus à Tchernobyl. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai visité les zones contaminées de Tchernobyl depuis, mais je suppose que c’est autour de 40. Je suis heureux d’être discuté, mais il est médiocre et biaisé de rejeter mon témoignage (et celui de mon Bélarussien collègues qui ont travaillé dans la zone d’exclusion pendant de nombreuses années).

Ceci, je pense, n’est qu’un symptôme d’une approche profondément imparfaite des informations complexes sur Tchernobyl, mais je vais essayer de donner à ce livre une critique aussi juste que possible. Vous pouvez juger si j’y suis parvenu, mais ce sera certainement plus approfondi que les critiques plutôt superficielles et trompeuses fournies par Nature [3] et un certain nombre d’autres revues et journaux.

Dosimétrie et reconstruction de dose
Le traitement de la dose de rayonnement et de l’estimation de la dose est incontestablement biaisé dans ce livre. L’auteur souhaite faire valoir que «les physiciens» se sont trompés sur les doses de rayonnement après Tchernobyl. Elle commence par une description d’une entrevue avec Lynn Anspaugh, une experte en radiation de renommée internationale qui, entre autres, a codirigé le rapport 2006 du forum «environnemental» de l’AIEA sur Tchernobyl [4]. Au cours de ma brève expérience de contact avec lui lors de la préparation du rapport, je l’ai trouvé très bien informé sur les nombreux aspects du rayonnement et de la reconstruction des doses après Tchernobyl. Kate Brown n’est apparemment pas arrivée à la même conclusion. De son entretien téléphonique, elle tire une information: au début, Anspaugh (estimant vraisemblablement la contamination globale totale de Tchernobyl) n’a pris que deux points de données pour estimer les retombées dans l’ensemble de la Roumanie. Elle utilise ensuite cette information pour tenter de discréditer tout le domaine de la dosimétrie de radioprotection! Je suppose qu’en bon scientifique, Anspaugh s’est rendu compte que dans une estimation initiale des impacts de Tchernobyl (il y a eu de bien meilleures estimations depuis l’inclusion de l’Atlas Russie / Biélorussie / Ukraine / UE [5] et bien d’autres), que les retombées en La Roumanie n’allait pas faire trop de différence et il a fait la meilleure estimation possible.

Ce qui est étonnant (littéralement, époustouflant), c’est que Manual for Survival omet de mentionner, dans la section du livre consacrée à la dosimétrie, toutes les mesures effectuées dans les années qui ont suivi l’accident dans les anciens pays soviétiques et à l’étranger. Je crois que Brown qu’à l’époque soviétique, les informations à ce sujet étaient (impardonnablement) gardées secrètes, mais elles sont là et maintenant vous n’avez pas à fouiller dans les archives soviétiques pour les trouver: rapports et résultats (mais malheureusement pas toutes les données originales ) font partie de la littérature scientifique internationale depuis plus de 20 ans. Par exemple, dans son article pour la conférence de Minsk de 1996 [6], Mikhail Balonov a rapporté «un million de mesures de 134Cs et 137Cs dans le corps».

Ceux qui cherchent à critiquer le consensus sur Tchernobyl accusent souvent les scientifiques de se concentrer uniquement sur un isotope: le radiocaesium. Il est vrai qu’il y a beaucoup plus de mesures et d’études sur le césium que sur d’autres isotopes, car il a une durée de vie relativement longue et peut être mesuré raisonnablement bon marché et facilement par spectrométrie gamma et comptage du corps entier. Mais cela ne signifie pas que d’autres isotopes ont été ignorés: la littérature scientifique contient de nombreux articles sur de nombreux autres isotopes, y compris 131I 90Sr et des éléments transuraniens auxquels Brown aurait pu faire référence, mais qu’il a choisi de ne pas faire. Le court article de Balonov à lui seul [6] mentionne des centaines de mesures du 90Sr, discute du changement des isotopes contribuant à la dose au fil du temps depuis l’accident et présente des modèles de dosimétrie qui incluent les isotopes clés nécessaires pour la prévision à long terme. Il en existe de nombreux autres présentant des modèles de reconstruction de dose. Brown fait beaucoup de cas du «cocktail» de radionucléides auxquels les résidents ont été exposés, en particulier 90Sr: cela a également été abordé dans la littérature scientifique. Balonov [6] déclare: «… en raison de la faible teneur en 90Sr dans le rejet de Tchernobyl et des [faibles] retombées en dehors de la zone de 30 km, sa contribution à la dose efficace interne ne dépasse pas 5 à 10%, selon l’apport calcul et mesures directes de 90Sr dans des os humains (échantillons d’autopsie). Une contribution similaire de l’inhalation de 238Pu 239, Pu 240, Pu et 241Am provenant de 241Pu ne dépassera pas 1% même pour les travailleurs en extérieur ». Il existe une multitude d’autres informations sur tous les aspects de la dosimétrie dans la littérature scientifique, soit des centaines, voire des milliers d’articles. Encore une fois, Brown n’a pas à croire Balonov et tous les autres scientifiques, mais omettre cette preuve est choquant.

Ayant écarté la méthode d’estimation et de reconstruction de dose «des physiciens», Manual for Survival poursuit en affirmant que «les médecins» disposaient d’une méthode bien meilleure qui a été ignorée. Elle cite un travail de Vorobiev (je n’ai pas vu ce travail en russe, mais j’essaierai d’en obtenir une copie) qui revendique une méthode de biodosimétrie basée sur l’analyse des dommages chromosomiques qui est beaucoup plus précise que le comptage du corps entier et la reconstruction de dose. Cette méthode semble donner des doses accumulées beaucoup plus élevées que les méthodes «des physiciens».

Est-il vrai que les méthodes de biodosimétrie sont meilleures que les mesures et les modèles physiques? Autant que je sache, la communauté de la radioprotection n’utilise que la biodosimétrie pour reconstituer les doses après des expositions élevées qui n’ont pas pu être évaluées à l’aide de méthodes physiques. Même les tentatives les plus récentes (utilisant une technologie beaucoup plus sophistiquée que celle disponible en 1986) pour développer un biomarqueur de rayonnement unique pour une exposition à faible dose ont échoué. J’ai vérifié cela avec Geraldine Thomas, professeur de pathologie moléculaire à l’Imperial College et elle a confirmé (comm. Pers.) Que la biodosimétrie ne fonctionne bien que pour des doses élevées. Cela ne veut pas dire que de telles tentatives ne sont pas utiles, mais simplement que l’affirmation de Brown selon laquelle les méthodes biodosimétriques dans l’ex-Union soviétique étaient meilleures que la mesure directe des émetteurs gamma et la reconstruction de dose pour d’autres nucléides est très peu appuyée.

Effets sur la faune
Cette section est tellement biaisée et trompeuse que je ne sais pas par où commencer. Brown a choisi de croire aux preuves d’Anders P. Møller et Tim Mousseau selon lesquelles il existe des effets majeurs du rayonnement sur les organismes à Tchernobyl à des débits de dose bien inférieurs aux prévisions et que la faune est gravement endommagée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl (CEZ). Dans d’autres parties du livre, Brown prend soin de remettre en question la véracité de ses sources. Mais étonnamment, elle omet de mentionner: Anders P Møller est un scientifique très controversé (en radioécologie et dans son domaine précédent de biologie évolutionniste): un article dans Nature rapporte qu’il a été une fois reconnu coupable de manipulation de données par le Comité danois sur la malhonnêteté scientifique ( Nature 427 381, 2004). Cela ne signifie pas automatiquement que lui et Mousseau se trompent sur l’étendue des effets de Tchernobyl, mais il y a beaucoup de preuves qu’ils le sont, par exemple. [7–11]. Brown rejette les témoignages de mes collègues (y compris des scientifiques biélorusses) et moi en m’appelant physicien et en laissant entendre que je ne suis jamais allé à Tchernobyl. Fait intéressant, dans la liste de notes de bas de page apparemment méticuleusement construite, elle cite à tort notre article (montrant des populations de mammifères abondantes dans la CEZ) à tort comme Smith et al ... '' plutôt que Deryabina et al …  » comme il se doit depuis Tatiana Deryabina était le premier auteur. Est-ce une erreur (nous les faisons tous)? Malheureusement, cette erreur cache le fait que les scientifiques biélorusses ont joué un rôle clé dans l’étude, de sorte que Manual for Survival peut affirmer (à tort) que cela a été fait par quelqu’un sans connaissance de la CEZ.

Les omissions dans cette section sont choquantes. Brown n’a pas parlé et ne mentionne pas la seule personne au monde qui est le plus étroitement associée à la faune à Tchernobyl: Sergey Gaschak. Sergey (à sa grande frustration parfois) est la personne à qui les journalistes semblent toujours aller pour se renseigner sur la faune dans la CEZ. Brown peut ne pas être d’accord avec l’opinion de Gaschak (formée à partir de 30 ans dans la zone et d’une connaissance intime des habitats et de la faune de la zone) selon laquelle la faune n’est pas significativement affectée par les radiations à Tchernobyl, mais elle devrait au moins le signaler. Gaschak a d’abord travaillé avec Møller et Mousseau mais a refusé de continuer: il ne faisait pas confiance à leurs rapports de données, en particulier sur l’influence de l’habitat sur la distribution des oiseaux [12]. Brown ne discute pas du travail de Ron Chesser et Robert Baker de la Texas Tech University qui ont passé de nombreuses années à étudier les petits mammifères dans le point chaud de la Forêt Rouge. Ils ont constaté que l’abondance des petits mammifères était similaire dans la forêt rouge aux zones témoins [13] et que les effets génétiques étaient subtils. Les réflexions de Chesser et Baker sur leur longue expérience de la recherche radioécologique à Tchernobyl sont des lectures essentielles pour comprendre ce problème. Encore une fois, vous n’avez pas besoin de fouiller dans les archives soviétiques: leur article, ignoré dans Manual for Survival, est dans American Scientist [14].

Effets sur la santé et maladie chronique des radiations
Ma foi en Brown en tant que journaliste précis des effets des radiations sur la santé a été un peu ébranlée quand j’ai été interviewée par elle. Bien qu’elle ait déjà écrit Plutopia (Oxford University Press, 2013), son récit fascinant, mais scientifiquement imparfait, des programmes d’armes nucléaires américains et soviétiques, elle ne savait très clairement pas que le cancer non lié aux radiations était très répandu dans le monde. Il existe une myriade de statistiques sur la santé à ce sujet, mais vous n’avez pas besoin de chercher aussi loin: Cancer Research UK, par exemple, indique sur son site Web (et dans sa publicité) la projection selon laquelle la moitié des citoyens britanniques auront un cancer à un moment donné. nos vies. J’ai été en outre choqué de lire dans ce livre de Tchernobyl (p 25) la déclaration chauve de Brown selon laquelle les radiations sont la seule cause connue de leucémie myéloïde, dans le contexte impliquant clairement (à tort) qu’il n’y a pas d’autres causes. Brown n’a examiné ni cité aucune des statistiques de santé publique sur l’incidence de la leucémie myéloïde dans les pays du monde entier. Elle ne cite pas non plus le rapport de la Hiroshima and Nagasaki Life Span Study (LSS) [15] qui présente clairement des preuves que le rayonnement est une cause de leucémie myéloïde (très importante à fortes doses), mais est très loin d’être la seule cause, en particulier à faibles débits de dose. Elle ne cite pas non plus sa propre déclaration à la page 168 selon laquelle «les dommages causés par les radiations sont difficiles à isoler et à détecter car ils ne provoquent pas de nouvelles maladies autonomes».

L’affirmation la plus controversée de ce livre est que le rayonnement à très faible dose provoque la maladie chronique des radiations. La maladie chronique des radiations est réelle, ayant été vue pour la première fois (mais reconnue tardivement) à des débits de dose très élevés chez les peintres à cadran au radium il y a un siècle. Elle a été observée chez des travailleurs hautement exposés de l’usine de production de plutonium de Mayak où elle a été diagnostiquée et traitée pour la première fois par Angelina Gus’kova. Dans la première partie du Manuel de survie, Gus’kova est à juste titre décrit comme un héros scientifique («Personne au monde n’avait traité plus de patients atteints de maladie radiologique que Gus’kova» p 13; «Travailler sur des centaines de patients .. .pendant trois décennies, Gus’kova a développé un recueil de connaissances sur la médecine radiologique qui n’avait pas d’équivalent dans le monde »p 15). Comme détaillé dans Manual for Survival, le travail de Gus’kova traitant les premières victimes de Tchernobyl (les 134 personnes souffrant du syndrome des radiations aiguës) a sauvé et prolongé de nombreuses vies. Brown met en contraste la compréhension profonde de Gus’kova de la maladie des radiations avec l’inexpérience relative du médecin américain, Robert Gale, qui a pris l’avion pour aider à soigner les victimes. Brown soutient, avec force, que Gale pensait qu’il savait mieux que le scientifique soviétique et ignorait son expertise.

Malheureusement, le médecin américain n’a pas été le seul à ignorer l’expertise d’Angelina Gus’kova: Brown elle-même le fait. Gus’kova a non seulement traité les personnes souffrant de maladie aiguë des radiations, mais a également contrôlé les évacués et a participé à l’étude des «  liquidateurs  », les centaines de milliers de personnes qui ont travaillé sur l’opération de nettoyage de Tchernobyl en 1986 et 87 et qui ont reçu certaines des doses de rayonnement les plus élevées. Dans un article de 2012, Gus’kova [16] a déclaré que «contrairement au premier groupe [les 134 victimes de l’ARS], ce deuxième groupe d’individus travaillant dans la zone de 30 km, tout comme la population exposée aux radiations [je souligne ], n’a présenté aucune manifestation de maladie des radiations ».

Ainsi, l’expert de renommée mondiale en maladie chronique des radiations a déclaré qu’elle ne croyait pas que ni l’énorme groupe de liquidateurs, ni la population exposée à des rayonnements chroniques à débit de dose relativement faible ne souffrent du mal des radiations. Kate Brown soutiendrait sans aucun doute que le statut élevé de Gus’kova dans la science atomique soviétique et russe lui a fait ignorer les preuves du contraire. Que vous croyiez Gus’kova ou non (je le crois), pour Brown d’exclure cette preuve clé d’un livre d’histoire sur les effets sur la santé de Tchernobyl est une omission de proportions monumentales.

Manual for Survival soutient que les scientifiques occidentaux en savaient moins sur les effets des radiations sur la santé que leurs homologues soviétiques (et post-soviétiques). Des preuves de dommages apparents à la santé des adultes, des enfants et des nouveau-nés dans les régions contaminées sont citées dans des archives en Ukraine et en Biélorussie. Brown affirme que l’étude sur la durée de vie d’Hiroshima et de Nagasaki (sur laquelle le système de radioprotection est largement, mais loin d’être entièrement basé) a manqué de nombreux effets précoces des radiations puisqu’elle n’a commencé qu’en 1950, cinq ans après le largage des bombes. C’est en partie, mais pas entièrement, vrai: les effets de l’exposition fœtale pourraient être et ont été étudiés [17]. Les effets sur les enfants dus à l’exposition pré-conception de leurs parents ont été étudiés et aucun effet n’a été trouvé [18] permettant d’estimer une limite supérieure du risque de mutation intergénérationnelle.

L’actualisation des preuves de l’étude sur la durée de vie permet à Brown de faire valoir que les rayonnements sont bien pires que ce que les organisations des Nations Unies et la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) pensent (mais notez que ces organisations ont consulté et ont eu comme membres d’anciens scientifiques soviétiques clés, y compris l’expert en maladie des rayonnements Angelina Gus’kova). Étonnamment, cependant, Manual for Survival ignore presque toutes les autres preuves scientifiques internationales sur cette question. Des centaines de notes de bas de page détaillent les sources soviétiques et ex-soviétiques, mais il n’y a pratiquement pas de citations des nombreuses études épidémiologiques (pas seulement du LSS) et des milliers d’études radiobiologiques dans la littérature scientifique internationale (voir, pour un seul exemple, l’Oxford Restatement on ce numéro [19]). Les quelques sources internationales citées sont celles (dont certaines très controversées) qui sont en accord avec les diverses hypothèses contradictoires et déroutantes de Brown.

Qu’en est-il des statistiques de santé publique montrant apparemment d’énormes augmentations des malformations congénitales, des cancers et d’un large éventail d’autres maladies dans les populations des territoires contaminés? Bien que Brown ait apparemment découvert de nouvelles preuves d’archives (qui devraient être évaluées, si elles ne l’ont pas déjà été), je suis très sceptique. Je soupçonne (mais je ne sais pas) qu’une grande partie de ces preuves est similaire à celle présentée dans le rapport controversé de Yablokov [2] faisant état de près d’un million de morts à Tchernobyl. Je ne suis pas épidémiologiste, mais j’ai essayé d’examiner ces affirmations.

Premièrement, j’ai de nouveau examiné le rapport 2006 du Forum de l’OMS sur Tchernobyl [20]. Les 45 experts internationaux (dont des experts du Bélarus, de l’Ukraine et de la Russie) ont évalué une multitude de données sur les effets de Tchernobyl sur la santé. Le rapport (étrangement, à peine mentionné dans Manual for Survival) couvre un large éventail de résultats pour la santé, y compris les effets cancéreux et non cancéreux chez les adultes et les enfants, ainsi que les issues défavorables de la grossesse. Il arrive à une conclusion très différente de Manual for Survival. Les experts internationaux ont-ils ignoré ou manqué des preuves clés? Je pense que c’est très improbable, mais ce qui me manque dans le rapport de l’OMS, c’est une explication claire, en termes profanes, des raisons pour lesquelles ces preuves ne sont pas incluses.

J’ai examiné certaines (mais bien sûr pas toutes) de ces preuves et il me semble évident pourquoi une grande partie n’a pas été incluse dans l’analyse de l’OMS. Les études sur les effets sur la santé après Tchernobyl ont souffert de deux problèmes majeurs: des changements et des erreurs dans les rapports avant et après l’accident, et une difficulté à démêler les effets des rayonnements sur la santé de la crise de santé publique en cours pendant et après l’effondrement de l’Union soviétique. Ces deux effets sont réels: ils sont mentionnés dans le Manuel de survie, mais sont écartés lorsque des allégations d’effets énormes sur la santé des rayonnements sont faites.

Problèmes dans les rapports de santé. Je travaille actuellement dans le district de Narodichi en Ukraine sur un petit projet visant à améliorer un peu la vie des habitants des zones touchées en remettant en service des terres agricoles abandonnées, là où cela peut être fait en toute sécurité. Dans le cadre du projet, nous nous sommes entretenus avec Anatoly Prysyazhnyuk, cancérologue et épidémiologiste. Anatoly est né à Narodichi dans une famille de médecins locaux et est un citoyen honoré de Narodichi, mais travaillait à Kiev au moment de l’accident. Il nous a dit qu’en 1987, il avait été contacté par le chef de l’hôpital local. Le chef de l’hôpital était très préoccupé par le fait que les inscriptions au cancer avaient augmenté de manière significative depuis l’accident. Anatoly est retourné dans sa ville natale pour enquêter. Il a constaté que, en effet, les enregistrements de cancer avaient augmenté, mais que cela était dû à des changements signalés, et non à des radiations. Les changements dans la notification des résultats sanitaires sont réels et constituent un élément clé de l’interprétation des statistiques sanitaires, comme le savaient sans doute les 45 experts de l’OMS.

Utilisation abusive des statistiques de santé publique. Dans son examen du rapport défectueux de Yablokov [2], Mikhail Balonov [1] cite des données sur les taux de mortalité à travers la Russie depuis la chute de l’Union soviétique [21]. Comme le note Balonov, les taux de mortalité ont augmenté depuis 1991 dans toutes les régions de la Russie, même en Sibérie, à des milliers de kilomètres de Tchernobyl. Comme le montre la figure 1, les démographes ont attribué cela à la crise économique, à la consommation d’alcool et au tabagisme, et non aux radiations. Les tendances de la mortalité et d’autres résultats sanitaires sont compromis par cette crise sanitaire généralisée. La comparaison des statistiques de santé publique entre les régions contaminées et non contaminées est également très difficile en raison des changements démographiques connus dans les régions contaminées (les jeunes ont tendance à partir, les personnes âgées ont tendance à rester).

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Figure 1. Graphique illustrant les changements d’espérance de vie en Russie (non liés aux radiations) de 1981 à 2002 [29], perte d’espérance de vie dans le groupe de survivants de la bombe atomique à forte dose; prévalence du tabagisme dans les anciens pays soviétiques.

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Curieusement, Kate Brown accepte des problèmes pour distinguer les effets des rayonnements dans les données sur la santé. Son traitement de l’étude de Fred Mettler sur 1656 habitants, enfants compris, des zones touchées et non touchées [22] révèle les énormes contradictions au cœur de la thèse de Brown. Manual for Survival rapporte le résultat de cette étude: aucune différence significative n’a pu être trouvée entre 853 habitants des zones contaminées et 803 habitants des zones témoins. Mais Brown poursuit en tentant de discréditer cette étude. Premièrement, elle fait valoir que les doses n’étaient pas différentes entre les régions témoins et les régions contaminées en raison du commerce des denrées alimentaires. Cela ne tient pas compte du fait que cela (tout en ayant peu de sens) a été vérifié dans l’étude: «Des échantillons de pain, de lait, de légumes et de viande ont également été examinés dans ces établissements témoins. L’analyse a révélé de faibles niveaux de contamination, comme prévu »(IAEA [22] pp 283–84).

Deuxièmement, Brown soutient qu’une étude de 1 600 personnes n’est pas suffisante pour trouver des preuves des effets à faible probabilité sur la santé d’un rayonnement à faible dose. Elle a raison, mais ce qui est étonnant, c’est qu’elle n’applique pas cette logique à nombre des autres affirmations de son livre. Dans la plupart des livres, elle semble revendiquer des effets majeurs sur la santé qui auraient été relevés par le dépistage de l’AIEA. En effet, le rapport [22] comprend une analyse de puissance de l’étude montrant quel type d’effet sur la santé l’étude pourrait détecter. Plus loin dans le livre, Brown soutient ses affirmations sur les effets non cancéreux des rayonnements sur la santé en se référant à des études à grande échelle (des centaines de milliers de sujets) qui peuvent (ou non) indiquer une légère augmentation du risque cardiovasculaire à de faibles débits de dose ( de l’ordre de la majorité des doses reçues par les populations touchées par Tchernobyl). Mais elle ignore le point clé: même s’ils sont réels, ces minuscules effets non cancéreux sur la santé n’ont pas d’importance significative pour la santé des personnes vivant dans des zones contaminées. Ce dont ils doivent s’inquiéter (et s’inquiètent souvent, bien sûr), comme cela a été souligné à maintes reprises [23, 24], ce sont les taux de chômage élevés, le mauvais état de leurs services de santé, leur alimentation, leur alimentation, le tabagisme. , consommation d’alcool, etc.

Cela ne veut pas dire que Tchernobyl n’a eu aucun effet sur la santé. Comme l’a noté Brown, l’effet du cancer qui peut être attribué le plus clairement et sans ambiguïté aux rayonnements est le cancer de la thyroïde chez les enfants et les adultes exposés dans leur enfance à l’I-131 à décomposition rapide dans les semaines qui ont suivi l’accident. L’augmentation dans les régions touchées était importante et pouvait être observée même dans les statistiques nationales de la santé: l’incidence annuelle au Bélarus, par exemple, est passée de moins d’un cas sur 100 000 avant 1986 à 7 à 8 cas pour 100 000 dans les années 90 [25 ] et reste élevée. Il existe des preuves d’une augmentation potentielle du cancer du sein [26], mais il convient de noter que cette étude a conclu que «les taux d’incidence du cancer du sein ajustés en fonction de l’âge dans les régions les plus contaminées du Bélarus et de l’Ukraine sont toujours inférieurs à ceux de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale». . L’incidence d’autres cancers provenant de la reconstruction de dose à travers l’Europe a été estimée par Cardis et al [27, 28], si vous appliquez l’hypothèse linéaire sans seuil (LNT) selon laquelle même de petites doses de rayonnement comportent un risque potentiel.

Baies au radiocaesium en Polessie
Une allégation dans Manual for Survival est que, même après la période initiale de contamination par l’iode, les produits contaminés, en particulier le lait, étaient encore consommés par des personnes dans les années qui ont suivi l’accident, même s’ils dépassaient les limites (assez prudentes) pour le radiocaesium en produits alimentaires en place dans les anciens pays soviétiques. Encore une fois, ce n’est pas un fait historique caché dans les archives soviétiques: il est présent dans la littérature scientifique et dans les statistiques officielles des pays touchés. Dans mon livre co-écrit sur Tchernobyl [30], nous avons reproduit un tableau de Firsakova [31] montrant les changements dans le nombre de kilotonnes de lait et de viande des fermes collectives qui étaient au-dessus des limites d’intervention.

L’une des affirmations «  manchettes  » du Manual for Survival est que les baies contaminées contiennent jusqu’à 3000 Bq kg − 1 de 137Cs (bien au-dessus de la limite ukrainienne) et qu’elles peuvent être mélangées avec des baies non contaminées et exportées vers l’Europe occidentale. Bien sûr, ce n’est pas une bonne chose, mais est-ce vraiment une mauvaise chose? Manual for Survival implique que c’est vraiment dangereux, mais ne fournit aucun contexte pour aider le lecteur à évaluer quel est le risque. Cela peut aider à replacer cela dans le contexte qu’après Tchernobyl, le gouvernement norvégien a pris la décision difficile d’augmenter la limite des concentrations de 137Cs dans la viande de renne jusqu’à 6000 Bq kg − 1 (en 1994, elle a été réduite à 3000 Bq kg − 1). [32]. Pourquoi? Parce qu’ils ont raisonnablement équilibré le risque minime pour les éleveurs de rennes et les consommateurs norvégiens contre les dommages causés par une interdiction aux modes de vie et à la culture de la communauté des éleveurs. Je ne connais pas assez les cueilleurs de baies de Rivne, en Ukraine, pour prendre une telle décision, mais Brown a tort de dire que c’est très dangereux. Je ne préconise en aucun cas de permettre le dépassement des limites réglementaires, mais simplement que briser ces limites très prudentes ne signifie pas que quelque chose est dangereux. En tant que consommateur européen, si je parvenais d’une manière ou d’une autre (un événement extrêmement improbable) à manger un kg entier des baies les plus contaminées, j’aurais une dose supplémentaire équivalente à environ deux radiographies pulmonaires, un vol de retour de Los Angeles à New York. ou 250 fois inférieur à un scanner abdominal.

Les habitants de Polessie consomment en permanence des produits contaminés: c’est pourquoi nous calculons la dose globale. Seule une petite proportion de personnes vivant actuellement dans les régions contaminées reçoit une dose supérieure à 2 mSv par an et la grande majorité reçoit une dose inférieure à 1 mSv par an. Ces débits de dose correspondent bien à la variation du rayonnement de fond naturel dans le monde.

Essais d’armes nucléaires
Manual for Survival soutient que Tchernobyl n’était qu’une accélération d’un processus, dommageable pour toute la planète, commencé lors des essais de bombes atmosphériques des années 50 et 60. Je suis d’accord avec Brown que, si vous croyez en l’hypothèse LNT selon laquelle chaque petite dose de rayonnement comporte un risque, alors les conséquences sur la santé mondiale des essais d’armes nucléaires atmosphériques sont énormes. Comme beaucoup d’allégations dans Manual for Survival, cette affirmation est traitée comme une nouvelle, mais ce n’est qu’une nouvelle alarmante si vous ignorez la masse des preuves scientifiques. Le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) a publié de nombreux rapports à ce sujet. La dose collective estimée à partir des essais d’armes atmosphériques est énorme et éclipse celle de Tchernobyl. Mais les doses individuelles sont, bien entendu, faibles: l’UNSCEAR [33] rapporte un pic de dose efficace totale annuelle en 1963 dans la région de 0,1 mSv. Cela correspond à peu près à la dose équivalente à un vol aller-retour Londres-Los Angeles (à partir du rayonnement cosmique) pour tout le monde dans l’hémisphère nord et à environ un trentième des débits de dose annuels de rayonnement de fond naturel. Toute dose supplémentaire au-dessus du niveau de fond pourrait être un risque potentiel. Mais l’affirmation vague de Brown selon laquelle cela pourrait être une cause importante d’augmentation à long terme de l’incidence du cancer dans le monde, sans aucune preuve à l’appui, n’est pas convaincante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Omissions et erreurs
L’un des principaux défauts de ce livre est que le vaste corpus de connaissances de la littérature scientifique internationale est presque complètement ignoré. Les autres omissions que j’ai notées sont: aucune discussion sur la radioactivité naturelle, aucune mention du traitement thyroïdien par l’I-131, des doses diagnostiques médicales ou toutes les preuves épidémiologiques issues de procédures diagnostiques médicales et thérapeutiques. Il y a plus d’omissions et beaucoup plus d’erreurs que je n’ai eu l’espace pour le signaler ici.

Briser les lois de la physique
Ce sont peut-être des points mineurs, mais je pense que cela indique quelque chose à propos de la mauvaise qualité de ce livre lorsque je dois souligner que Manual for Survival donne foi à trois affirmations qui enfreignent les lois actuelles de la physique:

1.
Cela donne apparemment du crédit à l’idée (p 215) que les essais d’armes nucléaires sur Terre, à travers le vide de l’espace, ont influencé d’une manière ou d’une autre l’activité de l’éruption solaire du Soleil. Il est vrai que les armes nucléaires ont un pouvoir destructeur terrifiant – les plus grosses équivalent à 50 mégatonnes de TNT. Je pourrais écrire un essai sur les raisons pour lesquelles ceux-ci ne pourraient pas influencer l’activité des éruptions solaires, mais peut-être qu’une comparaison de l’énergie relative est la meilleure. J’ai étudié l’astrophysique il y a plus de 30 ans et j’ai oublié ce que j’ai appris sur les éruptions solaires, alors je suis allé sur le site Web de la NASA (https://visibleearth.nasa.gov/view.php?id=55580). J’ai découvert que «les éruptions solaires … sont capables de libérer autant d’énergie qu’un milliard de mégatonnes de TNT», vingt millions de fois plus gros que la plus grosse bombe nucléaire. L’activité solaire, bien sûr, affecte la Terre, notamment dans les particules chargées contribuant au rayonnement de fond cosmique et naturel que nous recevons tous chaque jour. L’omission étonnante de toute discussion sur les doses de rayonnement naturel n’est qu’un autre défaut fatal du Manuel de survie.
2.
Il rapporte (p 302) que «la période pendant laquelle la moitié des 137Cs disparaîtra des forêts de Tchernobyl sera comprise entre 180 et 320 ans», citant le magazine «Wired». La demi-vie de désintégration physique du 137Cs est d’environ 30,2 ans. Dans les années qui ont suivi Tchernobyl, il a été souligné à maintes reprises, par moi et par beaucoup d’autres, que dans les sols riches en matière organique, la demi-vie écologique effective du 137Cs s’approche de sa demi-vie de décomposition physique (par exemple [34]). Mais cela ne peut pas dépasser 30,2 ans, à moins, bien sûr, que les lois de la physique ne soient erronées.
3.
Le dosimètre de Kate Brown «sautait dans l’alarme» dans la zone la plus contaminée de la Forêt Rouge (p 125), apparemment en raison d’un précédent incendie de forêt. J’ai du mal à comprendre ce que Brown veut dire ici, mais elle semble prétendre que son dosimètre lisait 1000 μSv h − 1 alors que normalement la Forêt Rouge lit (très haut) 50–100 μSv h − 1. Ici, Brown affirme qu’un incendie de l’année précédente a entraîné une augmentation de 10 fois du débit de dose parce que le feu a libéré de la radioactivité. Encore une fois, il y a tellement de mal dans cette hypothèse que je ne sais pas par où commencer. Oui, les incendies de forêt peuvent libérer de petites quantités de radioactivité dans l’air, mais pourquoi cela devrait-il avoir une influence significative (10 ×) sur les débits de dose gamma externes? Pour comprendre les effets des incendies de forêt sur la remise en suspension des radionucléides, Brown aurait pu étudier et citer des travaux antérieurs à ce sujet, par ex. [35].
Les lois de la physique ne sont pas gravées dans le marbre et les physiciens font également des erreurs, mais je ne pense pas que nous allons commencer à réécrire les manuels pour le moment. Je ne m’attends pas à ce que Brown comprenne toute la physique de la radioprotection, mais je m’attends à ce qu’elle tienne compte de l’énorme quantité de connaissances et d’opinions scientifiques disponibles.

Que pouvons-nous apprendre de ce livre?
Dans cette revue, je me suis nécessairement concentré principalement sur les (nombreux) défauts et omissions du livre. Manual for Survival est une polémique, pas un livre d’histoire et encore moins un livre scientifique. Brown est à juste titre en colère contre les dissimulations soviétiques (et certaines occidentales), les délocalisations aléatoires et souvent inefficaces. Après Tchernobyl, les gens ont reçu des doses plus importantes que ce dont ils avaient besoin, en particulier les doses thyroïdiennes impardonnablement élevées en raison de l’incapacité de prévenir l’ingestion de 131I dans les premières semaines après l’accident. Elle est également fâchée que les personnes vivant dans les zones contaminées de Tchernobyl aient apparemment été oubliées par la communauté internationale. Les efforts scientifiques et humanitaires internationaux (à de nombreuses exceptions notables) ont été fragmentaires, souvent avec un financement limité et irrégulier, et ont très souvent échoué (en partie à cause de la complexité du travail dans les pays post-soviétiques). Je comparerais le financement incohérent du réaménagement économique dans les zones contaminées de Tchernobyl avec les quelque 1,5 milliard de dollars engagés dans le projet de nouveau confinement sûr et de déclassement des réacteurs.

Je me souviens très bien, au milieu des années 1990, d’étudier les poissons du lac Kozhanovskoe en Russie. Le poisson avait accumulé des concentrations d’activité de 137Cs bien au-dessus des limites d’intervention, mais les gens mangeaient toujours le poisson. Naïvement, j’ai demandé à un pêcheur pourquoi il mangeait ces poissons: il m’a regardé d’un air vide – comme si j’étais venu d’un autre monde – et a répondu sèchement: «qu’attendez-vous que je mange?». À l’époque, il y avait peu de nourriture dans les magasins ruraux. À ce moment-là, j’ai réalisé que la radioactivité du poisson était le moindre des problèmes du pêcheur.

Je suis fâché que trop souvent, dans les pays touchés et à l’étranger, des mythes sur les radiations se soient répandus: je pense que ceux-ci causent de réels dommages à la vie des gens et ont sans aucun doute entravé la reprise après la catastrophe. Manual for Survival perpétue nombre de ces mythes, mais je pense que nous devrions en tirer des leçons. Je suis également en colère contre moi-même et mon domaine scientifique de ne pas avoir travaillé plus dur pour contrer ces mythes. Kate Brown a une compétence de journaliste pour capturer les tragédies individuelles de la vie de nombreuses personnes dans les terres contaminées de Tchernobyl et elle en fait bon usage pour décrire ses nombreuses visites dans ces régions. Le problème est réel, mais je pense que le diagnostic proposé dans Manual for Survival est très faux et dommageable. Les habitants des zones touchées par Tchernobyl ont besoin de plus d’emplois, de plus de développement économique, de meilleurs soins de santé et d’une meilleure nutrition. Les rayonnements actuels devraient être la moindre de leurs préoccupations, même si je comprends pourquoi beaucoup (pas tous) s’inquiètent encore.

Remerciements
Je bénéficie actuellement d’un financement du projet iCLEAR du UK Natural Environment Research Council – Innovating the Tchernobyl Landscape: Environmental Assessment for Rehabilitation and Management (NE / R009619 / 1).

Conflit d’intérêt
J’ai déjà reçu un petit montant de financement de l’industrie nucléaire et un projet plus vaste de la partie NERC financé par Radioactive Waste Management et l’Agence britannique pour l’environnement. Cela sera probablement perçu par certains comme un conflit d’intérêts. Je suis fier d’apporter une petite contribution à la dépollution de l’héritage des déchets nucléaires du Royaume-Uni et à un débat sur l’avenir de l’énergie nucléaire basé sur des preuves scientifiques.

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« NON au business scandaleux de l’éolien !NON au business scandaleux de l’éolien ! »

https://news.contribuables-infos.org/index.php/component/acym/archive/3618-non-au-business-scandaleux-de-l-eolien

Eudes Baufreton
Directeur de Contribuables Associés

 Paris, avril 2021

 

Cher ami contribuable,

 

C’est l’histoire d’une escroquerie.

L’histoire d’une idéologie bobo, transformée en un business ultra juteux au profit de quelques-uns. Sur le dos des Français.

2001, le ministre écologiste Yves Cochet décide de MASSIVEMENT subventionner l’éolien.

S’ouvre alors le grand bal des milliardaires… Une véritable ruée vers l’or !

Derrière les éoliennes, il y a du lourd : riches fonds de pensions, associations anti-nucléaire devenues promoteurs éoliens, gros groupes gaziers & pétroliers, Chinois à l’affût…

Tous se bousculent au portillon des subventions qui coulent à flot…

Ils ont trouvé la poule aux œufs d’or. Un investissement « zéro risque » qui crache des milliards 100 % garanti par l’Etat. Pendant 15 à 20 ans.

Alors que les Français crèvent des conséquences financières du confinement, « les promoteurs éoliens attendent leur argent, couchés dans des hamacs, avec des rentabilités sur fonds propres de l’ordre de 25 % par an ! » s’insurge Patrice Cahart, Inspecteur général des finances.

25% ! Les Français, eux, doivent se contenter de 0,5% sur leur livret d’épargne…

Enrichissement massif garanti ! Le cash dégouline de partout…

Vingt ans que l’État engloutit l’argent public. Votre argent !

Dix ans que la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme : les énergies renouvelables (EnR) coûtent un bras aux Français. Et sont inefficaces. 

• En 2018, la Cour chiffre à 121 milliards d’euros l’engagement d’argent public dans les EnR (sur la base des installations connectées fin 2016)

• Elle chiffre le coût des contrats éoliens à « 40,7 milliards d’euros en 20 ans » pour… « 2% de la production électrique française ».

C’est colossal.

 

Un trafic en or massif, 100% garanti par l’État

Voici comment ça marche :

EDF a obligation d’acheter l’électricité éolienne au prix fort, entre 70 et 91 €/Mwh (pour l’éolien terrestre) et entre 180 et 220 €/Mwh (pour l’éolien en mer). Puis revend instantanément cette énergie sur le marché au prix de 32€/Mwh. Donc à perte. 

1 – EDF paye donc cette électricité 3 à 6 fois le prix du marché. 

2 – Cet argent va directement remplir les poches des gros bonnets de l’éolien.

3 – Le consommateur-contribuable renfloue les pertes

4 – Et ce « trafic en or massif » est garanti par l’État pendant 15 à 20 ans !

C’est un « système de transfert MASSIF de ressources », financé par les consommateurs-contribuables, et qui a permis « l’émergence de fortunes colossales ». Et c’est M. Lévy, PDG d’EDF, qui le dit. Ce monsieur SAIT de quoi il parle.

Et c’est le contribuable-consommateur qui paye !

Oui ! Vous. Encore vous. Toujours vous.

Via la taxe sur l’essence (TICPE) et la taxe sur l’électricité (CSPE).

• Vous faites le plein de votre voiture ? BOOM… vous financez les « gros bonnets de l’éolien » !

• Vous payez votre facture EDF ? BOOM… vous enrichissez les « arnaqueurs de l’écologie » !

Comme toujours, on prend aux petits, pour subventionner les gros !

La CSPE prélevée sur la facture EDF est passé de 96 millions d’euros en 2005, à 6 milliards aujourd’hui. Et dépassera 7 milliards en 2025 ! 

‍Voilà pourquoi votre facture EDF s’envole. Parce qu’EDF « se rembourse sur la bête » …

Parce qu’on subventionne l’éolien à mort. En tapant dans vos poches.

Et en plus vous payez 20% de TVA sur la CSPE ! C’est scandaleux.

Allons-nous rester pieds et poings liés, otages d’un système vorace qui ponctionne massivement les Français au profit des trafiquants du vent ? 

Non ! Entrons en Résistance. Battons-nous. C’est maintenant ou jamais car le vent est en train de tourner :

 

Partout, on fait marche arrière, mais la France fonce tête baissée !

La Pologne démantèle ses éoliennes. La Norvège arrête son plan d’installation d’éoliennes. En Europe, on constate en 2019 une baisse de 30% des éoliennes installées. Baisse qui atteint 82% en Allemagne. Prise de conscience internationale…

Et en France, le gouvernement, lui, impose une transition énergétique brutale aux Français. En catimini :

Par le décret du 21 avril 2020, adopté en pleine crise du Covid, contre l’avis des consultations préalables, le gouvernement inscrit la prolifération des éoliennes au rang des priorités nationales.

Décret qui prévoit de passer de 8 000 à 20 000, le nombre d’aéro-générateurs d’ici 2028.

Pitié pour nos beaux paysages ! Pitié pour notre porte-monnaie !

C’est une INVASION. Que nous SUBISSONS à NOS FRAIS.

Stop ! Ça suffit ! La priorité est de renflouer notre économie, de créer des lits de réanimation, de sauver nos retraites… Pas d’engraisser les brasseurs de vent sur le dos des contribuables-consommateurs.

Il est urgent de faire barrage à ces rapaces qui vivent au crochet de l’argent public. NOTRE ARGENT ! Dont ils s’abreuvent goulûment.

On vous dit que c’est pour la bonne cause… Faux ! Ils vous mentent :

 

Ces mastodontes vrombissants sont un vrai fléau écologique

Jusqu’à 240 m de haut (plus que la tour Montparnasse) avec des pales de 100 m de long… ce sont des monstres de béton et d’acier.

Dispensés de permis de construire, ils poussent partout : aucune restriction ! En mer, montagne, sur les côtes, dans les parcs naturels…

Les pales sont NON recyclables car hautement toxiques. Au bout de 20 ans, il faut les enterrer comme les déchets radioactifs.

Un socle d’éolienne, c’est 50 tonnes de ferraille et 1500 tonnes de béton armé. Et 600 000 euros à démanteler.

Une éolienne tourne à 22% de sa capacité. 15% au bout de 10 ans. Trop peu de vent : ça ne tourne pas. Trop de vent : il faut l’arrêter.

Et pour combler cette intermittence, on est obligé de développer des centrales au gaz au fur et à mesure qu’on implante des éoliennes : union forcée. Or ces usines émettent du CO², du gaz à effet de serre !

Les chiffres de l’ADEME* sont sans appel : le nucléaire génère 6 g de CO² par kWh. Contre 10 g pour l’éolien (auxquels il faut ajouter 50 à 200 g pour les technologies de stockage) et 400 g pour une centrale à gaz.

 *Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

Et je ne parle même pas des effets désastreux sur la santé, largement documentés par des rapports scientifiques de plus en plus nombreux.

En mer, les poissons disparaissent à 50 km autour d’une éolienne. Les baleines s’échouent. Sur terre, la population d’oiseaux s’effondre. Dans les prés, les vaches sont retrouvées mortes.

C’est un vent de folie, vous dis-je. Il est urgent d’ouvrir les yeux :

 

La « fabrique du consentement » vous hypnotise

La propagande des lobbyistes du vent tourne à plein régime.

Omerta. Dissimulations. Désinformation. Sondages manipulés. Enquêtes biaisées.

On vous ment sur toute la ligne. On vous hypnose pour mieux vous manipuler. Pour continuer à vous taxer en toute tranquillité.

Ces structures d’influence sont partout, jusqu’au cœur du ministère de l’Ecologie.

Et l’Elysée leur ouvre un boulevard ! Dégage les obstacles !

Sur le terrain, les promoteurs passent en force contre tous. Ces monstres d’acier sont implantés de façon quasi totalitaire.

La quasi-totalité des recours en justice par les citoyens ont été supprimés. Faire appel est devenu impossible. Un véritable déni de démocratie.

Et comme ces éoliennes sont de véritables pompes à fric, on arrose les uns, on achète le silence des autres, on implante de force. Puis on encaisse des subventions pendant 20 ans…

Ces Khmers verts sont redoutables. Ils écrasent tout sur leur passage. Se gavent. Et nous payons !

Et que dire des prises illégales d’intérêts …

Dans l’éolien terrestre, les fraudes sont massives. 2014 : le service Central de prévention de la corruption (institution du ministère de la Justice) tire la sonnette d’alarme face à ce phénomène d’ampleur.

250 dossiers sont ouverts. Partout en France, les magistrats de ce service enquêtent… et voilà que soudain, le gouvernement Hollande décide de fusionner ce service avec l’Agence française anticorruption.

Les 250 dossiers sont enterrés… Fin de l’histoire !

L’impunité est totale pour les gros bonnets de l’éolien… Mais quand c’est vous qui sortez sans masque, c’est tolérance ZERO !

Nous devons les arrêter. Rejoignez le combat ! Car l’enjeu est énorme.

 

Voici ce qui se prépare :

Notre bouquet énergétique est composé principalement de nucléaire et d’hydroélectrique : notre électricité est sans carbone à 90%. Très fiable. Et coûte 70 % moins cher qu’en Allemagne.

Nous, Français, on devrait en être fier ! Mais non. Bien au contraire.

Le programme Macron, c’est : débrancher nos centrales nucléaires. Vendre nos centrales hydroélectriques. Installer le renouvelable. Et faire passer notre production électrique sous pavillon étranger.

1 – Nous allons perdre notre souveraineté énergétique 

2 – Et ça va faire exploser le prix de l’électricité.

‍Car le prix de l’électricité augmente avec la part des EnR (énergies renouvelables) dans le bouquet énergétique. Voilà pourquoi, Danois et Allemands, rois de l’éolien, payent 29 centimes d’euros le kilowatt heure quand nous payons 18,5 c€/kWh (en 2019).

Et ce n’est qu’un début ! L’électrification du parc automobile et du chauffage des bâtiments fera exploser la demande d’électricité et flamber le prix encore plus.

C’est une DOUBLE PONCTION de notre POUVOIR D’ACHAT qui se prépare :

1 – Vous financez au prix fort l’installation des énergies renouvelables (Déjà plus de 121 milliards au compteur…)

2 – Et ensuite, vous passez à la caisse quand arrivera la facture d’électricité

Double jackpot pour les gros bonnets du vent. Double peine pour les contribuables consommateurs.

Plus c’est gros, plus ça passe ! C’est une véritable escroquerie.

Allons-nous continuer d’engraisser les multinationales du vent ? Attendre qu’ils nous plument sans rien dire ?

Non ! Tous unis, et de toutes nos forces, crions au scandale.

Résistons. Montons au créneau. Ne lâchons rien.

Montrons à Mme Pompili, ministre de la Transition écologique, notre détermination. Et mettons-la en demeure de mettre fin à ce scandale.

STOP aux subventions pour l’éolien. Aujourd’hui !

Madame Pompili,

Savez-vous qu’en Espagne, Danemark, Portugal, Finlande… partout on construit des éoliennes SANS AUCUNE SUBVENTION ?

Savez-vous que même l’Allemagne a supprimé ses subventions en 2016 ?

Pourquoi ? Parce que l’éolien est une industrie mature.

Les éoliennes en mer sont rentables. Les éoliennes terrestres le sont au bout de 5 ans. Ce business n’a absolument pas besoin d’être subventionné.

Subventionner une industrie mature et rentable, c’est massivement dilapider l’argent public. C’est appauvrir les Français. Sciemment.

Subventionner à milliards un business rémunérateur, en ponctionnant massivement les Français, c’est détruire leur pouvoir d’achat. Sciemment.

Et ce, alors que tant de commerçants et indépendants voient leur chiffre d’affaires s’effondrer, que tant de Français sont licenciés, et que la dette à payer explose ! Covid oblige…

C’est indécent. Injuste. Et irresponsable.

Il faut cesser de dépouiller les Français pour engraisser les arnaqueurs de vent. Stop aux subventions payées avec notre argent !

Amis Contribuables, passons en mode combat. Alertons les Français ponctionnés à leur insu. Rallions-les à notre cause. Allons les chercher ! Cliquez ici !

Dans cette bataille, la participation de chacun d’entre vous est essentielle. Vous le savez, nous dépendons à 100% de vos dons. C’est le carburant qui fait avancer notre action. J’espère pouvoir compter sur votre aide la plus généreuse possible.

Allez, tous derrière moi ! Montrons à Mme Pompili notre pugnacité.

Tous ensemble, exigeons la suppression des subventions à l’éolien.

S’il vous plaît, envoyez-moi votre MISE EN DEMEURE signée, accompagné de votre don pour financer ce combat en cliquant sur ce lien. Je la déposerai en votre nom, avec celles de tous les Contribuables Associés et ralliés, sur le bureau doré de Mme Pompili.

 

De tout cœur merci. Merci pour votre fidélité. 

Eudes Baufreton – Directeur de Contribuables Associés

Energies Marines en France : la folie des hommes

 

Voici deux notes bien informées pour prendre le mesure de la catastrophe en cours, bien peu comprise par les électeurs : pourtant, l’électricité est déjà décarbonée !

Energies Marines Renouvelables (EMR)

Hydroliennes. On estime à environ 1 Md€ les dépenses engagées dans cette filière très médiatique, mais peu productive. Aucune série temporelle de production régulière publiée à ce jour  qui permette de juger de son avenir.

Houlomoteur, la plupart des prototypes ont été victimes de « fortunes de mer ». Le Pelamis (Portugal) n’a pas tenu plus de 3 mois. La tempête Bejisa a eu raison du CETO (La Réunion). Le prototype HACE a coulé lors de sa mise à l‘eau à La Rochelle…

Energie Thermique des Mers (ETM). Ne concerne que les zones tropicales. Mais la thermodynamique laisse présager un futur incertain.

Eolien en mer, la seule qui se développe actuellement.

La Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) prévoit 5,2-6,2 GW à l’horizon 2028. Ils viendraient s’ajouter aux 3,5 GW attribués à la suite des appels d’offres déjà lancés.

Le pacte écologique (Green Deal) de la Commission Européenne  fixe pour 2050 un objectif de 450 GW éoliens, posé et flottant confondus. L’objectif fixé à la  France serait de 57 GW, soit l’équivalent de 114 parcs du type de celui programmé en Baie de Saint Brieuc.

La Commission prépare actuellement un document d’orientation visant cette fois 300 GW en 2050 (offshore posé et flottant) : installer un dispositif intégré, une sorte de marché commun de l’électricité éolienne offshore qui nécessiterait un investissement évalué à 789 Md€ dont les 2/3 consacrés au réseau de câbles. ..

Difficile de ne pas voir dans cette orientation la marque  de l’Allemagne, très influente dans la Commission. Devant la faillite de son Energiewende l’Allemagne envisage selon un nouveau scénario « green » d’importer 43% de ses besoins énergétiques avec, pour  l’électricité, une importation depuis les pays nordiques (hydraulique, 150 GW)), la France (éolien en mer 85 GW) et même du solaire d’Afrique du Nord. Par ce biais, Allemagne et Europe mettent en train une stratégie de suppression de subsidiarité, qui devrait s’imposer, contraignant ainsi l’Europe à adopter la stratégie allemande. Ce n’est pas le rôle de la Commission qui est de proposer des ambitions climatiques, chaque pays ayant autorité à définir sa stratégie énergétique.

France. Les 6 parcs déjà attribués en Manche et Atlantique, ainsi que celui de Dunkerque, en Mer du Nord, sont  qualifiés d’ « offshore ».  Ils sont en réalité côtiers.  Ils affectent des zones où  de puissants courants marée  sont à l’origine d’une grande variété de fonds  et, partant, d’une riche biodiversité  qu’exploite de manière raisonnée  la pêche côtière. Dans beaucoup de zones très « ventilées » les sédiments sont absents, laissant la roche à nu avec pour conséquences des difficultés et donc des coûts élevés pour les fondations et les connexions au réseau terrestre.

L’exemple allemand est souvent évoqué pour justifier ces investissements.

Le Fraunhofer Institut publie de manière hebdomadaire la production éolienne allemande.

Nous pouvons ainsi observer que le 8 août 2020 à 10.15 la puissance éolienne disponible allemande (terrestre et offshore confondus) n’était que de 139 MW, alors que la puissance installée était de 61790 MW, soit un facteur de charge de 0,23%. Un record d’intermittence !

La puissance installée allemande est du même ordre de grandeur que celle du parc nucléaire français, 61,330 GW après fermeture de Fessenheim.  Mais produit 3,3 fois moins et oblige l’Allemagne à maintenir ses centrales fossiles pour pallier l’irrégularité de l’éolien et du solaire. On n’investit pas dans ces technologies, on surinvestit.

Un dossier annexe : le Polder EMR du port de Brest. Construit sur de la vase. Le rideau de palplanches constituant le quai n’a pas résisté à son propre poids. Le port est une compétence de la Région. Il est loin le temps des services maritimes des Ponts et Chaussées ! Pour sauver la face, il a été décidé de monter à Brest les éléments métalliques légers des jackets du projet Ailes Marines en Baie de Saint Brieuc. Ces jackets seront intégrés en Espagne et convoyés vers la baie. Un surcoût, mais qui va payer ?

Conflit d’usage Les marins pêcheurs, qui disposent d’une bonne image de marque dans le public, et déjà menacés par le BREXIT se déclarent de plus en plus opposés aux projets existants.

Surcoûts. Faute de ressources énergétiques nous devrions évoluer vers une société de plus en plus structurée autour de l’électricité. Les surcoûts intrinsèques à ces énergies renouvelables et la nécessité de disposer de backup, seront insupportables avec des risques de  désordres comme nous l’avons connu il y a deux ans. Ils, renforcent l’opposition à ces projets.

                19 novembre 2020

___________________________________

Projet éolien de la Baie de Saint Brieuc. (Ailes Marines)

Vis à vis du projet d’Ailes Marines, Le Comité National des Pêches Maritimes et Elevages Marins (CNPMEM) vient d’aligner sa position  sur celle du Comité Départemental des Pêches (CDPMEM) de Saint Brieuc qui demande l’arrêt immédiat du projet. Suite à ces prises de position, le Préfet des Côtes d’Armor a déclaré  (Ouest France du 27 janvier) que  « la date de démarrage du chantier n’est pas arrêtée », qu’ellerestait précisément à déterminer et « à débattre avec les pêcheurs ». Sauf nouveau rebondissement faisant suite à une reprise en main du dossier par le Ministère de l’Ecologie, on peut comprendre que l’ouverture des travaux, prévue au printemps, est repoussée.

Ceci n’est pas sans conséquence pour le chantier du Polder Energies Marines de Brest. Le quai destiné à recevoir des charges lourdes, élément essentiel de cette plateforme industrielle et logistique, n’a pas été capable de soutenir  son propre poids et s’est déformé (cf. ma note du 19 novembre 2020). Aux 220 M€ du projet initial s’ont venus s’ajouter 45 M€ de travaux de consolidation. Dans l’urgence (réponse au démarrage du projet de Saint Brieuc) et sans attendre la résolution du contentieux, la région a conçu un  montage financier autorisant le démarrage rapide des travaux: Vinci (constructeur)  avance 30 M€, la région met 15 M€ sur la table, le bureau d’ingénierie EGIS continuant à exercer ses missions de maître  d’œuvre sans rémunération complémentaire. Mais y a-t-il encore urgence ?

Perspectives de développement de l’éolien en mer.

Aux chiffres annoncés par la Commission Européenne (cf. note ante)  se sont ajoutés ceux contenus dans la déclaration de Madame Girardin, Ministre de la Mer (Journal du Dimanche du 29 novembre 2020) qui fixe pour l’éolien en mer un objectif de 25 % de l’électricité produite en France en 2050. Ceci nécessiterait l’implantation de quelques 4000 machines de 10 MW le long des côtes françaises. Les différents usagers de la mer, et pas seulement les marins pêcheurs peuvent légitimement s’inquiéter !

L’élaboration du dossier de la Baie de Saint Brieuc, et celui d’autres parcs ont  duré suffisamment pour qu’apparaissent leurs faiblesses. Il n’est que de lire la réponse de Madame Barbara Pompili à une question posée par le député Sébastien Jumel, le 14 janvier : « J’ai vu les erreurs qui ont été faites au départ. (…) Oui, le zonage a été pensé au départ sans associer suffisamment les différents acteurs, sans réfléchir aux conséquences que ça pouvait avoir, et résultat, je crois que tout le monde, y compris les porteurs de projet ont bien compris que faire sans concertation, ne pas tenir compte des pêcheurs, ne pas tenir compte de l’écosystème local quelque part, c’était une erreur absolue, tout le monde l’a bien compris, le temps qui a été perdu, n’a pas été rattrapé ».

Suffisamment duré en tous cas pour que les marins pêcheurs, gens éduqués, comme le sont d’ailleurs l’ensemble de nos concitoyens, et donc capables en particulier de faire des règles de trois se rendent peu à peu compte des faiblesses de cette énergie, tant en matière de prix que de réponse  aux besoins en électricité du pays et de lutte contre les émissions de GES.

Les prix auxquels le consommateur français devra payer le courant électrique issu de ces parcs offshore ont été communiqués par la Commission Européenne, reprenant les éléments fournis par le Gouvernement Français : 155€/MWh pour Saint Brieuc, auxquels il faudra ajouter selon toute vraisemblance 20€ pour couvrir les  frais de raccordements rendus difficiles par la nature des fonds. En ce qui concerne l’éolien flottant la CE  donne un prix se situant aux alentours de 350 €/MWh alors même que dans le récent débat public relatif au projet en Sud Bretagne, il n’est question que de 120…Et ce, alors que le prix de marché moyen se situe aux alentours de 50€ et qu’EDF est tenue de vendre à ses concurrents  un quart de sa production nucléaire au titre de l’ARENH au prix de 42 €.

Fourniture d’Energie. L’irrégularité de la production et son incapacité à répondre de manière fiable à la consommation apparaît de manière de plus en plus criante. Il suffit d’examiner la situation du système électrique français le vendredi 8 janvier dernier. Lors de cette journée froide, c’est le pilotable (nucléaire en premier) qui a constitué à la pointe la majeure partie (94,8%) de la production,  les énergies intermittentes n’en fournissant que 2,7%.

En conclusion. S’ajoutant à la fermeture de Fessenheim, la loi de programmation énergétique prévoit  de supprimer 12 tranches nucléaires d’ici 2035. Pour assurer la sécurité du réseau il faudra les remplacer par des Centrales à Gaz émettrices de CO2, du type de Landivisiau ! Ces fermetures sont surprenantes, alors qu’une relance du nucléaire se fait jour dans au moins 7 pays européens: Grande Bretagne, Pologne, Roumanie,  Hongrie, Tchéquie, Pays Bas, Suède. La France, principal pays européen pour cette industrie, n’est-elle pas en train de se mettre hors-jeu ? A cet égard la taxonomie européenne excluant le nucléaire de la liste des activités économiques durables n’est pas rassurante, elle risque de contrarier le financement de projets. Et que dire des barrages, dont la France devrait conserver la maîtrise. ?

La vraie solution serait  de maintenir le parc nucléaire existant, le prolonger et le remplacer peu à peu par des EPR nouvelle génération, en particulier sur les sites côtiers dont  les marins pêcheurs semblent s’accommoder ? Une politique de long terme se devrait également  de développer la génération 4 (réacteurs à neutrons rapides) en vue d’une fermeture du cycle de l’uranium, de façon à affranchir notre pays pour des siècles de la limitation des ressources naturelles en uranium 235.

A ces conditions, renouant avec cette vision volontariste de long terme qui fut celle de nos gouvernants au début des années 70,  il sera possible de  fournir aux français à un prix raisonnable une énergie décarbonée, de qualité et en quantité suffisante pour répondre aux développements inéluctables   des usages de l’électricité.

Dans l’immédiat, le programme éolien en mer, ruineux et inefficace, devrait être arrêté pour que les moyens de la France s’investissent dans des actions véritablement utiles à la tenue de nos engagements climatiques.

 

                                   4 février 2021

 

Déchets nucléaires pour chauffage urbain :pourquoi pas ?

Par Michel Gay

Le 01 juillet 2016

N°98

Le coût d’un site de stockage souterrain de déchets nucléaires constitue moins de 1% du coût de production de l’électricité d’origine nucléaire[1] mais il représente tout de même de 17 à 25 milliards d’€ suivant les points de vue.

Il faut se prémunir contre la radioactivité résiduelle mais aussi, et surtout, maitriser la température dans les galeries souterraines. En effet, ces déchets dégagent de la chaleur[2] pendant encore des centaines d’années, ce qui nécessite des espacements importants entre les colis en sous-sol et augmente donc la facture du stockage.

En retirant les deux à cinq éléments[3] non émetteurs de rayons « gammas » qui dégagent le plus de chaleur dans ces déchets, le volume nécessaire pour le stockage diminueraient, ainsi que le coût. De plus, la chaleur émise pourrait être utilisée pour le chauffage urbain.

Ces matières radioactives sont délicates à extraire et à manipuler, mais fondues et coulées dans des blocs inaltérables de verre, elles n’émettent pas de radioactivité à l’extérieur du colis. Ces sources de chaleur permanentes deviennent inoffensives, mêmes pour des gens « malintentionnés ». Ainsi vitrifiées de manière irréversible, elles pourraient être vendues dans des conteneurs dégageant une puissance calorifique de plusieurs dizaines de kilowatts pour chauffer des bâtiments (commerces, immeubles, entreprises, piscines, …) pendant des dizaines d’années.


Ces chaudières à base de déchets nucléaires pourraient être économiques car il y a un gain sur la source de chaleur (économie de combustibles) et sur le coût du stockage géologique (économie sur le volume de stockage).

Diminuer le coût du stockage géologique et utiliser cette chaleur résiduelle permanente et « gratuite » serait faire œuvre utile pour la collectivité. Mais faire changer de point de vue la population et les élus pour les convaincre de l’utilité et de l’innocuité de ce chauffage d’un nouveau genre sera une affaire de longue haleine…

Texte « amélioré » le 05/12/19

Un site de stockage souterrain de déchets nucléaires constitue moins de 1% du coût de production de l’électricité d’origine nucléaire[4] mais il représente tout de même de 17 à 25 milliards d’€ suivant les points de vue.

Il faut se prémunir contre la radioactivité résiduelle mais aussi, et surtout, maitriser la température dans les galeries souterraines. Les déchets nucléaires issus de combustibles usés dégagent de la chaleur[5] pendant encore des centaines d’années ce qui nécessite des espacements importants entre les colis en sous-sol et augmente la facture du stockage géologique.

En retirant les deux à cinq éléments[6] non émetteurs de rayons « gammas » qui dégagent le plus de chaleur dans ces déchets, le volume nécessaire pour le stockage diminueraient, ainsi que le coût. Cette chaleur pourrait être utilisée pour le chauffage urbain.

Ces matières radioactives sont délicates à extraire et à manipuler, mais fondues et coulées dans des blocs inaltérables de verre, elles n’émettent pas de radioactivité à l’extérieur du colis. Ces sources de chaleur permanentes deviendraient inoffensives, mêmes pour des gens « malintentionnés ».

Ainsi vitrifiées de manière irréversible, elles pourraient être vendues dans des conteneurs dégageant une puissance calorifique de plusieurs dizaines de kilowatts pour chauffer des bâtiments (commerces, immeubles, entreprises, piscines, …) pendant des dizaines d’années.


Ces chaudières à base de déchets nucléaires pourraient être économiques car il y a un gain sur la source de chaleur (économie de combustibles) et sur le coût du stockage géologique (économie sur le volume de stockage).

Diminuer le coût du stockage géologique et utiliser cette chaleur résiduelle permanente et « gratuite » serait faire œuvre utile pour la collectivité. Mais convaincre la population et les élus de l’utilité et de l’innocuité de ce chauffage d’un nouveau genre sera une affaire de longue haleine…


[1] Rapport du CEA de décembre 2012 « Séparation-transmutation des éléments radioactifs à vie longue », tome 2, page 67.

[2] Aujourd’hui en France, il y a 10.000 conteneurs de déchets haute activité vie longue (HAVL) qui dégagent chacun environ 2,3 kW en permanence (soit 23 MW au total). En 2050, on atteindra les 100 MW qui seront principalement dus au césium 137.

[3] Par exemple le césium 137, l’américium, le neptunium, le technétium et le strontium 90. Les déchets nucléaires sont constitués des produits de fission et aussi d’actinides mineurs (neptunium, curium et américium) formés à partir de noyaux d’uranium ayant absorbé des neutrons sans fissionner.

[4] Rapport du CEA de décembre 2012 « Séparation-transmutation des éléments radioactifs à vie longue », tome 2, page 67.

[5] Aujourd’hui en France, il y a 10.000 conteneurs de déchets haute activité vie longue (HAVL) qui dégagent chacun environ 2,3 kW en permanence (soit 23 MW au total). En 2050, on atteindra les 100 MW qui seront principalement dus au césium 137.

[6] Par exemple le césium 137, l’américium, le neptunium, le technétium et le strontium 90. Les déchets nucléaires sont constitués des produits de fission et aussi d’actinides mineurs (neptunium, curium et américium) formés à partir de noyaux d’uranium ayant absorbé des neutrons sans fissionner.