Déchets nucléaires pour chauffage urbain :pourquoi pas ?

Par Michel Gay

Le 01 juillet 2016

N°98

Le coût d’un site de stockage souterrain de déchets nucléaires constitue moins de 1% du coût de production de l’électricité d’origine nucléaire[1] mais il représente tout de même de 17 à 25 milliards d’€ suivant les points de vue.

Il faut se prémunir contre la radioactivité résiduelle mais aussi, et surtout, maitriser la température dans les galeries souterraines. En effet, ces déchets dégagent de la chaleur[2] pendant encore des centaines d’années, ce qui nécessite des espacements importants entre les colis en sous-sol et augmente donc la facture du stockage.

En retirant les deux à cinq éléments[3] non émetteurs de rayons « gammas » qui dégagent le plus de chaleur dans ces déchets, le volume nécessaire pour le stockage diminueraient, ainsi que le coût. De plus, la chaleur émise pourrait être utilisée pour le chauffage urbain.

Ces matières radioactives sont délicates à extraire et à manipuler, mais fondues et coulées dans des blocs inaltérables de verre, elles n’émettent pas de radioactivité à l’extérieur du colis. Ces sources de chaleur permanentes deviennent inoffensives, mêmes pour des gens « malintentionnés ». Ainsi vitrifiées de manière irréversible, elles pourraient être vendues dans des conteneurs dégageant une puissance calorifique de plusieurs dizaines de kilowatts pour chauffer des bâtiments (commerces, immeubles, entreprises, piscines, …) pendant des dizaines d’années.


Ces chaudières à base de déchets nucléaires pourraient être économiques car il y a un gain sur la source de chaleur (économie de combustibles) et sur le coût du stockage géologique (économie sur le volume de stockage).

Diminuer le coût du stockage géologique et utiliser cette chaleur résiduelle permanente et « gratuite » serait faire œuvre utile pour la collectivité. Mais faire changer de point de vue la population et les élus pour les convaincre de l’utilité et de l’innocuité de ce chauffage d’un nouveau genre sera une affaire de longue haleine…

Texte « amélioré » le 05/12/19

Un site de stockage souterrain de déchets nucléaires constitue moins de 1% du coût de production de l’électricité d’origine nucléaire[4] mais il représente tout de même de 17 à 25 milliards d’€ suivant les points de vue.

Il faut se prémunir contre la radioactivité résiduelle mais aussi, et surtout, maitriser la température dans les galeries souterraines. Les déchets nucléaires issus de combustibles usés dégagent de la chaleur[5] pendant encore des centaines d’années ce qui nécessite des espacements importants entre les colis en sous-sol et augmente la facture du stockage géologique.

En retirant les deux à cinq éléments[6] non émetteurs de rayons « gammas » qui dégagent le plus de chaleur dans ces déchets, le volume nécessaire pour le stockage diminueraient, ainsi que le coût. Cette chaleur pourrait être utilisée pour le chauffage urbain.

Ces matières radioactives sont délicates à extraire et à manipuler, mais fondues et coulées dans des blocs inaltérables de verre, elles n’émettent pas de radioactivité à l’extérieur du colis. Ces sources de chaleur permanentes deviendraient inoffensives, mêmes pour des gens « malintentionnés ».

Ainsi vitrifiées de manière irréversible, elles pourraient être vendues dans des conteneurs dégageant une puissance calorifique de plusieurs dizaines de kilowatts pour chauffer des bâtiments (commerces, immeubles, entreprises, piscines, …) pendant des dizaines d’années.


Ces chaudières à base de déchets nucléaires pourraient être économiques car il y a un gain sur la source de chaleur (économie de combustibles) et sur le coût du stockage géologique (économie sur le volume de stockage).

Diminuer le coût du stockage géologique et utiliser cette chaleur résiduelle permanente et « gratuite » serait faire œuvre utile pour la collectivité. Mais convaincre la population et les élus de l’utilité et de l’innocuité de ce chauffage d’un nouveau genre sera une affaire de longue haleine…


[1] Rapport du CEA de décembre 2012 « Séparation-transmutation des éléments radioactifs à vie longue », tome 2, page 67.

[2] Aujourd’hui en France, il y a 10.000 conteneurs de déchets haute activité vie longue (HAVL) qui dégagent chacun environ 2,3 kW en permanence (soit 23 MW au total). En 2050, on atteindra les 100 MW qui seront principalement dus au césium 137.

[3] Par exemple le césium 137, l’américium, le neptunium, le technétium et le strontium 90. Les déchets nucléaires sont constitués des produits de fission et aussi d’actinides mineurs (neptunium, curium et américium) formés à partir de noyaux d’uranium ayant absorbé des neutrons sans fissionner.

[4] Rapport du CEA de décembre 2012 « Séparation-transmutation des éléments radioactifs à vie longue », tome 2, page 67.

[5] Aujourd’hui en France, il y a 10.000 conteneurs de déchets haute activité vie longue (HAVL) qui dégagent chacun environ 2,3 kW en permanence (soit 23 MW au total). En 2050, on atteindra les 100 MW qui seront principalement dus au césium 137.

[6] Par exemple le césium 137, l’américium, le neptunium, le technétium et le strontium 90. Les déchets nucléaires sont constitués des produits de fission et aussi d’actinides mineurs (neptunium, curium et américium) formés à partir de noyaux d’uranium ayant absorbé des neutrons sans fissionner.

FRANCE : BILAN CO2 2020 EN MATIÈREDE PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ


En 2020 chaque kWh d’électricité produit en France a généré en moyenne 39 g EQU CO2/kWh. L’utilisation des énergies renouvelables et surtout de l’énergie nucléaire est à la base de cet excellent résultat

Le calcul de cette valeur est relativement basique et consiste à attribuer à chaque énergie émettrice de gaz à effet de serre un coefficient de production d’équivalent CO2 par MWh produit qui est multiplié par la production de chacune des énergies impliquées. La somme de ces productions d’équivalent CO2 est ensuite divisée par la
production totale d’électricité du pays.
En 2020 la France a produit  19,3 MtCO2 pour sa production globale d’électricité.
Le réchauffement climatique est un phénomène mondial qui ne se limite pas à la France. D’où la nécessité d’évaluer à minima le système électrique français dans
l’environnement du système électrique européen.

Par rapport au réseau électrique européen le réseau électrique français se schématise ainsi :


Schématisation du réseau électrique français par rapport au réseau électrique européen.
RTE (gestionnaire du réseau électrique français) indique qu’en 2020 la France a exporté physiquement 48,373 TWh et importé physiquement 2,717 TWh d’électricité.
Les flux physiques (import et export) sont mesurés et représentent les quantités
d’électricité qui transitent réellement dans les lignes d’interconnexion avec l’étranger.
Les flux physiques montrent que la France est pratiquement autosuffisante en électricité ; le faible volume d’importation ne sert qu’à combler un manque de
capacités de production lors des fortes pointes de consommation qui sont relativement peu fréquentes et limitées en amplitude par des effacements
temporaires des gros consommateurs d’électricité français.
Mais quel type d’énergie la France exporte-t-elle ?
En 2020, majoritairement de l’électricité nucléaire 31,804 TWh accompagnés de 16,495 TWh de gaz. Le reste (0,074 = 48,373 – (31,804 + 16,495)) est à l’actif du
fioul et du charbon qui paradoxalement participe à l’exportation. En effet RTE
démarre parfois des groupes fioul ou charbon pour passer des pointes de quelques
heures consécutives ; les groupes doivent être démarrés par anticipation aux pointes. Toute leur production en dehors des pointes est exportable puisque non nécessaire au réseau (c’est un point de vue qui en vaut un autre).
À noter que l’exportation d’électricité nucléaire française participe à une diminution
globale des rejets de gaz à effet de serre européens (malheureusement ce constat
n’est pas valorisé en terme financier). L’exportation gaz se substituant à du charbon.

CALCUL DE L’EXPORTATION GAZ
RTE publie toutes les 30 mn les données de production et de consommation du système électrique français. À chaque instant la somme des consommations françaises et du pompage est retranchée à la somme des productions ; cette
soustraction offre trois possibilités :
 La différence est négative : la France exporte de l’électricité,
 La différence est nulle : le système est à l’équilibre (peu probable),
 La différence est positive : la France importe de l’électricité.

Pour réaliser son programme de production journalier RTE utilise la méthode d’appel du coût marginal ; les unités de production disponibles sont appelées selon leur coût de production (fort logiquement une production solaire disponible sera prioritaire sur une production nucléaire ; le solaire est gratuit alors que le nucléaire à un coût réel,
faible mais réel).

Il est facile de connaitre la position de l’index de la production et de l’index de la consommation dans la barre d’empilement des énergies. L’écart entre ces deux
index indique la nature de l’excédent ou du déficit (énergies provoquant ces écarts).
La barre d’empilement des énergies évolue également en permanence en fonction
de la disponibilité des diverses unités composant le parc de production français.
Nota : généralement RTE place l’énergie hydraulique de lacs après le nucléaire dans son échelle d’appel car le nucléaire sert en production de base et l’hydraulique de lacs, qui est stockable, de production de réglage rapide

Rapport du CCR : Évaluation technique de l’énergie nucléaire par rapport au critère «Ne pas nuire significativement» de la réglementation taxonomique.

Lien vers le rapport en anglais qui a fuité :

https://t.co/PP4ZiCAjEE

ou

https://t.co/5TGipzhl0F

JRC science for policy report

Technical assessment7 of nuclear energy with respect to the

“Do not significant harm” criteria of Taxonomy regulation.

(Traduction libre d’extraits du rapport – Michel Simon (400 pages en 14 pages))

Résumé (en fait, Avant-propos serait plus approprié)

La lutte contre le changement climatique est un défi urgent. L’Union européenne est invitée à intensifier son action pour faire preuve de leadership au niveau mondial en devenant neutre sur le plan climatique d’ici 2050 dans tous les secteurs de l’économie.

Pour cela, il faut compenser, d’ici 2050, non seulement les émissions de CO2 restantes, mais aussi toutes les autres émissions de gaz à effet de serre restantes, comme indiqué dans la Communication « Une planète propre pour tous – Une vision stratégique européenne à long terme pour une économie prospère, moderne, compétitive et climatiquement neutre » et confirmée par la communication sur le « contrat vert européen ».

Pour compléter le cadre politique existant, plusieurs initiatives européennes en matière de contrats verts ont été adoptées et d’autres sont en préparation. Parmi les initiatives adoptées, citons le règlement (UE) 2020/852 (le « règlement sur la taxonomie ») sur l’établissement d’un cadre visant à faciliter l’investissement durable, qui fournit aux entreprises et aux investisseurs des définitions appropriées des activités économiques pouvant être considérées comme durables sur le plan environnemental.

L’inclusion ou l’exclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie de l’UE a fait l’objet d’un débat tout au long des négociations sur le règlement relatif à la taxonomie. Bien que le règlement contienne des références indirectes à la question de l’énergie nucléaire (notamment en ce qui concerne les déchets radioactifs), les colégislateurs ont finalement laissé l’évaluation de l’énergie nucléaire à la Commission dans le cadre de ses travaux sur les actes délégués établissant les critères de sélection technique.

Le groupe d’experts techniques sur le financement durable (TEG), qui a été chargé de conseiller la Commission sur les critères de sélection technique pour les objectifs d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci, n’a pas fourni de recommandation concluante sur l’énergie nucléaire et a indiqué qu’une évaluation plus approfondie des aspects de l’énergie nucléaire relatifs à l’absence de dommages significatifs était nécessaire.

En tant que service scientifique et de connaissance interne de la Commission, doté d’une grande expertise technique dans les domaines de l’énergie et la technologie nucléaires, le CCR a été invité à effectuer cette analyse et à rédiger un rapport d’évaluation technique sur les aspects « Do no significant harm » (DNSH) de l’énergie nucléaire, y compris les aspects liés à la gestion à long terme des déchets radioactifs de haute activité et du combustible nucléaire usé, conformément aux spécifications des articles 17 et 19 de la convention.

Ce Rapport est le compte-rendu des travaux de la Commission JRC

Résumé exécutif – Executive summary

Pour atteindre les objectifs du Green Deal européen, il est fondamental d’orienter les investissements vers des projets et activités durables, avec une évaluation claire de leurs co-bénéfices et risques pour la santé humaine et l’environnement. Le règlement sur la taxonomie (règlement (UE) 2020/852), sur l’établissement d’un cadre pour faciliter les investissements durables, définit les conditions, notamment les objectifs environnementaux, qu’une une activité économique doit remplir pour être qualifiée d’écologiquement durable. Elle définit également le cadre pour le développement d’un système de classification de l’UE (« taxonomie de l’UE ») des activités économiques écologiquement durables à des fins d’investissement.

La Commission européenne a créé un groupe d’experts techniques (TEG) sur la finance durable en juillet 2018 pour élaborer des recommandations concernant les critères techniques de sélection des activités économiques pouvant apporter une contribution aux objectifs d’atténuation ou d’adaptation au changement climatique, tout en évitant de nuire de manière significative aux quatre autres objectifs environnementaux du règlement : – l’utilisation durable et la protection des ressources en eau et des ressources marines ; – la transition vers une économie circulaire ; – la lutte contre la pollution ; et – la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

En juin 2019, le TEG a fourni des recommandations préliminaires pour une première série d’activités économiques, ainsi que d’activités économiques, ainsi que les critères de sélection techniques associés, qui devraient apporter une contribution substantielle à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique, tout en ne nuisant pas de manière significative à l’un des autres objectifs environnementaux.

Dans son évaluation de l’énergie nucléaire dans le cadre de son examen des activités de production d’énergie, le TEG a conclu que l’énergie nucléaire a des émissions de gaz à effet de serre proches de zéro dans la phase de production d’énergie et peut contribuer aux objectifs d’atténuation du changement climatique.

Bien qu’il soit justifié de considérer l’énergie nucléaire du point de vue de l’atténuation climatique était donc justifiée, le TEG n’a pas pu parvenir à une conclusion définitive vis-à-vis d’autres objectifs environnementaux, compte tenu notamment du manque d’expérience opérationnelle permanente des sites d’élimination des déchets de haute activité. Par conséquent, l’énergie nucléaire n’a pas été incluse à ce stade dans la Taxonomie de l’UE. En revanche, le TEG a recommandé que des travaux techniques plus approfondis soient entrepris sur l’approche « Pas de dommage significatif » (DNSH) de l’énergie nucléaire.

Au cours de l’été 2020, en accord avec les directions générales de l’énergie (DG ENER), de l’environnement (DG ENV), de la recherche et de l’innovation (DG RTD), de l’action pour le climat (DG CLIMA) et le Secrétariat général de la Commission européenne, la Direction générale de la stabilité financière, des services financiers et de l’Union des marchés de capitaux (DG FIS) a demandé au CCR de réaliser ce « travail technique plus approfondi sur les aspects DNSH de l’énergie nucléaire » comme recommandé par le TEG.

Le CCR a mené une étude pour évaluer la production d’énergie nucléaire selon les critères « do no significant harm » (DNSH) en considérant les effets de l’ensemble du cycle de vie de l’énergie nucléaire en termes d’impacts environnementaux existants et potentiels impacts environnementaux existants et potentiels sur tous les objectifs, en mettant l’accent sur la gestion des déchets nucléaires et radioactifs générés.

Ce rapport présente le résultat de cet examen approfondi. Pour des raisons pratiques et rédactionnelles, le rapport est divisé en deux parties distinctes (partie A et B), complétées par plusieurs annexes.

La partie A est intitulée « Examen de l’état de l’art pour évaluer la production d’énergie nucléaire selon le critère « do no significant harm » (DNSH) et traite de l’examen des impacts environnementaux correspondant aux différentes phases du cycle de vie du nucléaire et la comparaison avec les incidences environnementales d’autres technologies de production d’électricité, telles que le charbon, le gaz naturel, le pétrole et le gaz naturel et les énergies renouvelables (y compris l’hydroélectricité).

La partie B est intitulée « Évaluation spécifique de l’état actuel et des perspectives de la gestion et de l’élimination à long terme des déchets radioactifs » et traite de l’état actuel et des aspects DNSH de la gestion des déchets radioactifs, en mettant l’accent sur l’élimination finale des déchets radioactifs, en se concentrant sur le stockage définitif des déchets radioactifs de haute activité et du combustible nucléaire usé.

Au cours de la préparation de ce rapport, la nécessité d’un aperçu détaillé du cadre juridique et réglementaire pertinent est devenue évidente. Cet aperçu a été inclus dans une annexe intitulée « Contexte juridique et réglementaire de l’énergie nucléaire » (annexe 1). Il s’agit d’un document de référence commun aux parties A et B du rapport, qui présente les principaux éléments des cadres juridiques et réglementaires nucléaires et environnementaux associés.

Ce rapport sera examiné par les experts nationaux des États membres en matière de radioprotection et de gestion des déchets, nommés par le comité scientifique et technique en vertu de l’article 31 du traité Euratom, en tant qu’experts nationaux, ainsi que par des experts des incidences sur l’environnement du Comité scientifique des risques sanitaires, environnementaux et émergents (SCHEER).

Contexte politique

Pour atteindre les objectifs du contrat vert européen et réaliser les objectifs de l’UE en matière d’atténuation du changement climatique et de mix énergétique à l’horizon 2030, il est fondamental d’orienter les investissements vers des projets durables, avec une évaluation claire de leurs co-bénéfices et des risques pour la santé humaine et l’environnement.

Pour y parvenir, un langage commun et une définition claire de ce qui est « durable » sont nécessaires. C’est pourquoi le plan d’action sur le financement de la croissance durable a appelé à la création d’un système de classification commun pour les activités économiques durables, ou d’un « système de classification européen », appelé « taxonomie européenne ».

La taxonomie européenne est un système de classification qui établit une liste d’activités économiques écologiquement durables. Grâce à ce système de classification européen, l’UE disposera d’un moyen uniforme et harmonisé pour déterminer quelles activités économiques peuvent être considérées comme durables. C’est essentiel pour que l’UE devienne le premier continent neutre sur le plan climatique d’ici à 2050, ainsi que pour atténuer la perte de biodiversité et d’autres défis environnementaux de plus en plus urgents.

Ce système est en cours d’élaboration par le biais d’actes délégués et sera publié en deux lots : un sur les objectifs liés au climat et un sur les quatre autres objectifs environnementaux mentionnés ci-dessus.

Le règlement relatif à la taxonomie (RÈGLEMENT (UE) 2020/852) habilite la Commission à adopter des actes délégués et des actes d’exécution afin d’établir la liste actuelle des activités durables sur le plan environnemental, ainsi que les critères de sélection technique associés pour chaque objectif environnemental.

Bien que l’énergie nucléaire ait été reconnue par le TEG comme une « énergie neutre sur le plan climatique », le respect du critère « ne pas nuire de manière significative » du cycle de vie de l’énergie nucléaire, et en particulier l’élimination des déchets radioactifs, nécessite des considérations supplémentaires.

Principales conclusions

– La protection de la population et de l’environnement dans les pays dotés d’installations nucléaires repose sur l’existence d’un cadre réglementaire solide qui supervise la sécurité et les impacts environnementaux de ces installations. L’obtention et le maintien d’un niveau élevé de sûreté pendant la durée de vie des installations nucléaires et la durée des activités connexes nécessitent un cadre gouvernemental, juridique et réglementaire solide, qui prévoit des examens réguliers de la sûreté et des mesures de contrôle, ainsi qu’une surveillance et des rapports stricts.

– L’UE et ses États membres ont élaboré et mis en place un cadre réglementaire complet pour garantir la sûreté des installations nucléaires, conformément aux exigences et recommandations internationales visant à renforcer les systèmes de réglementation pour le contrôle des installations nucléaires tout au long de leur durée de vie. En tant que parties contractantes à la convention sur la sûreté nucléaire et à la convention commune sur la sûreté de la gestion du combustible usé et sur la sûreté de la gestion du combustible usé et sur la sûreté de la gestion des déchets radioactifs, l’UE et ses États membres s’engagent à respecter un ensemble d’obligations et de règles et à assurer la sécurité à l’échelle mondiale, notamment en ce qui concerne leur cadre législatif et réglementaire et leurs organismes de réglementation.

– L’évaluation détaillée des impacts de l’énergie nucléaire dans ses différentes phases du cycle de vie montre que tous les effets non radiologiques et les indicateurs d’impact potentiel sont dominés par la phase d’extraction et de broyage, à l’exception des émissions de gaz à effet de serre (GES), pour lesquelles l’exploitation des centrales nucléaires apporte la plus grande contribution (voir la figure 3.3.1-12 de la partie A et les tableaux A.2-1 et A.2-2 de l’annexe 2).

– Les analyses n’ont révélé aucune preuve scientifique que l’énergie nucléaire est plus dommageable pour la santé humaine ou l’environnement que d’autres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la taxonomie comme activités soutenant le changement climatique.

– La comparaison des impacts des différentes technologies de production d’électricité (par exemple, le pétrole, le gaz, les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire) sur la santé humaine et sur l’environnement a été effectuée sur la base des récentes analyses du cycle de vie (ACV) présentées au chapitre 3.2 de la partie A, et montre que les incidences de l’énergie nucléaire sont pour la plupart comparables à celles de l’hydroélectricité et des énergies renouvelables, en ce qui concerne les effets non radiologiques.

– En ce qui concerne l’énergie nucléaire, son impact sur la consommation d’eau et la pollution thermique potentielle des masses d’eau doivent être pris en compte de manière appropriée lors des phases de sélection du site, de conception des installations et d’exploitation de la centrale.

– En ce qui concerne les impacts radiologiques potentiels sur l’environnement et la santé humaine, les principales phases du cycle de vie de l’énergie nucléaire qui contribuent de manière significative aux impacts radiologiques potentiels sur l’environnement et la santé humaine, l’environnement et la santé humaine sont : l’extraction et le broyage de l’uranium (traitement du minerai) ; l’exploitation de la centrale nucléaire (production d’électricité au moyen de réacteurs à fission nucléaire) et le retraitement du combustible nucléaire usé.

– Les analyses connexes démontrent que des mesures appropriées pour prévenir l’apparition d’impacts potentiellement nocifs ou pour atténuer leurs conséquences peuvent être mises en œuvre en utilisant la technologie existante à des coûts raisonnables.

– La gestion des déchets radioactifs et leur élimination sûre et sécurisée constituent une étape nécessaire dans le cycle de vie de toutes les applications de la science et de la technologie nucléaires (énergie nucléaire, recherche, industrie, éducation, médical, et autres). Les déchets radioactifs sont donc produits dans pratiquement tous les pays, la contribution la plus importante provenant du cycle de vie de l’énergie nucléaire dans les pays exploitant des centrales nucléaires. Actuellement, il existe un large consensus scientifique et technique sur le fait que l’élimination des déchets radioactifs de haute activité et à longue durée de vie dans des formations géologiques profondes est, dans l’état actuel des connaissances, considéré comme un moyen approprié et sûr de les isoler de la biosphère sur de très longues périodes.

– De même, la technologie de captage et de séquestration du carbone (CSC) repose sur l’élimination à long terme des déchets dans des installations géologiques. Elle a été incluse dans la taxonomie et a reçu une évaluation positive. Le groupe d’experts de la taxonomie considère donc que les défis liés à l’élimination sûre à long terme du CO2 dans des installations géologiques, qui sont similaires aux défis posés par l’élimination des déchets radioactifs de haute activité, peuvent être gérés de manière adéquate. Il existe déjà un cadre réglementaire avancé en place dans les pour le stockage du dioxyde de carbone et la gestion des déchets radioactifs (voir annexe 1). En termes de mise en œuvre pratique, il n’existe actuellement aucun stockage géologique opérationnel pour le dioxyde de carbone ou pour les déchets radioactifs.

– La plupart des ACV consultées sont complètes et incluent dans leurs résultats la contribution de la phase d’élimination aux incidences environnementales globales des deux projets aux incidences environnementales globales, tant sur le plan radiologique que non radiologique.

– D’un point de vue non radiologique, la phase d’élimination ne contribue que légèrement aux émissions globales de gaz à effet de serre, à l’utilisation des sols et à la production de déchets radioactifs. Elle ne contribue pas (les résultats sont nuls ou négligeables) aux indicateurs représentatifs des impacts sur les objectifs du règlement de la taxonomie, à savoir l’utilisation durable et la protection des ressources en eau et des ressources marines, la prévention et la réduction de la pollution, et la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

– En ce qui concerne la transition vers une économie circulaire, les matières premières utilisées pour construire les barrières ouvragées des installations d’élimination (par exemple, le cuivre) ne peuvent pas être récupérées. Les quantités nécessaires sont faibles, en particulier si on les compare à la production mondiale et aux longs délais d’élimination.

Certains matériaux résultant de la construction des installations, par exemple une partie de la roche extraite pour construire les tunnels d’un dépôt en roche cristalline, peuvent être commercialisés. – Les mesures visant à garantir que les déchets radioactifs ne portent pas atteinte à la population et à l’environnement comprennent une combinaison de solutions techniques et d’un cadre administratif, juridique et réglementaire approprié. Bien que des points de vue contrastés subsistent, il est généralement admis que les technologies nécessaires au stockage géologique sont désormais disponibles et peuvent être déployées lorsque les conditions publiques et politiques sont favorables. Aucune expérience opérationnelle à long terme n’est actuellement disponible, car les technologies et les solutions sont encore en phase de démonstration et d’essai, et se dirigent vers la première étape de la mise en œuvre opérationnelle.

La Finlande, la Suède et la France sont à un stade avancé de la mise en œuvre de leurs installations nationales de stockage en couche géologique profonde, qui devraient entrer en service au cours de la présente décennie.

– L’impact radiologique des activités liées au cycle de vie de l’énergie nucléaire, y compris la gestion et l’élimination des déchets radioactifs, est réglementé par la loi dans les États membres, qui fixe les rejets maximaux autorisés et l’exposition à la radioactivité pour les groupes professionnellement exposés, pour le public et pour l’environnement.

Le respect de ces limites, établissant les frontières en deçà desquelles aucun dommage significatif n’est causé à la vie humaine et à l’environnement, est une condition préalable à l’autorisation de toute activité liée au cycle de vie nucléaire et que les résultats soient contrôlés par la suite par des autorités indépendantes.

– Sous réserve que toutes les activités industrielles spécifiques du cycle du combustible nucléaire (par exemple, l’extraction de l’uranium, la fabrication du combustible nucléaire, etc.) soient conformes aux cadres réglementaires nucléaires et environnementaux et aux critères d’examen technique correspondants, les mesures de contrôle et de prévention des impacts potentiellement dangereux pour la santé humaine et l’environnement sont en place pour garantir un impact très faible de l’utilisation de l’énergie nucléaire.

– Un résultat important du rapport est la démonstration de l’élaboration de critères de sélection technique (CST) appropriés pour la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire, selon l’approche pratiquée par le TEG dans ses travaux. Les TSC publiés ici sont des propositions préliminaires, illustrant que des critères adéquats peuvent être élaborés pour garantir que l’application de l’énergie nucléaire n’entraîne pas d’effets significatifs sur l’environnement et la santé humaine. Le processus d’élaboration des tableaux TSC pertinents est décrit au cha5pitre 5 de la partie A et des exemples de critères de sélection technique (TSC) pour certaines phases du cycle de vie de l’énergie nucléaire sont présentés en Annexe 4

Principales conclusions

La comparaison des incidences environnementales des différentes technologies de production d’électricité sur la santé humaine et l’environnement permet de tirer les conclusions suivantes :

·        les émissions moyennes de GES sur le cycle de vie déterminées pour la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire sont comparables aux valeurs caractéristiques de l’hydroélectricité et de l’éolien (voir la figure 3.2-6 de la partie A)

·        L’énergie nucléaire a de très faibles émissions de NOx (oxydes d’azote), SO2 (dioxyde de soufre), PM (particules) et COVNM (composés organiques volatils non méthaniques). Ces valeurs sont comparables ou supérieures aux les émissions correspondantes des filières solaire PV et éolienne (voir Figure 3.2-8 et -18 de la Partie A)

·        En ce qui concerne les potentiels d’acidification et d’eutrophisation, l’énergie nucléaire est également comparable ou supérieure à l’énergie solaire photovoltaïque et à l’énergie éolienne (voir les figures 3.2-9 et 10 de la partie A).

·        Il en va de même pour l’écotoxicité de l’eau douce et de l’eau de mer (voir la figure 3.2-11 de la partie A), l’appauvrissement de la couche d’ozone et le POCP (potentiel de création d’oxydants photochimiques, voir la figure 3.2-19 de la partie A).

·        L’occupation du sol pour la production d’énergie nucléaire est à peu près la même que celle d’une centrale au gaz de capacité équivalente, mais elle est nettement inférieure à celle de l’énergie éolienne ou solaire photovoltaïque (voir la figure 3.2-15 de la partie A)

Certains domaines dans lesquels l’utilisation de l’énergie nucléaire nécessite une attention particulière ont également été identifiés :

·        La pollution thermique potentielle des masses d’eau douce : Les grandes centrales nucléaires intérieures utilisant des systèmes de refroidissement à passage unique prélèvent une grande quantité d’eau de la rivière ou du lac utilisé comme puits de chaleur ultime pour le fonctionnement normal de la centrale. Lorsque l’eau de refroidissement réchauffée est renvoyée dans le plan d’eau, elle représente un potentiel de pollution thermique important qui doit être traité de manière adéquate. Afin d’éviter les effets nocifs de la pollution thermique, la température maximale de rejet de l’eau de refroidissement du condenseur, ainsi que la température maximale de la masse d’eau douce, doivent être strictement contrôlées. Les options de prélèvement d’eau et la prévention d’une pollution thermique excessive doivent être soigneusement analysées au cours du processus de sélection du site.

·        Consommation d’eau : Une caractéristique générale des centrales électriques utilisant un cycle thermique spécifique pour convertir la chaleur en énergie mécanique (énergie de la turbine) est la nécessité d’un refroidissement continu. Si la consommation d’eau est très faible pour le refroidissement à passage unique, les technologies utilisant le refroidissement par recirculation, les tours de refroidissement par évaporation ou le refroidissement par bassin consomment généralement une quantité importante d’eau. La consommation d’eau qui caractérise ces technologies de refroidissement reste comparable à celle des installations solaires à concentration et au charbon, tant pour le refroidissement par recirculation que pour le refroidissement par bassin (voir la figure 3.2-7 de la partie A). Lors de la sélection du site, les ressources en eau disponibles et les effets potentiels sur l’environnement d’une consommation d’eau excessive doivent être soigneusement analysés et une solution optimale doit être mise en œuvre.

Outre l’analyse des résultats de l’état de l’art en matière d’évaluation du cycle de vie, l’impact des rayonnements ionisants sur la santé humaine et l’environnement (voir le chapitre 3.4) et l’impact potentiel des accidents graves (voir le chapitre 3.5 de la partie A) ont été largement discutés. Les principales conclusions correspondantes sont les suivantes :

·        L’exposition annuelle moyenne d’un membre du public, due aux effets attribuables à la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire, est d’environ 0,2 microsievert, soit dix mille fois moins que la dose annuelle moyenne due au rayonnement naturel (voir la figure 3.4-1 de la partie A).

·        Selon les études LCIA (analyse d’impact du cycle de vie) analysées au chapitre 3.4 de la partie A, l’impact total sur la santé humaine des émissions radiologiques et non radiologiques de la chaîne de l’énergie nucléaire est comparable à l’impact sur la santé humaine de la chaîne de production éolienne marine.

Les effets potentiellement nocifs des rayonnements ionisants pour le personnel professionnellement exposé sont prévenus par des mesures strictes de radioprotection, de surveillance et de limitation des doses professionnelles. Le principe ALARA (as low as reasonably achievable) est également appliqué pour optimiser les travaux de maintenance de la centrale afin de minimiser les doses de rayonnement reçues par les travailleurs.

·        En ce qui concerne l’exposition du public en cas d’accident, les taux de mortalité des accidents graves et les conséquences maximales (décès) sont comparés dans la figure 3.5-1 de la partie A. Les centrales nucléaires occidentales actuelles de deuxième génération ont un taux de mortalité de 10-7 décès/GWh). Cette valeur est beaucoup plus faible que celle caractérisant toute production d’électricité à base de combustibles fossiles et comparable à celle de l’hydroélectricité dans les pays de l’OCDE et de l’énergie éolienne (seule l’énergie solaire présente un taux de mortalité nettement inférieur).

·        Des accidents graves avec fusion du cœur se sont produits dans des centrales nucléaires et le public est bien conscient des conséquences des trois accidents majeurs, à savoir Three Mile Island (1979, États-Unis), Tchernobyl (1986, Union soviétique) et Fukushima (2011, Japon). Les centrales nucléaires impliquées dans ces accidents étaient de différents types (REP, RBMK et REB) et les circonstances qui ont conduit à ces événements étaient également très différentes. Les accidents graves sont des événements dont la probabilité est extrêmement faible mais dont les conséquences peuvent être graves et ne peuvent être exclus avec une certitude de 100%.

·        Après l’accident de Tchernobyl, les efforts internationaux et nationaux se sont concentrés sur le développement de centrales nucléaires de troisième génération, conçues selon des exigences renforcées en matière de prévention et d’atténuation des accidents graves. Le déploiement de diverses conceptions de centrales de troisième génération a commencé au cours des 15 dernières années dans le monde entier. Aujourd’hui, pratiquement seuls des réacteurs de troisième génération sont construits et mis en service. Ces dernières technologies accidents réduisent considérablement les risques ( 8x 10-10 accidents mortels/GWh, voir la figure 3.5-1 de la partie A). Les taux de mortalité caractérisant les centrales nucléaires de troisième génération les plus modernes sont les plus bas de toutes les technologies de production d’électricité.

·        Les conséquences d’un accident grave dans une centrale nucléaire peuvent être importantes tant pour la santé humaine que pour l’environnement. Des estimations très prudentes des conséquences maximales d’un hypothétique accident nucléaire grave, en termes de pertes de vies humaines, ont été établies et sont présentées au chapitre 3.5 de la partie A, et sont comparées aux conséquences maximales d’accidents graves pour d’autres technologies d’approvisionnement en électricité.

·        Bien que le nombre de décès humains soit un indicateur évident pour caractériser la gravité maximale des conséquences d’un accident, les accidents nucléaires peuvent entraîner d’autres impacts directs et indirects graves qui peuvent être plus difficiles à évaluer. Alors que le public est bien conscient des conséquences dévastatrices sur les biens et les infrastructures, ainsi que sur l’environnement naturel, de cas historiques de catastrophes anthropiques, l’aversion pour les catastrophes et les risques peut être perçue différemment pour les événements nucléaires. L’évaluation des effets de ces impacts n’entre pas dans le cadre du présent rapport du CCR, bien qu’ils soient importants pour comprendre les implications sanitaires plus larges d’un accident.

Les analyses décrites au chapitre 3 de la partie A ont révélé certains effets potentiellement néfastes de l’énergie nucléaire sur la santé humaine et l’environnement. La mise en œuvre de mesures spécifiques, telles qu’une sélection minutieuse des sites, la conception et la construction appropriées des installations, ainsi que la gestion des déchets, conformément aux dispositions réglementaires et législatives applicables, permet de garantir que ces impacts potentiels restent dans les limites établies. Certains des impacts appartenant aux

·        trois phases « dominantes » du cycle de vie (extraction et broyage, exploitation de la centrale et retraitement) nécessitent une attention et une gestion particulières (voir détails dans la section 4.4 de la Partie A).

En ce qui concerne l’état actuel et les perspectives de la gestion et de l’élimination à long terme des déchets radioactifs et du combustible usé, on peut dire que la situation est la suivante :

·        Les déchets radioactifs sont générés à toutes les étapes du cycle de vie de l’énergie nucléaire. Une exigence éthique fondamentale est le principe selon lequel les activités d’aujourd’hui ne doivent pas avoir d’impact négatif et ne doivent pas imposer de fardeau excessif aux générations futures. La gestion des déchets radioactifs, et en particulier leur stockage définitif visent à répondre à ce principe. 

·        L’impact associé à la construction et à l’exploitation des installations de manutention, de transport, de stockage et d’élimination des déchets radioactifs est essentiellement de nature conventionnelle et non radiologique. Diverses études montrent qu’il ne représente qu’une faible part de l’impact global de l’ensemble du cycle du combustible.

·        Bien que les concepts de stockage géologique puissent varier, les impacts environnementaux sont dominés par les activités liées au creusement des tunnels et à la construction des multiples barrières ouvragées. L’analyse de l’impact environnemental des installations de stockage comprend une description des mesures mises en œuvre pour atténuer les effets spécifiques. Les mesures d’atténuation sont également prises en compte pour l’extraction des matières premières nécessaires à la construction du dépôt (par exemple, les métaux et la bentonite pour les barrières ouvragées) afin de limiter l’impact environnemental de la phase de stockage.

·        Les incidences potentielles à long terme des déchets radioactifs au regard du critère « ne pas causer de dommages significatifs » sont de nature radiologique. En raison de leur potentiel de nuisance, les déchets radioactifs et le combustible usé doivent être gérés dans le but de contenir les radionucléides et de les isoler de la biosphère accessible aussi longtemps que possible. Les limites maximales de dose radioactive pour l’homme et pour l’environnement dues aux activités de gestion des déchets et aux installations d’élimination sont fixées par les règlements pertinents.

·        En termes de volume, la plus grande partie des déchets radioactifs provient de l’exploitation et du déclassement des centrales nucléaires et des activités associées du cycle du combustible nucléaire. Il s’agit généralement des déchets de très faible ou faible activité. –

·        Une partie importante des déchets radioactifs potentiels est en fait non radioactive ou très faiblement radioactive (provenant principalement des activités de démantèlement). Si le cadre juridique et réglementaire national l’autorise, les matériaux dont les niveaux de radioactivité sont inférieurs aux seuils d’autorisation peuvent être soustraits au contrôle réglementaire par le biais d’un processus d’autorisation, c’est-à-dire qu’elles ne sont plus considérées comme des déchets radioactifs et peuvent être réutilisées, recyclées ou encore gérées comme des déchets conventionnels. Certains matériaux ou équipements qui ne peuvent pas être soustraits au contrôle réglementaire peuvent néanmoins être autorisés à être réutilisés ou recyclés en maintenant le contrôle réglementaire. –

·        L’extraction et le traitement de l’uranium produisent également de grandes quantités de déchets de très faible activité en raison de la formation de décharges de stériles et/ou de résidus. Ces décharges et résidus sont situés à proximité des mines d’uranium et des usines de traitement du minerai correspondantes, et leur gestion respectueuse de l’environnement peut être garantie par l’application de mesures standard de traitement des résidus et des stériles.

·        En termes de radioactivité, les principaux contributeurs sont le combustible usé et les déchets de haute activité. Ces matériaux contiennent des radionucléides à longue durée de vie qui restent radioactifs pendant une très longue période – jusqu’à cent mille ans ou plus- ce qui correspond à plusieurs générations.

·        Les déchets radioactifs sont collectés et caractérisés afin de déterminer leurs propriétés physiques, chimiques et radiologiques, puis triés et séparés en fonction de la filière de gestion, qui dépend des propriétés des déchets et de la stratégie nationale. Les déchets radioactifs sont traités et conditionnés en vue de leur élimination. L’entreposage est une étape nécessaire pour permettre la désintégration des radionucléides à vie courte, et pour collecter et accumuler une quantité suffisante de déchets radioactifs en vue de leur traitement, de leur conditionnement ou de leur élimination. Le stockage garantit également la sécurité des déchets radioactifs jusqu’à ce que l’installation d’évacuation commence à fonctionner.

·        La sûreté des déchets radioactifs et du combustible usé pendant leur stockage avant leur élimination est assurée par des dispositifs de sûreté passive adéquats (confinement, blindage, etc.), mais elle repose également sur une surveillance et un contrôle actifs par les exploitants des installations.

·        Les déchets de très faible et de faible activité, ainsi que certains déchets de moyenne activité, sont évacués dans des installations d’évacuation en surface ou à proximité de la surface, qui isolent les déchets de l’environnement.

Les déchets de très faible et de faible activité, ainsi que certains déchets de moyenne activité, sont stockés dans des installations de stockage en surface ou à proximité de la surface, qui isolent les déchets à l’aide de barrières techniques et naturelles pendant une période de l’ordre de 300 ans, après quoi la radioactivité s’est désintégrée pour atteindre des niveaux inoffensifs. Sur une telle échelle de temps, le comportement des barrières ouvragées est bien connu et prévisible, et elles sont considérées comme suffisamment fiables. Dans le cadre du processus d’autorisation, la démonstration de sûreté doit prouver qu’au cours des 300 premières années, les doses à la population en raison de toute circonstance prévisible (y compris les événements naturels extrêmes et l’intrusion humaine) sont maintenues en dessous des limites fixées par l’autorité réglementaire.

·        L’élimination des déchets de très faible et faible activité dans des installations de surface ou proches de la surface est une réalité industrielle, et des installations ont été construites et exploitées dans de nombreux pays. Certaines d’entre elles ont terminé leur exploitation et sont entrées dans la phase de contrôle institutionnel. Les mécanismes et processus mis en place sont robustes, permettent d’identifier les situations non sûres et assurent l’amélioration de la sécurité de l’élimination.

·        Les déchets de moyenne activité qui ne peuvent être éliminés dans des installations de surface ou proches de la surface sont éliminés à de plus grandes profondeurs, dans des installations de stockage géologique.

·        Pour les déchets radioactifs de haute activité et le combustible usé, il existe un large consensus parmi les communautés scientifiques, technologiques et réglementaires sur le fait que le stockage définitif dans des dépôts géologiques profonds est la solution la plus efficace et la plus sûre pour garantir l’absence de dommages significatifs à la vie humaine et à l’environnement pendant la période requise.

Le stockage définitif de combustible usé et de déchets radioactifs dans un dépôt prévoit leur mise en place dans un système à barrières multiples (artificielles et naturelles) dans une formation géologique stable à plusieurs centaines de mètres de profondeur. La configuration

·        spécifique du dépôt dépend des caractéristiques et de la radioactivité des déchets. La configuration à barrières multiples du dépôt empêche les espèces radioactives d’atteindre la biosphère pendant la durée nécessaire. En l’absence de rejets d’espèces radioactives dans la biosphère accessible, il n’y a ni pollution radiologique ni dégradation d’écosystèmes sains, y compris l’eau et l’environnement marin.

·        La sécurité des dépôts en couches géologiques profondes pendant l’exploitation comprend une surveillance et un contrôle actifs. La sécurité à long terme des déchets radioactifs dans le dépôt en couches géologiques profondes, en particulier après sa fermeture, ne doit pas dépendre d’un contrôle institutionnel et doit être basée sur des caractéristiques passives inhérentes. Les caractéristiques passives comprennent les barrières techniques et naturelles qui ne nécessitent pas d’alimentation continue des systèmes actifs (par ex. électricité), un entretien périodique, le remplacement de pièces ou une surveillance permanente. Dans le cas d’un dépôt géologique profond pour le stockage définitif du combustible usé et des déchets de haute activité, les structures de l’installation et le milieu naturel doivent remplir leur fonction de confinement sans intervention extérieure aussi longtemps que nécessaire.

·        La mise en œuvre d’un dépôt en couches géologiques profondes pour garantir que les déchets radioactifs ne nuisent pas à la population et à l’environnement est un processus par étapes, qui comprend une combinaison de solutions techniques et un cadre administratif, juridique et réglementaire solide. Chaque étape est franchie sur la base d’un processus décisionnel  documenté, dans lequel l’état de l’art scientifique et technique, l’expérience opérationnelle, les aspects sociaux et les mises à jour de la réglementation sont pris en compte. La conformité doit être assurée et démontrée pour toutes les étapes soumises à une surveillance active de la part des opérateurs, ainsi que pour la durée à très long terme, associée à l’élimination finale des déchets à vie longue et de haute activité et du combustible usé (phase de post-fermeture). Ce processus permet de prendre des décisions qui sont flexibles, et de choisir entre différentes options pour l’avenir.

·        À l’exception partielle de ce que l’on appelle les analogues naturels (c’est-à-dire les sites où des réacteurs nucléaires naturels se sont produits il y a des milliards d’années), il n’existe aucune preuve empirique générée par une installation d’élimination des déchets radioactifs qui est passée par la phase de pré-exploitation, d’exploitation et de post-fermeture pour toute la durée prévue (jusqu’à cent mille ans ou plus pour un dépôt en couches géologiques profondes). Pour cette raison, la sécurité de l’élimination pendant la phase de post-fermeture est démontrée par un processus robuste et fiable qui confirme que la dose ou le risque pour le public sont maintenus en dessous des limites établies dans toutes les circonstances pendant les échelles de temps d’intérêt et en l’absence de surveillance et de contrôle humains directs.

·        La démonstration de sûreté comprend des calculs et des modèles du comportement des barrières ouvragées dans différentes circonstances, de la libération et du transport des radio-isotopes à travers les barrières, des effets des événements climatiques, y compris les phénomènes hydrogéologiques, sismiques et autres phénomènes extrêmes, et de l’impact sur la vie humaine et/ou l’environnement des rejets potentiels de radionucléides provenant des déchets. Les modèles et les calculs représentent l’état de l’art des connaissances générées par plusieurs décennies d’études et de recherches sur toutes les propriétés et tous les mécanismes pertinents qui affectent l’ensemble du système de stockage. L’analyse est étayée par l’application des lois naturelles qui régissent le comportement à long terme du substratum géologique et l’évolution des facteurs externes pertinents (par exemple, le climat).

·        La démonstration de sûreté fait l’objet d’un examen approfondi, indépendant et critique, de la part de l’autorité réglementaire, et la procédure d’autorisation inclut l’implication des communautés locales dans le processus de prise de décision.

·        La démonstration de sûreté implique l’analyse de scénarios, la représentation de modèles et le développement d’une compréhension de la probabilité que des radionucléides soient libérés d’un dépôt, les circonstances dans lesquelles ils le seront et quelles seraient les conséquences de ces rejets pour l’homme et l’environnement.

·        Un des défis de ces études est la très longue durée et la complexité des phénomènes qui régissent les fonctions de sûreté, ainsi que le traitement des incertitudes dans les scénarios, dans les modèles et dans les données. La démonstration de sûreté fournit des indicateurs quantitatifs qui sont comparés aux exigences de la réglementation. Les résultats peuvent être exprimés en termes de dose à l’homme en fonction du temps couvrant le cas de référence, qui doit donner des valeurs bien inférieures aux limites réglementaires, comme l’illustre la figure 5.2.4-4 de la partie B, et incluant des scénarios de simulation qui envisagent des circonstances extrêmes très improbables, susceptibles de produire des doses plus élevées.

·        La recherche, le développement et la démonstration (RD&D) menés à l’appui de la gestion sûre des déchets radioactifs, y compris leur évacuation, sont un élément clé de la gestion des déchets radioactifs dans chaque programme national et international. Compte tenu des longs délais et de la dimension sociopolitique, la RD&D fournit principalement la base scientifique pour la mise en œuvre de solutions sûres pour la gestion des déchets radioactifs, la confiance des parties prenantes, l’acceptation du public et la formation des prochaines générations d’experts.

·        Un effort de recherche important a été consacré à la maximisation de la fraction du combustible nucléaire usé qui peut être recyclée dans les réacteurs nucléaires et à réduire la radiotoxicité à long terme des déchets de haute activité (DHA) à évacuer dans le dépôt géologique. Ces deux buts sont en rapport avec l’objectif environnemental « Transition vers une économie circulaire, prévention et recyclage des déchets ». Étant donné que les réacteurs à neutrons rapides permettent un (re)cycle multiple des fractions de combustible/déchets non consommées/brûlées, le résultat final de l’itération de ce processus serait un système permettant l’utilisation presque complète du combustible et une fraction de plus en plus réduite d’espèces à longue durée de vie (principalement en termes de teneur en actinides mineurs) dans le combustible irradié. Bien qu’essentiellement toutes les étapes de ce processus, également appelées partitionnement et transmutation, aient été démontrées à l’échelle du laboratoire, le niveau de préparation de la technologie ne correspond pas encore à la maturité industrielle.

·        Une variété d’outils et d’approches est utilisée pour fournir des preuves scientifiques à l’appui d’une élimination sûre des déchets radioactifs. Des formes de déchets représentatives, notamment le combustible usé réel et les déchets vitrifiés de haute activité, sont étudiées dans des installations de laboratoire chaudes afin de déterminer les propriétés et le comportement des déchets exposés à des combinaisons de caractéristiques environnementales simulées. Des analogues sur mesure sont utilisés pour étudier des effets de réactions particulières. L’étude des analogues naturels peut fournir des informations très précieuses, par exemple sur la migration des déchets dans une formation géologique. Les expériences réalisées dans des laboratoires de recherche souterrains permettent d’acquérir des connaissances et des données sur les propriétés de la roche d’accueil et leur impact sur la migration des radionucléides. L’ensemble des données expérimentales et des connaissances sont utilisées pour développer et valider des modèles en utilisant des codes de pointe. La modélisation est largement utilisée pour comprendre les comportements et les tendances observés expérimentalement et pour obtenir des capacités de prédiction pour des systèmes complexes.

4 Résumé de l’évaluation DNSH pour l’énergie nucléaire et recommandations

En s’appuyant sur les résultats et les conclusions des analyses décrites au chapitre 3 (Résumé des résultats des études ACV de pointe sur l’énergie nucléaire), le présent chapitre 4 donne un aperçu des résultats obtenus.

L’état de l’art des études ACV sur l’énergie nucléaire), le présent chapitre 4 donne un aperçu des résultats synthétisés et formule des recommandations sur la compatibilité de l’énergie nucléaire avec les principes de base synthétisés et formule des recommandations sur la compatibilité de l’énergie nucléaire avec les principes et les objectifs de la Taxonomie.

4.1 Principales conclusions des analyses présentées au chapitre 3.2

Le chapitre 3.2 a fourni une comparaison détaillée des impacts potentiellement exercés par diverses technologies de production d’électricité  (par exemple, le pétrole, le gaz, les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire) sur la santé humaine et l’environnement. La comparaison est basée sur des études ACV récentes et utilise uniquement des preuves scientifiques. Il convient de noter que le chapitre 3.2 n’est pas entré dans le détail des effets potentiels des matières radioactives et des rayonnements sur la santé humaine et l’environnement car ces questions ont été principalement abordées aux chapitres 3.3, 3.4 et 3.5.

Les principales conclusions de la comparaison peuvent être résumées comme suit :

·        Les émissions moyennes de GES sur le cycle de vie déterminées pour la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire sont comparables aux valeurs caractéristiques de l’hydroélectricité et de l’énergie éolienne (voir figure 3.2-6) ;

·        L’énergie nucléaire émet très peu de NOx (oxydes d’azote), de SO2 (dioxyde de soufre), de PM (particules) et de COVNM (composés organiques volatils non méthaniques).

·        Si l’on considère d’autres catégories d’impact (par exemple, les potentiels d’acidification et d’eutrophisation), l’énergie nucléaire est à nouveau comparable à l’énergie solaire photovoltaïque et à l’énergie éolienne (voir les figures 3.2-8 et 3.2-18).

·        L’occupation du sol pour l’énergie nucléaire est à peu près la même que pour une centrale au gaz de capacité équivalente, mais elle est nettement inférieure à celle de l’énergie éolienne ou solaire.

En plus des résultats positifs énumérés ci-dessus, certains domaines ont été identifiés, dans lesquels l’utilisation de l’énergie nucléaire doit faire l’objet d’une attention particulière.

·        Pollution thermique potentielle des eaux douces. Les grandes centrales nucléaires intérieures utilisant des systèmes de refroidissement à passage unique prélèvent une grande quantité d’eau dans la rivière ou le lac utilisé comme source de chaleur ultime pour le fonctionnement normal de la centrale. Lorsque l’eau de refroidissement réchauffée est renvoyée dans le plan d’eau, elle représente un potentiel de pollution thermique important qui doit être traité de manière adéquate. Par exemple, une centrale nucléaire d’une capacité électrique de 1 000 MWe utilise environ 175 000 à 200 000 m3/h d’eau de refroidissement du condenseur, qui est plus chaude que la masse d’eau douce où elle est prélevée d’environ 10°C, lorsqu’elle est rejetée dans le canal de sortie de l’eau de refroidissement.

Afin d’éviter les effets nocifs de la pollution, la température maximale de décharge de l’eau de refroidissement du condenseur, ainsi que la température maximale de la masse d’eau douce après le prélèvement de l’eau de refroidissement, doivent être strictement contrôlées. Il convient de noter que pour centrales nucléaires côtières, la pollution thermique de l’eau de mer

·        est moins problématique, car la mer représente un milieu de mélange pratiquement infini pour l’eau de refroidissement réchauffée si elle est rejetée dans la mer à une distance appropriée de la côte. Les options de prélèvement d’eau et l’évitement d’une pollution thermique excessive doivent être soigneusement analysées lors de la conception du projet.

·        Consommation d’eau. Une caractéristique générale des centrales électriques utilisant un cycle thermique spécifique (par exemple, le cycle de Rankine) pour convertir la chaleur en énergie mécanique (dans notre cas, l’énergie de rotation de la turbine) est la nécessité d’un refroidissement. Les chapitres 3.2 et 3.3.7 (exploitation des centrales nucléaires) abordent les différentes technologies de refroidissement et soulignent que la consommation d’eau est très faible pour les centrales à refroidissement à passage unique. Les technologies utilisant le refroidissement par recirculation, les tours de refroidissement par évaporation ou le refroidissement par bassin consomment généralement une quantité importante d’eau pour compenser les pertes dues à l’évaporation.

·        La consommation d’eau caractérisant ces technologies de refroidissement est comparable à celle de l’énergie solaire à concentration et du charbon, tant pour le refroidissement par recirculation que pour le refroidissement par bassin (voir Figure 3.2-7).

·        Lors de la sélection du site, les ressources en eau disponibles et les effets environnementaux  potentiels d’une consommation d’eau excessive doivent être soigneusement analysés et une solution optimale doit être trouvée, si possible.

Les incidences de l’énergie nucléaire sur la santé humaine et l’environnement sont généralement comparables à celles de l’hydroélectricité et les énergies renouvelables, si l’on tient compte des effets non radiologiques.

Les analyses décrites au chapitre 3.2 n’ont révélé aucune preuve scientifique que l’énergie nucléaire est plus nocive pour la santé humaine ou l’environnement que les autres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la Taxonomie en tant qu’activités contribuant à l’atténuation du changement climatique.

Les questions liées à la consommation d’eau et à la pollution thermique potentielle de l’énergie nucléaire doivent être traitées de manière appropriée lors des phases de sélection du site, de conception des installations et d’exploitation de la centrale.

Ils osent dénoncer la fermeture prématurée de 1/3 de nos réacteurs nucléaires Français : et vous ?

La France doit trouver des leaders d’opinion, artistes, sportifs, etc… qui osent s’engager publiquement pour faire annuler cette destruction programmée dans la loi par la minorité pseudo-verte de 1/3 des 58 réacteurs d’ici 2035.

« Je dis non à la destruction de nos citadelles climatiques en France : Changeons la loi. »

Le sabordage en 2020, commandité par le couple Macron/Hollande dès 2015, de la centrale de Fessenheim en Alsace, dite « la plus rénovée et sûre de France » par l’ASN, fait perdre à la France et aux plus précaires au moins 10 milliards € sur 20 ans. Et surtout condamne notre lutte climatique.

Allez voir le diaporama ici de l’asdociation à but non lucratif « Les Voix ».

Qui d’autre fait son coming out climatique ?

La lettre pro intermittence qu’il ne faut pas que les polytechniciens signent

Voici une lettre sur la défensive, vu la force des arguments simples et légitimes de ceux qui refusent que le green business ne freine trop la lutte climatique. Les energies intermittentes ne sont pas matures mais veulent ponctionner 100 % du budget énergétique des Francais…

La lettre qu’il ne faut pas que les polytechniciens signent :

Monsieur le Président,


Le 27 janvier dernier, RTE et l’Agence internationale de l’énergie ont publié leur étude commune sur les « conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 », et ont ouvert simultanément la consultation publique sur le cadrage et les hypothèses des scénarios du Bilan prévisionnel long terme « Futurs énergétiques 2050 ».
L’étude comme le document de consultation témoignent de la rigueur et du sérieux qui ont animé vos équipes lors de leur rédaction et nous tenons en premier lieu à saluer ce travail qui marque incontestablement un jalon décisif dans les réflexions en cours sur les perspectives du système électrique français.
Dans cette étude, RTE et l’AIE ont mis en évidence quatre ensembles de conditions techniques à satisfaire pour permettre l’intégration d’une proportion très élevée d’énergies renouvelables en France avec une sécurité
d’approvisionnement assurée.
Ces conditions sont indubitablement des défis ambitieux, mais les signataires de cette contribution partagent
trois convictions : (i) ces défis aussi ambitieux soient-ils, ne le sont pas plus que d’autres qui ont été relevés par le passé,

NDLR : Pas de factuel…

(ii) les solutions techniques et technologiques permettant de relever ces défis existent pour la plupart déjà,

NDLR : Faux : ils sont ruineux et hyper-polluants

et (iii) la France dispose d’atouts importants pour relever ces défis et elle a vocation à exercer un rôle
industriel de premier plan dans ce secteur en plein essor.

NDLR : Faux, sur son territoire elle a tout à y perdre. Pour l’export c’est autre chose.

Cf le bilan calamiteux décrit par Lionel Taccoen.


Réunis par ces convictions et par leur implication dans le secteur de l’énergie au travers d’un large panel de fonctions et champs d’expertise, les [X] polytechniciens signataires de cette contribution ont aussi en commun une formation d’ingénieur exigeante qui leur a transmis, outre une solide formation scientifique, l’intérêt pour l’innovation, l’esprit de conquête industrielle, le goût de prendre part au débat public et le sens de l’intérêt général. Enfin, ils partagent la conviction qu’il en va de la responsabilité des ingénieurs d’aujourd’hui de ne pas hésiter à questionner les « vérités » d’hier, et de contribuer à un débat éclairé sur les choix technologiques que
devra bientôt prendre notre pays.

NDLR : En quoi ces slogans « d’hier » forme une critique éthique et noble ?


C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité prendre l’initiative de cette modeste contribution. Elle se gardera de commenter le contenu des scénarios envisagés :

NDLR : Cela semble contradictoire. Tous les scénarios supérieurs à 12 % d’énergie finale nucléaire ont eté censurés par des politiciens. La science s’honore de mettre en cause ces petits arrangements entre EELV et le PS, non dénoncés par les Verts En Marche.

nous savons bien le travail conséquent de modélisation, de prospective et de concertation préalable qui a permis de construire ces scénarios qui
représentent chacun un futur possible et dont on ne saurait discuter la pertinence dans une lettre de quelques pages.

NDLR : Curieuse auto-censure alors que tous les partis rationalistes du PCF à LR dénoncent cette imposture intellectuelle et ruineuse incarnée par cette PPE sans justification (d’où vient ce 50 % d’électricité alors que le climat doit primer ?)

Mais nous tenterons d’esquisser quelques perspectives de réponse aux quatre conditions identifiées dans l’étude, après un bref un rappel du contexte mondial dans lequel ces réflexions s’inscrivent et des enjeux industriels qui en découlent. Enfin, en réponse à des questions soulevées dans le document de consultation, il
nous a également paru important de livrer quelques considérations sur l’acceptabilité des énergies
renouvelables. L’amélioration ou le maintien de cette dernière nous paraît être en effet une condition au moins aussi (voire plus) déterminante que les conditions techniques, pour que la France parvienne à atteindre la
neutralité carbone en 2050

  1. Le contexte mondial et les enjeux industriels
    Le secteur de l’énergie vit actuellement une révolution majeure à l’échelle mondiale. Les énergies renouvelables
    connaissent une croissance exponentielle et constituent depuis 2016 la première source d’électricité nouvellement mise en service chaque année dans le monde.

NDLR : Justement. Plus on déploie exclusivement des énergies intermittentes et chères au TWh pilotable décarboné produit, plus la lutte climatique est perdue.

En 2020, près de 180 GW de centrales de production d’énergie solaire et éolienne supplémentaires ont été installées, soit une capacité correspondant à 75% de l’ensemble des nouvelles installations qui ont été raccordées cette année – toutes sources confondues (charbon, gaz, nucléaire, hydroélectricité, etc).

NDLR : Quelle malhonnêteté intellectuelle de s’exprimer en puissance installée alors que tout le monde sait que leur facteur de charge est très faible…!

Il suffit de rappeler que 15 années auparavant, l’ajout de nouvelles capacités solaires et éoliennes atteignait à peine 6 GW, pour prendre la mesure des bouleversements qui sont à l’œuvre.

Les investissements considérables réalisés dans ce domaine ne sont pas seulement guidés par des
préoccupations environnementales, mais traduisent surtout une nouvelle réalité économique : ces énergies –
notamment l’éolien et le solaire photovoltaïque – sont désormais parmi les plus compétitives, sinon les plus compétitives.

NDLR : « Considérables » ? Oui au regard justement des TWh produits. Le nucléaire coûte 5 à 10 fois moins cher à service égal.

Reposant sur des moyens de production décentralisés par nature et pouvant être déployés à de multiples échelles (de la maison individuelle à la centrale de taille industrielle), elles modifient radicalement les fondements mêmes du système électrique tel que nous le connaissions.

NDLR : Precisement. Decentralisé signifie extensif et polluant. Cf les notions d’#ELF.


Dans un tel contexte, pour tout pays prétendant au rôle de puissance mondiale, les énergies renouvelables ne sont plus uniquement un volet de sa politique énergétique et climatique, mais deviennent aussi de plus en plus un enjeu géopolitique et un axe industriel stratégique.

NDLR : Aucun rapport avec le mix électrique francais qui est déjà décarboné à 95 %. Et pour 2 fois moins cher que l’Allemagne.


La France et l’Europe n’ont pas perdu la bataille industrielle des énergies renouvelables : elle ne fait que commencer. Certes, dans ce domaine comme dans tant d’autres, des erreurs ont été commises et nous avons laissé d’autres grandes puissances mondiales prendre de l’avance, mais un rattrapage est possible dans plusieurs domaines car nous disposons de l’expertise nécessaire et d’un marché domestique encore très en deçà de son plein potentiel.

NDLR : Quelles erreurs ? Pas de factuel. L’erreur vient plutôt de la bulle solaire et de la faillite de l’éolien d’Areva.

La rapidité de transformation de ce secteur est telle que les cartes sont rebattues en permanence.
Sur le plan technologique et industriel, la chaîne de valeur ne se limite pas aux panneaux solaires et aux turbines
éoliennes : des domaines comme le stockage de l’énergie, les réseaux intelligents, la convergence avec la
mobilité, la production d’hydrogène, vont être amenés à jouer un rôle essentiel dans le sillage de la croissance
des énergies renouvelables dans les mix énergétiques.

NDLR : Pas du tout. Cette nouvelle bulle H2 intéresse les opportunistes. Elle n’est pas mature et va engloutir des subventions inutiles sauf pour des niches industrielles effectivement.

L’Europe semble avoir pris la mesure de l’enjeu avec trois
initiatives visant à faire émerger des projets industriels de grande envergure :

  • L’Alliance Européenne pour les Batteries (1 ) a été lancée en octobre 2017 par le Vice-Président de la
    Commission Européenne Maroš Šefčovič et implique aujourd’hui plus de 500 acteurs. Selon la
    Commission Européenne (2)
    , quelque 4 à 5 millions d’emplois industriels pourraient être créés si l’UE
    s’impose comme leader du marché des batteries. Dans le cadre de ce programme, la Commission européenne a autorisé en décembre 2019 un projet important d’intérêt européen commun (IPCEI)
    réunissant un consortium de 17 entreprises qui investissent 5 milliards d’euros, et subventionné par
    sept Etats à hauteur de 3,2 milliards d’euros (3)

NDLR : Quelle rapport avec la censure des scenarios à 15 % d’énergie finale nucléaire ?

  • L’IPVF et le Fraunhofer-Institut für Solare Énergiesysteme (ISE) ont lancé un « Call for Action » en mai 2020, appelant à lancer un autre IPCEI cette fois-ci pour produire en masse des wafers, des cellules et des modules photovoltaïques (4)
    . Dans la continuité de cette initiative, SolarPower Europe et EIT InnoEnergy viennent d’annoncer la création de l’European Solar Initiative (5) avec le soutien de la
    commissaire européenne à l’énergie Kadri Simson et du commissaire européen au marché intérieur

Thierry Breton, avec pour objectif de porter les capacités européennes de production de panneaux solaires à 20 GW par an

NDLR : Quel rapport avec le climat ? En hiver en Europe le soleil est presque absent. Et le soir…

  • La Commission Européenne a lancé la European Clean Hydrogen Alliance (6)
    le 8 juillet 2020 et établi une
    stratégie (7) qui prévoit le déploiement de 40 GW d’électrolyseurs d’ici 2030 et qui stipule explicitement
    que la priorité sera de produire cet hydrogène à partir d’électricité solaire et éolienne.

NDLR : A quel coût de la tonne de CO2 évitée ? Aucune gouvernance autre que le lobby antinucléaire.

  • Selon le commissaire européen Thierry Breton (8)
    , ce programme permettra la création de près d’un million
    d’emplois en Europe.

NDLR : Des promesses. La Chine va ruiner à nouveau ces fuites en avant. Combien aura coûté chaque emploi ?


  • Grâce à ces initiatives européennes, la France dispose de l’opportunité de rester dans la course mondiale à
    condition de s’en donner les moyens. Parmi les signaux encourageants :
  • Elle fait partie des 7 Etats impliqués au sein de l’IPCEI sur les batteries avec plusieurs projets d’usines en
    cours de concrétisation (9)
    .
  • Elle s’est dotée d’une stratégie nationale pour l’hydrogène décarboné (10), prévoyant 7.2 milliards d’euros
    d’investissements et un objectif de 6.5 GW d’électrolyseurs à l’horizon 2030.
  • Elle a inscrit l’industrie des « Nouveaux Systèmes Energétiques” parmi les 18 filières prioritaires
    identifiées par le Conseil National de l’Industrie (11) et l’a donc dotée d’un Comité Stratégique de Filière
    qui se mobilise sur la réindustrialisation dans les domaines de l’énergie solaire12 et éolienne (13)
    .
    Si nous avons jugé utile de rappeler ainsi le contexte et les dispositions prises par l’Europe et la France dans ces
    domaines, c’est pour montrer que notre conviction que la France peut exercer un rôle industriel de premier plan
    dans le domaine des énergies renouvelables s’appuie sur des éléments tangibles.
    Au-delà des stricts enjeux industriels liés à la fabrication d’équipements (rappelés ci-dessus), s’agissant des
    futures capacités de production d’électricité les enjeux économiques sont tout aussi considérables puisqu’il s’agit
    d’assurer la compétitivité de notre mix électrique.

NDLR : Il est déjà compétitif.

  • L’étude publiée dans la revue The Energy Journal fin 2020 par
    le CIRED (14), apporte des éléments indiscutables pour attester de cette compétitivité d’un mix électrique reposant
    sur une part très élevée d’énergies renouvelables.

NDLR : Faux. Cette étude biaisée a été refutée par de nombreux économistes dont Henri Prévot.

  • En termes de créations d’emplois, la production d’électricité renouvelable n’est pas un gisement négligeable : l’Etude Prospective emplois et compétences de la filière
    électrique (15) prévoit ainsi que le développement des énergies renouvelables pourrait créer entre 34 000 et 66
    000 emplois selon la fourchette basse ou haute de la PPE.

NDLR : Des emplois artificiels et non pérennes. Sauf pour les ENR chaleur.


  • C’est dans ce cadre que des milliers d’ingénieurs et entrepreneurs, dont les signataires de la présente ne
    constituent qu’un infime échantillon, travaillent depuis plusieurs années pour relever les quatre défis techniques
    qui conditionneront la réussite de la transition vers un mix électrique comportant une part importante d’énergies
    renouvelables
  1. Les solutions existantes
    Comme indiqué en préambule, les quatre conditions techniques (maintien de la stabilité du système électrique,
    développement des flexibilités pour garantir la sécurité d’alimentation, fonctionnement des réserves opérationnelles et développement des réseaux d’électricité) peuvent être satisfaites par des solutions qui
    existent pour la plupart déjà – et sont décrites de manière approfondie dans l’étude RTE/AIE.

NDLR : Faux.

Il ne s’agit donc pas ici de faire une nouvelle synthèse de cette étude, mais de partager notre vision de quelques grandes familles de solutions et des exemples illustrant le niveau de maturité qu’elles atteignent déjà :
a. Prévisions de production
L’amélioration de la précision des prévisions météorologiques joue évidemment un rôle clef pour faciliter l’intégration d’une part importante d’énergies renouvelables dans les systèmes électriques et les marchés de
l’électricité.

NDLR : Prevoir l’absence de vent ou de soleil n’évite pas d’importer du gaz fossile.


A titre d’exemple, le projet européen Smart4RES16 piloté par les Mines Paris Tech a été lancé fin 2019 pour développer des modèles de prévision météorologique à très haute résolution, capables d’intégrer des données
issues de sources multiples (17). Le fait de pouvoir couvrir les besoins de prévisions de différentes échelles de temps
(quelques minutes, quelques heures ou quelques jours) avec un seul modèle météo et non plusieurs,
constituerait une rupture significative dans la performance de la prévision.
b. Grid forming
Les nouvelles générations d’onduleurs ont la faculté de mieux communiquer avec le réseau et peuvent participer
à la formation du signal électrique de façon dynamique.
A titre d’exemple, le projet MIGRATE
18 (Massive InteGRATion of power Electronic devices) piloté par le
gestionnaire de réseaux TenneT et réunissant 10 gestionnaires de réseau, 12 centres de recherche et le groupe
Schneider, a permis de développer des solutions technologiques innovantes pour le contrôle des onduleurs et
de les valider sur du matériel à échelle réduite.

NDLR : Sans commune mesure avec le besoin. Aucun chiffre.


c. Flexibilités (hors stockage)
Il existe plusieurs leviers possibles de flexibilité permettant de palier les contraintes que la variabilité des énergies renouvelables pourraient entrainer sur le réseau.

  • Le pilotage de la demande : il peut prendre la forme d’un effacement rémunéré, une solution déjà
    mature qui fait l’objet de contrats avec de nombreux industriels ainsi que d’une valorisation dans le
    cadre du marché de capacité.

NDLR : Rémunéré par qui ? Comme si l’intermittence ne coûtait pas déjà assez cher. La Cour des comptes a dénoncé fortement cette idéologie politisée.

  • L’effacement peut également s’envisager de façon diffuse (19), notamment en France qui est un territoire idéal du fait de l’importance du chauffage électrique dans le parc
    immobilier résidentiel. Cet effacement diffus est un relais de développement qui sera indispensable
    pour atteindre les objectifs prévus par la PPE (6,5 GW de capacité d’effacement à l’horizon 2028).

NDLR : Objectif idéologique. Le punitif a créé le mouvement des gilets jaunes. Couper le chauffage 15 mn ne suffit pas.

  • Le pilotage peut aussi prendre la forme d’une optimisation du profil de consommation, via une gestion dédiée des appareils dont le fonctionnement peut être décalé au moment le plus opportun. Le déploiement des compteurs Linky permet d’améliorer encore cette modulation de la demande en
    transmettant des signaux prix incitatifs à un ajustement vertueux de la courbe de charge. D’immenses progrès sont encore possibles dans les années à venir, par exemple s’agissant du potentiel de stockage de chaleur dans le résidentiel après rénovation thermique, et du stockage de froid dans de nouvelles
    machines frigorifiques à forte inertie thermique.

Les écrêtements de production : les technologies actuelles permettant leur pilotage et rendent donc cette solution envisageable, sous réserve de la mise en place d’un modèle de marché valorisant cette
flexibilité et permettant d’équilibrer l’équation économique. Sans aller jusqu’à l’écrêtement, des progrès se font jour dans la conception des centrales afin de mieux articuler la courbe de production avec les besoins de la demande ou les contraintes du réseau. C’est le cas par exemple dans le domaine
de l’énergie solaire, en utilisant des orientations est-ouest plutôt que plein sud. Là encore, ce type de choix de conception pourraient être plus fréquents dès lors que les signaux adéquats seraient mis en
place afin de valoriser le service que cela peut rendre au système.
Plus généralement, ces leviers de flexibilités se développeront d’autant plus vite que le cadre réglementaire sera adapté afin de les rémunérer à leur juste valeur. Ces modes de valorisation ont fait l’objet en 2017 d’une étude
très détaillée du cabinet E-Cube pour le compte de la CRE20
.
d. Stockage de la production (court ou moyen terme)
Qu’il s’agisse de maintenir la stabilité du système électrique, de garantir la sécurité d’alimentation, d’améliorer la prévisibilité et la pilotabilité des énergies renouvelables ou d’accompagner le développement des réseaux
d’électricité, le stockage est une solution incontournable.
Or, l’affirmation usuelle selon laquelle « on ne sait pas stocker l’électricité » n’est plus de mise : outre les STEP qui assurent cette fonction depuis longtemps, le stockage de l’électricité par batteries connait un développement accéléré dans le monde, grâce à une baisse de coût très rapide sous l’impulsion de la montée en puissance des
capacités de production utilisées pour fournir les véhicules électriques. A terme, l’arrivée de batteries en seconde
vie issues des véhicules électriques, ouvre la perspective d’une forte réduction supplémentaire des coûts.
Le déploiement des batteries se manifeste notamment au travers :

  • De centrales hybrides qui font la preuve de leur compétitivité face aux centrales thermiques de pointe (21)
    ou qui permettent la fourniture d’électricité dans les zones non-interconnectées à des conditions économiques plus compétitives que les moyens de production thermique existants. Par exemple, en
    Corse et en Outre-Mer, le prix moyen pondéré des installations au sol lauréates des récents appels
    d’offres CRE22 « ZNI » est de 78,4 €/MWh23
    .
  • D’installations de stockage stationnaires utilisées pour fournir des services systèmes aux réseaux. Plus
    de 5 GW de capacités de stockage sont ainsi en cours de développement ou de construction au
    Royaume-Uni (24), grâce à la présence d’un marché de services-systèmes bien conçu. En France, le projet
    RINGO25 vise à installer des batteries près des postes sources du réseau afin de constituer des « lignes
    électriques virtuelles » évitant ainsi des investissements plus coûteux dans de nouvelles lignes ou le
    renforcement des postes.
  • De batteries de stockage associées à des installations en autoconsommation diffuses. Encore très peu
    présentes en France, ces projets font l’objet d’un fort développement en Allemagne avec plus de

6200 000 installations (26). Ces batteries domestiques peuvent être mobilisées de façon coordonnée pour
contribuer à la stabilité du réseau, comme le démontre l’initiative menée par l’entreprise Sonnen et le gestionnaire de réseau TenneT27
.

  • Du déploiement rapide des véhicules électriques, qui sont assimilables (du point de vue du système
    électrique) à des batteries montées sur roues. Un tel gisement de stockage présente l’intérêt d’être
    extrêmement diffus tout en étant extrêmement compétitif puisque son coût d’investissement est en
    grande partie payé pour une autre fonction (la mobilité). Cette compétitivité suppose toutefois une
    véritable industrialisation des différents procédés et en particulier un passage à l’échelle des
    mécanismes de charge et décharge intelligentes (vehicle to grid).
    e. Production d’hydrogène et stockage inter-saisonnier
    RTE fait part dans son étude d’un besoin de stockage de longue durée, de type inter-saisonnier, en plus du rôle
    majeur déjà joué en France par les barrages hydroélectriques. Ce stockage doit permettre de lisser la production
    d’énergie renouvelable au long de l’année et de la répartir entre les différents usages, y compris éventuellement
    par transformation et injection via le réseau de gaz ou des réseaux d’hydrogène. Ce besoin de stockage massif
    et longue durée est encore plus prégnant dans des pays qui ne disposent que de peu de barrages
    hydroélectriques.
    Parmi toutes les innovations qui constituent le panel des solutions de stockage long terme à notre disposition,
    c’est sans doute dans ce domaine que subsistent encore les verrous technologiques et économiques les plus
    significatifs. C’est donc aussi là que les efforts de R&D doivent être les plus soutenus. Comme évoqué
    précédemment, l‘hydrogène fait l’objet d’un fort intérêt et constitue probablement la piste la plus prometteuse
    à ce jour. Son développement ouvre la voie à l’émergence du Power-to-X qui joue un rôle essentiel dans un mix
    électrique doté d’une part très importante d’énergies renouvelables puisqu’il permet de valoriser sous d’autres
    formes (hydrogène ou gaz de synthèse) l’électricité produite en excès par rapport à la demande immédiate. La
    pertinence de cette solution ne suppose pas nécessairement de produire à nouveau de l’électricité à partir de
    l’hydrogène ou du gaz stocké : leur combustion est plus efficace pour faire de la chaleur plutôt que de perdre du
    rendement pour en faire de l’électricité, même si cela suppose des réseaux adaptés.
  1. L’acceptabilité des nouveaux projets d’énergies renouvelables
    Si les solutions techniques existantes présentent un potentiel qui laissent à nos yeux peu d’inquiétudes sur leur
    capacité à accompagner les différents scénarios détaillés par le document de consultation, il n’en demeure pas
    moins que les aspects techniques ne sauraient être les seuls critères permettant d’évaluer la faisabilité d’un
    scénario. L’amélioration ou le maintien de l’acceptabilité de ces développements constitue en effet une condition
    au moins aussi déterminante.
    Cette acceptabilité nous semble devoir être multidimensionnelle : sociale, économique et environnementale.
    a. Acceptabilité sociale
    L’adhésion des Français au développement des énergies renouvelables est très élevée : 89 % y sont favorables
    et 45 % très favorables28
    .
    Cette adhésion se trouvera d’autant plus pérenne que les énergies renouvelables occuperont pleinement leur
    place dans les territoires, en participant à la réappropriation citoyenne du sujet énergie ou en contribuant à la

création d’emplois locaux, en lien avec les projets ou avec les initiatives industrielles déjà évoquées. Des
instruments tels que le financement participatif local29, ou les offres de fourniture d’électricité en circuit court,
sont également des leviers importants pour susciter l’appropriation locale des projets.
Il ne s’agit pas pour autant d’ignorer que certains projets peuvent susciter des mouvements de rejets locaux, en
matière d’énergies renouvelables au même titre que pour tout projet présentant une certaine ampleur. Cet enjeu
de l’acceptabilité est donc crucial pour prévenir le risque de se trouver dans quelques décennies face à une
pénurie de production faute d’avoir pu faire naitre suffisamment de projets, quels qu’ils soient. Consolider un
solide retour d’expérience en analysant les facteurs de succès et d’échec des projets permettrait d’améliorer leur
acceptabilité et leur intégration dans un territoire donné. Il s’agit d’un champ de recherche qui gagnerait à être
approfondi, même si des travaux existent déjà30
.
b. Acceptabilité économique
L’acceptabilité économique suppose que les différents scénarios ne se traduisent pas par une augmentation
déraisonnable du prix du kWh pour le client final. Nous comprenons que ces aspects économiques feront l’objet
d’un volet ultérieur de l’étude, mais en attendant sa publication, on peut d’ores et déjà noter que d’autres études
ont conduit à des conclusions rassurantes sur cette question :

  • L’étude publiée fin 2020 par le CIRED31, aboutit ainsi à un prix moyen de 52 €/MWh pour la génération
    et le stockage
  • L’étude publiée en 2018 par l’ADEME32, aboutit pour sa part à un prix moyen de 90 €/MWh pour
    l’ensemble du système y compris le réseau ;
  • Le scenario 2050 de Negawatt33 ;
    L’enjeu économique nous parait être double : d’une part mettre en place les bons signaux régulatoires pour
    rémunérer chaque service rendu au réseau, y compris les services assurantiels très peu utilisés ; d’autre part
    dépasser les notions de strict LCoE par énergie pour aller vers des calculs de coût complet d’usage du système
    énergétique, en accord avec les préconisations déjà formulées dans l’étude d’AIE et de RTE.
    c. Acceptabilité environnementale
    D’innombrables contre-vérités circulent sur la question de l’impact environnemental des énergies renouvelables.
    Jusqu’à présent, elles n’ont pas réussi à entamer l’adhésion des français qui continuent de les considérer comme
    les sources d’énergies à développer prioritairement. Toutefois, il n’en reste pas moins indispensable de rétablir
    la vérité sur un certain nombre de sujets :
  • Non, les énergies renouvelables ne dégradent pas le bilan carbone du mix électrique français. Une
    note de RTE34 publiée à la suite du bilan prévisionnel 2019 indique explicitement que “l’énergie éolienne
    et l’énergie solaire se déploient essentiellement en addition au potentiel de production nucléaire et
    hydraulique. En conséquence, l’augmentation de la production éolienne et solaire en France se traduit
    par une réduction de l’utilisation des moyens de production thermiques (à gaz, au charbon et au fioul).
    Cette étude (…) chiffre les émissions évitées à environ 22 millions de tonnes de CO2 par an (5 millions de
    tonnes en France et 17 millions de tonnes dans les pays voisins). Ces résultats battent en brèche une
    vision réductrice du système électrique où chaque incrément de production éolienne et solaire se ferait
    au détriment du nucléaire et n’aurait pas d’influence sur les émissions de gaz à effet de serre”

Non, les éoliennes ne laisseront pas des tonnes de béton dans le sol après leur démantèlement. La loi
impose en France un démantèlement complet de l’installation, dont les fondations doivent être
excavées, à moins qu’une autre éolienne ne la remplace, ainsi qu’un recyclage des matériaux qui la
composent35
.

  • Non, les panneaux solaires au silicium ne contiennent pas de terres rares. Selon une note technique
    de l’ADEME36 publiée en 2020 : « La consommation de terres rares dans le secteur de la production
    d’énergies renouvelables réside essentiellement dans l’utilisation d’aimants permanents pour l’éolien en
    mer. Seule une faible part des éoliennes terrestres en utilise, environ 6% en France. (…) Des solutions de
    substitution existent : génératrices asynchrones ou génératrices synchrones sans aimant permanent, par
    exemple. Les technologies solaires photovoltaïques actuellement commercialisées n’utilisent pas de
    terres rares. Parmi les batteries couramment utilisées, seules les batteries nickel-hydrure métallique
    (NiMH) comprennent un alliage de terres rares à la cathode, mais leur utilisation restera très marginale
    dans la transition énergétique ».
  • Non, le recyclage ne constitue pas une difficulté. La recyclabilité des panneaux solaires atteint des taux
    de l’ordre de 95%37
    . Les éoliennes sont aujourd’hui entièrement recyclables a 90% à l’exception des
    pales – mais des travaux de recherche menés par Arkema et l’institut Jules Verne, portant sur
    l’élaboration de pales en matériaux thermoplastiques, pourraient permettre d’améliorer ce résultat38
    .
    Cette contribution ne prétend pas à l’exhaustivité, mais il nous a semblé utile de partager ces réflexions, sans
    occulter les obstacles qui restent à franchir pour arriver à une solution complète et pleinement satisfaisante,
    mais sans non plus tomber dans un excès d’alarmisme qui pourrait conduire à renoncer à l’objectif avant même
    d’avoir cherché à l’atteindre.
    Comme des milliers d’autres ingénieurs quis’engagent résolument et consacrent toute leur énergie pour trouver
    les meilleures solutions face aux défis climatiques et énergétiques, nous sommes attentifs à l’évolution rapide
    des technologies et nous souhaitons que la France prenne toute sa place dans cette dynamique mondiale afin
    d’avoir la maitrise de ces technologies et par voie de conséquence d’atteindre dans les meilleures conditions
    possibles les objectifs climatiques qu’elle s’est fixés.
    Nous affirmons qu’une part très élevée d’électricité d’origine renouvelable est non seulement possible mais
    souhaitable à l’horizon 2050. Il s’agit de l’opportunité d’accroître notre souveraineté énergétique, d’atteindre
    l’objectif de neutralité carbone fixé par la SNBC, tout en sauvegardant la compétitivité de notre mix électrique.
    Cette ambition est à notre portée sous réserve (i) de veiller à l’acceptation des projets, et à ce que ceux-ci
    profitent à tous notamment par le développement d’emplois industriels sur les territoires, (ii) d’investir dans la
    R&D, afin de franchir les derniers obstacles au développement massif de solutions de stockage de longue durée,
    et (iii) d’accompagner cette reconfiguration du système énergétique par une adaptation du modèle de marché
    et de sa régulation, afin de valoriser tous les services que ces évolutions rendront nécessaires.
    Nous vous remercions pour l’attention que vous aurez portée à cette contribution et vous prions de croire,
    Monsieur le Président, en l’assurance de nos respectueuses salutations.

References

1
https://www.eba250.com/
2
https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/hu/MEMO_18_6113
3
https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_19_6705
4
https://www.ipvf.fr/wp-content/uploads/2020/05/IPVF_SOLAR_EU_200505_2.pdf
5 http://www.pv-magazine.fr/2021/02/24/eit-innoenergy-et-solarpower-europe-lancent-linitiative-pour-le-solaire-photovoltaique-en-europe

6
https://www.ech2a.eu/
7
https://ec.europa.eu/energy/sites/ener/files/hydrogen_strategy.pdf
8
https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/SPEECH_20_1314
9
https://www.usinenouvelle.com/article/depuis-nersac-la-france-et-l-allemagne-se-jettent-dans-la-bataille-des-batteries.N924774
10 https://www.economie.gouv.fr/presentation-strategie-nationale-developpement-hydrogene-decarbone-france
11 https://www.conseil-national-industrie.gouv.fr/csf-remettre-filieres-au-coeur-de-la-politique-industrielle-francaise
12 https://www.pv-magazine.fr/2020/11/17/un-appel-a-manifestation-dinteret-pour-construire-une-filiere-solaire-competitive-en-france/
13 https://www.environnement-magazine.fr/energie/article/2019/05/31/124630/signature-contrat-filiere-pour-developpement-des-
energies-renouvelables
14 How Sensitive are Optimal Fully Renewable Power Systems to Technology Cost Uncertainty, publié dans The Energy Journal, Vol. 43, No.
1 : https://doi.org/10.5547/01956574.43.1.bshi
15 https://www.metiers-electricite.com/2020/09/30/edec-de-la-filiere-electrique-une-cartographie-inedite-des-emplois-et-des-metiers-un-
potentiel-de-200-000-emplois-a-creer-dici-2030/

16 https://www.smart4res.eu/
17 https://www.industrie-techno.com/article/pour-mieux-predire-la-production-d-energie-renouvelable-les-mines-paristech-musclent-les-
modeles-meteo.58379
18 https://www.h2020-migrate.eu/
19 https://www.actu-environnement.com/ae/news/effacement-diffus-energie-voltalis-residentiel-tertiaire-35049.php4

20 https://www.cre.fr/Documents/Publications/Etudes/etude-sur-les-mecanismes-de-valorisation-des-flexibilites-pour-la-gestion-et-le-
dimensionnement-des-reseaux-publics-de-distribution-d-electricite
21 https://www.energy-storage.news/blogs/behind-the-numbers-the-rapidly-falling-lcoe-of-battery-
storage#:~:text=If%20you%20need%20to%20shave,engine%20power%20plant%2C%20peaking%20plants.
22 https://www.cre.fr/media/Fichiers/publications/appelsoffres/ao-pv-stockage-zni-telecharger-le-rapport-de-synthese-version-publique-
des-deux-premieres-periodes-de-candidature
23 Une option de fourniture de puissance garantie à la pointe permet toutefois de bénéficier d’une rémunération de l’énergie majorée de
200 €/MWh sur un créneau de deux heures à la pointe sous réserve de garantir une puissance d’injection sur le réseau d’au moins 20 % de
la puissance crête de l’installation pendant ces deux heures
24 Source : Renewable Energy Planning Database – https://www.gov.uk/government/publications/renewable-energy-planning-database-
monthly-extract
25 https://www.rte-france.com/actualites/le-projet-ringo-de-rte-accueille-ses-premiers-equipements-en-cote-do

26 https://www.pv-magazine.fr/2020/04/23/en-allemagne-plus-de-200-000-systemes-photovoltaiques-avec-stockage-ont-deja-ete-
installes/
27 https://www.tennet.eu/news/detail/blockchain-pilot-reveals-potential-of-decentralised-home-storage-systems-for-tomorrows-energy-
infra/
28 https://www.ademe.fr/barometre-francais-lenvironnement-vague-7

29 Voir notamment http ://financeparticipative.org/enquete-sur-le-financement-participatif-des-energies-renouvelables/
30 Comme par exemple les travaux d’Alain Nadaï – http://www.centre-cired.fr/fr/alain-nadai/
31 How Sensitive are Optimal Fully Renewable Power Systems to Technology Cost Uncertainty, publié dans The Energy Journal, Vol. 43, No.
1 : https://doi.org/10.5547/01956574.43.1.bshi
32 Trajectoires d’évolution du mix électrique à horizon 2020-2060 (ADEME, 2018) – https://www.ademe.fr/trajectoires-devolution-mix-
electrique-a-horizon-2020-2060
33 Scenario Negawatt 2017-2050 https://negawatt.org/Scenario-negaWatt-2017-2050
34 Précisions sur les bilans CO2 établis dans le bilan prévisionnel et les études associées (RTE) https://assets.rte-
france.com/prod/public/2020-06/note%20bilans%20co2.pdf

35 https://factuel.afp.com/le-socle-des-eoliennes-resteront-dans-le-sol-apres-leur-demantelement-la-loi-francaise-prevoit-le
36 Terres rares, énergies renouvelables et stockage d’énergies (Ademe, 2020) – http://www.ademe.fr/terres-rares-energies-renouvelables-
stockage-denergies
37 https://www.pv-magazine.fr/2020/08/24/recyclage-des-panneaux-photovoltaiques-pourquoi-natteint-on-pas-une-revalorisation-a-100/
38 https://www.usinenouvelle.com/editorial/l-irt-jules-verne-veut-recycler-les-pales-d-eoliennes.N1008514

NDLR : Bref. On ne compte plus les sophismes assumés par une communauté d’idéologues anti-nucleaires influencés par de riches industriels et aidés par les gaziers, ravis que l’intermittence électrique grandissante laisse un répit aux fossiles. Mais c’est la décarbonation qui est ainsi condamnée à ralentir au lieu d’accélérer !

Le ton de panique ci dessous ne trompe pas. Il ne faudrait pas que les médias s’emparent de cette vérité :

Objet:[X-Renouvelables] – Appel à co-signature – scénarios 2050
Répondre à: <aX@polytechnique.org>
Voir cet email dans votre navigateur [X-Renouvelables] – Appel à co-signature – scénarios 2050 

Lettre à RTE sur les scénarios électriques 2050

Chers Camarades,

Suite à l’appel à co-signatures envoyé jeudi dernier (dont le texte est rappelé à la fin de cet email), plusieurs d’entre vous m’ont demandé si le courrier pouvait être signé sans faire mention de l’organisation au sein de laquelle ils travaillent. 

Je me permets donc de vous envoyer ce bref email afin de vous apporter quelques précisions complémentaires  :

1/  Ce courrier est bien un courrier co-signé par chacun en son nom propre. Il n’est pas obligatoire de faire figurer le nom de votre organisation à côté de votre signature. Je vais de toutes façons ajouter une mention au bas de la lettre, précisant que les signataires « signent en leur nom propre et que cette signature n’engage pas les organisations auxquelles ils sont rattachés ».

2/ Cette contribution ne vise pas à discuter de l’intérêt de tel ou tel scénario énergétique, mais à rappeler quelques éléments factuels sur les technologies existantes dans le domaine des énergies renouvelables, et à affirmer que la France dispose d’atouts importants pour relever ces défis et exercer un rôle industriel de premier plan dans ce secteur en plein essor.

3/ Dans l’email précédent, nous évoquions le fait que 280 de nos camarades ont pris l’initiative d’envoyer une contribution à cette concertation, sous la forme d’un courrier co-signé par « des anciens élèves de l’Ecole Polytechnique ». Comme il était à craindre, cette lettre commence à se répandre sur les réseaux sociaux et dans différents titres de presse spécialisés, relayée par certains groupes d’intérêts (par exemple, https://pnc-france.org/280-polytechniciens-interpellent-le-president-de-rte/). Ce n’est sans doute qu’une question de jours avant que la presse « grand public » ne s’en empare. Il nous semble donc plus que jamais important de se mobiliser pour que notre contribution puisse attester de l’existence au sein de notre communauté, d’une vision différente de ces sujets.

Je vous rappelle donc les liens disponibles :

N’hésitez pas à diffuser cet appel auprès des camarades de votre entourage ou de votre promo, afin de maximiser le nombre de signataires. Si chacun d’entre vous signe et invite 2 camarades à co-signer le courrier, nous atteindrons arithmétiquement les 2 400 signatures. Merci beaucoup pour votre mobilisation !

Excellent week-end,

A.

Lettre de 280 polytechniciens au Président du Directoire de RTE

280 polytechniciens interpellent le Président de RTE, Xavier Piechaczyk.

http://pnc-france.org/280-polytechniciens-interpellent-le-president-de-rte/

L’Ecole Polytechnique
iStockphoto.com UlyssePixel

Le 4 mars 2021


Lettre au Président du Directoire de RTE


Monsieur le Président,


Un important travail de prospective a été engagé par RTE sur ce que pourrait être en 2050 un système électrique ne consommant pas d’énergie fossile dans un pays qui aurait atteint la « neutralité carbone ». Avant de terminer ce travail, vous avez ouvert une consultation publique sur le cadrage et les hypothèses que vous vous proposez de retenir pour dessiner plusieurs scénarios très contrastés qui seront à la disposition du pouvoir politique pour l’aider à prendre ses décisions.
Nous tenons tout d’abord à saluer le sérieux dont témoignent le document mis en consultation et les rapports des groupes de travail publiés sur votre site internet.
Parmi les scénarios présentés dans le document soumis à consultation, quelques-uns supposent que la France ne construise plus de réacteurs nucléaires ; selon les autres la capacité nucléaire serait comprise en 2050 entre 28 et 55 GW (gigawatts), contre 61 GW aujourd’hui.
L’évolution de la capacité nucléaire en France soulève de nombreuses questions mais ce n’est pas là l’objet de cette lettre.
Dans les scénarios soumis à consultation, la consommation finale d’électricité est celle qui figure dans la SNBC (Stratégie nationale bas carbone) approuvée par la loi : aujourd’hui de 470 TWh
(terawattheures) par an, elle serait augmentée seulement de 110 TWh.
Cette hypothèse de consommation d’électricité nous paraît invraisemblable. Elle conduirait à de lourdes contraintes et à des dépenses inutiles.
Il suffit de considérer le cas du chauffage des logements. Le fioul et le gaz seront remplacés très partiellement par de la biomasse, essentiellement par de l’électricité parfois complétée par du biogaz ou du biofioul (un chauffage hybride). Or la SNBC suppose que la consommation d’électricité pour le chauffage n’augmente pas. Pour y parvenir, non seulement la surface habitable par personne devrait diminuer, ce qui s’oppose aux désirs de la population, mais aussi tous les logements existants devraient faire l’objet de travaux de rénovation thermique les mettant en classe A ou B du DPE (diagnostic de performance énergétique). Or avec des travaux d’isolation thermique moins poussés que selon la SNBC, les dépenses seraient bien moindres (de vingt milliards d’euros par an peut-être), la consommation d’électricité serait supérieure (de 80 TWh par an peut-être) mais sans effet sensible sur les émissions de CO2 si la production d’électricité consomme très peu d’énergie fossile.
De même, il serait utile de faire l’hypothèse que les consommations d’électricité dans le secteur du transport et dans celui de l’industrie seront supérieures à ce qui est prévu par la SNBC.
Au total, nous souhaitons que soit étudiée une hypothèse où la consommation finale d’électricité serait, non pas de 580 TWh, mais de 700 TWh par an, à quoi s’ajouterait une consommation pour produire de l’hydrogène.
Dans les scénarios soumis à consultation la durée de vie des réacteurs nucléaires est limitée à soixante ans sans justification.
Or des réacteurs nucléaires de même type que les réacteurs existant en France ont d’ores et déjà reçu l’autorisation de fonctionner jusqu’à 80 ans dans un pays, les Etats-Unis, qui n’est pas connu pour son manque de sérieux sur la sûreté nucléaire. Nous considérons donc qu’il ne serait pas cohérent qu’une étude prospective s’interdise d’étudier le cas où la durée moyenne de vie des réacteurs existants soit supérieure à 60 ans, par exemple 65 ou 70 ans – naturellement, sous réserve de l’accord de l’Autorité de sûreté nucléaire.
Les limites des possibilités industrielles obligent à étudier l’hypothèse où la neutralité carbone sera atteinte plus tard qu’en 2050.
Quel que soit le scénario retenu votre étude montre que pour atteindre la neutralité carbone, il faudra de très gros investissements : moyens de production et de stockage d’électricité, bouleversement de la construction automobile, réseau de distribution d’électricité et, peut-être, d’hydrogène, rénovation
thermique des bâtiments. Le rapport que vous avez soumis à consultation met en lumière que l’échéance de 2050 serait très difficile à respecter mais n’en tire pas vraiment les conséquences.
Un travail de prospective devrait tenir compte du fait que le CO2 ignore les frontières.
Dans un récent rapport l’AIE n’envisage pas que le monde atteigne la neutralité carbone avant 2070.
En 2050 les émissions de CO2 seront encore de 18 milliards de tonnes par an au moins. A cette date, l’Afrique et d’autres régions du monde n’auront pas achevé de s’équiper de façon à répondre à leurs besoins en énergie sans brûler d’énergie fossile. Dans ces régions le coût du CO2 évité sera beaucoup moins élevé qu’en France – dans un rapport de un à cinq ou dix.
Pour diminuer les émissions globales il serait donc efficace de compenser des émissions faites depuis la France métropolitaine en coopérant avec, par exemple, des pays d’Afrique pour qu’ils puissent progresser plus vite vers la neutralité carbone.


On ne comprendrait pas qu’un travail de prospective s’interdise de s’écarter, même significativement, de la loi en vigueur au moment où il est réalisé. On le comprendrait ici d’autant moins que la loi
Energie-climat prévoit elle-même que la SNBC sera revue tous les cinq ans.
C’est pourquoi nous vous demandons d’étudier un scénario où la consommation finale en 2050 est de 700 TWh par an, c’est-à-dire supérieure de 120 TWh à celle que vous avez retenue comme hypothèse, et où la capacité nucléaire est de 67 ou 70 GW, ce qui est plausible en relançant vigoureusement la filière de l’industrie nucléaire et en faisant fonctionner les réacteurs existants aussi longtemps que l’autorise l’Autorité de sûreté nucléaire. Pour équilibrer la demande d’électricité, il faudra sans doute produire en 2050 quelques dizaines de TWh à partir de gaz fossile jusqu’à ce qu’une légère augmentation de la capacité nucléaire permette de l’éviter.
En comparaison avec les scénarios que vous avez élaborés, cela permettrait selon nous de produire l’électricité de façon moins coûteuse, de bien isoler les bâtiments tout en évitant des dépenses excessives, de ne pas faire peser sur nos concitoyens toutes sortes de contraintes et aussi, dans le cadre de programmes de coopération avec des pays pauvres, de hâter leur équipement en moyens de production d’électricité qui ne consomment pas d’énergie fossile.
Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à ce courrier et nous vous assurons, Monsieur le Président, de notre considération respectueuse.


Collectif de 280 anciens élèves de Polytechnique


Francis Amans, Daniel Andriamasy, Jean-Pierre Anselmo, Alain Artaud, Pierre Audigier, Catherine Back, Yves Bamberger, Bernard Basset, Michel Baudu, Jean-François Bauer, Michel Bayle, François Bee, Jean-Pierre Bégon-Lours, Michel Belakhovsky, Jean-Marc Belmont, Guy Benattar, François Bergeot, Jean-Jacques Berthelier, Jean Berthon, André Bertrand, Benoit Bescond, Bernard Besson, Gérard Beurive, Gérard Biette, Michel Billard, Pierre Binet, Jean-Michel Biren, Jean-Michel
Blanchard, Jean-Didier Blanchet, Michel Bleitrach, Joël Bodiou, Edmond Bonan, Alexandre Bonay,
Jean-Claude Boncorps, Pascal Bouillon, Jean-François Bourgeois, Henri Boyé, Alain Bravo, Yann Briancourt, Jean Brilman, René Brun, Gérard Buffière, André Caillol, Jacques Calzia, Yves Carsalade, René Cartalas, Marie-Louise Casademont, Philippe Castillon, François Chabannes, Jean- Louis Charbonnel, Michel Chateaureynaud, Philippe Chopin, Frédéric Clément, Yves Closson, Pierre Coffin-Eltrich, Jean-Marc Cohen, Jean Coiffard, Christian Collinot, Bruno Comby, Henri Conze, Didier Coulomb, Yves Coupin, Xavier Cras, Alain Crémieux, Henri Cukierman, Jacques Darmon, Emmanuel David, Bruno Daviet, Christian de Fenoyl, Louis-Aimé de Fouquières, Patrick de Giovanni, Jean-Louis de Montcheuil, Jean-François Debrois, Yves Dejou, Jean-Michel Delbecq,
Thierry Delfosse, Jean-Bernard Deloly, Bernard Delorme, Jean-Louis Delorme, Bernard Delvallee, Thomas Deniau, Pierre Denuelle, Tanguy Deren, Pierre d’Esclaibes, Jean-Marc Deshouillers, Jean- Claude Douvry, Baudouin Drieux, Daniel Druon, Laurent du Boullay, Bernard Dubois, Michel Duneau, Alain Dupleix, Jean-Yves Dupont, Bruno Durieux, Patrick Esnault, Yann Faguer, Pierre Fallavier, Jacques Favin Lévêque, Christian Fayet, Michel Fayet, Daniel Fischer, Jean-Charles Flandin, Philippe Fleury, Michel Fliess, Jean Fourtaux, Yves Franchet, Edouard Freund, Dominique Gagey, Gabriel Galand, Christian Galtier, Xavier Gandillot, Jean-Paul Garcia, Thierry Gaudin, René Gaudin, François Gendrin, Philippe Georges, Charles-Henri Germa, Jean-Paul Gillyboeuf, Bertand
Giraud, Gérard Glandier, Philippe Gluntz, Michel Goldberg, Michel Gondran, Michel Gornet, Denis Gourguillon, Hervé Gourio, Jérôme Grassin, Jean Graveleau, Jean-Jacques Greif, Jean-Yves Gresser, Pierre-Antoine Grislain, Philippe Grosse, Bernard Guérin, Alain Guinaudeau, Jacques Guyader, Patrice Hardel, Philippe Herzog, Chuc Hoang, Marc Houery, Pierre Hoynant, Jean-Michel Hubert, Jean-François Hubert, Jean Huret, Jean-Paul Husson, Bernard Irion, Bertrand Jalard, Jean-Pierre Jamet, Henri Jannet, Philippe Jecat, Michel Joindot, Eric Juillard, Bernard Kasriel, Henri Kloetzer, François Lacôte, Bruno Lacroix, Jacques Lafond, Antoine Lafont, Louis Landrot, Pierre Lantermoz, Jean-Bernard Lartigue, Georges Latreyte, Arnaud Laudenbach, François Laudenbach, François
Lefaudeux, Didier Legros, Jérôme Lenoir, Jean-Luc Lepine, Jean-Marie Levaux, François Levieux, Jean-François Levy, Hubert Lorino, Louis Lucas, Robert Mahl, Philippe Mamez, Jean-Pierre Marchand, Michel Marec, Jean-François Marquet, Jean-Louis Masson, Jean-Claude Martinet, Michel Maxant, Josy Mazodier, Bertrand Meary, Daniel Melin, Roger Mellet, Jean-Claude Minne, Olivier Miret, Olivier Mitterrand, Alain Monod-Broca, Didier Morteux, Pierre Moulin, Gilles Moutet, Jean- Louis Nachury, Daniel Namias, Gérard Nepveu, Alain Nicolaïdis, Michel Nicolas, Hervé Nifenecker, Jean-Louis Nigon, Hervé Nora, Marc Noyelle, Gérard Olivéro, Denis Oulès, Jean-François Pacault, Alain Pages, Olivier Paul Dubois Taine, Jacques Pechamat, Hubert Peigné, Alain Pesson, Jacques Peter, Dominique Petit, Jean Petitot, Jean-Louis Picquand, Paul Pierron, François Pierrugues, Olivier Pironneau, Yann Pivet, Henri Plisson, Jean-François Poupinel, Jacques Poupon, Jacques Pozzetto, Charles Prévot, Jean Prévot, Henri Prévot, Rémy Prud’homme, Gilles Prunier, André Pruszkowski, Georges Puyoo, Joël Quancard, Roland Quillévéré, Jean Quintard, Michel Ramsay, Denis Randet, Alain Reillac, Claude Remy, Jean-Gabriel Remy, Pascal Remy, Yvonick Renard, Daniel Reydellet, Georges Richerme, Marc Riutort, Daniel Robequain, Philippe Roger, Georges-André Roux, Frédéric- Georges Roux, Georges Roze, Guy Rupied, Bernard Saint-André, Hervé Saint-Sauveur, Michel Sauvant, Gabriel Schreiber, Jean-Louis Schuster, Jean-Loup Servouse, Jacques Sicherman, Jean Sigalla, Jean-Pierre Somdecoste, Hervé Soufflet, Marc Spielrein, Alain Staron, Alain Staropoli, Francis Stephan, Jean-Noël Stock, Noël Talagrand, Daniel Tardy, Luc Tartar, Frédéric Tatout, François Tépénier, Alain Ternot, Robert Tetrel, André Thinieres, Armand Toubol, Louis Trébuchet, Yves Tuloup, François, Valentin, Bernard Vandecastel, Patrice Velut, Pierre Vermeniuze, Jean-Pierre Verollet, Philippe Vesseron, Dominique Vignon, Charles-Henri Vigny, Alain Vincent, Olivier Voirin, Christian Voisard, Bruno Wiltz, Jean-Michel Yolin, Bernard Zeller

Réponses à la consultation RTE scénarios 2050 : combien d’intermittence électrique ?

1) Réponse de Robert Baschwitz (UARGA)

Résumé :

Impossibilité technique (aujourd’hui) d’assurer la stabilité d’un réseau électrique en fréquence et tension sans l’inertie de grosses machines tournantes (comme les alternateurs du nucléaire et de l’hydraulique), ce qui exclut (comme confirmé par plusieurs études européennes) une trop forte proportion de solaire et d’éolien, tous deux dépourvus de cette qualité stabilisatrice (ce point très technique, trop complexe pour une consultation publique, est une évidence pour les électrotechniciens et rédhibitoire pour de nombreux scénarii – bien sûr des technologies pourraient y remédier un jour; elles restent à développer et leur coût, déjà prévisible, sera faramineux).

2) Réponse de Gérard LEPINE (UARGA)

3) Avis présenté par Dominique GRENECHE

Consultation sur le rapport RTE de janvier 2021 (scénarios énergétiques 2050)

Avis présenté par Dominique GRENECHE – (Docteur ès sciences – Consultant)  – 5 mars 2021

4) Contribution de l’association « Voix du nucléaire »

5) Réponse UARGA

6) Réponse de Bernard ACCOYER pour l’ONG Patrimoine Nucléaire et Climat (PNC France)

6) Réponse de Henri Prévot sur https://www.hprevot.fr

7) Réponse de l’ONG Sauvons le climat

8) Réponse de Jean Fluchère

9) Réponse de la SFEN

https://twitter.com/SFENorg/status/1367896688292212740?s=19

10) Réponse IESF

Lettre du Président de PNC-France (Patrimoine Nucléaire Climat) au Président de la République

Le vendredi 26 Février 2021

Monsieur Emmanuel Macron
Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris


Monsieur le Président de la République,


Partageant avec vous la primauté de la lutte pour le climat, nous vous avons entendu avec satisfaction, le 8 décembre 2020 au Creusot, rappeler que si la France est le pays le plus vertueux du G7, pour ses émissions de gaz à effet de serre, elle le doit à sa filière nucléaire pilotable.


Toutefois la portée de cette déclaration interroge par les décisions de vos gouvernements qui remettent en cause l’avenir de cette filière d’excellence.


L’industrie nucléaire constitue, comme vous l’avez dit, un avantage pour le climat et notre indépendance énergétique, elle est avec ses 220 000 emplois la troisième filière industrielle française.


Il s’agit d’une filière hautement prometteuse, et bien que plusieurs pays de l’Union s’en détournent, les plus grands pays du monde : Chine, USA, Grande-Bretagne, Inde, Russie et huit pays de l’UE :
France, Pologne, Roumanie, République tchèque, Hongrie, Bulgarie, Finlande et bientôt les Pays-Bas ont décidé de recourir à cette énergie pour faire face aux contraintes climatiques. En cela ils suivent d’ailleurs les recommandations du GIEC qui considère incontournable le recours à l’énergie nucléaire.
Le parc nucléaire mondial sera d’ailleurs multiplié par 2 ou 3 dans les trente prochaines années, une réelle opportunité pour notre filière et notre réindustrialisation.
Les pays de l’Union Européenne attendent impatiemment votre soutien à leurs projets.


Le 28 janvier à la conférence de presse de RTE sur la faisabilité d’un mix 100 % renouvelable excluant
le nucléaire en 2050, Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, a clairement affirmé son désaccord avec cette hypothèse, objet de ladite conférence de presse, et avec la PPE en déclarant : « Fermer les centrales nucléaires françaises serait une erreur, l’énergie nucléaire est un atout pour la France ».


Les militants antinucléaires qui depuis plus de vingt ans influencent le ministère de l’Environnement, compétent depuis 2007 pour l’énergie, pèsent de façon décisive sur les choix énergétiques en contradiction avec vos déclarations et celles de l’AIE. Comment expliquer autrement que vous ayez accepté de vos gouvernements la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim, prévu la fermeture de douze autres, mis en sommeil les travaux de recherches du CEA sur la quatrième génération, et laissé
Bruxelles s’apprêter à exclure le nucléaire de la taxonomie au profit du gaz 70 fois plus émetteur de CO2 ?
Certes, annoncer que la propulsion du futur porte-avions sera nucléaire est un gage de votre volonté de défendre cette industrie, mais en même temps, repousser de deux ans la décision de construire de nouveaux EPR, évoquer le mix 100 % renouvelable en 2050, fragilise et menace la filière à terme. Est-il rationnel de raisonner sur une hypothèse dont les quatre conditions nécessaires, énoncées par RTE, démontrent son utopie, sans même évoquer la soutenabilité de son coût ni son acceptabilité sociétale, en admettant que les technologies, qui n’existent pas aujourd’hui, soient d’ici là inventées et
opérationnelles ? La politique énergétique exige des prévisions sûres et une vision à long terme pour des décisions lourdes dont la mise en œuvre est longue comme le sont les durées d’amortissement
des centrales.


Monsieur Emmanuel Macron
Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Bernard Accoyer
Président de PNC France

Paru dans le JDD ici.

https://twitter.com/pnc_france/status/1365964712643612676?s=19

Eolien : le préfet de Normandie se trompe …ou nous trompe

PARC ÉOLIEN EN MER DE COURSEULLES-SUR-MER

Pour monsieur le Préfet de la Région Normandie.


Bonjour madame Camille Plutarque,
Suite au communiqué de presse de monsieur le Préfet de la Région Normandie que vous avez diffusé le 24 février 2021, je porte à votre connaissance que si monsieur le Préfet a le droit de se féliciter du lancement de la construction du parc éolien en mer de Courseulles-sur-Mer de 448 MW avec l’argent des contribuables français, il se trompe (ou « on » l’a trompé) sur les chiffres.
En effet, 64 éoliennes de 7 MW (soit 448 MW) ne fourniront en électricité aucun foyer du Calvados selon leurs besoins de manière continue. 
https://www.contrepoints.org/2018/09/28/326210-le-mythe-du-foisonnement-eolien-en-europe
https://www.lemondedelenergie.com/eolien-foisonnement-stockage-pilotable/2020/02/14/

Avec un facteur de charge estimé au mieux à 30% (ce chiffre est inférieur sur le parc en mer de Robin Rigg en Ecosse qui est une région plus ventée) la production annuelle de ces 448 MW d’éoliennes en mer sera au mieux de 1,2 térawattheure (8760 x 30% x 448 = 1,2 TWh).
https://www.sauvonsleclimat.org/fr/base-documentaire/vent-de-mer-vent-de-terre

Chaque « personne » du Calvados devrait donc consommer moins de 1,8 Mégawattheure (MWh) par an alors que la moyenne des Français consomme annuellement environ 8,5 MWh (550 TWh / 65 millions de Français). La production de ces éoliennes ne représente donc pas la consommation annuelle de 630.000 personnes mais, au plus, de 125.000 personnes qui vont aussi au bureau, dans les magasins et prennent le train… dans le Calvados aussi.

https://www.contrepoints.org/2020/01/13/362144-eolien-en-mer-erreurs-du-maitre-gouvernemental-ou-mensonges

De plus, ces éoliennes produiront selon le vent, et plus précisément selon le cube de la force du vent. C’est-à-dire que si le vent double, la production sera multipliée par huit, ou divisée par huit si le vent diminue de moitié… Ces énormes variations fatales quasiment aléatoires rendent les éoliennes inaptes à la production d’électricité selon le besoin des habitants du Calvados et des Français car l’électricité excédentaire ne se stocke pas, ou très mal.
https://www.contrepoints.org/2018/10/25/328644-le-mirage-ruineux-du-stockage-massif-delectricite

Ce projet qui engloutira 2 milliards d’euros en mer profitera essentiellement à des entreprises étrangères https://www.contrepoints.org/2019/06/20/347233-eolien-flottant-2-milliards-deuros-vont-sombrer

et les « 1000 emplois directs » seront éphémères !https://www.contrepoints.org/2014/08/25/178251-la-farce-tragique-des-emplois-verts

De nombreux citoyens français s’interrogent sur la « forte implication de l’Etat à développer une filière en mer solide » et sa volonté d’accélérer « la transition énergétique vers une énergie décarbonée » alors qu’il vient d’ordonner la fermeture politique des deux réacteurs de Fessenheim. Ces derniers produisaient 11 térawattheures (TWh) par an en continu avec 6 g CO2 / kWh produit selon l’agence gouvernementale ADEME https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm?conventionnel.htm
alors que les éoliennes en mer de Courseulles ne produiront que 1,2 TWh en émettant plus de 15 g CO2 / kWh https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm?conventionnel.htm
Ils s’interrogent aussi sur la confusion stupéfiante qui règne dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) entre les objectifs à atteindre et les moyens imposés, notamment des éoliennes.
https://www.lemondedelenergie.com/michel-gay-confusion-politique-energetique-france-tribune/2018/03/18/

Cordialement.
Michel Gay

Référence :

Communiqué de presse –  Préfet de la région #Normandie

Parc éolien en mer de Courseulles-sur-Mer

« Ce parc (64 éoliennes, 45 km², puissance installée de 0,45 GW, 2 milliards €), fournira en électricité 630 000 personnes soit 90% de la population…
https://t.co/DM5K3pKDPz

La lettre des EE (01/2021): L’électricité nucléaire, un bien public au service de notre Europe

La lettre est téléchargeable ici

EDITO par Claude Fischer Herzog, Directrice d’ASCPE Les Entretiens Européens& Eurafricains

D’une tonalité offensive, cette 18ème édition des Entretiens Européens a dynamisé les débats sur l’avenir du nucléaire en Europe ! Un consensus s’est dégagé sur la place du nucléaire dans le mix énergétique pour gagner la bataille du climat, mais aussi celle de la nouvelle croissance et de la prospérité. La Commission elle-même a reconnu que sans le nucléaire, il sera impossible pour l’Union de réaliser ses objectifs de réduire son empreinte carbone, et que celui-ci avait toute sa place dans le mix aux côtés des renouvelables (EnR). Mieux, Massimo Garribba a salué le rôle de service public en continu que le nucléaire a joué dans la crise sanitaire et économique. Le débat n’est pas clos pour autant sur l’équilibre nucléaire /EnR, alors que de nombreuses études tendent à prouver qu’au-delà de 40% d’EnR dans le mix, les systèmes explosent. En Allemagne, les effets pervers de trop d’EnR sont dénoncés par des écologistes et des voix s’élèvent pour garder le nucléaire plutôt que rouvrir les centrales à charbon et demain au gaz !

Le financement des investissements a besoin de garanties et d’incitations publiques

Un grand sujet a été au cœur des interventions, celui du coût du nucléaire. Le financement des investissements, et les garanties qui lui seront apportées, ont fait l’objet de questions auprès de la Commission et de demandes pour qu’elle crée les conditions favorables sur le marché européen qui chacun le sait dissuade le long terme. Il y a beaucoup d’argent sous forme d’aides et de garanties publiques pour les EnR et le financement de la croissance durable, avec labels et autres certificats verts, et on attend de voir si elle va (ou pas) inclure le nucléaire dans la taxonomie (la liste d’activités pour une économie durable) qui est encore en discussion : le « prétexte » des déchets nucléaires pour refuser sa place au nucléaire est fallacieux ! Le Centre commun de recherche (JCR) – chargé par la Commission d’examiner les « dangers » du nucléaire sur l’environnement – doit rendre sa copie en ce début d’année. On espère que la pression allemande ne pèsera pas face aux gestionnaires des déchets qui ont avancé des arguments scientifiques et éthiques pour les solutions (le pire étant de ne rien faire !). De même, les opérateurs et les chercheurs qui innovent et proposent des technologies diversifiées et flexibles, avec les réacteurs de 3ème génération de type EPR ou SMR (alimentés par le Mox, le combustible fabriqué à partir des déchets), dans l’attente des réacteurs de génération 4 qui fermeront le cycle de façon vertueuse, doivent être entendus.

On a besoin de la diversité des technologies pour renouveler le parc européen

La Commission privilégie les SMR… et l’hydrogène. Mais attention aux choix technologiques imposés ! Les SMR – qui doivent être soutenus – ne pourront pas remplacer les centrales de 1000 MW, ni supplanter les EPR… Il faut diversifier en fonction des demandes et des besoins, qui ne sont pas les mêmes quand on doit renouveler le parc français, créer un parc de 6000 MW pour remplacer le charbon en Pologne… ou qu’on veut accompagner les villes pour alimenter les réseaux de chaleur comme en Finlande. Quant à l’hydrogène, attention au miroir aux alouettes ! On n’est pas prêt et l’hydrogène produite à partir de gaz (même naturel) n’en fera pas une source décarbonée. Quant à celle produite à partir du trop de production d’EnR, elle nécessitera des batteries et du stockage qui feront exploser les coûts

Attirer les investisseurs en Europe pour réaliser les projets

Ils sont quatorze pays à vouloir développer leur parc nucléaire, et des projets sont en cours : en Finlande, en France, au Royaume Uni, en Hongrie, en République tchèque, en Roumanie et aussi aux Pays-Bas qui préfèrent la sûreté nucléaire aux risques du gaz. Chaque pays est confronté à la question des coûts de construction. Car ce qui coûte cher dans le nucléaire, c’est la construction des centrales. Une fois construites, les coûts d’exploitation sont faibles par rapport aux bénéfices. Comment attirer les investisseurs et leur donner des garanties sur le long terme ? Des modèles de montages financiers existent entre partenaires comme en Finlande, ou d’autres qui sont ouverts aux investisseurs internationaux et garantis par les gouvernements comme au Royaume-Uni ou en République tchèque. De ce point de vue, la dimension internationale du nucléaire a été soulignée, et il ne faudrait pas que l’Europe, comme elle l’a fait pour d’autres industries à haute valeur ajoutée, abandonne le terrain du nucléaire à des pays comme la Chine, la Russie, ou les Etats-Unis très offensifs sur le marché mondial où les besoins sont massifs (renouvellement des parcs, électrification des usages, développement de régions en Asie et en Afrique…)

Créer une filière nucléaire européenne

L’électricité nucléaire, c’est du long terme qui nécessite une vision et une planification des investissements pour préparer le futur. Partout, elle bénéficie de politiques publiques et de soutiens, sauf en Europe, ce qui la pénalise. Or, elle est un service d’intérêt général (et pas seulement pour les pays qui la produisent !), un bien public européen, et la Commission doit lui apporter garanties et incitations. Au nom de quoi les Etats membres qui n’en veulent pas chez eux (quitte à l’acheter chez nous quand ils sont en pénurie), s’y opposent-ils ? Et au-delà de la réforme du marché nécessaire et des garanties et incitations publiques, comment contourner les Etats anti-nucléaires et coopérer sur le marché européen pour créer une véritable filière industrielle, performante en interne et à l’international ? Euratom, née de la volonté d’organiser la coopération européenne et de bâtir une industrie florissante en matière de nucléaire civil pour assurer l’autosuffisance énergétique du continent, ne peut plus jouer son rôle à cause des blocages institutionnels et la relative faiblesse des moyens mis en œuvre.

Un pacte de solidarité énergétique et des coopérations renforcées

On a examiné la faisabilité d’une coopération structurée permanente entre les Etats nucléaires, comme ça se fait dans la Défense. Mais la CSP est très institutionnelle et elle serait d’autant plus complexe à bâtir que la Pologne n’y est pas favorable, préférant préserver la neutralité et la diversité technologiques pour les 27. Pour cela, les Etats ont besoin d’un pacte de solidarité énergétique respectant les choix de chacun, et on pourrait, comme l’a d’ailleurs suggéré le ministre du Climat polonais lui-même, réfléchir à mettre en place des coopérations renforcées en partageant les coûts amont sur les investissements relevant des biens publics, en particulier la formation et la recherche… et pourquoi pas les coûts aval concernant les réseaux.

Créer des classes d’actifs pour les projets en coopération sur un marché obligataire européen

Ceci-dit, les coûts élevés des investissements de long terme pour la construction des centrales doivent pouvoir aussi être mutualisés grâce à des coopérations ou consortiums (Philippe Herzog avance l’idée de « mutualités ») entre les industriels et les Etats (ce qui existe déjà sous différents modèles), et aussi être garantis pour attirer les investisseurs. Les entreprises et les Etats sont « concurrents » voire rivaux, et c’est là que la Commission pourrait aider en facilitant un partage des coûts. La création de classes d’actifs pour les projets en coopération pourrait trouver des financements sur un marché obligataire européen… On a un plan de relance européen innovant avec une dette mutualisée en appui des politiques macro-économiques des Etats et aussi des efforts de construction d’un bien public commun, la santé : pourquoi ne pas faire la même chose au plan industriel pour le nucléaire ? De ce point de vue, les financiers devront être sollicités : les investisseurs de marché, les gestionnaires d’actifs, les fonds souverains, les banques (de développement surtout) et les assurances… Aujourd’hui, certains comme la BNP Paribas en France, s’impliquent dans les investissements verts, et si la taxonomie incluait le nucléaire, on pourrait alors espérer leur engagement dans la filière. L’idée serait moins de financer sur « labels »mais dans des projets d’intérêt général, autour du caractère de bien public.

Une 19ème édition sur la valorisation des projets

Les Entretiens Européens 2021 s’inscriront dans cette perspective et nous allons proposer une nouvelle édition dans cet esprit : « La valorisation des projets nucléaires en Europe et leur financement sur un marché régulé ». Comparaisons entre les pays de l’Union européenne, et avec les grands pays du monde (Russie, Chine, Etats-Unis…) Rendez-vous donc pour cette 19ème édition qui pourrait avoir lieu en septembre, en espérant que nous pourrons nous retrouver à Bruxelles ou dans un autre pays européen.

Un colloque original

Voici un colloque original, qui s’est déroulé par zoom cinq heures durant ! Certes, ça ne vaut pas une rencontre où on peut se serrer la main, échanger nos cartes, discuter pendant et après les séances… Mais c’est autre chose : plus de 320 inscrits (plus que dans une salle, car on n’est pas obligé de se déplacer !), des débats qui commencent à l’heure, et des « chats » nombreux, beaucoup plus que de mains levées pendant un colloque normal… Et plus de 30 mails reçus après le colloque avec pour certains, plus que des félicitations, des réactions utiles pour la suite.La Lettre restitue les interventions de nos invités sous forme d’articles,assortis de colonnes ou d’encadrés d’information ou d’illustration. Ils étaient24 représentants de 8 pays d’Europe et des institutions européennes(Commission et Parlement européens) ou internationales (AEN et AIEA). Voici ci-dessous, ce que Bernard Boullis, ami fidèle des Entretiens Européens, en a retenus, suivi des premiers verbatims… D’autres suivront au fil des pages, reprenant quelques uns des « chat » ou des réactions des participants.

Verbatims :

Jan Bartak, NucAdvisor – Toutes mes félicitations à Claude Fischer Herzog pour cette édition des Entretiens Européens. Elle a réussi à rassembler un excellent panel, sa modération était parfaite, avec toujours autant d’énergie et d’enthousiasme. Formidable !

Alexis Merville, Fideas Capital – De manière générale, ce colloque m’a fait prendre conscience d’un potentiel alignement d’étoiles sur le nucléaire en Europe : lutte contre le réchauffement climatique, plan de relance européen, expertises européennes industrielles, innovations technologiques(réacteurs, déchets) et évolution des opinions publiques dans plusieurs pays, voire un certain consensus possible notamment pour sortir du charbon et avancer sur l’hydrogène. Donc s’il faut s’en occuper, c’est maintenant !

Bernard Boullis – Ce que je retiens

Un soutien peut-être trop « extrême » aux EnR

L’amorce perceptible d’une prise de conscience de la part de la Commission européenne que le sou-tien inconditionnel aux ENR avait peut-être été exagéré ces dernières années, constituerait, si cela était confirmé dans les faits, une évolution notable. Le débat sur la taxonomie reste vif, une meilleure appréciation des « dangers » de l’industrie nucléaire a été confiée à une commission d’experts.

Le nucléaire trop cher

Un point apparaît déterminant pour beaucoup : il faut travailler à en réduire les coûts et peut-être aussi le besoin en capital initial (ce qui explique pour partie l’engouement actuel envers les SMR), et améliorer la visibilité à long terme pour intéresser les investisseurs. La rentabi-lité s’acquiert en effet sur le long terme et à cet égard, si le faible au coût du combustible constitue un réel atout, la stabilité des cadres réglementaire et politique reste (très) questionnable et obère les perspectives…

L’échec de l’Allemagne

Pour garantir la stabilité du réseau, on semble s’accorder sur un niveau maximum de 30 à 40% d’ENR non pilotables, les options sans nucléaire n’ayant par ailleurs pas démontré leur capacité à satisfaire à l’exigence climatique à terme. L’Allemagne apparaît en échec avec une baisse des GES limitée malgré le déploiement important de puissance éolien-solaire, et l’arrêt programmé du charbon va se traduire par l’essor des importations de gaz.

La solution du stockage géologique

Sur la question des déchets, on s’accorde pour considérer le stockage géologique comme une solution efficace, scientifiquement mature, flexible et l’on pointe les risques et défaut d’éthique à ne pas le mettre en œuvre, ce qui ne s’oppose pas à la poursuite de recherche de possibles améliorations, démarche classique de mise en œuvre de progrès continus.

L’appétence pour un renouveau nucléaire

On a pu constater une forte appétence pour l’option nucléaire à l’Est de l’Europe, et un renouveau dans la recherche sur les futures générations de réacteurs. Réacteurs à neutrons rapides (y compris « small ») et nouveaux concepts comme réacteurs à sels fondus, avec l’apparition de nouveaux acteurs très dynamiques aux Etats-Unis par exemple.

La GEN 3, le socle de l’énergie nucléaire pour les prochaines décennies

Dans l’intervalle, la troisième génération constitue le socle sur lequel le nucléaire va reposer ces prochaines décennies, avec là aussi des potentialités de progrès significatives.

Pas de consensus en Europe, ni de coopération structurée permanente entre Etats nucléaires

Le nucléaire pourrait constituer le germe de projets d’envergure (industriels et/ou de recherche) à l’échelle de l’Europe. Mais on se heurte à l’impossibilité à faire émerger un consensus parmi les pays membres et il semble difficile dans les modalités de fonctionnement actuelles de réunir les conditions d’un partenariat efficace, même limité aux seuls Etats intéressés

VERBATIM

Jan Bartak, NucAdvisor – Toutes mes félicitations à Claude Fischer Herzog pour cette édition des Entretiens Européens. Elle a réussi à rassembler un excellent panel, sa modération était parfaite, avec toujours autant d’énergie et d’enthousiasme. Formidable !

Alexis Merville, Fideas Capital – De manière générale, ce colloque m’a fait prendre conscience d’un potentiel alignement d’étoiles sur le nucléaire en Europe : lutte contre le réchauffement climatique, plan de relance européen, expertises européennes industrielles, innovations technologiques(réacteurs, déchets) et évolution des opinions publiques dans plusieurs pays, voire un certain consensus possible notamment pour sortir du charbon et avancer sur l’hydrogène. Donc s’il faut s’en occuper, c’est maintenant !

Inscrire le nucléaire dans le temps long

Un nouvel âge d’or pour le nucléaire

Lors de son audition, William Magwood a salué les innovations que la filière nucléaire développe partout dans le monde, ouvrant des perspectives nouvelles à cette technologie, dont – chacun en a pris conscience pendant la récente crise sanitaire et économique – le développement est vital pour une croissance durable en Europe, répondre aux besoins des pays émergents et protéger notre planète. Un ton offensif et rassembleur pour cette ouverture des Entretiens Européens qui ont su le garder les cinq heures durant de la conférence.Nous venons de vivre une crise sans précédent. Les Etats ont dû s’adapter, travailler avec les régulateurs et les opérateurs pour répondre à la demande d’électricité nous permettant ainsi de continuer à travailler et à vivre avec nos familles. Le nucléaire s’est révélé très performant, permettant de garantir la sécurité d’approvisionnement tout en continuant à soutenir l’intégration des énergies renouvelables.

Conjuguer croissance et environnement

L’ensemble des acteurs, du citoyen au décideur politique, ont pris conscience du rôle du nucléaire qui a fourni sans relâche une électricité fiable et compétitive. C’est vital pour nos économies développées mais aussi pour les pays émergents qui doivent fournir les biens essentiels comme la santé et l’eau à leurs populations, et se développer1. L’électricité est au cœur de ces défis, elle doit pouvoir accompagner tout à la fois le développe-ment et la décarbonation de notre mix énergétique. Car l’expansion économique ne doit pas être sacrifiée à l’environnement. Si nous disons aux populations qu’elles ne peuvent pas bénéficier de l’électricité nécessaire pour que leurs enfants puissent étudier au nom de l’environnement, nul doute qu’elles choisiront le développement contre l’environnement. Mais pourquoi forcer les populations à choisir ?Avec l’usage du nucléaire sur le long terme, nous pouvons conjuguer croissance et protection de l’environnement.

Anticiper le bon mix énergétique sur l’analyse des coûts

Comment choisir le bon mix énergétique pour répondre à cette exigence ? Quelle que soit la décision des Etats, celle-ci ne doit pas être arbitraire ou se prendre sur la base d’une bonne image de telle ou telle source. Il y a besoin d’une analyse approfondie des coûts et des performances qui permettra de décider de la bonne proportion entre les sources, différente selon les pays en fonction de leurs besoins et de leurs réalités. Au sein de l’AEN, nous proposons une analyse des coûts du système électrique, afin d’aider les pays à projeter sur le long terme la compétitivité relative des énergies renouvelables intermittentes (EnRi) et du nucléaire. Toutes nos analyses ont démontré qu’il existe une limite au déploie-ment des EnRi sur la plupart des réseaux (2). Les pays peuvent décider de forcer et de faire payer leurs contribuables, mais d’un point de vue économique, de la sûreté et de la durabilité, la bonne proportion d’EnR pour un bon équilibre du mix est sans doute de 30 à 40%. Dans certaines régions, on peut monter plus haut, comme pour le solaire par exemple, mais en général, c’est le seuil le plus logique.

Impossible de réduire les émissions de CO2 sans le nucléaire.

Comment alors répondre aux objectifs de l’accord de Paris pour ne pas dépasser les deux degrés de réchauffement climatique ? Pour le secteur électrique cela correspond à une limite de 50g de CO2/kWh. C’est une énorme réduction de 80% au sein des pays de l’OCDE et un défi majeur ! Pour être honnête, ce sera très difficile, et disons-le, sans le nucléaire, impossible. Et pour ceux qui prônent 100% d’EnR, il faudra le démontrer (3). Mieux vaut une combinaison EnR et nucléaire qui a fait la preuve de ses capacités. Il s’est développé partout dans le monde et est promis à un bel avenir. Certes, certains projets récents ont fait face à des surcoûts significatifs, mais les dépassements de budget sont liés au fait qu’on ne sait pas mutualiser les infrastructures et les compétences sur l’ensemble de la chaîne et qu’il existe des freins réglementaires sur le marché. Le nucléaire doit et peut mieux faire afin de convaincre les investisseurs.

Une époque enthousiasmante en termes d’innovations.

Par ailleurs, les perspectives sont plus ouvertes avec des réacteurs plus petits comme les SMR. Nous vivons une époque passionnante, sans doute la plus enthousiasmante en termes d’innovations nucléaires depuis les années 50. Car aux côtés des SMR, il existe un engouement pour les filières de la Génération 4, avec les réacteurs à sels fondus basés sur haute température, les réacteurs à neutrons rapides… Ce sont près de 70 pro-jets en cours… Cela nécessitera des cadres réglementaires pour déployer ces technologies et qu’elles soient couronnées de succès. Peut-être si j’ose une comparaison, faudrait-il arrêter de construire des aéroports, mais fabriquer les avions ! Des questions restent posées. Celle des déchets fait débat. Pourtant, ce n’est pas un problème. Nous avons les technologies de gestion sûres avec les solutions d’entreposage et le stockage géologique. Des pays comme la Finlande ouvrent la voie, et les autres suivront. Il faut faire taire les cri-tiques. Nous savons faire et le démontrerons.Au fil des ans, les Etats doivent adopter les bonnes politiques publiques et travailler avec les régulateurs qui évalueront avec les technologies et leur sûreté. Les nouvelles technologies ont le feu vert aux USA et vont se développer ailleurs dans le monde. Nous sommes à l’aube d’un nouvel âge d’or pour le nucléaire. C’est une étape importante, pas seulement pour les acteurs du nucléaire, mais bien au-delà pour préserver nos modes de vie, ga-rantir la prospérité et sauver l’environnement.

William MAGWOOD, Directeur de l’AEN, OCDE

Le bon mix énergétique pour l’avenir de l’Europe

Quel est le bon mix énergétique pour faire face aux mutations et à la crise ? Cette question dépend à l’évidence des objectifs poursuivis, en fonction desquels on peut tout envisager. Si la baisse de l’intensité carbone du mix constitue une réponse de principe partagée en Europe, elle est complétée par la Commission européenne par des objectifs renforcés d’accroissement des énergies renouvelables et de baisse de la consommation d’énergie1, préfigurant à terme un mix tout renouvelable assisté d’hydrogène vert pour assurer son backup, transitoirement complété par le nucléaire pour les Etats en disposant.Mais la corrélation étroite observée entre consommation d’énergie et production de richesse me conduit à dire que tout projet politique de baisse drastique et rapide de la consommation d’énergie, s’appuyant qui plus est sur une transformation univoque du mix de production énergétique ignorant les atouts et les complémentarités des mix régionaux, est assimilable à un pro-jet politique de paupérisation générale de la société. C’est une impasse dramatique si on a à cœur de promouvoir en Europe une croissance inclusive.

L’évolution du mix électrique face aux objectifs CO2

Partons d’un premier constat : les énergies fossiles posent d’insolubles problèmes d’émission de CO2 et sont en voie de raréfaction suffisamment abrupte en Europe pour qu’on tente de s’accorder sur l’objectif d’organiser leur mise à l’écart du mix aussi vite que possible. Pour ne pas lâcher nos objectifs de développement – aussi détachés de croissance matérielle soient-ils – il faut donc réaliser la conversion électrique sans rationnement de notre énergie pour le transport, le chauffage, la production. Sans perdre de vue l’immense défi que ce triplement de la fourniture électrique représente, définissons alors les qualités d’un tel mix : un suivi efficace du besoin, des émissions de gaz à effet de serre minimales, et un prix compétitif. On définit ainsi 3 catégories d’objectifs, comme autant de leviers de pilotage de notre politique énergétique : 1- qualité et garantie de fourniture, 2- émissions de CO2, 3- prix de l’électricité et de la tonne de carbone évitée. Pouvons-nous évaluer l’adéquation à ces objectifs de la politique énergétique mise en œuvre en Europe ? Tirons quelques enseignements des bilans Eurostat de l’évolution du mix de fourniture électrique et de ses émissions de CO2 au cours des 30 dernières années2.- Premier bilan : entre 1990 et 2004, avant les programmes de développement des énergies renouvelables, les émissions du secteur électrique ont baissé d’environ 1% par an, puis entre 2004 et 2017, elles ont de nouveau baissé d’environ 1% par an, et ce malgré le déploiement systémique de l’éolien et du solaire (EnRi). Pourquoi pas plus vite ? Parce que, pour l’essentiel, le nucléaire a augmenté sa fourniture de 200 TWh sur la première période, et l’a baissé de 200 TWh sur la deuxième. Premier enseignement : un bon mix est celui qui additionne le nucléaire aux EnRi plutôt que de soustraire le nucléaire aux EnRi.- Deuxième bilan : la consommation européenne d’électricité a augmenté de 13% entre 2000 et 2017, au même rythme que les moyens pilotables de fourniture d’électricité, et ce malgré le fort accroissement de la puissance EnRi, passée de 13 à 177 GW. Conclusion : la multiplication par 13 des EnRi s’est faite sans fermeture de capacité pilotable. Pire, la fermeture de près de 20 GW nucléaire sur la période a conduit à augmenter la puissance du parc fossile de plus de 50 GW, pour compenser le nucléaire manquant et assurer le backup des renouvelables. Deuxième enseignement : le développement des EnRi impose l’empilement d’un parc renouvelable par-dessus le parc fossile, dès lors qu’on se prive de nucléaire, option la plus éloignée d’une optimisation des investissements.

Réussir la conversion électrique des mix énergétiques à partir des atouts régionaux

La recherche d’un mix optimal doit tenir compte des réalités géographiques, politiques et historiques régionales. Ainsi en France métropolitaine, le besoin en EnRi est proche de zéro, si l’on considère la place du nucléaire et de l’hydraulique3. Tout au plus peut-on admettre une puissance EnRi capable de supprimer les quelques GW de charbon et de fioul installés. Et encore, on observe que les EnR intermittentes produisent souvent quand on n’en a pas besoin et rem-placent principalement du nucléaire et de l’hydraulique moins carbonés, plutôt que des fossiles qui restent indispensables à la pointe, le tout avec un rapport coût-bénéfice défavorable de 1400 € la tonne de CO2 évitée. Dans le cas de l’Allemagne4, on attend que les EnR remplacent du fossile de façon plus évidente qu’en France, mais les EnRi ont surtout remplacé du nucléaire, et même du gaz naturel tant que le prix du carbone restait bas et privilégiait le lignite. Puis grâce à l’augmentation du prix du quota carbone, elles ont contribué à la baisse des productions les plus carbonées, mais aussi du nucléaire, tout en favorisant l’émergence du gaz dans le mix, le tout pour un coût moyen du carbone évité de 1500 € tCO2, e t le kWh au ménage le plus cher d’Europe.

La sécurité des réseaux perturbée par trop d’EnR

Quel que soit le mix, il faut une base pilotable assurant la sécurité du réseau, élément essentiel pour la qualité et la garantie de fourniture. Or l’insertion des EnRi devient particulièrement épineuse au-delà de 30 à 40% de la fourniture. Ce point est crucial, car lié à notre capacité à assurer l’équilibre entre la production et la consommation, et à régler la fréquence et la tension sur notre réseau commun. Or, les incidents avec coupures en Allemagne et au Royaume-Uni, le seuil de black-out presque atteint en France en janvier 2017 et en Allemagne en juin 2019, ou encore les pénuries d’électricité en Australie du Sud et en Californie, indiquent à chaque fois que les EnRi sont pour tout ou partie la source du problème. Pour s’en prémunir, on ne dispose pas d’autre solution que d’effacer la production EnRi, ou de passer par le stockage de l’électricité intermittente et aléatoire. Mais on augmente alors considérablement le prix de fourniture !

Pourquoi stocker l’électricité intermittente quand on peut en produire à la demande avec le nucléaire ?

Les volumes à stocker sont gigantesques : le parc européen de production solaire de 132 GW est affecté d’une défaillance de mode commun tous les soirs et son amplitude saisonnière de fourniture varie du simple au quintuple ; et le parc éolien de 205 GW délivre régulièrement moins de 10% de sa capacité installée sur l’ensemble de la plaque européenne ! A titre de comparai-son, le modeste parc nucléaire de 118 GW a fourni près de 800 TWh décarbonés l’an dernier, toujours quand on en avait besoin, quand le parc solaire ne débitait que 100 TWh, 3 à 5 fois plus carbonés, dont une part significative n’avait rien d’autre à faire sur le réseau que de contribuer à ruiner le modèle économique des centrales pilotables, seules garantes de notre fourniture et de sa stabilité.

Organiser la coopération des mix nationaux grâce à la complémentarité des sources

S’agissant du stockage, nous avons certes l’hydraulique qu’il convient de privilégier à chaque fois que c’est possible, et qui constitue le parfait complément au nucléaire pour assurer le suivi de charge, voire fournir la base quand la nature a été généreuse comme chez nos amis scandinaves. Mal-heureusement le compte n’y est pas en Europe pour stocker l’équivalent de toute la fourniture électrique intermittente ! Cette remarque met néanmoins en lumière un point clé qui devrait inciter l’Union à organiser la coopération des mix nationaux, car les complémentarités géographiques sont puissantes, et les complémentarités technologiques ne le sont pas moins, de sorte qu’il est grand temps de permettre aux Etats membres, comme cela s’est construit entre le Danemark, la Suède et la Norvège qui mutualisent leurs ressources, de coopérer librement, à la carte et sans discrimination des sources, mais avec des drivers plus pertinents : le prix de l’électricité, la sécurité de fourniture et le coût du carbone évité.Mais force est de constater que le modèle allemand – conforté par la stratégie de l’Union – prépare la coopération étendue du gaz et des EnRi en Europe, de sorte que les objectifs de réduction du CO2n’ont aucune chance d’être atteints en 2030, et que l’avènement de l’hydrogène vert pour succéder au gaz naturel va accroitre d’un ordre de grandeur le prix de l’électricité. D’ici là on aura pu causer des dégâts profonds et peut-être irrémédiables pour plusieurs décennies au tissu socio-économique – voire institutionnel – européen et à son indépendance énergétique.

La crise nous impose un mix sûr et au coût minimum

Revenons-en finalement à la question : quel mix électrique, en particulier pour faire face à la crise sanitaire et économique ? En définitive, c’est le mix qui alimentera au mieux et en toutes circonstances nos hôpitaux, nos écoles, nos usines, nos foyers, nos moyens de transport :- au coût minimum pour aujourd’hui, tant est grand l’impératif de maitriser notre dé-pense énergétique pour pouvoir financer la santé et l’éducation, le sport et la culture, la police et la justice, la solidarité et le développement… impératif d’autant plus absolu que nos moyens collectifs diminuent, avec -8% pour le PIB européen en 2020.- au coût minimum pour demain, c’est-à-dire sans pénuries ni black-out, sans dérèglement climatique de nature à jeter nos sociétés hors du développement, sans obérer nos capacités d’investissement sans lesquelles nos systèmes électriques iront à la faillite, tout en produisant le maximum de valeur ajoutée sur le territoire européen. La période de confinement liée au COVID, qui a simulé un accroissement de 15 à 20% des EnRi sur la plaque européenne conduisant le prix de marché de l’électricité sous les 20 € du MWh, nous rappelle que seuls les producteurs sous perfusion de prix garantis peuvent durablement survivre dans un tel environnement, et que, sans évolution des objectifs politiques et des règles de marché, cela ne peut pas concourir à l’émergence du mix dont notre Europe a besoin.

Hervé FISCHER, Président d’EuroLorraine

Allemagne : réouvrir le débat Le nucléaire plutôt que les fossiles

Historienne allemande spécialiste de l’Europe de l’Est, Anna Veronika Wendland travaille sur les centrales nu-cléaires et la culture de sécurité. Figure de la lutte antinucléaire en Allemagne suite à Tchernobyl, elle est aujourd’hui proche des mouvements écologistes dits « éco-modernistes » qui défendent le nucléaire et les nouvelles technologies. En juillet dernier, elle a signé une tribune avec Rainer Moormann dans « die Zeit », appelant à une sortie des énergies fossiles avant celle du nucléaire.Avec 30% d’électricité d’origine nucléaire et le développement des EnR, l’Allemagne aurait pu atteindre ses objectifs climatiques. Mais après Fukushima, elle a décidé de se retirer progressivement du nucléaire et d’en sortir en 2022. Aujourd’hui, il reste 6 centrales en fonctionnement, ce qui représente 8000 MW, un peu plus de 10% de la production électrique (61 TWH). Avec le développement des EnR, l’Allemagne a rencontré des problèmes structurels dus à l’intermittence de la production électrique et au problème de stockage. Nous dépendons des conditions météo, et quand celles-ci sont défavorables, la production d’électricité à partir des EnR doit être complétée avec le nucléaire et le lignite. C’est un retour en arrière pour nos objectifs climatiques ! On dépense 30 milliards d’euros par an pour les EnR, un effort considérable pour peu de résultats1.

Un échec du nucléaire lié au discours dominant

C’est le sens de la critique que nous avons formulée avec Rainer Moorman. Nous demandons le retrait du lignite avant celui du nucléaire. Cette proposition rencontre beaucoup de résistance de la part des défenseurs des EnR qui ne réfléchissent pas à ce que pourrait être une union des sources décarbonées contre les fossiles. Les politiques sont sous influence des ONG. Le nucléaire allemand n’a pas échoué à cause de sa technologie, aussi bonne et respectée qu’ail-leurs, mais du discours dominant. Si on veut rouvrir une nouvelle perspective pour une complémentarité EnR/Nucléaire, alors il faut s’en prendre au discours anti-nucléaire2.En Ukraine, en République tchèque, en Pologne ou en Hongrie, les Etats ont décidé d’inclure le nucléaire dans leur mix mais ils sont sous la pression de l’Allemagne qui n’accepte pas leur choix… Pourtant, ils doivent décarboner leur énergie comme en Pologne où l’électricité est produite à 80% avec du charbon, et ils méritent notre soutien et notre aide.

L’Allemagne se débat dans ses contradictions

Elle ne réussira pas sa décarbonation car après la sortie nucléaire en 2022 et du charbon en 2038, elle dépendra du gaz naturel pour compenser l’intermittence des EnRI4. Ce n’est pas une solution de back up pour l’Allemagne qui se débat dans ses contradictions ! Quels sont les acteurs prêts à se mobiliser pour infléchir le Gouvernement et l’Union européenne ? Le débat est très toxique en Allemagne, et même si de nombreux groupes politiques, comme les Chrétiens démocrates, les Sociaux-démocrates, et même parfois les Verts, pensent qu’on ne peut pas continuer comme ça, aucun ne le dira publiquement, au risque de perdre son mandat5. Sauf peut-être les populistes de droite, pro-nucléaires, auxquels il est très difficile de mêler sa voix ! On n’a pas toutes ces controverses en Allemagne de l’Est, plus pragmatique, mais le discours est très dominé par l’Allemagne de l’Ouest, et le mouvement climatique est très influencé par l’approche verte traditionnaliste où le nucléaire reste tabou. VerbatimsJacques Laebens, Schneider Electric-Donc, d’après vous Anna, l’Allemagne échouera inévitablement sur l’objectif de décarbonisation ?

Stanislas Pommeret, GIFEN- Les pays nucléaires demandent à l’Union euro-péenne de laisser aux Etats membres le soin de choisir librement leur mix électrique. L’Allemagne ou l’Autriche ne devraient-elles pas être laissées à leurs propres choix énergétiques et l’Union européenne rester neutre ? Le débat sur la taxonomie n’est-il pas exemplaire du parti pris de l’Union ?

Serge Dauby, Forum nucléaire belge -Nous sommes victimes de la désinformation du lobby anti-nucléaire… Nous devons absolument agir ENSEMBLE (tout le secteur au niveau international) et le faire EN MEME TEMPS, dans chaque pays, et faire contre-pression à nos opposants !

Daniel Calvignac, consultant – A-t-on le bilan des échanges de puissance électrique entre la France et l’Allemagne ?Je rappelle qu’à l’heure actuelle, les fossiles contribuent à plus de 80% de la production mondiale d’électricité. La nouvelle tendance est à l’apologie de l’hydrogène… Mais s’il existe des centrales pilotes, personne ne veut investir dans les infrastructures de stockage qui seraient nécessaires pour pouvoir utiliser les excédents de l’éolien avec l’électrolyse et la méthanisation pour la production d’hydrogène. Face au problème économique, le Gouvernement allemand fait appel aux subsides, mais avec la crise, il devrait reconsidérer le rôle des centrales nucléaires.

Anna Veronika WENDLAND,Historienne, chercheuse à l’Institut Herder

Le renouvellement du parc nucléaire européen

Le socle d’une économie décarbonée

Prolonger la durée de vie des centrales et investir dans de nouveaux projets

Des analyses neutres, parmi les plus auto-risées du secteur de l’énergie, confirment que la technologie nucléaire offre la par-faite complémentarité dont le renouvelable a besoin pour la réussite de notre transition énergétique. Or, avec le « Green Deal »,la Commission européenne propose de devenir le premier continent sans empreinte carbone avec 80% d’EnR et 15% de nucléaire en 2050, 100% d’EnR en 2100. « Cette projection doit nous alerter » nous dit Bernard Dereeper, le président du Forum Nucléaire en Belgique, « car elle pousse les Etats à transformer le secteur pour l’adapter à un paysage énergétique de demain qui pose beaucoup de questions ». Il y a deux dimensions contradictoires quand on parle du nucléaire. Les États pronucléaires mettent en avant le côté décarboné de cette énergie et ceux qui s’y opposent mettent en avant la gestion des déchets et les risques. Ces arguments sont utilisés pour faire pression pour arrêter la filière, alors que celle-ci se mobilise et innove pour dépasser les faiblesses et la mauvaise perception publique du nucléaire. Nous disposons d’industriels et de technologies de pointe pour trai-ter de ces questions ; ainsi, concernant les déchets hautement radioactifs, il faut citer le projet MYRRHA qui étudiera des options innovantes pour leur traitement. La Commission européenne a inscrit ce projet sur la liste des grands projets de recherche les plus importants d’Europe.

Garantir l’accès à l’électricité 7jours/7, 24heures/24

Comment garantir l’accès 24h/24 et 7j/7 à une source d’électricité décarbonée aux industries de l’Union européenne ?C’est un atout particulièrement important du nucléaire que la Commission européenne elle-même reconnaît dans sa vision à long terme « Planète propre pour tous ». Il faut donc continuer à investir dans le maintien du parc existant et dans la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. La prolongation de la durée de vie des centrales à 60 ans devient la référence internationale, et aux États-Unis, deux unités ont obtenu une licence d’exploi-tation pour 80 ans. Qu’en est-il en Europe ?Cet allongement de la durée de noscentrales doit s’accompagner des investis-sements dans les innovations et les nouvelles technologies, comme les petits réacteurs modulaires (SMR). Ces réacteurs de petite et moyenne taille permettent un investissement plus incrémental, disposant de fonctionna-lités intégrées pour répondre aux normes de sécurité les plus strictes. D’autres technologies innovantes, offrant une meilleure intégration dans le mix de production d’énergie et prenant en compte la problématique des déchets, seront plus facilement adap-tables à une large gamme d’applications industrielles, comme l’hydrogène, le chauffage urbain, etc. Prouvons-le et investissons pour que cela ne reste pas des chiffres, des projections, des messages marketing !

Une situation belge incertaine qui pénalise toute la filière nucléaire

Le Gouvernement a confirmé la sortie du nu-cléaire inscrite dans la loi de 2003 pour 2025. En fonction des solutions alternatives mises en œuvre, il réévaluera fin novembre 2021 les impacts sur la sécurité d’approvisionnement et sur le prix d’électricité. Il prendra des me-sures en conséquence, comme l’ajustement du calendrier légal pour garder une capa-cité nucléaire pouvant aller jusqu’à 2 GW, correspondant à deux tranches nucléaires de notre flotte. Mais cette incertitude péna-lise l’opérateur qui explique que l’agenda politique ne correspond pas à l’agenda industriel. Si la décision n’est pas prise maintenant, une prolongation en 2025, si elle devait s’avérer nécessaire, serait très compliquée à mettre en œuvre, voire se révéler impossible. Or, la Belgique ne dispose pas de gisements renouvelables pouvant couvrir l’ensemble de ses besoins. En sortant du nucléaire, ce qui implique le remplacement de 6GW (50% de la production d’électricité de notre pays), le pays sera face à un défi majeur pour ré-pondre aux objectifs de neutralité carbone. Ce n’est pas en investissant massivement dans le gaz, émettant 40 fois davantage de CO2 que le nucléaire, que la Belgique répondra à ses objectifs climatiques sur le long terme. C’est une décision politique d’autant plus regrettable que nous dispo-sons en Belgique d’une industrie nucléaire de pointe forte de 60 ans d’expérience et que de plus en plus d’États membres de l’UE, y compris des pays sans historique nucléaire comme l’Estonie, affirme une ambition nucléaire et annoncent des investissements dans des projets. Nous avons besoin de projets ambitieux sur le sol européen et davantage de fonds européens alloués à la recherche et l’innovation. En nous mobilisant autour de projets industriels européens, rassemblant les meilleures compétences, nous démontrerons alors à ses détracteurs que le nouveau nucléaire non seulement répond aux objectifs de la transition énergétique et aux besoins croissants d’une électricité décarbonée mais qu’il sera le meilleur garant du million d’emplois que représente la filière en Europe.

Bernard DEREEPER, Président du Forum Nucléaire Belge

CfD et RAB :des mécanismesde financement au Royaume Uni

Au Royaume-Uni, deux réacteurs EPR sont actuellement en construction à Hinkley Point C (Somerset), deux autres EPR sont envisagés à Sizewell (Sussex), et des réacteurs chinois HPR1000 (aussi dits « Hualong-1 ») sont en cours de certification par l’autorité de sûreté nucléaire britannique.A Hinkley Point C : pour ne pas exposer le contribuable aux risques de dépasse-ment du budget de construction, le gouvernement a opté pour un mécanisme de complément de rémunération appelé« Contract for difference » (CfD). Pendant 35 ans, l’électricité produite par Hinkley Point C sera vendue à 92,5 £/MWh (ramené à 89,5 £/MWh si le projet de Sizewell se concrétise), quel que soit le prix du marché. A Sizewell : un autre mécanisme, « Regulated Asset Based » (RAB, « base d’actifs régulée ») est conçu pour financer les infrastructures en partageant certains risques avec la collectivité, ce qui permettrait de réduire les taux d’emprunt et donc le prix de l’électricité produite. Dans ce modèle, la rémunération des investisseurs est étalée sur toute la durée de vie du projet (croissant depuis le début de la construction, puis décroissant à partir de la mise en service, en suivant l’amortissement de la centrale)

Un choix nucléaire au service de tous les Tchèques

La République tchèque est un pays encla-vé au cœur de l’Europe : ensoleillement insuffisant, pas de potentiel éolien offshore, pas de gisements de gaz ou de pétrole. Nos seules sources de production d’énergie à faible émission de carbone consistent en une capacité hydroélectrique limitée et des centrales nucléaires : 4 unités à la centrale nucléaire de Dukovany (4 x 500 MW) et2 unités à la centrale nucléaire de Temelín (2 x 1 000 MW). Notre mix énergétique est largement basé sur le charbon (45-50%). Pour respecter notre engagement en faveur d’une Union européenne climatiquement neutre d’ici 2050, nous devrons remplacer nos centrales électriques fossiles et renouveler nos centrales nucléaires vieillissantes, ce qui représentent une production de plus de 40% de la consommation du pays. L’investissement dans des sources renouvelables et dans les économies d’énergie représenterait 25 milliards d’euros et nous priverait de notre capacité d’exportation d’électricité. Pire, nous devrions multiplier par deux les importations de gaz pour l’approvisionnement en chaleur des centrales de cogénération, au détriment de notre sécurité énergétique et de nos obligations internationales. Parailleurs, selon le GRT tchèque, nos obligations de stabilité du réseau de transport selon l’indicateur LOLE seront violées plus de 20 fois. Sans parler des risques d’instabilité sociale que cette situation provoquerait. Ainsi la République tchèque n’a pas d’autre alternative que de promouvoir la production nucléaire avec de nouvelles constructions, conformément aux objectifs du traité Euratom. Le gouvernement – qui prévoit l’extension de la durée de vie des unités existantes à 60 ans sur le site de Temelín et s’intéresse aux petits réacteurs modulaires pour une utilisation potentielle dans la pro-chaine décennie – a donc décidé de sou-tenir la construction d’un nouveau réacteur de 1200 MWe dans la centrale de Dukovany Des mécanismes de soutien pour accompagner la construction du réacteur. La première partie du mécanisme de sou-tien concerne l’intervention de l’Etat. Une aide à l’investissement couvrant 70% du total des besoins en capital du projet évalué à 5,8 milliards d’€ aura lieu sous la forme d’un prêt public à « Elektrárna Dukovany II », remboursable sans intérêt pendant la période de développement et de construction, et à un taux anticipé de 2% par an après la mise en service de la centrale. Les 30% restant seront financés par des fonds propres de CEZ, la société tchèque d’électricité, en tant qu’investisseur en actions via sa filiale.La seconde partie concerne le mécanisme d’assistance financière pré-notifié, faisant référence au contrat d’achat d’électricité, également appelé contrat de prélève-ment. Celui-ci prendra la forme d’un PPA1entre Elektrárna Dukovany et une personne morale appartenant à 100% à l’État. La troisième partie concerne deux types de contrats à signer entre l’Etat et CEZ et sa filiale Dukovany II : un accord-cadre énonçant les principes et les objectifs de la coopération et un contrat de mise en œuvre, établissant les obligations juridiquement contraignantes pour la première étape du projet (acquisition du permis de construire et achèvement de la procédure d’appel d’offres pour la sélection du fournisseur). Considérer les véritables coûts des sources et leur offrir les mêmes conditions sur le marché Il est bien connu qu’en raison des défail-lances du marché et de la disponibilité des capitaux, la plus grande part des coûts du nucléaire concerne le financement des centrales qui représente jusqu’à 60%. C’est la raison de l’intervention de l’État, l’approche PPA nous semblant être une solution plus appropriée et plus simple que les approches CfD ou RAB2. Il n’y a aucune raison pour que la Commission s’oppose à notre choix. En effet, l’Union européenne soutient les énergies renouvelables, alors pourquoi pas le nucléaire ?Avoir une part significative d’énergies renouvelables dans le système électrique augmente considérablement les besoins de services auxiliaires dont les coûts seront payés par tous les consommateurs – ménages et industrie. Ainsi, la République tchèque et la Pologne ont dû installer des déphaseurs sur es interconnexions avec l’Allemagne afin de pouvoir assurer la stabilité et la sécurité des réseaux dans leur propre pays. La République tchèque ne peut pas se permettre un prix de l’électricité aussi élevé pour les utilisateurs finaux qu’en Allemagne. La réglementation du marché européen doit être modifiée et offrir les mêmes conditions de concurrence pour toutes les sources décarbonées. Le critère le plus important ne devrait pas être les coûts de construction de la centrale, mais les coûts finaux pour les utilisateurs finaux, intégrant toutes les subventions et taxes spéciales, les services auxiliaires servant à éliminer l’instabilité des systèmes de transport et de distribution. Selon les données fournies dans les plans nationaux intégrés pour le climat et l’énergie, et au moment où tous les États membres s’efforcent d’obtenir des réductions d’émission de gaz à effet de serre ambitieuses, il n’y a aucune certitude pour que la sécurité énergétique soit assurée par le marché intérieur, le système d’interconnexion et le mécanisme de solidarité. Il est urgent de sortir des postures idéologiques et de reconsidérer la place de l’énergie nucléaire qui est la clé de la décarbonisation, couvrant d’ores et déjà plus de 50% de l’approvisionnement en électricité à faible émission de carbone dans l’Union européenne…

Jaroslav MIL, Commissaire du gouvernement tchèque pour l’énergie nucléaire

VERBATIM :

Hervé Fischer

Les marchés de l’électricité, spot ou à terme, sont incapables de fournir un prix de long terme vers lequel faire converger les projets d’investissements dans la fourniture d’électricité. Les mécanismes d’appel d’offre à enchères pour l’éolien offshore en particulier sont une réponse des autorités publiques pour tenter de bâtir un marché et un prix de long terme, et au vu de la baisse spectaculaire des prix proposés par les compétiteurs, cela est efficace et montre que le pilotage par l’autorité publique (ou même un pool d’investisseurs privés) d’un prix de long terme, à l’image de ce que le CfD anglais et le Mankala Finlandais dans le nucléaire permettent, aurait intérêt à devenir une règle commune

Industrie, économie, climat : Un tryptique gagnant avec le nucléaire

Le GIFEN, créé il y a deux ans, regroupe les industriels français de la filière nucléaire. C’est un syndicat à la maille nationale qui rassemble les donneurs d’ordre et les entreprises fournisseurs, pour toujours plus d’excellence et de services.Le renouvellement du parc représente un formidable enjeu pour l’avenir de la filière,et trois atouts majeurs pour l’industrie,l’économie et le climat.

Un atout pour l’industrie :

le nucléaire est la troisième filière industrielle en France après l’aéronautique et l’automobile avec 220 000 emplois et 3200 entreprises. Elle joue un rôle d’interface avec d’autres filières qui, comme l’ingénierie ou la métallurgie, consacrent 20% de leurs activités au secteur nucléaire. Chaque filière bénéficie des technologies des autres filières.

Un atout pour l’économie :

le secteur est très compétitif. Les gros consommateurs d’électricité, dans la sidérurgie ou l’aluminium, réclament des prix bas d’électricité qui est souvent leur plus grosse dépense. Il as-sure une indépendance et une souveraineté électrique à notre pays et le rend plus fort à l’export1. Par ailleurs, pendant le premier confinement, il a fait preuve, comme aux USA, d’une forte résilience en France : l’électricité nucléaire était présente en continu et a répondu aux besoins. Elle n’a jamais fait défaut malgré les mesures sanitaires.

Un atout pour le climat :

les industriels de la filière savent que le nucléaire ne produit pas de CO2. Ils portent cet argument avec fierté, dans un contexte où il est plus difficile qu’il y a vingt ans de convaincre. Le nucléaire ne fait plus consensus et le manque d’information est un vrai problème : 70% des Français pensent que le nucléaire contribue aux émissions de gaz à effet de serre ! Le GIFEN entend participer à l’éducation du public, et nous préparons un dossier pour le Gouvernement sur tous les aspects de compétences, d’innovation, du numérique prouvant que la filière est prête pour le futur parc d’EPR. Nous espérons ainsi contribuer à la prise de décision qui est nécessaire et devient urgente.En effet, avec l’électrification de nos modes de vie et de production, le nucléaire relève plus que jamais de l’intérêt général. Nous devrons produire beaucoup plus d’électricité décarbonée au risque de polluer de plus en plus2, D’ores et déjà, on a noué des liens avec les associations qui traitent de l’hydrogène… et il ne fait pas de doute que la voiture, le numérique, le bâtiment les réseaux de chaleur deviennent des alliés pour promouvoir une industrie et une économie décarbonées.

Cécile ARBOUILLE, Déléguée générale du GIFEN

Anna Veronika Wendland :

La presse allemande continue d’écrire sur les « dinosaures » et les « éléphants » concernant les centrales nucléaires qui seraient trop lentes et trop rigides pour fournir une sauvegarde aux renouvelables », ce qui n’est pas vrai. Ainsi, pendant la crise du Covid, le nucléaire s’est avéré l’industrie la plus résiliente en Allemagne. Des tests et des contrôles sophistiqués ont été effectués en quelques jours, et 1 500 travailleurs sous-traitants ont été mobilisés lors d’une interruption de maintenance « extensible »de 6 semaines sans un cas de Covid.

Le parc nucléaire français, le deuxième le plus important du monde derrière celui des Etats-Unis

• Avec ses 56 réacteurs répartis sur 18 sites, il offre une capacité installée de près de 61,4 GW.

• En 2019, il a produit 379,5 TWh, soit 70,6% de la production d’électricité en France métropolitaine. Une des particularités du parc est sa standardisation : tous les réacteurs nucléaires actuellement en fonctionnement sont des réacteurs à eau pressurisée.

• 6g CO2/Kwh, c’est les émissions du nucléaire dans l’atmosphère ; contre 14,1 pour l’éolien sur terre, 15,6 pour l’éolien en mer ; pour le photovoltaïque ; 443 pour le gaz ; 778 pour le pétrole ; 1050 pour le charbon.

• EDF envisage de prolonger la durée d’exploitation de ses réacteurs jusqu’à 50 ou 60 ans dans le cadre du « grand carénage ».

• Deux réacteurs ont été arrêtés en février et juin 2020 à Fessenheim (14 réacteurs ont déjà été arrêtés dans le passé).

• Le premier EPR en France est en cours de construction à Flamanville et EDF espère pouvoir lancer la construction de six nouveaux EPR pour renouveler les 14 réacteurs qui devraient fermer d’ici 2035.

• La loi n° 2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat prévoit de réduire cette part du nucléaire à 50% en 2035.

• Cette réduction aurait un impact sur les 3200 entreprises du secteur qui représente actuellement 220 000 travailleurs (Emplois directs et indirects).

Le Grand Carénage en France

Engagé depuis 2014 par EDF, le Grand Carénage est un programme industriel de rénovation et de modernisation des centrales nucléaires existantes selon trois catégories d’activités : rénover ou remplacer les gros composants arrivant en fin de vie technique ; réaliser les modifications nécessaires à l’amélioration de la sûreté ;assurer la pérennité de la qualification des matériels après 40 ans. Le programme repose sur la coopération et rassemble toutes les entreprises partenaires.Le coût réévalué à 49,44 milliards d‘euros. Estimé en 2015 à 55 milliards d’euros, le coût a été optimisé en 2018 à 45 milliards d’euros soit 48,2 milliards d’euros courants, et réévalué aujourd’hui à 49,4 milliards d’euros courants. Cette estimation intègre la révision de la durée prévisionnelle de réalisation des arrêts programmés pour maintenance (visites décennales et visites partielles), tirant le retour d’expérience des années précédentes, ainsi que les impacts de la crise sanitaire sur la période 2020-2022.

Un programme bien avancé

24 visites décennales ont été réalisées sur les réacteurs 900 MW, 1300 MW et 1450 MW. 52 diesels d’ultime secours ont été mis en exploitation sur 56.

Plans de relance et taxonomie : le financement des investissements nucléaires

Le rôle de levier des soutiens publics

Dans son article, Vakis Ramany présente la stratégie d’EDF et son ambition de contribuer au développement du nucléaire en France et en Europe, absolument nécessaire en complément des énergies renouvelables si nous voulons atteindre nos objectifs de neutralité carbone. Il souligne les enjeux du financement.Dans l’attente de l’avènement des SMR, il nous faut investir dans la construction de réacteurs de puissance pour des périodes de 5 à 10 ans. Cela représente un très haut niveau d’investissement en capital en dé-but de projet, mais une fois que la centrale est construite, ce sont des actifs de plus de 60 ans (peut-être 80 si on arrive encore à étendre sa durée de vie), représentant un faible niveau de coût d’exploitation, prédictible, une stabilité et une fiabilité des coûts de production. Tels sont les principales caractéristiques du nucléaire. Les enjeux portent donc évidemment sur le financement du projet dans sa phase de préparation et de construction et du risque associé. Comment attirer de l’argent et le investisseurs ? Stabilité de l’environnement, visibilité à long terme et allocation des risques : la logique des investisseurs repose sur trois grands piliers.

La stabilité de l’environnement.

Elle relève du régalien, de la responsabilité du gouvernement et de ses agences pour créer un environnement qui ne crée pas de surprise sur le long terme avec une vision sur le mix énergétique et une politique énergétique stable qui donne confiance.Inscrire le nucléaire dans la taxonomie1 est un sujet absolument clé pour afficher le rôle du nucléaire dans les objectifs de neutra-lité carbone, donner cette confiance et ce sentiment de stabilité sur le long terme.

La visibilité sur le long terme.

Elle doit aider les investisseurs à calculer un cash-flow sur l’ensemble de la durée de vie de l’actif. Il faut pouvoir faire de bonnes prévisions, non seulement sur les coûts d’exploitation mais aussi sur les coûts de construction. Cela nécessite de l’expérience (EDF a plus de 2 000 années-réacteurs d’expérience ! ),d’avoir des opérateurs/promoteurs qui sachent évaluer le coût de développement et de construction de manière fiable, ce qui relève de la responsabilité des promoteurs de technologies et des industriels. Pour ce qui est de la visibilité sur les revenus, le gouvernement doit s’impliquer (2). Plusieurs approches peuvent être envisagées : EDF a expérimenté le « contrat pour différence » (CfD) au Royaume-Uni avec le projet d’Hink-ley Point C. Aujourd’hui nous encourageons le gouvernement britannique à regarder un modèle qui s’appelle le « Regulated Asset Base » (base d’actifs régulés), qui permet de rémunérer correctement l’investissement qui aura été effectué avec un niveau de risque raisonnable et équitable et ce, grâce à une intervention du gouvernement de manière régulée pour contribuer à donner de la visibilité sur les revenus (3) . Dernier aspect sur la visibilité : le financement du projet lui-même. Il faut pouvoir anticiper son coût. Les gouvernements ont de ce point de vue un énorme levier entre leur main pour le faire baisser mécaniquement. Il faut avoir en tête que le financement peut représenter plus de 20% du coût total d’un projet de cette nature compte tenu de sa durée. La réduction des risques et leur bonne allocation. Elle permet aux investisseurs de réduire leurs coûts d’investissement ou leurs primes de risque. La réduction du risque repose sur la jambe industrielle, c’est-à-dire une technologie éprouvée. EDF fait la promotion de l’EPR en Europe, c’est une technologie éprouvée qui fonctionne à Taishan en Chine, sera mise en service à Flamanville en France et à Olkiluoto en Fin-lande. Si l’EPR a pu rencontrer certaines difficultés pour les premiers de série, aujourd’hui c’est toute la chaîne industrielle associée qui est en train de s’organiser. C’est une chaîne européenne, ce qui vient réduire considérablement le risque industriel.Développer une flotte d’EPR prenant appui sur une chaîne industrielle européenne La Chine affiche aujourd’hui des performances extraordinaires, mais il n’y a pas de miracles : ils ont su développer – avec l’appui d’EDF – une série de projets sur les 30 dernières années. On doit avoir cette même ambition pour l’Europe : développer une flotte européenne d’EPR qui pourra s’appuyer sur l’expérience d’une chaîne industrielle euro-péenne, ce qui lui permettra de prévoir ses investissements et contribuera par ailleurs à réduire leurs coûts. Les projets existent, après Flamanville et Olkiluoto, il y a Hinkley Point Cet Sizewell C au Royaume-Uni, un EPR de moyenne puissance en République tchèque, les projets en Pologne, et on l’espère, le pro-gramme aux Pays bas et le programme français d’un parc de six EPR. Celui-ci est en cours d’instruction. EDF doit remettre à la de-mande du gouvernement un dossier pour mi-2021. C’est un programme de 3 paires d’EPR et nous anticipons qu’une telle déci-sion pourrait être prise après les élections présidentielles de 2022. Nous nous mettons en ordre de marche et nous organisons pour répondre à un tel programme en suivant le processus démocratique qui donne la voix à tous. Nous sommes très confiants quant à notre capacité à proposer un programme qui fait sens d’un point de vue industriel, qui fait sens d’un point de vue économique et aussi d’un point de vue sociétal et quipermettra de répondre à tous ces enjeux.

Vakisasai RAMANY, Vice-président principal, Ingénierie et Nouveaux projets nucléaires, Développement EDF

Donner les bons signaux aux investisseurs

L’Europe va faire face d’ici 2050 à des besoins d’investissements massifs pour décarboner son économie, et ce, même avec une demande en électricité en faiblecroissance1. – Investissements massifs pour accroitre la production d’électricité renouvelables et renouveler les premiers parcs éoliens et les capacités photovoltaïques.- Extension de la durée de vie des centrales nucléaires, qui représentent toujours la technologie qui produit le plus d’électricité bas carbone en Europe- Investissement dans du nouveau nucléaire dans les pays qui souhaitent maintenir l’option ou la développer (RU, Finlande, France, République tchèque, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Pays Bas)- Investissement dans des centrales fos-siles (gaz) pour remplacer le charbon ou le nucléaire dans certains pays. Ce qui rappelons-le, n’est pas compatible avec les objectifs climat de neutralité carbone.- Investissement dans les moyens destockage y compris pompage-turbinage, batteries, etc.- Investissement dans les réseaux électriques (400 milliards d’Euros jusqu’en 2030)- Investissement dans la filière hydrogène (car décarboner la production électrique ne sera pas suffisant). et donc produire de l’hydrogène sans émission de CO2.Aujourd’hui avec des prix de marché tirés vers le bas, les électriciens (et notamment les entreprises privées) n’ont pas les capacités financières de financer une large part de ces investissements. Des soutiens publics seront nécessaires, avec des garanties d’Etat, des montages financiers avec partage de risques entre le public et leprivé, ou même des subventions via des prix garantis, etc. Inclure toute l’électricité décarbonée dans la taxonomie et les plans de relance. La question des technologies éligibles à des financements publics est essentielle pour attirer les investisseurs et c’est tout l’enjeu de la taxonomie. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, nous avons besoin de toutes les technologies bas-carbone et nous ne pouvons pas nous payer le luxe de nous passer de l’une ou de l’autre. Les Etats et l’Union européenne ont décidé des plans de relance avec un horizon 2030 et des objectifs zéro carbone en 2050, et il serait intéressant que le nucléaire bénéficie de financements pour les investissements dans l’extension de la durée de vie des centrales existantes et dans le nouveau nucléaire.Malheureusement, concernant le nucléaire, il est frappant de voir que trop souvent les considérations politiques priment sur les don-nées scientifiques, ce qui malheureusement pourrait avoir un impact négatif sur la décarbonation de nos systèmes énergétiques. Des investissements gagnants-gagnants pour le nucléaire, le climat et l’Europe. Pourtant, la prolongation des centrales nucléaires amorties, LTO, permettrait une production d’électricité nucléaire bon marché, et ce pour 20 ans. Cette solution, facile et rapide à mettre en œuvre, aurait des impacts bénéfiques sur l’emploi et l’industrie (supply chain), et serait une économie dans de nouveaux moyens de production renouvelables, chères et intermittentes.Par ailleurs, l’Europe n’est pas compétitive dans le secteur des technologies photo-voltaïques et des batteries, contrairement au secteur nucléaire qui lui assure des retombées économiques importantes. Les investissements dans le nouveau nucléaire et les réacteurs de génération 3 (EPR et SMR), dans la R&D et l’innovation concernant les matériaux, les techniques de construc-tion, le digital, l’expertise, etc., et dans la génération 4, lui permettront de rester compétitive vis-à-vis d’autres pays. Enfin, l’électricité nucléaire dont les facteurs de charge sont plus élevés qu’avec des technologies intermittentes est une source stable pour la production d’hydrogène bas carbone. Des investissements gagnants-gagnants pour le nucléaire, le climat et l’Europe.

Henri PAILLERE, Chef de la Section, Planification et des études économiques AIEA

Pays-Bas : La sûreté nucléaire face aux risques du gaz

es Pays-Bas débattent d’un projet de 3 à 10 centrales nucléaires, et ce dans un climat non conflictuel nous dit Bart Groothuis. Une situation moins paradoxale qu’il n’y paraît ! Les Pays-Bas ont trouvé les plus gros champs gaziers en 1995, ce qui leur a permis de connecter 98% des foyers au gaz pour le chauffage des bâtiments résidentiels. Mais depuis quelques années, les tremblements de terre, liés à l’extraction du gaz, inquiètent la population, et le gouvernement a décidé d’y mettre un terme dès 20221. C’est dans cette nouvelle situation qu’il vient de publier sa feuille de route pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 et modifier le mix électrique dominé par les énergies fossiles avec une part de gaz de 51 % et 29 %de charbon. Pourquoi le nucléaire ? Les Pays-Bas sont un petit pays de 18 millions d’habitants qui tient à son indépendance et sa souveraineté de choix. Les réserves de gaz en mers du Nord, norvégiennes et britanniques, s’épuisent progressivement2.Les Pays-Bas ne veulent pas dépendre des importations de gaz, qu’il vienne du Quatar, des Etats-Unis, ou de Russie (même via l’Allemagne !). Concernant les renouvelables, si leurs prix ont beaucoup baissé, le développement de l’éolien dans notre pays « mangerait » tout notre horizon, et le solaire n’est sans doute pas le plus approprié à un pays du Nord comme le nôtre.La décarbonation nous a amenés au choix du nucléaire, conforté par les déclarations du GIEC et de l’AIEA qui affirment que nous n’atteindrons pas nos objectifs si on exclut le nucléaire. Et il faut ajouter que face aux risques du gaz, le nucléaire est sûr. Aujourd’hui les Pays-Bas ne comptent plus qu’une centrale nucléaire de 500 WH, à Borssele en Zélande, qui devrait arriver en fin de vie en 2033. Une étude favorable3 vient appuyer la stratégie du parti de Gouvernement pour la construction de 3 à 10 réacteurs.Un choix qui rassemble. Cette proposition portée par les Chrétiens-démocrates, est soutenue par les Sociaux-dé-mocrates et même les Verts ne s’y opposent pas. Elle commence à faire consensus dans la population, avec 54% d’avis favorable, un pourcentage qui pourrait se renforcer grâce à l’implication de nos scientifiques et leurs ar-guments éprouvés. Certes, le nucléaire reste cher. Le gouvernement se dit prêt à soutenir les investissements et même à favoriser le nucléaire à l’export. Au niveau européen, les députés européens néerlandais ont signé la pétition pour que le nucléaire soit inclus dans la taxonomie4 car nous avons besoin d’un cadre réglementaire qui favorise les investissements ou les garantisse. Il est urgent de prendre les bonnes décisions car la tempête est devant nous !

Bart GROOTHUIS, Député européen – Pays-Bas

VERBATIM :

Pierre Audigier, SLC (Sauvons Le Climat)

Quelle sera l’évolu-tion du facteur de charge du nouveaunucléaire en France – et de ce qui restera du parc actuel – dans la perspective du développement des sources intermittentes que l’on sait ? N’est-ce pas principale-ment au nucléaire qu’il appartiendra de « faire de la place » aux intermittentes ? Ce faisant, le facteur de charge du nucléaire ne peut qu’en pâtir, compromettant ainsi son bilan économique et, partant, son attractivité pour des financiers extérieurs.

Isabelle Leboucher, EDF

Ce point struc-turant est abordé en prenant en compte les rôles et responsabilités des acteurs du projet à savoir : – pour le porteur de projet, c’est un risque donc il doit être protégé par la régulation. – Pour la collectivité, le « risque Ku » est un sujet de politique du mix électrique et non lié à tel ou tel de ses composants, et encore moins au moyen pilotable concerné, il justifie qu’il soit porté par le gestionnaire du système électrique qui a la vision complète des enjeux de son mix, et par la collectivité via la régulation.

La fermeture du cycle : des solutions adaptées à chaque pays, à chaque technologie, à chaque étape

Dans un contexte où l’instruction de la décla-ration d’utilité publique du projet Cigeo a com-mencé, Pierre-Marie Abadie, le directeur de l’Andra, l’agence natio-nale pour la gestion des déchets radioactifs en France, a souhai-té faire passer trois messages essentiels à faire valoir dans le débat sur la taxonomie1.

Une maturité scientifique reconnue

Le stockage est un projet technique ma-ture reconnu en France dans le cadre duPNGMDR, le plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs, et à l’international. Le débat est devenu éthique et socio-politique. Le constat de maturité s’appuie sur 30 années de recherche dans le laboratoire de Bure, sur l’évaluation de revues scientifiques internationales, et des instruc-tions de l’Institut de Radioprotection et de Sû-reté Nucléaire (IRSN), et de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) sur le dossier Sûreté, un préa-lable à la demande d’autorisation à l’ouver-ture du centre. Nous ne sommes pas seuls. La Suède et la Finlande vont ouvrir un centre de stockage, et au sein de l’AIEA et de l’AEN, de nombreux pays relancent des projets en s’ins-pirant des expériences et des connaissances des pays qui sont bien avancés2…

Un projet progressif sur 120 ans

La maturité n’épuise pas toutes les ques-tions. Il reste des choses à faire et pour long-temps : c’est un projet progressif sur 120 ans. La progression de la construction se dérou-lera en parallèle de son exploitation : une première phase pilote sera menée dans les années 2030/2040 avec l’ouverture de 4 al-véoles pour les déchets de moyenne activi-té et d’un petit quartier pilote pour les HAVL, les déchets à haute activité et à vie longue. A la fin des années 2050, on aura rempli le quartier pour les déchets de moyenne acti-vité sans rien rajouter pour les HAVL. C’est en 2080 qu’on commencera à déployer des quartiers industriels pour les HAVL, et au bout de 140 ans, on finira la construction et l’exploitation du stockage.

Un projet adaptable dans le temps à toutes les évolutions

C’est cette progressivité qui permet une flexibilité, à la base même de la réversibilité du projet, et une adaptabilité à toutes les évolutions scientifiques et techniques de la gestion et aux retours d’expériences, mais aussi aux évolutions des politiques éner-gétiques elles-mêmes ou des innovations technologiques : retraitement du combus-tible usé ou non, Génération 4 ou pas… On a tout un volet d’études qui montre que le projet CIGEO sait s’adapter à toutes les évo-lutions, celles du cycle nucléaire, à la durée de vie des centrales, au choix de politique énergétique et qui pourraient avoir un im-pact sur l’inventaire des déchets (de réfé-rence et de réserves) qui seront réellement stockés dans l’installation. Les études seront jointes au dépôt de la demande d’autori-sation de création du centre (DAC)…Toutes les options seront prises en compte et on va en faire la démonstration.

Ne rien faire ? La pire solution dans un contexte incertain

Dans un contexte d’instabilité géopolitique et climatique, de crise sanitaire et économique et d’incertitudes sur l’avenir du nucléaire lui-même, faut-il ne rien faire ou engager CIGEO ?Ne rien faire signifierait une perte de com-pétences, casser la dynamique des 30 der-nières années et s’exposer aux risques dans des sociétés plus chaotiques.Engager CIGEO sera au contraire prendre une forme d’assurance sans préempter l’avenir et agir en responsabilité. Les déchets sont déjà produits, il faut les traiter sansLa fermeture du cycle : des solutions adaptées à chaque pays, à chaque technologie, à chaque étape fermer l’avenir à d’autres solutions scienti-fiques et techniques. Quel que soit l’avenir du nucléaire, la ges-tion des déchets évoluera avec l’évolution des décisions, des progrès techniques, des retours d’expériences. Il ne s’agit pas d’un chèque en blanc. L’ouverture de CIGEO fera l’objet de concertation tout au long du projet : des rendez-vous techniques réguliers avec l’ASN, et des rendez-vous plus politiques avec la société.

Pierre-Marie ABADIE Directeur général de l’ANDRA

VERBATIMS :

Georges Sapy, SLC (Sauvons Le Climat)

Certains ministres en France mettent en balance de façon inepte et folle le risque majeur pour l’hu-manité du réchauffement climatique et le risque infinitésimal de déchets nucléaires rigoureusement traités enfouis à 500 m de profondeur qui ne tueront jamais per-sonne. Comment peut-on être aveugle à ce point ?

Jean-Louis Tison, SFEN

Je suis d’accord avec l’Andra pour dire que la technolo-gie est mature. En revanche il faut donner du temps pour préciser le projet, en lien avec le futur du nucléaire en France, en lien aussi avec l’évolution de l’Europe. Donc ne pas se précipiter en lançant de projet pilote (à 15 milliards !) maintenant.

Claude Fischer Herzog

La France aime débattre, quitte à bafouer ses lois !Quant à la 3ème consultation sur la ges-tion des déchets nucléaires, ils ont dé-bouché sur la constatation : « On n’est pas tous d’accord » ! Fallait-il dépenser autant de temps et d’argent pour ce qu’on savait déjà ?

Après 30 ans de débat, les Suédois optent pour un stockage géologique

Dans son intervention, Saïda ENGSTRÖM, nous a dit comment la Suède a abordé et résolu la question de la gestion des déchets nucléaires. Un débat qui remonte à 30 ans et qui vient de déboucher positivement.Les solutions de gestion des déchetsnucléaires existent. Elles sont diversifiées selon les pays, mais tout le monde est d’ac-cord pour dire que le stockage géologique en profondeur des déchets ultimes, les plus radioactifs, est la meilleure solution. La Suède a proposé, comme en Finlande, un enfouissement de ces déchets, sans retrai-tement contrairement à la France. Cette question doit être resituée dans le contexte de la production d’électriciténucléaire. En Suède, comme ailleurs, les opposants au nucléaire ont affirmé que l’in-dustrie n’avait pas de solution aux déchets. Et donc qu’il fallait cesser de les produire.La confiancedes communautés locales Je travaille depuis trente ans dans le secteur1, et il y a encore 10 ans, les communautéslocales exigeaient un vote des citoyens. Elles ont décidé le 12 octobre dernier qu’il n’y au-rait plus de vote pour ou contre l’enfouisse-ment. Aujourd’hui, elles sont prêtes à héberger le centre de stockage et déclarent pouvoirle faire en toute sécurité. SKB, l’agencesuédoise de gestion des déchets, y a consa-cré du temps et beaucoup d’efforts. On a obtenu la confiance sociale des habitants, et l’Autorité de Sûreté Nucléaire, SSM (Strålsä-kerhetsmyndigheten) a donné son accord.On s’attend à une réponse positive du Gouver-nement d’ici 6 mois… et nous pourrons ouvrir notre centre de stockage, comme en Finlande qui elle, devrait ouvrir son centre début 2021.1 Coordonnatrice du projet de sélection du site de stoc-kage profond des combustibles usés en Suède pour SKB, Saïda a piloté le dialogue avec les municipalités candi-dates, les décideurs nationaux et locaux aussi bien que les citoyens. Elle a également été en charge du pro-gramme d ́évaluation de l ́impact environnemental du stockage profond. Depuis 2018 elle est conseillère auprès de la Direction de Vattenfall pour la gestion des compé-tences métier sur les sites de production.2 La directive 2011/70/Euratom établissant un cadre communautaire pour la gestion responsable et sûre du combustible usé et des déchets radioactifs a été adop-tée le 19 juillet 2011 par le Conseil de l’Union européenne. Mise à jour le 30 mai 2018 avec l’obligation pour les Etats membres de proposer des plans nationaux de gestion.La Suède n’est prête à ouvrir son futur centre à d’autres pays qui devront – comme les y a engagés la Commission dans sa directive révisée en 20182 a proposé un plan national de gestion. Pour certains, la question d’un stockage régional peut se poser ; et d’ailleurs la Commission y est ouverte. Si trois ou quatre pays sont d’accord pour avoir un stockage ensemble, il faudra qu’ils se mettent d’ac-cord sur le pays qui va construire le centre, mais soyons réalistes, chacun aura l’espoir que ce sera chez l’autre. Il nous a fallu trente ans pour résoudre nos propres problèmes et faire accepter une so-lution aux Suédois, et nous devons travailler encore plus avec la société. Nous sommes tous des ingénieurs qui travaillons trop dans notre bulle, or nous avons besoin des acteurs politiques, voire écologiques, qui ont compris l’importance du nucléaire pour le climat.

Saïda LAAROUCHI ENGSTRÖM Conseillère en Stratégie VATTENFALL

VERBATIMS :

Claude Fischer Herzog

Impliquer les hommes politiques oui, encore faut-il les former ! On a vu en France des ministres remettre en cause les décisions prises faute de connaissances et d’intérêt. Quant à la formation des citoyens, les CLI (comités locaux d’information) ne suffisent pas. Il faut faire rentrer les sujets à l’école. L’éducation à la lecture et à l’écriture, c’est bien, mais à la science et à l’industrie, c’est bien aussi.

Pierre-Marie Abadie

Il ne doit pas y avoir d’ambiguïté. Il n’est pas question d’accueillir les déchets des autres en France ! Laisser entendre qu’on pourrait ouvrir les centres des pays qui ont avan-cé dans leurs solutions les fragiliserait. Mais il est clair que pour les petits pays, la construction d’un centre commun est une question qui a du sens et qu’on doit y réfléchir avec le soutien des agences internationales comme l’AIEA ou l’AEN.

Impliquer les citoyens à chaque étapedu développement de Cigéo

Qui associer aux décisions à prendre ? À quel moment ? De quelle façon ? Dans quelles conditions et avec quels moyens ?

Autant de questions qui seront discutées avec le public début 2021 lors de la concertation consacrée à la gouvernance du projet Cigéo. En effet, la gouvernance du projet démarrera dès l’obtention du décret d’autorisation de création de Cigéo et se poursuivra tout au long de sa mise en œuvre.Construction, mise en service, réception puis stockage du premier colis, dévelop-pement ultérieur du stockage, fermeture définitive : autant de grandes étapes, qui, pour être franchies, seront l’objet de dé-cisions concertées avec le public dans le cadre de la gouvernance de Cigéo.Il y a donc une méthodologie à trouver collectivement et qui repose sur la trans-parence de l’information, la pertinence et la qualité de cette information, la recon-naissance du savoir et de l’apport de chacun, la participation du plus grand nombre et l’installation durable d’une dynamique de participation du public.Constitutive du principe de réversibi-lité, la gouvernance de Cigéo répond également à une volonté affirmée de l’Andra parce que les décisions liées au projet Cigéo engageront la société tout entière pour très longtemps, elles ne peuvent pas résulter des seuls échanges entre l’Andra, l’État et les évaluateurs. Elles doivent être le fruit d’un travail col-lectif. D’ailleurs, cette exigence de parti-cipation du public est un des principaux enseignements à retenir du débat public de 2019 sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) et des suites qui lui ont été données en février 2020 par le ministère de la Transition écologique et l’Autorité de sûreté nucléaire.

Matthieu DENIS-VIENOT Responsable des relations institutionnelles, Direction de la communication et du dialogue avec la société

Interview de Bertrand Morel, directeur R&D, Orano

Le multi-recyclage du MOX, une technologie pour le futur parc EPR ?

Claude Fischer Herzog – La France produit du MOXà partir des combustibles usés. Que représente la filière du recyclage ?Bertrand Morel – La France a fait le choix du cycle fermé comme point central de la dura-bilité du cycle nucléaire (traitement et mono-recyclage). La filière re-présente 5000 emplois et une expertise détenue par Orano, avec son usine de La Hague. Aujourd’hui, Orano s’intéresse au multi-recyclage en réacteur à eau pressurisée : c’est un moyen de se donner plus de temps avant la GEN IV qui révélera la valeur réelle du plutonium (Pu). A terme, nous envisageons une approche qui offre beaucoup de flexibilité : un fonctionne-ment en double strate pourrait être envisagé avec l’EPR pour la flotte principale, les réac-teurs rapides pour gérer le plutomium et lesactinides mineurs et améliorer la situation vis-à-vis des déchets à long-terme. CFH-Avec les évolutions techniques du parc nucléaire français, on pourrait utiliser le MOX plusieurs fois dans les réacteurs EPR de GEN3 : en quelque sorte, une stratégie multi-recyclage en eau pressurisée avec le MOX 1, le MOX 2, le MOX 3… Est-ce laraison pour laquelle on a arrêté Astrid ? BM- Non, le multirecyclage pour lesréacteurs à eau pressurisée ne s’oppose absolument pas aux réacteurs à neutrons rapides (RNR). D’ailleurs la vraie valeur du traitement et du plutonium se révèle dans un RNR. Le MOX actuel permet de réduire les volumes des déchets, et à terme le mul-ti-recyclage devrait permettre de stabiliser les inventaires de combustibles usés et d’attendre que les conditions soient réunies pour le déploiement de réacteurs rapides. J’ajoute qu’Orano investit massivement pour la R&D sur de nouvelles technologies comme les réacteurs à sels fondus qui pré-sentent beaucoup de synergies avec nos technologies au traitement. Orano regarde également comment dé-catégoriser les coques (et ainsi réduire considérablement les volumes des déchets). CFH-Comment expliquez-vous que lenucléaire soit mis au ban de la « taxonomie » et des financements européens ? BM- Il est paradoxal que le nucléaire, qui contribue à la lutte contre le changement climatique et répond aux critères de la taxonomie avec les stockages géolo-giques, ne soit pas vu comme une solution durable. En France, le recyclage a été très vite mis en place : il est un bel exemple d’économie circulaire avec un impact mi-nime de moins de 1/100 de la radioactivité naturelle pour les populations.CFH-Si le projet est accepté, la construc-tion de six EPR se fera à partir de 2024 : sera-t-on prêt alors pour les premiers essais des MOX ? Que deviendront les350 000 tonnes d’uranium appauvri si le projet n’est pas accepté ? BM- Dans les scénarios actuels, le « moxage »d’une partie de la future flotte EPR est bien prévu vers 2040 et le démarrage du multi-recyclage en REP vers 2050 si la R&D asso-ciée réussit. Il n’y a pas de problème de planning. La R&D sur des réacteurs rapides doit se poursuivre en parallèle et le multi-recyclage en REP permet d’attendre. Il y a actuellement dans le monde, en particu-lier aux USA, plusieurs nouveaux projets de réacteurs rapides. Quant à l’uranium appauvri, nous considérons qu’il s’agit d’une matière valorisable qui ne pose pas de problème d’entreposage et nous avons des programmes de R&D en cours pour optimiser son emploi.CFH-Comment développer la coopéra-tion européenne sur le multi-recyclage ? Et la Hague peut-elle s’assurer un avenir européen et international ? BM- Le MOX et les RNR intéressent parti-culièrement les pays voulant développer le nucléaire et disposant de besoins impor-tants en nombre de réacteurs. C’est par exemple le cas de la Chine. En Europe il existe des opportunités en mutualisant les besoins de différents clients.CFH-La question des traitements des déchets conditionnent l’acceptabilité du nucléaire, or certains Etats sont en retard. Comment les aider ?BM- A Orano, nous mettons beaucoup d’argent actuellement en R&D pour ré-duire les déchets en vue de la future flotte de réacteurs avec deux projets phares : le convertisseur d’actinides en réacteurs à sels fondus et la dé-catégorisation des coques. Il est indispensable qu’il y ait da-vantage de collaboration entre les Etats intéressés.

Qu’est-ce que le MOX ?

Le MOX est un mélange d’oxydes d’ura-nium et de plutonium destiné à la fabri-cation de combustibles nucléaires. Cette production permet de recycler au sein de l’usine Orano Melox, située sur le site de Marcoule (Gard), le plutonium issu des combustibles usés préalablement traités à la Hague. L’industrie nucléaire est l’une des premières à avoir mis en place depuis plus de 50 ans le recyclage des combustibles usés afin de réduire le volume des déchets et économi-ser les matières. Grâce aux compétences technologiques et capacités techniques d’Orano, uniques au monde, près de 96 % du combustible usé utilisé dans les réac-teurs nucléaires de production d’électricité ou de recherche peut être recyclé.Les deux vertus du recyclage• Réduire le volume et la radiotoxicitédes déchets : c’est le cas pour lerecyclage des combustibles usésréalisé par Orano qui permet de divi-ser le volume des déchets par 5 et la radiotoxicité par 10.• Réduire la consommationde matières premières :- 10 % de l’électricité nucléaire provient de matières recyclées.- Le recyclage des matières permet au-jourd’hui une économie de 10 % de ma-tière première, et jusqu’à 25 % à partir de 2023, conformément à la stratégie d’EDF de valorisation de l’uranium contenu dans les combustibles usés. Ce chiffre pourra augmenter pour atteindre 30 % avec le « multi-recyclage » des combus-tibles nucléaires dans les réacteurs à eau pressurisée.- Ce sont aujourd’hui plus de 800 tonnes d’uranium naturel, ressource minière, que la France économise chaque an-née grâce au recyclage des combus-tibles usés. 44 réacteurs dans le monde ont produit de l’électricité nucléaire grâce au MOX depuis 1972 : Allemagne (1972), Suisse (1984), France (1987), Belgique (1995), USA (2005), Japon (2009), Pays Bas (2014).

L’énergie nucléaire, Une sourcedécarbonée pour le développement durable de l’Afrique ?Après le Sommet Russie/Afrique de Sotchi et les Entretiens Européens d’Helsinki,Claude Fischer Herzog répond aux questions de Christine H. Gueye.

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VERBATIMS :

Claude Fischer Herzog – L’Afrique a besoin de toutes ses sources d’énergie pour répondre aux besoins de ses populations et de son développement. Elle a besoin de coopérations comme jamais pour décarboner autant que faire se peut son mix énergétique com-posé à 92% par les fossiles, et pour développer d’autres solutions :solaire et nucléaire ! Mais attention : ceux qui prônent 100% de so-laire sont irresponsables ! Le soleil n’a jamais fait de solaire : il faut des panneaux (fabriqués en Chine)… et beaucoup d’eau ! Et ceux qui refusent le nucléaire aux Africains le sont tout autant ! Dotés d’uranium dans 34 pays, ceux-ci auront certes besoin de créer des conditions de stabilité politique, de sécurité et de sûreté indispen-sables au développement de la technologie. L’Europe est sortie de la guerre avec un traité Euratom en 1958 qui lui a permis de surmon-ter ses divisions et d’avoir la prospérité pour les Européens. Pourquoi la refuser aux Africains ? L’Europe pourrait au contraire faire béné-ficier l’Afrique de son expérience et transférer la technologie et les compétences pour une appropriation sociétale du nucléaire dans les pays comme le Kenya ou le Mozambique qui, après l’Afrique du Sud, souhaitent développer cette source d’énergie… Si ce n’est pas l’Europe, ce sera la Russie ou la Chine !Bernard Mairy, European Society for Engineers and Industria-lists (SEII) – J’ai beaucoup apprécié votre position très ouverte sur les questions d’énergie («on a besoin de toutes les énergies») et votre intérêt pour l’Afrique. Je suis personnellement engagé – avec Georges Van Goethem – à préparer une conférence académique internationale consacrée à « Sustainable Energy for Africa », SE4A 2021, qui aura lieu au Bénin du 08 au 11 Novembre 2021. Celle-ci est co-organisée avec l’Académie Royale des Sciences d’Outre-mer de Belgique (ARSOM ) et l’ Académie des Sciences , des Arts et des Lettres du Bénin (ANSALB). Comme vous , nous approchons la question du développement énergétique en Afrique en consi-dérant toutes les énergies «sans tabou» , dont les solutions varieront en fonction des particularités locales ou régionales de ce grand continent plein de potentiel , en incluant bien sûr d’autres aspects tels que sociétaux, économiques et environnementaux. Ceci pour permettre à nos amis africains de s’informer objectivement de l’état des techniques et des recherches en matière d’énergie, d’échan-ger avec des experts et de se faire une opinion sur les solutions énergétiques qu’ils pourraient envisager selon leurs besoins et leurs ressources. Je ne connaissais pas Les Entretiens Européens & Eurafri-cains, mais je serai ravie de votre participation à Cotonou.

Coopérations et compétition avec nos voisins et à l’international

La dimension internationale du nucléaire

Pour Yves Brechet,l’ancien Haut-Commis-saire à l’énergie ato-mique, la dimension internationale du nu-cléaire est consubstan-tielle à sa nature. Que ce soit pour des raisons géostratégiques, et ce dès l’origine au tra-vers des questions liées à la dissuasion et à l’arme nucléaire, d’ordre géopolitique au travers de la notion de souveraineté indus-trielle et énergétique, ou d’ordre géo-clima-tique dont nous n’avons pris conscience que plus récemment avec la nécessite de dé-carboner notre économie pour lutter contre le changement climatique…Un secteur industriel et « régalien »qui exige des collaborationsau niveau international Secteur industriel et commercial, le nucléaire est soumis à une compétition sur tout le cycle, depuis la fourniture du combustible jusqu’à la gestion de l’aval du cycle, en pas-sant par la construction des centrales. Mais c’est un aussi secteur régalien puisqu’il s’agit de fournir l’électricité pour toutes les activités économiques d’un pays. Pour être viable, le nucléaire doit être rentable et durable, et sûr partout car un accident nucléaire impacte la filière sur toute la planète, et ce, quel que soit son ampleur. La conséquence de cette situation est la nécessité quasi structurelle d’avoir des collaborations au niveau inter-national, tant sur la sûreté des réacteurs de générations 2 et 3, que sur la gestion des déchets ultimes. J’ai toujours trouvé fasci-nant qu’on puisse imaginer gérer au niveau national un problème qui implique des durées 20 fois plus longues que la durée de la plus ancienne civilisation humaine(100 000 ans pour le stockage géologique profond). Et concernant la question essen-tielle de la fermeture du cycle, il est intéres-sant de noter qu’au moment même où la France saborde son programme deneutrons rapides1, la Chine, l’Inde, la Russie et les USA amplifient leurs efforts. Amplifier les collaborations dans un contexte planétaire inéditDes collaborations peuvent se décliner en termes de mutualisation des moyens (réacteurs d’études, maquettes critiques), de partage des compétences (et notam-ment en termes d’outils de simulation), d’internationalisation des formations. Elle peut aussi se décliner en termes de re-cherches précompétitives (sûreté, Gen IV)ou post compétitives (analyse du vieillis-sement des centrales). En France, pays de tradition colbertiste, le nucléaire s’est développé sous la direction de l’Etat, en liaison étroite avec les producteurs et dis-tributeurs d’électricité. Le CEA a été une pièce maîtresse dans cette stratégie. Des collaborations à l’internationale sont ma-jeures avec les USA et le Royaume uni, la Chine, la Russie et le Japon, de nature plus scientifique avec la Belgique, l’Allemagne, la Pologne et Israël, elles viennent en sup-port de nos industriels ou en accompa-gnement de notre politique étrangère. Elles devraient être amplifiées parce que le problème auquel nous faisons face est d’ordre planétaire. Encore faudra-t-il rester très impliqués, maintenir et développer nos compétences. Or, par son incapacité à tenir une ligne claire dans le domaine du nucléaire depuis plusieurs années, la France affaiblit de façon significative sa crédibilité et l’appétence des autres pays à collaborer avec nous. L’Etat légitime pour assurer la production d’électricité nucléaireLe nucléaire, c’est du temps long et des investissements lourds qui nécessitent une politique stable sur la durée, dépassant largement l’espace de temps entre deux élections ou la fréquence des fluctuations du CAC 40. Ce n’est pas un hasard si les grandes politiques électronucléaires sedéploient actuellement dans des pays dont l’Etat est fort. La logique de libérali-sation du marché de l’énergie en Europe et la pénalisation des investissements de long terme, ont grandement endommagé la capacité à avoir une politique énergé-tique saine. L’Etat a démissionné de son rôle de coordonnateur des politiques éner-gétiques, et plus globalement, l’idéologie dominante conduit à le dédouaner de toute responsabilité et à limiter son champ d’action. Pourtant, il reste pleinement légi-time pour assurer le bien public, comme la défense, la sécurité intérieure, la justice, la santé, l’éducation, et l’accès à l’électricité pour tous les citoyens et pour les industries. Il est donc par nature, un acteur majeur du nucléaire, garant de sa sûreté et de lastabilité des décisions. Sortir l’Europe de la coupe des anti-nucléairesL’urgence de la crise climatique nécessite-rait une implication au niveau européen. Encore faudrait-il que celui-ci fût fort. Sa poli-tique énergétique est entravée par la pos-sibilité qu’ont des Etats « anti-nucléaires »de bloquer toute initiative commune dans le secteur. L’Europe est sous la pression poli-tique de l’Allemagne qui exporte les pro-blèmes qu’elle s’est créés elle-même. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison profonde des nouveaux engagements, aussi pha-raoniques que peu argumentés, sur l’éco-nomie de l’hydrogène. Une politique, quel qu’en soit l’objet, doit relever de la rationa-lité et de la légitimité démocratique, résulter de la conjonction du sens du bien public avec celui de la durée et de l’intégrité des analyses. Or si l’optimisme nous conduit à espérer que le sens du bien public de-meure chez les décideurs européens et que l’Europe a la durée devant elle, la question de l’intégrité des analyses laisse perplexe. Ainsi l’exclusion du nucléaire de la taxono-mie sous sous-prétexte des déchets, alors que le gaz naturel y est, ne peut que nousinterroger.La construction de consortiums industriels devrait se faire à l’échelle européenne. Mais tant que l’Europe sera un nain politique, sous la coupe d’une idéologie qui se dit écologiste mais qui est surtout « décroissan-tiste », les accords devront se faire entre Etats et industriels pour nous permettre d’aller de l’avant et se saisir sérieusement de laquestion de la lutte contre le réchauffe-ment climatique, tel que le GIEC l’a trèsclairement explicitée.

Yves BRECHET Ancien Haut-Commissaireà l’énergie atomique, Membre de Sauvons Le Climat

La Russie et l’Union européenne :des coopérations dans l’intérêt mutuel pour ouvrir de nouveaux horizons

Pour Rosatom, l’éner-gie nucléaire doit jouer un rôle essentiel dans le mix énergétique moderne et durable. Un potentiel existe, très prometteur. Pour Andrey Rozhdestvin, la clé pour maximiser ce potentiel est de s’engager dans l’innovation collaborative.Il faut des années pour devenir un ac-teur nucléaire, c’est un engagement à long terme. Après Fukushima, la Russie adécidé de poursuivre son développementnucléaire sur une base nationale et àl’international, et nous considérons la construction en série comme l’une des clés de notre succès. Nous avons bâti 80 réac-teurs VVER dans le monde, et au cours des 15 dernières années, nous avons connecté 17 unités au réseau.Notre technologie VVER est née enRussie, mais elle s’est développée en Europe avec l’implication de nospartenaires. Il est certain que l’ouverture du marché européen a influencé notre stratégie, même si nous étions déjà en Allemagne en 1966 avec notre premier réacteur VVER outre-mer… Avec 18 réac-teurs VVER dans les pays européens, nous pouvons dire que nous faisons partie de l’Europe fondamentalement. Et à l’heure actuelle, nous avons deux nouveauxprojets de construction en cours deréalisation : la centrale nucléaire de Paks IIen Hongrie et la centrale nucléaire de Hanhikivi-1 en Finlande.Certes, nous avons une approche com-merciale, mais on fait tous partie d’une chaîne. Nous avons acheté 11 grandes turbines à vapeur Arabelle (plus que ce que General Electric a signé dans le reste du monde). Framatome est également un partenaire important dans le domaine de la numérisation. Il a été sélectionné comme fournisseur d’I&C pour nos pro-jets finlandais et hongrois, ainsi que pourplusieurs centrales nucléaires en Russie.Nous coopérons dans de nombreux domaines avec de nombreux pays euro-péens, comme ENUSA et Synatom dans l’approvisionnement en uranium enrichi, Vattenfall et Fortum dans la livraison de combustible, Framatome et Orano dans le domaine du cycle du combus-tible. Nous avons des partenaires dans la filière nucléaire en Bulgarie, Répu-blique tchèque, Slovaquie et Hongrie. Nous croyons en toutes les technologies d’énergie verte, c’est pourquoi nous développons également des projets éoliens en Russie avec notre partenaire néerlandais Lagerwey. Ce ne sont là que quelques exemples.

L’innovation ne peut pas prospérer en vase clos

Plus globalement, c’est l’intérêt mutuel qui guide la coopération et les objectifscommuns des accords de Paris. Alors que le besoin de solutions plus flexibles pour la production d’électricité à faible teneur en carbone augmente, le secteur nucléaire a prouvé qu’il avait la capacité de répondre en adaptant et en personnalisant dessolutions qui répondent à des besoins spécifiques. Ainsi les SMR seront capables d’apporter de la chaleur aux sites indus-triels et aux habitations dans les zones isolées où décentralisées1… Cette inno-vation est essentielle mais elle ne pourra pas prospérer en vase clos, et on a besoin de coopérer sur l’ensemble des techno-logies avec nos partenaires européens : c’est vrai pour les SMR, pour les réacteurs àneutrons rapides2, mais aussi pour les éner-gies renouvelables, l’hydrogène, la capture et stockage CO2 (CCS)…

Une coopération sur l’ensemble du cycle

Nous développons une coopération depuis des décennies avec l’Europe en matière de recherche et d’innovation, en particulier pour le nouveau cycle du com-bustible. La coopération scientifique est essentielle, comme avec le CEA et EDF.Ainsi, nos efforts communs dans cedomaine remontent à 1971, lorsque Tenex et le CEA ont signé leur premier contrat de services d’enrichissement de l’uranium. Avec nos partenaires européens, nous mettons en œuvre des projets couvrant l’ensemble de l’éventail des solutions et services nucléaires, nous participons acti-vement au programme ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, qui associe au total 35 pays dont les pays de L’Union européenne ainsi que le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse. Ce projet ambitieux, qui vise à reproduire l’énergie du soleil sur terre, bousculera nos modes de vie et aura des implications dans de nombreux domaines comme l’aérospatial ou la santé.Il est impossible de relever seul les défis auxquels l’industrie nucléaire est actuel-lement confrontée. Des efforts conjoints sont nécessaires pour surmonter lesdifficultés en matière de d’investissements (CAPEX) et de gestion des déchets, et ce n’est qu’en mettant en commun lesressources et l’expertise que nous pour-rons avancer vers un cycle fermé du combustible, et ainsi ouvrir des horizons illimités pour l’industrie nucléaire enEurope et dans le monde.

Andrey ROZHDESTVIN, Directeur ROSATOM Western Europe

Une renaissance partout… sauf en Europe ?

En 2020 l’avenir mondial de l’énergie nucléaire n’a jamais été aussi prometteur. Les derniers développements indus-triels dans ce secteur offrent des perspec-tives très intéressantes notamment pour des zones du monde mal desservies en électricité ou qui devront réduire leurs énergies fossiles… Si la Chine a fait des progrès énormes ces 20 dernières années au point d’électrifier complètement le pays, c’est loin d’être le cas dans nombre de pays d’Asie et d’Afrique. 350 millionsd’Indiens n’ont pas accès à l’électricité et il en est de même pour la moitié de l’Afrique subsaharienne où l’alimentation électrique y est totalement aléatoire et intermittente1.

Une demande d’électricitéen croissance

Mais il n’y a pas que le rattrapage écono-mique de vastes zones du monde qui exige le développement de la production d’élec-tricité. Que ce soit la numérisation rapide et inéluctable de notre société avec l’arrivée de la 5G, ou celle de l’agriculture, l’électrification du parc automobile ou le chauffage des bâti-ments, la demande d’électricité va fortement augmenter. Et ce n’est pas l’éolien ni le solaire, intermittents, qui suffiront à fournir ces besoins croissants. Après 40 ans d’efforts et de re-cherche, ces deux énergies ne représentaient en 2018 que 14,8 % de l’énergie électrique malgré des soutiens financiers généreux. La vérité sur leur coût prohibitif et l’opposition croissante des populations ne devraient plus faire illusion et il semble que l’on ait atteint une asymptote de leur développement.Les populations européennes n’entendent que des choses négatives au sujet dunucléaire alors qu’on assiste à des avancées technologiques extraordinaires. Des centres de recherche sont actifs en Europe et partout dans le monde et coopèrent, des innovations surprenantes émergent pour l’amélioration des systèmes existants, et la construction de petits réacteurs modulaires (SMR) ou desréacteurs de génération 4. Et si la décision de fermer les centrales nucléaires de Tihange et de Doel marque une terrible régression pour la Belgique qui était à la pointe dans le domaine et pour l’Europe, d’autres pays ont décidé de maintenir et développer leur parc nucléaire, ou de le créer comme en Pologne.

Russie, Chine, USA, une course géopolitique sans l’Union européenne

Aujourd’hui, le pays qui construit le plus de réacteurs est la Russie. Ceux-ci sont aussi sûrs que ceux de l’OCDE, et le business model de Rosatom, l’entreprise nationale, est redouta-blement efficace. Outre la centrale, elle fournit le savoir-faire, l’uranium enrichi, le recyclage du combustible usé et la gestion des déchets. Des projets VVER sont en cours à Paks II en Hongrie, et en Biélorussie à la frontière des pays baltes. Par ailleurs, les Russes mènent la course en tête pour les petits réacteurs modu-laires et ont inauguré dans la région arctique sibérienne, la première centrale nucléaire flottante et mobile l’Akademik Lomonosov. Une avancée technologique sous-estimée et décriée par Greenpeace (« Titanic nu-cléaire », « Tchernobyl sur glace » etc.) malgré les énormes potentiels commerciaux qu’elle représente pour les pays du Nord de l’Europe, pour certains pays d’Afrique ou d’ailleurs…Les Chinois ne sont pas en reste. Leurpremier réacteur « Hualong » (qui signifie dra-gon, symbole d’énergie vitale, de paix et de prospérité) a été connecté au réseau natio-nal en novembre 2020. S’étant affranchie de la technologie occidentale, la Chine ambitionne de produire 10 TWh d’électricité nucléaire par an chez elle, réduisant ainsi de 8,16 millions de tonnes les émissions de carbone. Déjà présente au Royaume-Uni et partenaire d’EDF Energy dans les projets de Sizewell et Hinkley Point, elle aspire à vendre ses réacteurs partout dans le monde.Les États-Unis ont compris qu’il fallait réagir et ont adopté une loi bipartite pour le main-tien en service des réacteurs américains existants — dont certains ont vu leur durée d’opération prolongée jusqu’à 80 ans — et préparer le terrain pour le déploiement de technologies nucléaires avancées2. Ils déve-loppent une stratégie calée sur les besoins et favorise le secteur privé qui continue à investir dans la filière. Le premier SMR devrait être mis en route en 2025 dans l’Utah, et ils viennent d’infliger un camouflet à l’UE en si-gnant un accord bilatéral avec la Roumanie afin d’y développer la filière Candu.

L’UE doit se réveiller de son étourdissement vert !

L’UE a choisi de s’enfoncer dans la désindus-trialisation en misant sur la décarbonisation avec la monoculture des éoliennes et des panneaux solaires. Une telle politique est suicidaire. A la pointe du savoir-faire dans le nucléaire, elle risque d’affaiblir ses atouts et ses compétences et perdre son avance. Ainsi les Français sont en retard dans le do-maine des petits réacteurs modulaires face aux Russes et aux Chinois. Le CEA, EDF, Naval Group et TechnicAtome ont bien lancé en 2019 le Nuward, un SMR qui fait l’objet de partenariat avec les Américains, mais s’il n’est pas soutenu par l’Union européenne, nous perdrons des parts de marché dans notre propre espace et dans le monde. Aujourd’hui, la Commission européenne se lance de manière inconsidérée dans une 1 Cf. FURFARI, Samuele. L’urgence d’électrifier l’Afrique.L’Harmattan, 2019.2 Cf. la législation bipartite des sénateurs américains en novembre 2020 : https://www.epw.senate.gov/public/index.cfm/2020/11/senators-introduce-bipartisan-legis-lation-to-revitalize-america-s-nuclear-infrastructure3 Cf. FURFARI, Samuele. L’utopie hydrogène. ebook, 2020.« stratégie hydrogène » à partir d’électricité éolienne ou solaire… Ce n’est pas sérieux2car la seule solution pour produire de l’hydro-gène de manière abondante, économique, et décarbonée sera d’utiliser des réacteurs nucléaires à haute température (HTGR). La population, les médias et le monde politique ne maîtrisent pas la complexité des don-nées scientifiques et techniques de l’énergie nucléaire. Il faut arrêter avec les simplismes, voire les mensonges, qui visent à saper une industrie prospère. Il est urgent que le monde politique se ressaisisse pour tenter, s’il estencore possible, de mettre fin à ce gâchis.Samuele FURFARIProfesseur de géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de BruxellesPrésident de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels.

La Commission reconnaît le rôle essentiel du nucléaire

Dans son interven-tion lors des Entre-tiens Européens, SaïdAbousahl, est revenu sur la responsabilité de la Commission et celle des Etats dans le financement des inves-tissements nécessaires au renouvellement du parc nucléaire en Europe et au dévelop-pement de la recherche pour le nucléaire du futur. Une occasion pour le représentant du groupe scientifique nucléaire mis en place par le Centre commun de recherche (CCR) pour la taxonomie de faire le point. Dans le programme indicatif nucléaire de 20171, la Commission européenne a souligné l’importance du nucléaire dans le mix et le montant des investissements évalué à 400 milliards d’euros d’ici 2050. Le financement est un grand défi pour remplacer les cen-trales existantes, intensives en capital, et le be-soin de garanties pour attirer les investisseurs est reconnu par la Commission. Si nous n’in-vestissons pas, nous ne serons pas capables de mettre en œuvre la stratégie zéro carbone.

EnR et nucléaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

Dans sa communication2 de novembre 2018, la Commission a confirmé sa stratégie :nucléaire et EnR seront essentiels pour réus-sir ! Celle-ci est basée sur des preuves scien-tifiques et fait référence aux panels gouver-nementaux sur le changement climatique et l’urgence à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Tout un chapitre concerne le secteur financier, son rôle clé pour réussir la transition et financer les investissements durables. Il y a une logique.C’est dans ce cadre, que la Commission a proposé la taxonomie3. Il s’agit d’envoyer les signaux aux investisseurs en définissant les projets et les objectifs pour un déve-loppement durable. Un groupe technique d’experts a été mis en place pour examiner les activités durables : dans son rapport du mois de mars 2020, il n’a pas été en mesure de tirer des conclusions pour l’inclusion ou non du nucléaire dans la taxonomie.Ce n’est pas la technologie nucléaire qui fait débat. C’est le problème lié aux déchets !Leur gestion est un processus, des solu-tions de stockage sont proposées, mais le groupe d’experts a souhaité éclaircir ce point. La Commission a demandé à son bras scientifique, le CCR d’effectuer une évaluation technique du cycle du combus-tible au regard des critères de la taxonomie avec un focus sur la phase aval du cycle concernant la gestion des déchets. Letravail est en cours.

Ne pas tout attendre de la Commission

Concernant les filières de la génération4 et le nucléaire du futur, l’Europe a mis des moyens pour permettre à la recherche de se développer. Elle a créé des incitations à leur mutualisation en allouant des budgets pour des clusters européens.Dès 2006, Euratom a adhéré au GIF, le Forum international sur le génération IV en 2003 et s’est investi dans la recherche sur les 6 filières de la GEN4 sur les aspects de sûreté, gestions des déchets, sécu-rité et non-prolifération. Certes, on peut discuter du montant du budget d’Eura-tom (qui fait toujours l’objet de négocia-tions difficiles), mais il permet de financer beaucoup de projets de RD qui couvrent aussi la sûreté des réacteurs à neutrons rapides ou à sels fondus, de coordon-ner le SET-Plan créé par la Commission5, ou encore de soutenir les programmes de recherche des États membres pour l’utilisa-tion civile pacifique de l’énergie nucléaire de fission et de fusion. Sans parler duprojet ITER installé à Cadarache qui repré-sente une part conséquente d’environ5,5 milliards d’euros pour les 7 prochaines années. La Commission européenne n’est pas là pour remplacer les Etats, et il faut bien recon-naître que s’agissant des contributions au GIF, à part Euratom et la France, celles des autres Etats membres restent très limitées.Les Etats et les acteurs doivent travailler ensemble, coopérer et mutualiser leursefforts… Le rôle de la Commission euro-péenne est de les y inciter. Des plateformes existent déjà, des groupes de travail se réunissent et des projets émergent6. Mais la Commission ne peut pas tout. Tous les Etats ne partagent pas le choix nucléaire, et il existe des blocages au sein d’Euratom qu’il faut arriver à dépasser. Ceci-dit, ne confondons pas la Commission et l’Union ! Il existe un rapport de forces au sein même du Conseil, et même quand la Commission propose, la décision revient in fine aux Etats. Saïd ABOUSAHLChef de l’Unité de coordination Euratom Centre commun de recherche Commission européenne

VERBATIMS :

Laetitia Canou :

Le développement des compétences est un enjeu majeur de la filière et doit être structuré à minima au niveau européen coté formation initiale et continue. Il sera plus difficile d’har-moniser les autorités de sûreté (ASN…) sauf à coordonner les attendus et lespérimètres d’action.

Claude Fischer Herzog :

La Commission ne peut pas tout certes. Mais elle doit mieux jouer son rôle d’incitation. Quand les propositions de la Commission sont dictées sous la pression des anti-nu-cléaires, il s’agit d’un passage en force pour contraindre les Etats, et les effets pervers sont difficilement rattrapables. La Commission devrait plus s’appuyer sur Les Entretiens Européens : nous sommes des alliés dans le combat d’EURATOM pour un véritable budget. C’est l’Autriche l’ennemi, pas nous.

Ne pas opposer les générations 3 et 4 : à chacune son horizon

Les réacteurs à neutrons rapides présentent, c’est aujourd’hui bien établi, les meilleures caractéristiques pour utiliser au mieux les ressources en uranium disponibles et peut-être pour limiter encore la toxicité potentielle à long terme des déchets résiduels. C’est ce qui explique l’important effort de recherches mené par de nombreuses équipes dans le monde depuis plusieurs décennies, et notamment dans le cadre du GIF, le forum international « génération IV ». Mais le déploiement de réacteurs à neutrons rapides semble aujourd’hui ralenti par deux écueils : d’une part le sentiment qu’il n’y au-rait pas urgence (on a devant nous plusieurs décennies de ressources d’uranium aisé-ment accessibles) ; d’autre part, le fait que la technologie peut ou doit encore gagner en maturité, et que la recherche permettra de voir émerger des options plus abouties de réacteurs rapides (plus sûrs, moins chers, et aussi peut-être mieux adaptés à de nou-veaux besoins (comme les utilisations moins centralisées, la production de chaleur, …).Dans le même temps, les réacteurs à eau sont une technologie largement éprou-vée, et ils ont atteint avec la génération 3 un niveau de sûreté remarquable. Certes, au plan de l’utilisation des matières, ils ne peuvent pas rivaliser avec les réacteurs rapides et ils devront à terme, dans l’hypo-thèse d’un nucléaire durable, faire place à une nouvelle génération. Mais ils peuvent eux-mêmes continuer encore à bénéficier d’innovations, de progrès, d’adaptation à l’évolution des besoins ; et même au plan de l’utilisation des matières, le « multi recyclage » de l’uranium et du plutonium,aujourd’hui à l’étude, pourrait apporter des bénéfices importants.Des générations de réacteurs complémentaires dans le tempsAussi, il semble que l’on ne doive pas oppo-ser générations 3 et 4 : elles ont chacune leur place, des horizons de déploiement distincts :les toutes prochaines décennies pour les réacteurs à eau tels les EPR, plus tard pour les réacteurs rapides. Et le recyclage en réac-teurs à eau peut d’ailleurs préparer efficace-ment le futur recyclage dans les réacteurs rapides, pour des systèmes qui répondront toujours de mieux en mieux aux principes d’une « économie circulaire ».Un point paraît aujourd’hui à noter : en inscrivant les réacteurs rapides dans un horizon plus éloigné, on fournit l’occasion d’ouvrir le champ des options explorées, afin d’essayer d’adresser au mieux cer-taines questions comme le coût, la sûreté, la flexibilité, et les nouveaux besoins évoqués plus haut. Divers concepts sont aujourd’hui étudiés ou approfondis. Ainsi, au CEA, suite à l’arrêt du programme ASTRID, on mène aussi des recherches pour les réacteurs au sodium de petite taille, ou les réacteurs à sels fondus ; aux Etats Unis, on note une im-portante floraison de nouveaux concepts, venant d’horizons eux aussi renouvelés; ce nouveau foisonnement de la recherche me paraît très intéressant, il peut conférer une nouvelle dynamique à la recherche nu-cléaire ! La génération 4 reste un enjeu qui pourrait constituer un germe de choix pour une coopération internationale. Un enjeu qu’il faut aborder avec la juste ambition que confèrent les formidables perspectives envisageables, avec ouverture mais aussi avec prudence et réalisme (notamment quant aux perspectives et au calendrier d’industrialisation), pour ne pas risquer à terme de nouvelles déconvenues.Bernard BOULLISConseiller auprès du Haut-Commissaire à l’énergie atomique

IMT Atlantiqueà Nantes associée à deux projets européens Euratom

e laboratoire SUBATECH (CNRS/IN2P3 – IMT Atlantique – Université de Nantes) est partenaire des projets PREDIS et A-CINCH retenus dans le cadre d’Euratom, le pro-gramme dédié aux activités de recherche et de formation en matière nucléaire de l’Union européenne. Celui-ci s’inscrit dans le cadre d’Horizon 2020, le programme de financement de la recherche et de l’inno-vation de l’Union européenne.Doté d’un budget de 79 milliards d’euros, Horizon 2020 a pour mission de soutenir les travaux des acteurs académiques et industriels autour de trois priorités : l’excellence scientifique, la primautéindustrielle et les défis sociétaux.

PREDIS est une action de recherche sur la gestion des déchets radioactifs et A-CINCH vise à stimuler l’intérêt desétudiants pour la chimie nucléaire et la radiochimie. « La participation à ces deux projets européens souligne l’excel-lence de la recherche et de la formation menées au sein d’IMT Atlantique à travers le groupe de radiochimie de SUBATECH »,souligne Abdesselam Abdelouas, ensei-gnant chercheur à IMT Atlantique, pilote de ces deux projets.

Le nucléaire en chiffresdans l’Union européenne

• 129 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans 14 États membres (dont le RU)

• 120 GWe de puissance totale installée

• 30 ans d’âge moyen des réacteurs

• 6 réacteurs sont en construction en France, en Roumanie, en Slovaquie et en Finlande.

• 12 projets devraient se concrétiser au Royaume-Uni, en République tchèque,en Pologne, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, en Finlande, en Suède et en Slovénie.

• 3 à 10 réacteurs en débat aux Pays-Bas d’ici 2030.

• 6 EPR en projet en France

• Si ces projets se réalisent, la filière nucléaire européenne, qui représente déjà 780 000 emplois, pourrait créer jusqu’à 350 000 emplois supplémentaires

VERBATIMS :

Michel Belakhovsky, G2E-TERE

Nous proposons une task force « pour la survie de l’humanité » avec l’objectif d’éliminer les combustibles fossiles d’ici 2050. Est-ce possible ? Oui, si un plan opérationnel de RUPTURE technologique est immédiate-ment mis en œuvre en développant en 10 ans un nucléaire sûr, renouvelable, quasi sans déchets et à coût acceptable. Freeman Dyson a analysé pourquoi à son époque, le nucléaire civil n’était pas socialement acceptable. Aujourd’hui, la solution est à portée de main, la Chine, les Etats-Unis s’y emploient activement et devraient y parvenir au cours de cettedécennie. L’Europe a les compétences mais il nous faut la volonté politique.

Interview d’Elsa MERLE Chercheur en Physique des réacteurs nucléaires de fission au CNRS

Le réacteur à sels fondus

Claude Fischer Herzog Vous travaillez sur un projet de réacteur à sels fondus, le MSFR. Quels sont ses avantages ? Elsa Merle – Le MSFR est un réacteur au combus-tible liquide circulant et jouant aussi le rôle de caloporteur. Son princi-pal avantage est sa sou-plesse de fonctionne-ment. En effet, ce type de réacteur peut fonctionner avec tout type de combustible. La puissance produite est pilo-table par la chaleur extraite du cœur et selonla demande du réseau sur une très large gamme de puissance, permettant de com-penser les fluctuations de production des énergies renouvelables. Par ailleurs, on peut citer également sa conception (SMR à gros réacteur, modularité, géométrie…) et son uti-lisation possible comme régénérateur dans les 2 cycles du combustible (cycle uranium/plutonium ou cycle thorium), ou comme inci-nérateur de déchets, pour la propulsion spa-tiale, pour la production de radioisotopes… Comme tous les réacteurs régénérateurs en cycle U/Pu, il est possible d’utiliser l’uranium appauvri entreposé à la Hague. Soulignons également sa sûreté intrinsèque grâce à une grande stabilité neutronique du cœur.CFH – Le combustible liquide n’est-il pas plus difficile à confiner ? EM – Le confinement d’un combustible n’est un sujet de préoccupation que tant qu’il est liquide, c’est à dire à une température supérieure à 450°C environ. Quand il va se refroidir, il se fige et reste là où il s’est solidifié. Mais comme pour tout réacteur de fission, il faut absolument prévoir un refroidissement en cas d’urgence. De ce point de vue il n’y a pas de différence entre les combustibles solides et liquides. Si ce n’est que pour ces derniers, il est plus facile de les relocaliser de façon passive par simple vidange gravita-tionnelle. La vraie différence vient plutôt du fait qu’un cœur à combustible solide peut se compacter alors que ce n’est presque pas le cas avec un combustible liquide circulant.CFH – Faudra-t-il construire les réacteurs en zone SEVESO à cause des risques d’éva-poration de chlore en cas de nécessité de refroidissement du réacteur ?EM – Jusqu’à présent nous n’avons pas identifié de risques de production de com-posés de chlore gazeux. Les chlorures utili-sés sont certes radioactifs mais ils ne sont pas chimiquement plus dangereux que le sel de cuisine ou celui qui permet d’éviter le verglas sur les routes ! Ce qui pourrait rendre chimiquement dangereux une grande quantité de chlorure ce sont les réactions chimiques pouvant produire des gaz chlo-rés toxiques comme le chlore (Cl2 gaz) ou le phosgène (COCl2) mais pour cela il fau-drait produire du chlore gazeux. La seule réaction capable de le faire serait de faire réagir du fluor gazeux sur les sels. On ne voit pas ce qui pourrait justifier la présence sur le site de fluor gazeux, lui-même chimique-ment plus nocif que le chlore gazeux et qui justifierait à lui seul un classement SEVESO.CFH – Vous parlez de 10 ans pourdéboucher dans l’industrie, n’est-ce pasoptimiste ?EM – Concernant les délais, 15 ans pourdisposer d’un démonstrateur est raison-nable. C’est une problématique de moyens et donc de décision politique (et sociale). Cela fait 15 ans qu’on a identifié le concept de MSFR, 12 ans que le GIF1 l’a adopté. Les Chinois ont lancé leur projet en 2011 et le réacteur est actuellement en construction. Mais l’Europe demande l’aumône pour permettre au projet de survivre. On peut en-core attendre 15 ans, mais d’ici là, la Chine, la Russie et les start-up auront fait le boulot ; le train sera passé et il faudra acheter une licence comme pour les réacteurs REP avec Westinghouse au début du parc nucléaire français.CFH – Sera-t-il moins cher que les réacteurs de génération 3, ou de ceux de la filière de la génération 4, compte tenu de leur com-plexité ?EM – Le cœur du RSF étudié en France est très simple de géométrie (une cuve compacte entourée de réflecteurs avec des boucles de circulation/refroidissement modulaires et changeables plongés dans la cuve) et très stable neutroniquement, ne nécessitant pas de multiples niveaux additionnels de sys-tèmes de sûreté. Cela combiné à une fabri-cation moins complexe du combustible est prometteur en termes de coût. Quoiqu’il en soit, il ne faut pas opposer les technologies !Ainsi par exemple les chercheurs qui travaillent sur le MSFR au CNRS dirigent (1) aussi des thèses sur d’autres concepts deréacteurs, cela contribue notamment à la mutualisation des connaissances et à ce que tous les acteurs se connaissent pour mieux travailler ensemble. D’où l’idée d’un réseau français regroupant tous les acteurs (CNRS, CEA, Framatome, Orano, EDF, sipossible aussi IRSN). CFH – Le CNRS propose un centre euro-péen de RD, le CEA propose un laboratoire chaud européen : pourquoi ne pas envisa-ger des clusters dédiés où la coopération pourrait se déployer ? EM – Le MSFR a besoin de moyens pour être développé concrètement, dont des outils comme le labo chaud du CEA sont des briques très importantes. Oui il faut un réseau de coordination français relié à un réseau européen. Il serait bon aussi que le concept de RSF apparaisse dans la plate-forme européenne SNETP2. Tout pays pou-vant justifier d’une activité de R&D de plus de deux instituts et d’un nombre assez faible de chercheurs peut en faire la demande, et la France pourrait le faire. La coordination internationale est biengérée par l’AIEA et le GIF. A ce sujet, l’AIEA ne peut mettre en place des groupes de travail dédiés que sur sollicitation d’Etats membres. La France pourrait là encore en faire la demande avec le soutien d’autres pays intéressés par cette technologie et il y en a ! L’AIEA a organisé une réunion de réflexion sur les technologies RSF en 2016 avec une quinzaine de pays.

(1) Generation IV International Forum a été créé en 2000 par les USA pour une coopération sur toutes filières de la GEN IV.2 SNETP est une plateforme créée en 2007 pour soutenir et promouvoir l’exploitation sûre, fiable et efficace des sys-tèmes nucléaires civils de Génération II, III et IV . Depuis mai 2019, le SNETP opère en tant qu’association internationale à but non lucratif (INPA) de droit belge poursuivant des objectifs de mise en réseau et scientifiques. Elle est recon-nue comme plateforme européenne de technologie et d’innovation (ETIP) par la Commission européenne.

VERBATIMS :

John Laurie, consultant

La Chine construit un prototype du réacteur à sels fondus. Le démarrage est prévu en mars 2021.Voici leur projet : https://fissionliquide.files.wordpress.com/2020/11/tmsr-site-plan-fr.pdf

Donner aux Etats la capacité de pouvoir choisir le nucléaire en toute indépendance et en coopération

Du Schengen nucléaire à la coopération structurée permanente… comment permettre aux Etats nucléaires européens d’avancer ?

Dans leur recherche pour permettre aux Etats membres de construire une filière, partager les enjeux de R&D et de formation, mutualiser des dépenses sans être bloqués dans leur ambition et leur action par l’unanimité (et en particulier par les EM qui s’opposaient au nucléaire), Les Entretiens Européens avaient organisé en 2009 et 2010 toute une série de conférences pour examiner la faisabilité d’un « Schengen Nucléaire ». C’était une proposition d’Anne Lauvergeon lorsqu’elle était PDG d’Areva, que nous avions reprise avec Dominique Ristori, alors en charge du secteur nucléaire à la DG Energie et Transports et mise dans le débat public.Une proposition qui s’est avérée compliquée et irréalisable car il aurait fallu créer un nouveau traité, et celui de Schengen n’était pasobligatoirement le bon modèle. La Coopération structurée permanente (CSP) en est un autre, d’autant plus intéressant qu’il s’inscrit dans les Traités. Mais il est réservé à la Défense. Serait-il transférable ? Nous avons voulu y voir plus clair et c’est pourquoi, nous avons interrogéle Général Jacques Favin Lévêque, membre du bureau d’EuroDéfense.

CFH

Le modèlede la Défense

La création d’un cadre intergouvernemental a été un palliatif à la dif-ficulté d’instaurer une défense commune au niveau communautaire. L’exercice n’a pas été facile : il aura fallu 15 ans – de 2002 à 2017 – pour persuader de l’intérêt de créer une coopération structurée permanente qui si elle est un beau succès, nous dit le Général Jacques Favin Lévêque – est « en dérive » par rapport à l’objectif initial.Le concept de coopération structurée per-manente (CSP) date de la Convention Giscard en 2002, un concept pour lequel Michel Barnier a marqué un vif intérêt. L’idée – qui était de créer un noyau dur pour la défense commune dans le cadre inter-gouvernemental – a été développée dans de nombreuses études, et en particulier au sein du réseau d’EuroDéfense, avec l’objectif de l’inscrire dans le projet de Constitution de 2005, puis dans le traité de Lisbonne en 2008.C’est en juin 2017 que le Conseil Européen – après la mise en cause (verbale) de l’OTAN par le Président TRUMP et avec le Brexit qui fragilise la défense européenne – décide d’avancer en matière de défense com-mune, et propose de lancer la Coopération Structurée Permanente. « Les Etats membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires et qui ont souscrit des engagements plus contraignants en vue des missions les plus exigeantes établissent une Coopération Structurée Permanente dans le cadre de l’Union ». La C.S.P. s’adresse aux pays qui souhaitent et qui peuvent aller plus vite et plus loin vers une défense et une industrie communes. Elle est ouverte à tous les pays qui accepteront de faire un effort significatif dans ce domaine1.

La France et l’Allemagne à l’initiative, avec deux visions différentes

L’initiative pouvait être lancée par au moins 2 Etats Membres et devait obtenir un accord à la majorité qualifiée : c’est la France et l’Al-lemagne qui saississent le Conseil européen lors de sa réunion du 15 décembre 2016… C’est au Conseil des Ministres franco-alle-mands du 7 juillet 2017 qu’une structure de coopération ambitieuse et inclusive est dis-cutée pour les Etats participant à la C.S.P. : porter leur budget de Défense à 2% du PIB, dont 20% en investissement, d’harmoniser leurs besoins capacitaires, renforcer l’intero-pérabilité de leurs forces, et développer des programmes communs au sein de l’Agence Européenne de Défense.Mais l’ambition s’est heurtée à deux visions contradictoires, celle de la France qui don-nait priorité à l’engagement opérationnel avec des critères d’accès à la CSP plus durs, celle de l’Allemagne qui donnait prio-rité à une solidarité et à la diplomatie pour convaincre le plus possible d’Etats Membres. Le 13 Novembre 2017, la Haute Représen-tante annonce que 23+2 Etats membres ont notifié leur volonté de lancer la CSP et de souscrire à vingt engagements juridique-ment contraignants. Le Conseil Européenofficialise la création de la CSP le 14 Décembre 2017. Un beau succès diplomatique, mais une dérive par rapport à l’objectif initial.

La CSP a agi en catalyseurde projets… mais peu sont opérationnels

Une fois décidée et son périmètre défini, la nouvelle structure agit en catalyseur de Donner aux Etats la capacité de pouvoir choisir le nucléaire en toute indépendance et en coopération projets pour la défense commune : une pre-mière vague de 17 projets est suivie d’une deuxième, puis d’une troisième vague, ce qui porte à 47 le nombre de projets communs2. Certains sont largement inclusifs. La plupart sont capacitaires ou institutionnels, peu sont d’ordre opérationnel. La structure réunit les ministres de la Défense des 25 Etats participants à la CSP3. Elle est vir-tuelle, bénéficie du soutien et des capacités d’accueil du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et de l’AED, l’Agence euro-péenne de Défense. Les décisions sont prises à l’unanimité pour le respect des principes de base et pour l’entrée de nouveaux par-tenaires, et à la majorité qualifiée dans les autres domaines. Il faut l’unanimité sur les ob-jectifs et la conduite de chaque projet, et leur coordination avec le FED (Fonds européen de défense) est faite par le Haut Représen-tant et le SEAE (arbitrage technique de l’AE) Une question est encore en débat : les pays tiers (UK, USA, etc…) pourront-ims être asso-ciés aux projets CSP ?La CSP est spécifique du domaine de la dé-fense. A la lettre, seule la coopération renfor-cée serait applicable au nucléaire civil, avec notamment l’obligation de réunir au moins 9 participants. Sera-t-elle transférable au sec-teur de l’énergie nucléaire ? La question est entre les mains des Etats qui auraient envie de coordonner leurs efforts et d’avancer vers une stratégie commune.

Général Jacques FAVIN LEVÊQUE Membre du bureau d‘EuroDéfense

Rester dans le cadre du Traité Euratom, et préserver la neutralité énergétique pour tous

L’Union européenne est un club qui par-tage des objectifs communs et s’engage à travailler ensemble pour les atteindre.En tant qu’États membres de l’UE, nouspartageons en effet de nombreux objectifs – du moins au niveau le plus élémentaire – et c’est un très bon début. Cependant, nous différons parfois quant au chemin à suivre pour leur réalisation. La diversité est l’essence même de la vie et, en tant que telle, elle est aussi celle de l’Union européenne. Un club dont les membres diversifiés poursuivent des objectifs communs n’est pas une contradic-tion dans les termes si nous faisons preuve de sagesse, en gardant les yeux sur l’objec-tif, tout en acceptant et en respectant lesdivergences inévitables. Un de nos objectifs communs – de la plus haute importance – est l’atténuation du changement climatique. Nous nous enga-geons tous à l’atteindre grâce à nos efforts conjoints. C’est cependant dans la nature de ces efforts que nous pouvons varier, ce qui est le mieux illustré par le désaccord sur le rôle de l’énergie nucléaire. Je n’insisterai pas, bien que cela découle du traité Euratom, mais la construction de centrales nucléaires devrait être un objectif partagé par tous les États membres. L’énergie nucléaire sert l’atténua-tion du changement climatique (à laquelle elle est indispensable selon les grandes organisations internationales), elle profite à tous les États membres et ne peut se limiter à quelques centrales nucléaires en exploitation.Une coopération plus étroite des État membres intéressés dans le domainenucléaire et, ce qui est important – ancrée dans le cadre institutionnel de l’UE – amé-liorerait certainement la visibilité de l’éner-gie nucléaire et les intérêts des États qui ladéveloppent.Cela ne résoudra pas tous les problèmes avec lesquels nous luttons. Il s’agit de créer de véritables règles du jeu équitables pour tout le monde sur le marché auquel nous participons tous. La coopération structurelle ou toute forme de coopération renforcée est certainement une option intéressante, en particulier pour des installations communes contribuant au développement de l’énergie nucléaire, comme des centres de recherche ou des installations d’essai de matériaux. C’est aussi une excellente perspective pour la coopération réglementaire, y compris la normalisation de la conception.Mais avant tout, c’est une excellente occasion de renforcer les ressources humaines, avec l’aide de centres de formation communs, de programmes d’échange de personnel et d’innombrables autres opportunités qui existent. Tous ces domaines sont vitaux pour rétablir l’excellence européenne durement acquise dans le domaine des technologies nucléaires et accroître la compétitivité du sec-teur dans le marché difficile et les conditions réglementaires auxquelles nous sommes confrontés. Il est assez drôle que la coopéra-tion structurelle calquée sur le secteur de la Défense puisse servir de moyen d’autodé-fense du secteur nucléaire, mais il ne faudrait pas encourager une mentalité de siège.Je voudrais cependant terminer en souli-gnant deux points. Premièrement, le déve-loppement de l’énergie nucléaire est sou-tenu par le traité Euratom auquel tous les États membres ont adhéré et ont décidé de maintenir en vigueur. Et, plus important encore, cela sert notre objectif commun de lutte contre le changement climatique.Deuxièmement, je voudrais souligner lanécessité de continuer à plaider en faveur de la neutralité technologique et de l’égalité des chances au sein de l’Union européenne, qui ne devraient pas être écartées par les déve-loppements d’une coopération structurelle.

Michal KURTYKA Ministre du Climat et de l’Environnement,Pologne

VERBATIMS :

Henri Prévot – Une réflexion commune avec les acteurs de la Défense est cer-tainement une bonne idée. Mais si, juri-diquement, une coopération structurée permanente n’est pas possible (puisque celle-ci ne peut s’appliquer qu’aux a faires de Défense), on pourrait utiliser la possibi-lité de « grands projets d’intérêt européen ».

Véronique Parante- Pourquoi ne pas mettre toute cette intelligence et tous ces moyens au service de l’énergie solaire ? Le nucléaire suscite la «méfiance» et dans un monde où les gens se méfient de leurs politiciens, la nature apparaît comme une solution possible. Certes, elle tue quand la science guérit, mais la nature semble plus transparente et honnête.

Jean-Pierre Lowys – Ecole des Mines –Merci et bravo pour ce colloque riche, instructif et de haute tenue.

Jacques Delarosière, BNP PARIBAS – Bravo ! J’ai lu les comptes-rendus desEntretiens. C’est direct et courageux

TAXONOMIE :Le nucléaire en attente d’une décision

La taxonomie est un système de classifi-cation qui concerne les investissementsdurables à l’échelle de l’UE1. Elle sera un réfé-rentiel pour les investisseurs et les entreprises, une base pour la création de standards européens verts pour les produits financiers et pour les garanties et autres incitations publiques dont ils pourront bénéficier. En ce sens, on comprend l’enjeu de la première « liste verte » qui devrait définir les activités retenues pour une application en 2021. Alors que l’énergie nucléaire contribue à la transition vers une économie décarbonée, la Commission – sous pression allemande – a confié au Centre commun de recherche (JRC) « une analyse technique plus appro-fondie » afin d’examiner l’impact environne-mental de cette énergie au vu des déchets radioactifs qu’elle produit. Une décision d’autant plus étonnante que la Commission connaît bien les solutions actuelles de stoc-kage géologique qui font l’unanimité dans la communauté scientifique2, et qu’elle est censée suivre les plans nationaux des Etats exigés dans le cadre de directives qu’elle a elle-même proposées. Par ailleurs, la Com-mission sait que les déchets d’aujourd’hui deviendront les ressources de demain pour les futurs réacteurs, comme on l’a encore entendu lors des Entretiens Européens.

Des arguments scientifiques face aux attaques idéologiques

Les conclusions devraient être publiées sous peu, la Commission émettra alors des actes délégués d’ici à la fin 2021 afin d’éta-blir des critères concrets sur la taxonomie. L’Allemagne ne désarme pas. Dans une lettre adressée aux institutions, la députée Kotting-Uhl a contesté la décision de la Commission de confier au JRC « fruit du programme Eura-tom et financé par lui » et a déjà annoncé la couleur : le JCR est partial et n’est donc pas en mesure de « rendre une analyse objective ».Espérons que le JRC – qui se décrit lui-même comme un groupe scientifique neutre – en-tendra les arguments scientifiques et éthiques des gestionnaires des déchets, pour leur mise en œuvre partout (y compris dans les pays en retard comme l’Allemagne !), et qu’il proposera d’inclure le nucléaire dans la taxo-nomie. Car si le but de celle-ci est d’arriver à un nouveau modèle économique renonçant aux énergies fossiles pour se recentrer sur des énergies sobres en carbone, alors elle doit inciter le monde de la finance3 à orienter les fonds vers des investissements durables comme le nucléaire.

CFH

VERBATIMS :

Eric Maucort, SLC (Sauvons Le Climat) – Si c’est aussi clair que le futur européen est nucléaire et renouve-lables, alors la Commission devrait condam-ner tout Etat qui ferme une centrale (comme l’Allemagne et la France avec Fessenheim), sans l’avoir préalablement remplacée par un équivalent en production décarbonée en continu.

Anna Veronika Wendland – Je suis d’accord avec Eric Maucourt. La Commission devrait prendre des mesures, mais elle devrait alors s’opposer à l’un des Etats les plus influents! Le gouvernement allemand n’est pasenclin à reconsidérer la sortie du nucléaire :il se targue d’avoir «remplacé le nucléaire par des énergies renouvelables», bien qu’en réalité, on a remplacé le nucléaire fiable par du lignite et du gaz naturel fiables, mais pas par des renouvelables peu fiables.

Elizabeth Neau, CFE-CGC Energies- Le pre-mier groupe d’experts avait fait part de son incompétence à statuer sur le nucléaire. Pourquoi la Commission a-t-elle mis un an et demi à en constituer un nouveau ? Elle s’apprête à publier les actes délégués, pour-quoi ne pas repousser cette publication, respecter la neutralité technologique etMonsieur le Premier Ministre,A la veille du Conseil des 12 et 13 décembre 2019, j’ai le plaisir de vous adresser ces options et recommandations issues des Entretiens Européens que nous avons organisés à Helsinki les 12 et 13novembre derniers sur le thème : « Le nouveaunucléaire en Europe, une réponse aux mutations électriques de nos sociétés ? » Les Entretiens Européens ont rassemblé 150personnalités du secteur énergétique et de sec-teurs industriels gros consommateurs d’électricité, ainsi que des collectivités locales d’une douzaine de pays d’Europe1 et la Commission européenne. Nous souhaitons ainsi contribuer à la réflexion et à l’action pour une Union de l’énergie capable de répondre tout à la fois à l’impératif climatique, à l’impératif industriel et à l’impératif de solidari-té dans un contexte de grandes mutations de nosmodes de vie et de production. En effet, nos sociétés consomment et consomme-ront de plus en plus d’électricité2. Nous soutenonsUne contribution pour une révision de la stratégie énergétique européenneLettre ouverte à la Présidence de l’Union européenneA Monsieur le Premier Ministre de Finlande,Présidence de l’Union européenne, Copie à la Présidence de la Commission européenneet aux Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UEl’objectif d’une économie décarbonée, mais nous sommes convaincus que nous ne pourrons nouspriver d’aucune source et que le nucléaire, qui a permis de consolider notre union et a favorisé la prospérité, est un allié dans cette perspective. L’Europe affiche l’ambition d’être à l’avant-garde dans la lutte contre les changements climatiques. Notre nouvelle Présidente de la Commission pré-tend devenir le 1er continent sans empreintecarbone dès 2050 et propose un « pacte vert » aux Etats. Nous soutenons tous les efforts qui iront dans ce sens. Mais nous avons voulu comprendre pour-quoi les résultats ne sont pas au rendez-vous de nos engagements. Pire, notre marché de l’énergie dys-fonctionne et nous émettons de plus en plus de gaz à effet de serre en Europe, mais aussi dans le monde. Proposer de réduire notre consommation éner-gétique par deux sans dire comment faire pourréaliser une profonde décorrélation entre le PIB et la demande d’énergie, restera un vœu pieux. 1 Venus de Belgique, Bulgarie, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Pologne, Roumanie, Royaume Uni, Slovaquie, Russie, Suède et même du Kenya, ils ont débattu avec des chercheurs de grands instituts comme l’OCDE ou le CNRS et la Commission européenne. Le colloque a été ouvert par Liisa Heikinheimo, directrice générale adjointe du Département de l’Energie du Ministère des Affaires économiques et de l’Emploi de Finlande.2 La production électrique a augmenté de 35% à 150% dans le mix énergétique en 2018 et tous les scénarios de consommation électrique sont à la hausse : dans les nou-veaux secteurs comme les transports, les technologies de l’information et de la communication avec le digital, ou dans le secteur du chauffage-climatisation…Rapprocher – Débattre – FraterniserEntretiens Européens d’HelsinkiLesLe nouveau nucléaire, un allié pour le climat et une économie décarbonéeSupplément de La Lettre des Entretiens Européens – Décembre 2019Les Cahiers des Entretiens Européens d’ASCPEUNE NOUVELLE ÈRE ÉLECTRIQUE AVEC LE NOUVEAU NUCLÉAIREA NEW ELECTRIC ERA WITH THE NEW NUCLEARAvec le soutien deRapprocher – Débattre – Fraterniserdes Entretiens Européens Les CahiersLes Entretiens EuropéensHelsinki – 12, 13 & 14 novembre 2019Février 2020 – 20 € Lu dans Science et Vietraiter sur un pied d’égalité toutes les éner-gies décarbonées ? La situation s’apparente à une procrastination qui envoie un signalnégatif aux investisseurs et inquiète lessalariés sur l’avenir de leur industrie !

Gérard Bonhomme, professeur émérite : Voici un article pour illustrer les ambigüi-tés dans le débat sur la filière hydrogène : https://theconversation.com/debat-lhy-drogene-produit-par-les-seules-renouve-lables-ni-possible-ni-durable-148663

Georges Sapy, SLC (Sauvons Le Climat) – Comme cela a bien été souligné, la grande question est de coaliser tous les pays favorables au nucléaire pour arrêter de se faire entrainer dans la politique allemande, qui mène droit au désastre : dernière preuve, contenue dans la dernière mouture parue ce jour d’une étude réali-sée par Agora Energiewende, Agora Ver-kehrswende et la Stiftung Klimaneutralität avec le soutien de Prognos AG, Öko-Institut et l’Institut Wuppertal, qui prévoit en 2050 d’utiliser 432 TWh/an d’hydrogène ou com-bustibles synthétiques qui en sont dérivés, dont 348 TWh soit 80 % seront importés !!!D’où ??? Voilà où mène la peur irrationnelle du nucléaire et l’idéologie associée

La Finlande, élargir les coopérations avec les pays nordiques à toute l’Europe

Lors des Entretiens Européens d’Helsinki en 2019, Liisa Heikin-heimo avait expliqué que les perspectives de développement du nucléaire en Finlande avaient le soutien de la population1. Si le changement clima-tique pèse dans la balance, il faut sur-tout comprendre le rôle des acteurs de la filière dans ce résultat nous avait-elle dit. Aujourd’hui, elle souligne le rôle des coo-pérations qui se sont développées dans le pays à tous les niveaux entre les acteurs privés, avec les acteurs publics, et dans les pays nordiques. Elle appelle à plus de coopérations à l’échelle de l’Europe.L’énergie nucléaire a un rôle important si nous voulons atteindre nos objectifs enFinlande et dans l’Union européenne, et pour ce qui concerne notre pays, nous avons décidé d’augmenter la part du nu-cléaire dans le mix énergétique de 32% de l’électricité produite actuellement à 40%. C’est un chiffre élevé qui anticipe les be-soins de l’industrie et les mutations dans les modes de transport et le chauffage urbain.Pour l’atteindre, nous avons un programme important avec la prolongation de ladurée de vie de nos centrales, la mise en service de l’EPR Olkiluoto 3, et de nouveaux projets dont Hanhikivi 1, et pourquoi pas demain des SMR pour le chauffage urbain.Des coopérations tous azimuts La Finlande coopère à l’échelle internatio-nale. Elle participe aux forums des grandes organisations comme l’AIEA, ou l’AEN, et à l’ENEF comme membre de l’Union euro-péenne. Nous avons développé de très bons contacts et pour le Ministère, il est important de participer à ces forums où s’échangent réflexions et expériences.Faut-il bâtir une coopération structurée permanente à l’échelle de l’Union euro-péenne avec les Etats qui le souhaitent ?Chacun sait que le nucléaire est une indus-trie particulière, et que la sûreté doit être partagée. Nous devons éviter les incidents dans les centrales à partir du premier jour jusqu’à son terme, ce qui nous oblige, avant même de lancer la construction, de réfléchir à son vieillissement. Et de ce point de vue, les expériences et les connais-sances des autres sont utiles et nécessitent beaucoup de coopération. Même si toutes les centrales sont uniques. En Finlande, les détenteurs de licences et le régulateur na-tional ont développé le projet KELPO visant à développer un processus normalisé de licences2.Dans les pays nordiques, la coopération est presque naturelle, et nous avons des coopérations bilatérales selon les types de réacteurs, avec la France pour l’EPR ou avec la Russie pour les VVER… ou encore avec la Suède où nous échangeons toutes les informations utiles à propos d’un réac-teur pour la prolongation de sa durée de vie. Nous avons développé beaucoup de coopérations dans la recherche, et aujourd’hui, nous sommes prêts concer-nant les SMR. C’est dans la formation des jeunes générations que nous devons mettre tous nos efforts, en mutualisant lesfinancements.Pour une égalité de traitement entre les énergies décarbonéesEn Finlande, les entreprises d’électricité nucléaire sont privées : elles doivent sup-porter tous les coûts. L’industrie finlandaise a une longue tradition de modèles de fonctionnement collaboratif. Les entre-prises dites Mankala sont détenues pardifférents actionnaires utilisateurs de l’élec-tricité produite. Mais les investissements dans les projets sont plus longs et plus lourds et elle demande l’égalité de traite-ment avec les autres technologies décar-bonées, et notamment de bénéficier de la taxonomie sur le financement durable.Liisa HEIKINHEIMODirectrice générale adjointe,Département Energie au Ministèrede l’Economie et de l’Emploi en Finlande

KELPO, une initiativede l’industrienucléaire finlandaise

Le projet réunit les entreprises TVO, Fortum et Fenovoïma. STUK, l’Autorité de sûreté finlandaise, y participe en tant qu’observateur. Ses Objectifs : mettre en pratique une approche graduée ; permettre l’utilisation d’équipements standard industriels de haute qualité ; assurer un réseau complet de fournis-seurs et la disponibilité d’équipements de haute qualité ; renforcer la coopé-ration entre les titulaires de licence en Finlande, dans les pays nordiques et en Europe.Lors de son intervention à la conférence de l’ENSREG1 du 7 juin 2019, Maria Palo, ÅFProject Manager en charge du projet KELPO, a demandé un dialogue entre les titulaires de licences dans différents pays, le partage des bonnes pratiques et une harmonisation au sein de l’Europe :« l’ENSREG devrait mettre l’harmonisa-tion et l’utilisation d’équipements aux normes industrielles à l’ordre du jour. Ensemble, créons un avenir où l’indus-trie nucléaire européenne peut attirer les meilleurs fournisseurs ».

VERBATIMS :

Roberto Passalacqua, Commissioneuropéenne -En Suède et en Finlande, la confiance dans les décideurs est relativement élevée. Ce n’est pas le cas dans de nombreux autres pays de l’UE. Nous, ingénieurs et scientifiques, devrions faire plus pour convaincre les décideurs et le public, et montrer qu’aujourd’hui les incidents dans une centrale nucléaire ne causent aucun dommage (l’amélioration de la sécurité élimine déjà le besoin d’évacuation pu-blique) et que concernant les déchets nucléaires, une économie circulaire est déjà partiellement mise en œuvre.

Mobiliser le Parlement européen dans un dialogue avec la société

A l’initiative de la péti-tion sur la taxonomie, Christophe Grudler, député européenmembre de la com-mission Défense et de la commission Energie au sein du Parlement européen, défend le nucléaire sans lequel, il sera « impossible de réussir le Green deal ».Il propose pour ce faire de créer un inter-groupe informel.La France a une responsabilité majeure pour gagner la reconnaissance dunucléaire en Europe. Elle ne doit pas avoir le nucléaire honteux mais jouer son rôle de façon plus affirmée. Etre pro-active ne veut pas dire porter l’étendard du nucléairebêtement, ce qui serait négatif pour le grand public.Nous devons travailler avec les pays qui le souhaitent. Réunis dans un groupe au sein du Parlement, nous sommes dix pays dont la Pologne, partenaires naturels, et nous pourrions pourquoi pas construire quelque chose de plus structuré.Ceci-dit, le Green deal a réaffirmé la place du nucléaire comme une composantetotale : il propose de produire 80 GW d’élec-tricité nucléaire dans le mix pour atteindre les objectifs zéro carbone. La Commission le reconnaît : l’objectif de décarbonation en 2050 ne pourra être atteint qu’avec le nucléaire.C’est dans ce contexte que je mène une action pragmatique : je crois au Green deal et c’est pourquoi je veux le nucléaire. Etj’essaie de gagner la majorité du Parlement face aux « opposants anti-nucléaires » :ainsi à l’occasion de la COP 25, lors du vote d’une résolution pour le Climat, j’ai déposé un amendement avec les députés pour reconnaître le nucléaire comme une com-posante pour atteindre les objectifs, et ce malgré les réticences1.En mars dernier, révolté par les conclusions du rapporteur anti-nucléaire qui a détrico-té l’accord intervenu entre le Parlement et le Conseil sur la taxonomie, j’ai lancé une pétition signée par soixante députés2. Alors qu’on a réuni tous les experts pour listerles activités, le nucléaire a été traité à part.On attend le nouvel acte délégué : et je suis prêt à saisir de nouveau le Parlementeuropéen s’il le faut.Par ailleurs, je suis choqué par le fond de transition juste . Il n’est pas juste ! Ce fonds doit financer la sortie du charbon… On va soutenir le gaz et pas le nucléaire. Si ça ce n’est pas du dogme…Comment aller plus loin ? Nous nous inter-rogeons sur la création d’un intergroupe,mais peut-être dans une forme « plus confidentielle », pour pouvoir agir efficace-ment, avec finesse et éviter les étiquettes. Cet intergroupe serait actif auprès desinstitutions communautaires et des gouver-nements de chaque pays3. Par ailleurs, je crois aux alliances euro-péennes. Nous en avons créé une sur l’hydrogène où la vision allemande d’un hydrogène produit à partir du gaz (ou des EnR quand on saura stocker l’électri-cité) s’oppose à la vision française d’un hydrogène décarboné produit à partir du nucléaire. Nous en avons également créé une sur les SMR suite à la réception par l’ancien Commissaire à l’Energie Canete d’acteurs américains à Bruxelles pour van-ter leur technologie, alors que nous avons des prototypes en Europe. Il y a quelques millions d’€ pour cette technologie, ce qui n’est pas grand-chose et on attendtoujours les financements. Les sociétés doivent travailler beaucoup plus avec le Parlement européen qui est un allié plus sûr que la Commission euro-péenne. Celle-ci est un exécutif. Elle fait ce que le Conseil lui demande, et le Par-lement européen peut objecter, voter contre. Il réagit à chaque texte réglemen-taire et il a plus de leviers pour s’opposer etproposer…

Christophe GRUDLER Député européen – France

VERBATIMS :

Serge Dauby – Peut-être que ce serait au Parlement européen de se rappro-cher plus de la société ! La logique en son sein est la même que celle qu’on connaît au sein du gouverne-ment belge où un seul parti a pu fairebasculer la majorité et ce de façondogmatique. Or, on le sait, nous avonsnos « ayatollah » au sein du Parlement !

Claude Fischer Herzog– Les clivages nationaux sont très puissants au sein du Parlement européen ! Plus encore que les clivages partisans. Difficile d’en faire un allié. C’est plus facile avec la Commis-sion qui pense l’intérêt général européen. C’est elle qui propose, et quand elle propose bien, ça change tout ! Certes, quand elle est sous influence, ça change tout aussi : la proposition de 80% d’EnR en 2050 nous entraîne dans l’impasse. Or, pour décarboner, on peut y arriverautrement. Il faut revoir les objectifs !

Les Entretiens Européens– L’hydrogène, le SMR, tout le monde est d’accord ! C’est une question de temps. Mais surtout, im-possible de renouveler le parc européen avec des SMR ! Il faut batailler sur le dur du dur, et attirer les investisseurs pour la construction des centrales de 1000 MW ou de type EPR ! Lors d’une rencontre à Cherbourg, nous avions proposé la création d’un pôle de compétitivité pour le nucléaire ! La CCI avait souhaité le spécialiser sur la santé… qui n’était pas un sujet ! C’est l’énergie qui posait pro-blème. Il ne faut pas fuir les sujets qui fâchent, mais mener la bataille ! Car c’est une bataille, et si on veut la gagner, il faut mobiliser les acteurs du secteur et ceux de la société civile.

Question/réponse – Comment se com-porte Pascal Canfin au sein du Parlement ?Il a voté la « transition juste » et les 27 mil-liards pour le gaz ! Il s’en est expliqué :« ça pollue moins que le charbon ». C’est sûr ! Ce qui ne l’a pas empêché de voter contre le nucléaire… et de se réclamerd’ « une victoire majeure » lors de l’accord du 9 décembre sur les fonds structurels mettant fin au financement des fossiles en 2025. Hypocrisie, quand tu nous tiens.

Des perspectives pour le nucléaire et son rôle de service public

La Commission euro-péenne soutient Les Entretiens Européens depuis leur création en 20021. Lors de ses conclusions, Massimo Garribba, le directeurgénéral adjoint de la DG Energie, a salué la richesse de cette 18ème édition. Les débats ont été une nouvelle occasion de partager desexpériences et des expertises, confronter les différentes vues et les opinions, et de disposer ainsi d’une vision consolidée des tendances et évolutions qui parcourent le secteur nucléaire en Europe sur l’ave-nir du mix électrique et de la politiqueénergétique européenne. La première chose que l’on peut observer est que les perspectives pour le nucléaire ont changé dans les débats sur la transition énergétique. Le nucléaire aura un rôle à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique et notre ambition de décar-bonatation jusqu’à 2050, et restera uneoption énergétique importante pour les États Membres qui souhaitent l’utiliser dans leur mix énergétique. L’électricité est un service public essentiel. Pendant l’épidémie de Covid, le nucléaire a rempli tout son rôle en assurant la fourni-ture d’accès et d’approvisionnement dans des conditions de sûreté. Ce qui permetaujourd’hui de discuter de façon positive de sa place dans le mix énergétique avec les régulateurs et les opérateurs. Fédérer toutes les sourcesbas-carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serreNous savons que nous aurons besoin de fédérer toutes les sources d’énergie bas carbone pour atteindre nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, et la complémenta-rité du nucléaire et des EnR sera essentielle dans les mix énergétiques pour l’avenir. Tout en reconnaissant que le système d’électricité sera largement fondé sur les EnR, la nouvelle stratégie d’intégration du système énergétique de l’UE n’exclut pas la contribution du nucléaire. Dans tous les documents de la Commission, que ce soit« Planète propre » ou « la stratégie à l’hori-zon 2050 »2, le nucléaire est mentionné avec une prévision de puissance égale à celle d’aujourd’hui. Ce qui représentera un effort industriel énorme pour rester aux mêmes capacités de production, car malgré la pro-longation de la durée de vie des centrales, il faudra investir pour remplacer les plus vieilles… Dans le « PINC », nous avons évalué ces investissements à 400 milliards d’euros.De nouvelles perspectivesavec les SMRLes nouvelles technologies des réacteurs offrent un certain nombre de caractéris-tiques améliorées (renforcement de la sûre-té, diminution des déchets radioactifs, plus grande flexibilité opérationnelle, etc.) ou-vrant ainsi de nouvelles perspectives pour l’énergie nucléaire. On peut mentionner les SMR, très à la mode, complémentaires avec les réacteurs traditionnels et qui pourraient jouer un rôle important à l’avenir. Certaines entreprises ont bien noté le besoin d’investir dans le parc existant, mais aussi dans des nouvelles technologies, et d’accé-lérer le développement des SMRs en Europe. Les acteurs internationaux (comme lesÉtats-Unis) ciblent le marché européen. Laréponse de l’industrie nucléaire de l’UEdevrait être plus visible dans ce contexte, et cela nécessite une stratégie cohérente de l’Union européenne. Une première étape pourrait être un évène-ment sur les SMRs, réunissant l’industrie nu-cléaire, les autorités de sûreté nucléaire et les pouvoirs publics de l’UE dans la première partie de l’année 2021. Les discussions entre les parties prenantes européennes permettront d’élaborer des perspectives sur la mise en place d’une chaîne d’approvi-sionnement européenne pour les SMRs, sur la coopération réglementaire de l’UE afin de rationaliser les procédures d’octroi de licences et d’identifier les domaines de synergies entre ces différents organismes.Donner une autre imagedu nucléaire et réduire ses coûtsJe souhaite insister sur notre politique euro-péenne qui garantit un niveau de sûreté élevé : nous devons en être fiers, car la sûreté est une carte de visite pour notreindustrie. Nous devons faire plus ! Car il s’agit de donner une autre image au nucléaire, et dans le même temps, réduire ses coûts. L’exploitation ne coûte pas cher, mais la construction des nouvelles centrales coûte cher. D’autant plus que trop souvent il y a des dépassements de budget et de temps !Quels sont les scénarios envisagés pour 2030 ? Après l’adoption du « Pacte vert pour l’Europe »3, les Etats ont défini leurs plans énergie/climat d’ici à 2030, et pour ceux qui le souhaitent, il n’y a pas d’obstacle au développement de leur parc nucléaire, à partir du moment où ils s’alignent sur les nouveaux traités et s’inscrivent dans le plan européen. Des Etats membres comme la Finlande, la Slovaquie, la Hongrie, ou la Bulgarie envisagent de compléter leur plan avec le nucléaire. La Pologne, la République tchèque ou la Roumanie ont des projets concrets qui sont déjà bien avancés.Travailler sur la fermeture du cycleL’industrie nucléaire et les Etats doivent mieux prêter attention à la taxonomie. Les difficultés sont liées au fait qu’on n’a sans doute pas assez travaillé sur la fin du cycle pour que les combustibles usés puissent être sources d’énergie4, ce qui ouvre la porte aux critiques et à leurs détracteurs. Mais ce n’est pasterminé. Le groupe d’experts rendra son rap-port en début d’année, ce qui permettra à la Commission d’examiner l’inclusion ou pas du nucléaire et sous quelles conditions dans les actes délégués et la taxonomie.Quant à la recherche sur le nucléaire du futur, il existe un budget mais limité comme d’ailleurs le budget global de l’Union euro-péenne qui, malgré sa revalorisation dans le contexte de la crise, représente moins de 2% du revenu national brut des Etats membres. Nous devons réfléchir à ce que chacun des partenaires peut faire pour ne pas disperser les fonds disponibles et créer de la valeur ajoutée. Je rappelle que le plus gros projet financé est ITER. C’est un projet pour l’avenir (comme la Génération 4), mais sa program-mation budgétaire est pour aujourd’hui : 5, 61 milliards dans le budget 2021-2027. ITER offre également des possibilités aux entreprises possédant une expertise dans le domaine nucléaire traditionnel et pour les-quelles ce budget pourrait s’avérer attractif.

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Massimo GARRIBBA Directeur Général Adjoint Responsable de la coordinationdes politiques EURATOM, DG ENER, Commission Européenne