L’hypothèse du « zéro nucléaire » : un mirage qui nous égare

Article d’Henri Prevot publié sur e site :
http://www.hprevot.fr/

http://www.hprevot.fr/un-mirage-qui-egare.pdf

Le ministre de l’environnement a déclaré qu’il a l’intention d’organiser un débat sur l’avenir du nucléaire.

Moins de nucléaire, c’est plus de dépenses ; alors pourquoi étudier le « zéro nucléaire » ?

La programmation annuelle des investissements en électricité renouvelable (PPEr), d’une part, la loi de transition énergétique (LTE), d’autre part, obligeraient à dépenser davantage que si la capacité nucléaire était maintenue ou légèrement augmentée. Le résultat dépend d’un grand nombre de paramètres et ne peut être calculé qu’en regardant ensemble tout le système de production de consommation et aussi de stockage d’électricité. Un bon débat demande donc que chacun mette à la disposition des autres non seulement ses hypothèses et sa méthode mais aussi ses moyens de calculs.
Le modèle simplifié que je publie s’appuie sur les chroniques horaires d’une année. Il rend bien compte de la situation actuelle et d’un jeu d’hypothèses très différent, celui que l’ADEME a retenu pour son étude sur « électricité 100 % renouvelable ». C’est dire qu’il n’a pas d’a priori. Avec les hypothèses que je propose, dont une légère augmentation de la consommation d’électricité, la PPE obligerait à dépenser chaque année 5 milliards d’euros de plus que si l’on n’augmentait pas la capacité éolienne et photovoltaïque (PV). Avec la limite du nucléaire à 50% de la consommation, ce serait 12 milliards de plus. Il s’agit bien de 5 ou 12 milliards d’euros par an de plus sans augmenter la production d’électricité (1)

Pourquoi donc ce goût nouveau pour des dépenses inutiles, par milliards d’euros par an ?

Les raisons avancées relèvent de registres différents, technique, économique, éthique, sociologique ou,
comme on dit, sociétal, politique. Parmi elles il en est une qui est rarement explicitée mais qui est peut-être la plus forte : la volonté d’éloigner de nous un risque jugé absolument insupportable. Le monde aura besoin d’énergie nucléaire mais que ce ne soit pas chez nous ! Un énorme NIMBY à l’échelle européenne. Que l’on ne nous parle pas trop de morale ! (2)

Etudions donc si la perspective du « zéro nucléaire » sans gaz ni charbon est techniquement possible et, si oui, quelles en sont les implications, notamment les dépenses.

Pas de nucléaire du tout, combien d’éoliennes, combien de dépenses en plus ?

Le « 100% électricité renouvelable » de l’ADEME suppose une division par deux de la consommation totale d’énergie et l’importation de 10 % d’électricité produite à partir de gaz ou de charbon, et il ne tient pas compte d’une contrainte technique : pour la stabilité du réseau électrique, à chaque instant la part de l’éolien et du PV sur le réseau ne doit pas dépasser une certaine limite. Cette limite technique sera sans doute repoussée mais il faut en tenir compte, ce que fait mon modèle de simulation, qui propose trois options : ou cette limite reste au niveau actuel, ou elle est effacée, ou elle est seulement repoussée.

Même sans cette limite, pour répondre à une demande en croissance de seulement 20 % avec des batteries

et des reports de consommation et avec une forte capacité de production d’hydrogène pour produire du méthane servant lui-même à produire de l’électricité, il serait possible de se passer de nucléaire et
d’énergie fossile avec 200 GW (gigawatt) d’éolien (50 000 éoliennes tout de même !) et 100 GW de PV.

C’est déjà beaucoup ! Si la contrainte de réseau reste comme elle est aujourd’hui, il en faudrait 100 GW de plus : 20 000 éoliennes de plus si elles sont en mer.

Au total, il faudrait dépenser chaque année 40 à 50 milliards d’euros de plus qu’avec une augmentation du parc nucléaire de 20 %, sans éolienne ni photovoltaïque.

Encore une fois, il ne suffit pas de calculer les dépenses ; bien d’autres paramètres interviennent.

Mais si la perspective de se passer de nucléaire n’est pas réaliste, pourquoi donc en réduire la consommation et la production en France, au prix de milliards ou de dizaines de milliards d’euros par an ?

Ces fonds dépensés inutilement, ne vaudrait-il pas mieux s’en servir pour aider les pays en développement, là où il y a du vent et du soleil, à s’équiper d’éoliennes et PV fabriqués en France ? Voilà de la matière pour le prochain débat sur le nucléaire.

(1)

Sur http://www.hprevot.fr , pour accéder à la feuille de calcul voir Plus ou moins de nucléaire, d’éolien, de photovoltaïque, combien cela coûte-t-il ?, L’utilisateur peut y modifier tous les paramètres. Quelques résultats sont donnés ici.

(2)

Voir Avec le nucléaire – un choix réfléchi et responsable (Seuil 2012) ; le titre du dernier chapitre : « au nom de quoi accepter le risque nucléaire ». NIMBY : « not in my backyard » ou « pas dans mon arrière-cour ».

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Alain Grandjean et la fable de la grenouille dans l’eau chaude

Pour répondre à cette étude politisée d’Alain Grandjean, déguisée sous une facture supposée raisonnable, il convient tout simplement d’en analyser le fond et la forme.

Le texte est ici :

https://alaingrandjean.fr/2017/09/06/feuille-de-route-nucleaire/

Pour cela on peut aller lire l’étude d’Henri Prévot :

Etude du coût de « pas plus de 50% nucléaire ».

En supposant une augmentation de la consommation de 20 % : on arrive à 12 milliards d’euros par an de plus que sans cette limite. Toutes les hypothèses – condition nécessaire pour un bon débat – y sont disponibles.

L’ONG Sauvons Climat, dont la réponse va paraitre également, a calculé de son coté plutôt +13 milliards € par an.

Au total, Alain Grandjean dans son article dit que le surcoût serait de 16 €/MWh d’électricité, ce qui fait +8 milliards d’euros/an. Ce sont ses hypothèses, donc plutot optimistes. En supposant que l’augmentation de la consommation est de 10 %, on arrive à un surcoût de 10 milliards d’euros. L’évaluation faite par A. Grandjean est donc discutable (mais pas du simple au double.)

L’importante critique à faire est plutôt celle-ci : Alain Grandjean estime que cette dépense supplémentaire (qui ne procure aucun service de plus, surtout si on considère la balance commerciale) serait, d’une part, indolore (si elle se fait progressivement, comme l’élévation de la température de l’eau où l’on a plongé une grenouille) et qu’elle est utile pour « ouvrir une vraie alternative » et des nouvelles possibilités de « coopérations gagnantes » avec l’Allemagne sans dire de quoi il pourrait s’agir.

Autre contradiction : il dit que l’on a plusieurs années avant de décider quoi faire à la suite de l’arrêt des réacteurs actuels, mais cela ne l’empêche pas de préconiser de programmer dès maintenant l’arrêt de 2 à 4 tranches d’ici 2022 en sus des deux de Fessenheim puis une à deux par an de 2023 à 2030, ce qui conduirait à 15 tranches en moins soit 18 GW conduisant à 46 GW.

AG opère également un certain glissement intellectuel : il commence par argumenter à brève échelle de temps, disons 2025, pour dire qu’à cet horizon temporel il n’y a pas besoin de back-up ou de stockage important pour palier les fluctuations d’EnR (sur son blog, il cite une étude « à venir » de la CRE en septembre-octobre, pas vue pour le moment), mais il conserve la perspective de 50% de nucléaire, c’est-à-dire en gros 35% d’éolien et de solaire, pour lesquels ces moyens supplémentaires seraient pour le coup indispensables.

Conclusion.

Cet article de Grandjean est bien une contribution …contructive à la politique de Nicolas Hulot qui a affirmé qu’il fallait fermer jusqu’à 17 réacteurs, voire davantage, même si 2025 lui paraissait irréaliste et qu’il fallait « tout remettre à plat »
(Question au gouvernement.
Réponse du ministre @N_Hulot)
(Le Monde a masqué ce dernier point ce qui a encouragé le hiatus, bien pratique électoralement).

AG, habile, estime avec mesure que le grand carénage produit à un peu plus de 30€/MWh (tout compris), et surestime le coût de Penly 3 pour mieux convaincre que la génération EPR serait un gap trop cher à franchir et que les ENR intermittentes seraient donc compétitives.(*) Ceci tout en justifiant des arrêts programmés pour soutenir la compétitivité des renouvelables. (le marché français a une influence négligeable sur les baisses de coûts des renouvelables ).

Pourquoi alors ce texte ?

On connait beaucoup de consultants dont les objectifs premiers sont d’obtenir leur prochain contrat.

Plus scientifiquement, l’erreur de départ est d’affirmer que « les orientations de la politique énergétiques sont clarifiées et partagées ».

En tout cas pas partagées par l’Académie des Sciences, entre autres compétences… Un détail (cf commentaires détaillés icii)

 
Bien sûr, dans ses généralités, la LTE affirme des objectifs de finalités vertueux : « lutte contre le changement climatique, coût de l’énergie, sécurité d’approvisionnement » avec lesquels tout citoyen de bon sens ne peut qu’être d’accord, mais aussi des baisses sur le papier de consommation d’énergie non confirmées par les tendances et un bouquet de moyens inspiré de l’EnergieWende dont les résultats connus aujourd’hui sont tout sauf concluants. De même pour le Japon et l’Australie du sud. La politique soutenue par Grandjean a été essayée , et avec le recul nous pouvons dire que, tant pour l’objectif climatique que pour les coûts et la sécurité, elle ne marche nulle part.

En ce qui concerne la France , nous sommes partis en net de UCTAF de 511TequCO2 en 1990, sommes passé à 411 en 2016, essentiellement à cause de la désindustrialisation et baissons depuis 2012 de moins de 3 TequCO2 par an. Tel est le bilan des quatre premières années de la politique qui soutend la LTE…

Nos tendances actuelles, sans accélération du remplacement de plus de fossiles par de nouveaux EPR (Penly 3 en attente, etc…), nous dirigent vers -28% en 2030, soit très loin de l’engagement français lors de la COP21 de -40%, soit 307M de TequCO.

Si nous suivions Hulot et son fidèle soutien Grandjean, en fermant des réacteurs en état et rentables nous irions vers -25% (au mieux !). Probablement pire que le retard annoncé par les Allemands eux mêmes car nous serions 50% sous l’objectif annoncé.

Imaginons Macron réélu annonçant en 2027 que la France s’excuse de ne pas être au rendez vous de 2030…

La honte ne serait pas seulement pour le Président, mais pour nous citoyens français.

PS : et puisqu’il n’est de critique légitime qui ne fasse oeuvre de proposition solide et réfutable, explorons une proposition de scénario qui pourrait être l’optimum écolo-socio-économique pour la France ? : #Negatep2017.
https://twitter.com/sauvonsleclimat/status/905048674895626240

(*)
Compétitivité des ENR intermittentes qui est bien sûr une vue de l’esprit à service et CO2 égal vu le stockage (ou le ruineux PowerToGas) nécessaire pour éviter les black out : on confond prix et coûts. Le prix de l’EPR UK n’a en fait rien à voir avec les futurs coûts de l’EPR FR. A 70 € /MWh (cf rapport de la Cour des Comptes), ce dernier comprend un coût de base de 14€/MWh (740 TWh sur le minimum : 60 ans, à prolonger à 80 ou 100 ans par l’ASN vu sa configuration faiblement irradiante de la cuve, validée par l’ASN), ceci sans renchérir le réseau ou les taxes comme le nécessitent les ENRi. Cela aboutira selon toutes probabilités pour le consommateur à une modeste augmentation de sa facture de 20% en 2050, soit probablement 5 fois moins d’augmentation (comme l’explique JM Jancovici ici 2h04mn30sec) qu’avec un scénario à 35% d’ENRi qui elles génèrent de nombreuses externalités financières, et la faillite à terme des opérateurs, par des surcapacités trop fréquentes obérant leur survie. Sans compter l’impact négatif de l’effacement subventionné des consommations industrielles sur l’activité économique pour compenser l’intermittence. Ces ENRi en excès, par la chute brutale et paradoxalement nocive des prix qu’elles entraîneraient du fait de l’obligation d’achat, de la priorité sur le réseau, et des subventions directes, empêcheraient toute industrie décarbonée fortement capitalistique de se développer (STEP, nucléaire).

L’élasticité de l’offre de gaz : meilleure que celle du pétrole donc pic plus lointain ?

Réserve de gaz pour compenser les ENR : le pic approche-t-il aussi ?

https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/reserves-de-gaz-dans-le-monde

La discussion à partir des réserves « prouvées » de gaz est pipée. Malheureusement, ce sont les seules données accessibles sans effort aux journalistes et aux économistes. Pour comprendre pourquoi, je suggère de lire soigneusement la deuxième partie de ce document de l’ASPO. 

Pétrole, gaz et charbon : nature, mécanismes de formation, perspectives d’avenir dans la transition énergétique – Bernard Durand

Pétrole, gaz et charbon : nature, mécanismes de formation, perspectives d’avenir dans la transition énergétique – Bernard Durand

La meilleure approximation des réserves ultimes de pétrole et de gaz est les réserves dites 2 P (prouvées+probables), qui ne sont jamais publiées et qu’il faut reconstituer par un patient travail à partir des documents disponibles dans les compagnies. Pour les gisements dits conventionnels (les gisements « classiques »), elles sont en diminution depuis 1980 pour le pétrole, et semblent atteindre leur maximum pour le gaz.

Mais la vitesse à laquelle on peut exploiter les réserves est bien plus importante pour l’économie mondiale que le montant des réserves ultimes. Pour faire une comparaison, le débit possible du carburateur est bien plus important pour régler la vitesse d’une voiture que le volume de son réservoir! D’où l’importance de la notion de « pic de production« .

Pour l’instant , l’ASPO voit le pic de production du pétrole tous liquides (c’est-à-dire la somme conventionnel+condensats+LTO+XH+NGPL+Biofuels+XTH+gains de raffinerie, voir le document proposé pour  bien identifier la  signification de ces termes) en 2020, et le pic du gaz vers 2030. Cela peut changer si la production de pétrole et de gaz de schistes se développe suffisamment à l’échelle mondiale pour compenser le déclin du conventionnel, mais pour l’instant, cela n’en prend pas le chemin.

Il est très difficile d’anticiper sur les prix, et donc sur l’élasticité, comme on le voit dans le texte. Par contre, quand la production décline, cela signifie moins d’énergie disponible pour la société, et il faut s’en accommoder d’une manière ou d’une autre.

BD.

NDLR : Ou bien avoir anticipé à temps la construction de suffisamment de centrales nucléaires.

Les anti-nucléaires : à convoquer au tribunal pour crime contre l’humanité ?

Gageons qu’on n’en arrivera pas symboliquement là et qu’ils finiront pas comprendre les enjeux et les dangers très relatifs même en cas d’accident.

Il y a en effet encore beaucoup d’esprits partisans à éclairer. Qui sont-ils ces anti-nucléaires qui existent surtout en France et en Allemagne ?

Ne comprenant pas pourquoi la modernité comporte des dangers mais pas de risques réels, autres que ceux liés à la peur, ils s’étonnent qu’on soit pro-nucléaire et en déduisent une collusion implicite. On se souvient de Greenpeace et son Facenuke. Ou cette curieuse page internet ci dessous.
https://www.villesurterre.eu/index.php?option=com_content&view=article&id=17&Itemid=107

Des sites « anti-systeme » ? C’est quoi le système ? ce qui nous chauffe et nous éclaire pour pas cher dans la sécurité ? et avec 10 fois moins de CO2 que les autres ?

Cet article est symptomatique du complotisme actuel. Il incarne bien la perte de raison contemporaine, peu instruite scientifiquement, et victime du syndrome de Dunning-Krugger : moins j’en sais, plus j’ai un avis tranché.

Car on confond souvent lobby délétère et lobby vertueux.

La frugalité ne suffira pas. Pour changer le monde à temps, il faut d’importants moyens. Donc économes de nos ressources. Choisissons les bons.

Et le fait de persévérer dans le nucléaire face aux impondérables ne veut pas dire être corrompu ou scientiste.

Les pro-renouvelables sont anti-nucléaires. Les pro-nucléaires ne sont pas anti-renouvelables. En tout cas pas par principe, si le coût des pollutions et du CO2 évités est assez acceptable et vertueux.

En résumé : L’humanité du 21ième siècle ne pourra être sauvée des sécheresses, inondations et immigrations gigantesques du climat à +3 ou +4°C que si on mobilise très fortement toutes les énergies : les « intermittentes » à 50% en puissance installée (EnR : n comme « nouvelles ») ainsi que les « pilotables » à 50% (les ER comme l’hydroélectrique (et la biomasse avec séquestration du CO2) et les surgénérateurs à sécurité passive).

Car le public ignore les capacités de mitigation de l’effet de serre anthropique offertes par les futurs réacteurs de 4ème génération (qui fonctionnent parfaitement depuis longtemps mais qui sont un peu moins bon marché donc rejetés par l’économie de marché). (cf références en français et en anglais). Le citoyen se base sur le déploiement qui commence à peine (6% de l’énergie dans le monde pour la 3ème génération, contre moins d’1% pour le PV.) et pense qu’il ne jouera que peu de rôle. Il se trompe et les écolo-conservateurs nous condamnent donc au réchauffement rapide.

 

Au contraire, ce sont les antinucléaires qui sont terriblement dangereux. Puisque manipulant l’opinion, ils retardent le démarrage de la transition décarbonée. Ils doivent donc être convoqués au tribunal pour crime contre l’humanité anticipé. Il est si facile de faire peur qu’ils parviennent à faire basculer une élection à 2 points près.

On peut les rassembler par familles ;

Famille 1 : quelques « pas pro nucléaires », mais « pas viscéralement anti »

A) Les intellectuels : Par exemple : Alain Granjean, Michel Onfray, Jean Jouzel, Hervé Le Treut, Gael Giraud, Matthieu Auzanneau, Stephan Foucart, Michèle Pappalardo, Thibaut Laconde,

B) Les politiques : par exemple DSK, Royal, Hollande, NKM , Chantal Jouanno, Juppé

S’il soutiennent publiquement la construction de centrales anti CO2, c’est du bout des lèvres.

 

Famille 2 : les anti-nucléaires modérés (malgré parfois leur discours échevelé anti-nucléaire). Leur silence occasionnel montre un certain fatalisme. Ils vivent de l’espoir que cette appoint nucléaire est très transitoire… Sauf disruption improbable, ils rêvent complètement.

Exemple : N. Hulot, D. Voynet, C. Duflot, E. Joly, Axel Kahn, Attali, Jospin, Fabius, Bruno Lemaire, Fabienne Keller, Pierre Radanne.
Les journalistes ne sont pas épargnés, surtout dans le service public. (Guillaume Erner, Nicolas Tourgeniev, Dominique Deux,…)

 

Famille 3 : Les anti-nucléaires primaires ou mercantilistes

A) Les non experts: 

Exemples chez les Verts : Hubert Reeves, Yves Cochet, Pascal Canfin, Bruno Lechevin (ADEME)

B) Les prophètes : Exemple Pierre Rabhi, Edgar Morin, Dominique Bourg

C) Les politiques intéressés : L’extrême gauche, PS ou centre :

FI : JL Melenchon,

PS : Exemple Barbara Romagnan, Claude Bartolone

EELV : tous (sauf Lucile Schmid ? ex PS)

LR : Fabienne Keller, Bruno Lemaire.
C) Les journalistes plus ou moins expérimentés :

Exemple Pierre Le Hir (Le Monde), Eric Vidalenc (AE), Dominique Deux (FI), Valéry Taramée de Tannenberg (JDLE), Vincent Boulanger.

D) Les (plus ou moins) experts férocement partisans :

Jean-Louis Bal (SER), Bruno Rebelle, Dominique Medda.

 

Famille 4 : Anti-nucléaires qui semblent obsessionnels :

Exemples : Stephane Lhomme, Yannick Rousselet, Corinne Lepage, Thierry Salomon, Paul Quilès,  Olivier Danielo, André Hatz

Ajoutons les experts : Exemples: Benjamin Dessus, Jean-Louis Basdevant, Yves Marignac (WISE), Mycle Schneider, Monique Sené, Jade Lindgaard (Mediapart).

 

Et j’en oublie 😉

Certains se targueront de figurer sur ces listes, d’autres s’en défendront.

Inversement :

Beaucoup de personnalités publiques sont pro nucléaires, à droite comme à gauche, mais sont plus ou moins discrètes. Elles attendent que la lassitude des mensonges saisisse la population (et donc les journalistes). On ne peut défendre une idée dont le temps n’est pas venu, sauf à nuire à sa carrière.   Seuls les plus courageux font leur coming-out 😉

Les politiques : A gauche : Vincent Peillon, Arnaud Montebourg, JP Chevènement, Jean-Louis Bianco,

Les philosophes : Michel Serres

Les rares personnes qui ont compris qu’il faut l’aide massive du nucléaire pour sauver le climat sont par exemple : François-Marie Bréon( GIEC) JM Jancovici (Le Shift), Bruno Comby (AEPN), Jean-Poitou (Climatologue), Jacques Treiner (Sauvons le climat), Christian Bataille (PS), Jean-Yves Le Déaut, Pierre Laurent (PCF), Marie Claire Cailletaud (CGT), Axel Tarlé (Europe 1), Bruno Osent (Humanité)

Et vu les urgences humanitaires, ils seront de plus en plus nombreux.

JPB

L’ASN est-elle devenue trop procédurière ? au dépend de l’efficacité et donc de la sureté ?

Témoignage d’un ex-directeur de centrale EDF :

« Nous sommes passés d’une sûreté de stimulation à une sûreté purement administrative qui me paraît plus lourde et moins efficace que la sûreté de stimulation.

Je m’explique, A-C Lacoste avait un passé d’industriel puisqu’il avait été pendant 20 ans ingénieur dans les houillères du Nord-Pas de Calais.

Après chaque évènement, il demandait à EDF les mesures prises pour en éliminer le renouvèlement. Eventuellement il demandait que nous étudions des dispositions supplémentaires. Mais nous restions dans une démarche continue de progression de la sûreté que tout le monde non seulement acceptait mais jugeait pertinente. Il y avait donc une adhésion de l’exploitant aux exigences de l’ASN. Je pourrais raconter l’histoire des traversées de couvercle puisque le précurseur s’est produit sur Bugey 3.

Avec PFC, nous sommes passés dans de la sûreté purement administrative avec un Président de l’ASN qui donne comme certains anciens instituteurs des coups de règles sur les doigts de l’exploitant et des constructeurs, coups de règles avec force médiatisation très souvent humiliante.

Cela n’a jamais été ma vision de la sûreté bien au contraire. Je valorisais toutes les équipes qui avaient fait une erreur humaine en leur demandant d’en étudier l’arbre des causes et de me proposer les dispositions pour que cela ne se reproduise pas. Et Monsieur Lacoste appréciait cette façon de procéder.

Je prends un exemple. Nous avons un code métallurgique, le RCCM plus exigeant que l’ASME des US appliqué partout dans le monde à l’exception de la Russie.

Sans aucun fait initiateur, L’ASN et l’IRSN ont pondu un code dit ESPN absolument délirant. A tel point que même le Haut commissaire Yves Bréchet dit publiquement son désaccord lorsqu’il rappelle devant l’OPECST qu’il ne suffit pas de faire une norme supérieure à la précédente, dont on est sûr qu’elle sera plus difficile et plus onéreuse à appliquer, en se moquant de savoir si les exploitants et les constructeurs considèrent qu’elle représente un plus pour la sûreté.

Mes collègues, Directeurs de CNPE, d’abord peinent à remplir les dossiers et ne comprennent pas toujours très exactement ce que l’on leur demande.

Le rapport sur la réparation de Bugey 5 qui aurait tenu sur 50 pages au maximum a dépassé les 500 pages plus toutes les demandes complémentaires.

La sûreté administrative que nous connaissons aujourd’hui me paraît moins efficace que la précédente. Elle n’aurait pas évité TMI et Blayais. Et je ne sais pas ce qu’elle aurait donné à Fukushima. La seule chose que je peux dire est que si EDF avait eu une centrale comme Fukushima, elle aurait été arrêtée après le tsunami de Banda Aceh en 2004. Et une étude des travaux à faire, s’ils étaient possibles, pour la protéger d’un tel tsunami auraient été engagés et réalisés s’ils étaient de nature à éviter l’inondation du site.

EDF a fait une revue séisme après le séisme de Kobé (cote Ouest du Japon) en 1995 et a été conduit à faire un certain nombre de modifications et de renforcements.

En 2007, lors du vote sur la loi de transparence et de sûreté nucléaire, l’ASN est devenue indépendante du pouvoir politique. En effet les anti-nucléaires contestaient ce lien qui constituaient selon eux une possibilité pour le pouvoir politique d’influencer les décisions dans le sens d’EDF, du CEA, d’AREVA, etc.

Dans la réalité, après 6 ans de Directeur Adjoint et 7 ans de Directeur, j’affirme que je n’ai jamais vu le pouvoir influencer le directeur de l’ASN dans un sens quelconque.

Il nous a échappé que l’ASN devenue indépendante, devenait de facto une autorité absolutiste. Les constructeurs et les exploitants n’ont plus aucun recours après une décision prise par le collège de l’ASN.

Nous avons vu cet hiver qu’en raison de l’instruction du dossier sur les boîtes à eau des générateurs de vapeur, plusieurs unités étaient à l’arrêt et ceci nous a fait frôler les délestages, voire le black-out puisque la marge du jour le plus froid n’a été que de 1 000 MW.

Or sur un black-out, au mieux 50 % des tranches nucléaires en fonctionnement réussissent leur ilotage. Tandis que l’autre moitié va passer plusieurs heures avec comme seule source électrique, les groupes électrogènes de secours, c’est à dire dans une situation de sûreté assez précaire.

Il n’y avait aucune urgence à contrôler la teneur en carbone des boîtes à eau des générateurs de vapeur. Le rôle de l’ASN était alors de demander le redémarrage de certaines tranches arrêtées pour réduire le risque de black-out et de différer d’un mois ou deux les contrôles. Je pense qu’André-Claude Lacoste aurait pris cette décision car le Président de l’ASN est un haut responsable français dont la mission est précisément de maintenir le parc à l’optimum de sûreté ce qui n’a pas été le cas.

Quand certains médias ont interrogé PFC sur ce sujet, il a répondu que l’équilibre production-consommation n’était pas de sa responsabilité mais de celle de RTE. Je trouve cette réponse particulièrement affligeante. On ne peut pas être le garant de la sûreté du parc et ne pas se soucier des conséquences d’un black-out.

Alors maintenant que cette autorité absolue existe, il est impossible de revenir sur cette loi. Mais on voit que la seule façon de travailler intelligemment est une concertation permanente entre l’ASN et les exploitants. Or ceci n’est possible que si les problèmes ne sont pas mis sur la place publique en les dramatisant sinon la moindre décision de l’ASN en faveur d’une exploitation la plus sûre possible du parc va être utilisée par tous les anti-nucléaires pour discréditer l’ASN et l’on a rien à y gagner.

Tout cela mériterait une réflexion approfondie avant la fin du mandat de PFC qui doit arriver en 2018 car le choix de son successeur sera déterminant.

Consultation ASN sur l’EPR : la démocratie défouloir

La démocratie représentative suppose le vote. Puis une gouvernance guidée par l’expertise, jugée préférable à celle dictée par la rue.

La dérive actuelle vers la démocratie d’opinion, encouragée par le système médiatique et la publicité dont elle dépend, ainsi que par des politiciens carriéristes, conduit à affirmer que le nucléaire a manqué de concertation dans l’orientation avangardiste prise en 1974, et que l’arbitrage consensuel des experts qualifiés doit être désormais assorti d’une « consultation » des citoyens. L’important semble donc être que chacun puisse verbaliser ses angoisses, avoir l’impression d’être écouté.

Pour relativiser ces témoignages angoissés de citoyens peu au fait des enjeux et réelles solutions techniques et climatiques, voici 6 positions personnelles trouvées sur le site :

https://www.asn.fr/Reglementer/Consultations-du-public/Consultations-du-public-en-cours/EPR-projet-d-avis-de-l-ASN-relatif-a-l-anomalie-de-la-composition-de-l-acier-du-fond-et-du-couvercle-de-la-cuve

N’hésitez pas à créer un compte et déposer une contribution:
https://www.asn.fr/inscription

1) le 27/07/2017 Pacha13
Projet d’avis de l’ASN relatif à l’anomalie de la composition de l’acier du fond et du couvercle de la cuve du réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville (INB n° 167)
Concernant la cuve de l’EPR, je note les points suivants : 1) le principe de précaution ne s’applique pas : on n’est pas dans une situation où on ne connait pas le risque, au contraire il a été très étudié et les résultats sont favorables 2) les exigences françaises sont les plus contraignantes au monde ; elles ont été encore durcies pour l’EPR 3) sur les résultats des essais : pas d’anomalie par rapport aux critères antérieurs (aux endroits où le flux neutronique est important, il n’y a pas de ségrégation ; aux endroits où il y a ségrégation, il n’y a pas de flux) ; les écarts dans des zones peu irradiées de la cuve ne présentent pas de risque, comme l’ont montré les nombreux tests effectués 4) sur le suivi : examens périodiques de la cuve grâce à un robot développé exprès depuis les premiers réacteurs ; éprouvettes permettant de réaliser un suivi périodique ; les autorisations sont données pour des périodes de 10 ans 5) Sur la procédure : ouverte en impliquant de nombreux experts français et étrangers, et transparente
à noter que pour le couvercle, pour lequel ces examens et ce suivi ne seront a priori pas possibles, l’ASN en a demandé le changement dès qu’un nouveau couvercle aura été fabriqué, avant même l’arrêt décennal En résumé, la procédure suivie est de très haute qualité, tout à l’honneur de la sureté nucléaire française qui est la plus exigeante au monde. Le principe de précaution ne s’applique pas à ces phénomènes étudiés et connus depuis des décennies. Les résultats sont acceptés et le suivi sera effectué durant toute la vie du réacteur, comme c’est le cas pour tous les réacteurs français. En conséquence, les doutes quant aux risques ayant été levés, le démarrage du réacteur EPR peut être autorisé selon la procédure en vigueur.

2) FMB

Faire confiance aux experts

Dans mon domaine professionnel (climat), j’estime avoir une compétence qui n’est pas partagée par le grand public. Je suis payé par l’état pour apporter une expertise indépendante et je trouve assez malvenu lorsque cette expertise est remise en cause par un public dont les connaissances du domaine sont très parcellaires.
J’essaye d’être cohérent avec cette attitude en faisant confiance aux experts des domaines que je ne maîtrise pas. Les experts de l’ASN et de l’IRSN ont donné un avis. J’estime que ces experts sont compétents. Leur avis devient donc le mien.
Je trouve extrêmement surprenant que on demande son avis au grand public sur un sujet aussi complexe. Il me parait clair que c’est là une mesure démagogique et que, au final, on ne tiendra aucun compte des avis donnés dans cette consultation (et je m’en réjouis au vu de la tonalité générale)

Francois-Marie Breon

3) DFe

Je suis pour la mise en marche de l’EPR de Flamanville et la fin du psychodrame qui se joue autour de lui depuis beaucoup trop longtemps Depuis la première mise en œuvre d’un REP, en 1957, premier d’une famille de 250, aucune fracture de cuve n’a été observée. Aucun évènement précurseur d’une telle fracture n’a été observée non plus. L’EPR étant considéré comme un progrès en matière de sûreté, obtenu à grands frais, par rapport aux 250 PWR précédents il est difficile de comprendre ce qui le rendrait plus fragile que ses prédécesseurs. La situation est d’autant plus incompréhensible que l’ASN a exigé qu’une fusion de cœur (qui, elle, est possible, même avec une très faible probabilité) ne provoque aucune irradiation notable des populations, avec des dispositions uniques comme le récupérateur de corium, une triple enceinte, des re-combineurs d’Hydrogène, des dispositifs de rejets filtrant les gaz radioactifs. La question posée sur la cuve, particulièrement le fond de cuve et le couvercle est extrêmement technique. Que signifie, dans ce contexte, cette consultation publique ? Le public doit-il être appelé à voter pour déterminer si on doit appliquer les lois de Carnot et de Newton, sans parler des théories d’Einstein. A quelle démagogie l’ASN s’arrêtera-t-elle ? A-t-elle, en compensation, l’intention de consulter les Académies des Sciences, des Technologies et de Médecine et de publier leurs avis ? Le résultat de cette consultation était attendu : un déluge de commentaires obtenus par copier-coller et envoyés par les militants anti-nucléaires, ne contenant que la répétition ad nauseam de leur mantra : Stop EPR, sortons du nucléaire. Aucune argumentation, de la pure propagande reprenant l’enseignement de Goebbels : mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Malgré ma réserve sur ce genre de consultation, espérant que certains lecteurs des commentaires auront encore le souci d’un vrai débat, je souhaite y apporter ma pierre. Si l’EPR n’est pas réalisé et s’il n’entre pas rapidement en fonction, ce serait un échec majeur d’Areva et d’EDF, qui signerait la fin probable de l’industrie de construction de réacteurs nucléaires française. Ce ne serait pas du tout le début d’une sortie du nucléaire, mais un échec industriel français de plus. Les concurrents de la France dans ce domaine, Russes, Chinois, Sud-Coréens, Indiens, Américains ne s’en plaindront pas. Les anti-nucléaires français iront danser sur la tombe d’AREVA et d’EDF-nucléaire. Car leur vrai ennemi n’est pas le nucléaire mais AREVA et EDF ainsi que les Ingénieurs, techniciens et ouvriers qui ont doté la France du meilleur système nucléaire du monde, un système qui a permis aux Français, même anti-nucléaires, de bénéficier d’un électricité fiable, non émettrice de gaz à effet de serre (le cadet des soucis de la meute aboyant aux trousses de l’EPR), bon marché (le consommateur français paye son kWh deux fois moins que l’allemand). Un système qui n’a causé aucun décès dans le public. Rappelons ici que l’Université de Francfort (dans une étude faite à la demande de Greenpeace) estime à 20000 par an (dont 1000 en France) le nombre de décès causés en Europe par les centrales à charbon allemandes sans que cela semble émouvoir les anti-nucléaires français. On peut comparer cette hécatombe au nombre de décès estimés par l’OMS causés par le catastrophe de Tchernobyl, soit environ 5000 pendant les 60 ans après l’explosion. Sur la même période les centrales à charbon allemandes en auront causé 1 million deux cent mille…. D’une façon générale le nombre de décès dus à la production d’électricité a été évalué dans le cadre du programme ExternE de l’Union Européenne. Les résultats ont été publiés par la revue américaine Forbes et sont éclairants : Pour la production de 1000 TWh (deux fois la consommation française) le nombre de décès est de 170000 pour le charbon, 24000 pour la biomasse, 4000 pour le gaz, 1400 pour l’hydroélectricité, 440 pour le solaire PV, 150 pour l’éolien et 90 pour le nucléaire. Il est temps d’arrêter de crier au loup et d’abuser de la crédulité de nos concitoyens. Il semble que chaque mesure supplémentaire prise en faveur de la sûreté nucléaire, au lieu de rassurer les gens, les inquiètent davantage. Les autorités de sûreté sont clairement déficitaires dans ce domaine. Il leur faut absolument relativiser le risque radioactif qui est à l’origine d’une véritable peur hystérique dans de nombreux pays occidentaux dont la France, l’Allemagne et aussi, désormais le Japon. Comment expliquer autrement les réactions de la chancelière allemande qui, à la suite de la catastrophe de Fukushima, ferme brutalement, 7 réacteurs qui n’étaient nullement menacés par un tsunami . Le premier ministre Japonais Naoto Kan était complètement débordé et décidait l’arrêt de tous les réacteurs japonais, même ceux ne risquant rien. Nombreux sont les médias dans le monde qui attribuent les 20000 victimes du tsunami à la catastrophe nucléaire, alors que sur le site de la centrale on n’eut à déplorer que 3 victimes, et aucune, à l’extérieur de la centrale, en relation à l’irradiation. Les normes d’évacuation ne sont pas expliquées aux populations qui, bien souvent, pensent que dépasser ces normes entraîne un risque de décès très élevé. Ainsi la norme d’évacuation de 20 milli-Sievert par an appliquée autour de Fukushima n’est pas expliquée clairement en terme de risques pour la population. Or le risque couru par des individus soumis à une telle exposition est équivalent à celui couru par une personne fumant 3 cigarettes par jour. Alors arrêtons le délire et mettons tranquillement en opération l’EPR de Flamanville après que les tests prévus aient été effectués.

4)

Couvercle et fonds de cuve de L’EPR. Jean Fluchère, ancien Directeur adjoint puis Directeur du CNPE du Bugey

En 2015, comme on pourra le voir dans les extraits de la réunion de l’OPECST en PJ, deux sujets ont été abordés.
Le premier concernait l’évolution de la réglementation et le second les problèmes posés par les ségrégations de carbone sur le fonds et le couvercle de cuve de l’EPR.
Ces problèmes ont été particulièrement bien exposés pour qui veut se donner la peine de lire le rapport.
Au cours de cette audition, AREVA s’est engagé à réaliser un programme d’essais sur deux couvercles sacrificiels fabriqués dans les mêmes conditions que celui de Flamanville 3. Ce programme était soumis par l’ASN à l’IRSN qui devait en vérifier la complétude avant de lancer les essais proposés par AREVA.
Ces essais ont été faits, y compris les études de chargement pendant les cyclages thermiques les plus importants.
Les résultats obtenus par AREVA ont été rendus à l’ASN et analysés par l’IRSN. A la suite de quoi, ils ont été présentés à un large panel de spécialistes en métallurgie et au groupe permanents des Equipements sous pression nucléaire.
Les avis rendus par les spécialistes ont permis à l’ASN de considérer que le fonds de cuve était accepté et que le couvercle pouvait être utilisé pendant 5 ans avant un remplacement sauf si EDF trouvait un dispositif permettant de contrôler son évolution en service.
Jamais une industrie, y compris aéronautique, n’avait conduit des analyses, des essais sacrificiels et des études si poussées.
Mon avis est donc favorable à la prise de position de l’ASN en qui j’ai toute confiance.

5) JP Riou

Principe de précaution

Le principe de précaution, appliqué à lui même, s’interdirait tout seul tant il est dangereux. 
La gestion des risques est un métier, des milliers de vies humaines dépendent de la pertinence de ses choix.
Et l’argent public n’étant pas renouvelable, un excès de précautions dans un domaine interdit de sauver des vies dans un autre.
Une rupture d’approvisionnement électrique telle que celle qui a été frôlée le 25 janvier dernier aurait notamment des conséquences incalculable, jusque sur la sécurité même de plusieurs réacteurs nucléaires. La gestion et les contrôles du parc nucléaire impliquent d’envisager le risque dans sa totalité, les experts sont là pour permettre aux décideurs un choix éclairé.
Demander l’avis d’une population manipulée par des marchands d’angoisse sur une question aussi technique que celle de cette consultation est un non sens.

Les avis d’experts permettent d’éclairer les décideurs.

6)

Réponse au Projet d’avis de l’ASN relatif à l’anomalie de la composition de l’acier du fond et du couvercle de la cuve du réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville (INB n° 167)

Je suis frappé par le nombre de citoyens de bonne foi qui ont du mal à comprendre qu’un composant comportant une anomalie règlementaire puisse néanmoins assurer sa fonction en toute sûreté et donc être déclaré « bon pour le service ». Il me semble donc très important, pour l’acceptation du nucléaire par le public, d’en expliquer les raisons qui résultent de la « conception française » de la règlementation nucléaire qui, sauf erreur, a perduré depuis l’origine de cette industrie quel que soit le statut administratif des entités responsables du contrôle de la sûreté nucléaire dans notre pays, jusqu’à l’ASN actuelle. D’autant plus que c’est une excellente approche, garante de la sûreté réelle et pas seulement « administrative », porteuse en outre de progrès des connaissances, donc de futurs progrès de sûreté.
Il faut donc d’abord rappeler, me semble-t-il, qu’une règlementation technique en général et nucléaire en particulier est avant tout issue des connaissances scientifiques et techniques et de leurs progrès, des règles de l’art industrielles des domaines concernés, etc. et stipule des objectifs multiples et complémentaires qui permettent de garantir globalement des marges de sécurité importantes dans la conception, la construction et l’exploitation des composants.
Le problème qui est posé ici concerne l’anomalie (ou non-conformité) d’un paramètre majeur, la teneur en carbone, dans quelques zones de deux pièces qui pèsent chacune quelques centaines de tonnes. Comment traiter cette anomalie ?
Une conception étroitement juridique aurait consisté à rebuter purement et simplement ces pièces. La conception française rappelée ci-dessus consiste au contraire à remonter aux sources de la règlementation, c’est-à-dire à faire de la science et de la technique pour examiner quelles sont les conséquences physiques réelles de l’anomalie sur les marges de sécurité et donc sur la sûreté d’usage de la pièce concernée.
C’est ce qui a été fait, avec un programme rigoureux d’essais et d’analyses d’une très grande ampleur, qui a duré 2 ans et porté sur plus de 1 800 échantillons prélevés sur des pièces fabriquées dans des conditions strictement identiques. Tous ces échantillons ont été analysés de manière extrêmement approfondie et leurs caractéristiques réelles ont été introduites dans les codes de calcul de mécanique de la rupture. Verdict : les marges de sécurité sont diminuées mais restent suffisantes.

L’ASN, sur la base des avis de ses supports techniques, l’IRSN et le Groupe permanent d’experts du domaine, deux entités complémentaires disposant de toutes les compétences et expertises requises, a donc proposé l’acceptabilité des pièces concernées, sous réserve cependant que la diminution des marges soit compensée par des contrôles supplémentaires lors de l’exploitation, en sus des contrôles déjà normalement prévus sur les tous les réacteurs nucléaires. Ceci ne soulève pas de difficultés particulières pour le fond de cuve, très facilement contrôlable car dépourvu de toute traversée. Par contre, le couvercle de cuve qui comporte un nombre élevé de traversées, est plus difficile à contrôler. La faisabilité de son contrôle n’étant pas acquise à ce jour, l’ASN a donc demandé à EDF d’approvisionner un nouveau couvercle qui devra être installé en 2024 au plus tard. C’est le délai nécessaire à la construction d’un nouveau couvercle, sachant par ailleurs que la durée d’utilisation du couvercle actuel est suffisamment courte pour garantir l’absence de risque de vieillissement de son acier (qui est conçu pour durer au moins 60 ans).

En conclusion, de mon point de vue de citoyen conscient qu’aucun compromis avec la sûreté ne serait acceptable, j’ai la certitude que la proposition de l’ASN, qui s’appuie sur un programme d’essais et d’analyses rationnel, extrêmement approfondi et rigoureux, validé par l’expertise de ses supports techniques, offre toutes les garanties scientifiques et garantit totalement la sûreté d’usage des pièces concernées moyennant les contrôles complémentaires prévus en exploitation.

On peut ajouter qu’aucun acier d’un composant nucléaire majeur au monde n’a subi à ce jour autant d’analyses et est donc mieux connu… Ce qui signifie au passage que la science métallurgique a progressé. Ce n’était évidemment pas le but initial, mais c’est une retombée de l’approche française de la sûreté rappelée plus haut.
Voilà, me semble-t-il, des éléments factuels parmi d’autres qu’il serait utile d’exposer aux citoyens de bonne foi qui se posent légitimement des questions. Alors qu’ils sont par ailleurs soumis, notamment dans le cadre du présent projet d’avis, à un déluge d’opinions de nature souvent idéologique, incluant des accusations de collusion entre l’ASN et l’industrie nucléaire. Chacun doit avoir tous les éléments d’information pour juger.

Fin

Batteries TESLA en Australie : stockage ou anti-blackout ?

http://trustmyscience.com/tesla-va-mettre-au-point-le-plus-grand-systeme-de-stockage-lithium-ion-au-monde/
788 x16 batteries Powerwall à 5000 USD, soit environ 63 MUSD, rien qu’en batteries+l’infrastructure et le refroidissement.

Près de 100 MUSD !

Le prix est évidemment intéressant, mais il est difficile d’en déduire dans ce cas une rentabilité du stockage, ou ce qui revient au même un coût du MWh déstocké. En effet, le rôle de cette batterie (126 MWh de stockage pour 100 MW de puissance) n’est pas principalement le stockage d’énergie (la durée théorique de déstockage étant de 1,26 heure, soit en pratique environ 1 heure au maximum sachant qu’une batterie n’est pas utilisée jusqu’à sa décharge complète pour préserver sa longévité, ce qui limite ses possibilités de lissage de la demande ou des variations des EnRis).

L’objet essentiel de cette batterie est de stabiliser la fréquence du réseau en écrêtant les fluctuations très rapides des EnRis, une batterie étant capable d’absorber ou restituer de l’énergie au réseau dans des temps extrêmement courts. Son rôle est donc de réaliser un réglage primaire fréquence-puissance ultra rapide qui permet de corriger les écarts avant qu’ils n’aient des conséquences sur le reste du réseau (pour les amateurs de théorie des régulations, les constantes de temps d’action des batteries sont très inférieures aux constantes de temps de réaction des réseaux). Ce système fonctionne bien, il a été longuement testé par EDF R&D sur une boucle d’essai d’une dizaine de MW et est utilisé avec succès semble-t-il dans plusieurs (petits) réseaux isolés des îles, à des puissances du même ordre.

Fonctionnellement, les batteries subissent donc des charges/décharges à un rythme élevé et aléatoire, fonction des fluctuations cumulées des consommations + EnRis. Economiquement, ce ne sont donc pas les valeurs stockées qui présentent l’intérêt essentiel, mais le service de stabilisation rendu au réseau, qui peut se chiffrer par des sommes extrêmement importantes s’il permet d’éviter des blackouts comme en a connu le réseau Sud-australien entre l’automne 2016 et l’hiver 2017 (périodes de printemps et d’été pour l’Australie). Pour fixer les idées, le coût pour la collectivité d’un blackout en France est estimé par RTE à 25 000 Euros/MWh non distribué !!! Je ne sais ce qu’il en est pour le réseau Sud-australien, d’une échelle très différente (3 GW de puissance installée environ, importations comprises) mais ce coût étant proportionnel au niveau de vie du pays (il correspond essentiellement à la perte de PIB du fait du manque généralisé d’électricité), il devrait logiquement être d’un ordre de grandeur comparable par MWh non distribué.

Reste maintenant à vérifier que les 100 MW de batteries seront suffisants pour stabiliser un réseau dont la puissance maximale peut atteindre 3 GW en ordre de grandeur. Réponse par les faits dans quelques mois, mais on peut penser que les gestionnaires de ce réseau ont fait de bonnes simulations… C’est à souhaiter pour eux et pour… Elon Musk !


Une des contraintes des batteries concerne le courant de décharge admissible, tout comme le courant de charge.

Donc la quantité d’énergie stockée est une donnée intéressante et, dans ce cas, 126 MWh est une valeur élevée. Cependant pour voir la capacité à maintenir la fréquence du réseau lors des variations brutales, il serait bon de connaître l’intensité maximale de décharge.

Pour se faire une idée, on peut comparer la capacité de cette batterie (126 MWh) et la puissance qu’on s’autorise à en tirer (100 MW) à celles de la batterie (du même type – Li-ion) qui est montée sur une Tesla Model X P100D, soit 100 kWh resp. 568 kW.

Sur la voiture, on s’autorise de pomper une puissance proportionnellement beaucoup plus importante, parce que cette puissance n’est absorbée que pendant les accélérations, forcément de courte durée, durée beaucoup plus courte que les périodes pendant lesquelles cette batterie de 126 MWh sera sollicitée à la hauteur de 100 MW.