EDF : Comment faire les comptes du Grand Carénage ? 

Cher Canard,

Une de tes plumes a fait le point dans le dernier numéro de la situation de lindustrie nucléaire en France. Je partage en partie l’état des lieux tel qu’il est fait dans cet article  dont le summum est peut-être cet incroyable affaire des dossiers de pièces non conformes aux normes pourtant validées par Le Creusot. 

Mais je ne partage pas ta façon de faire les comptes sonnants et trébuchants. Dès que l’on manipule des milliards d’euros (G€), il faut donner des éléments de comparaison. Une façon de procéder est, par exemple, de considérer ce que rapporte par an la vente de l’électricité produite. La vente de 400 TWh à un tarif de 50 €/MWh  rapporte 20 G€ par an. Avec cet ordre de grandeur en tête, voyons les dépenses.

La Cour des Comptes chiffre à environ 100 G€ le coût du Grand Carénage. Selon le rapport, cela représente les coûts d’investissements et d’exploitation associés aux mesures consécutives à Fukushima ET au prolongement de la durée de vie des centrales (dans ton article, il ne s’agit QUE des mesures post-Fukushima). Il convient aussi de préciser l’échelle de temps sur laquelle s’étend cette dépense, à savoir la période 2014-2030. Il s’agit donc de 6 G€/an. Et ces mesures vont permettre de prolonger les centrales de 20 ans, ce qui représente au total  une vente d’électricité de 400 G€.

Les coûts du démantèlement et de gestion des déchets sont évalués à 35 G€ pour l’un et 30 G€ pour l’autre, et là aussi, ces dépenses se répartissent sur des décennies.

Le bilan, c’est que ces dépenses ne changent pas fondamentalement le prix du kWh nucléaire, lequel demeure dans des limites tout à fait supportable, et en tout cas, bien moins chères que celui des renouvelables électrogènes, qui nécessitent la mise en place de réserves de stockage ou de back-up souvent négligées dans les coûts (le soleil ne brille guère la nuit et Eole souffle quand il en a envie).

Enfin, avant de pronostiquer, comme le fait Bernard Laponche depuis de nombreuses années, que le nucléaire est une industrie du passé, élargissons la perspective : il y a aujourd’hui environ 70 réacteurs en construction dans le monde, principalement en Asie, et plusieurs autres dizaines sont en projet. De nombreux pays émergents comprennent qu’ils ne pourront pas se passer du nucléaire pour remplacer le charbon. A force de vouloir détruire l’industrie nucléaire en France, est-ce qu’on ne contribue pas, une fois de plus, à permettre son transfert vers la Chine, laquelle, à l’avenir, deviendra dominante sur ce marché comme elle l’est devenue pour les éoliennes et les panneaux photovoltaïque ?

Jacques Treiner

physicien 

http://www.lecanardenchaine.fr

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