Non, grâce à son charbon, l’Allemagne ne risque pas le black-out, contrairement à la France…

encore un article peu rigoureux….

« German Green Party Collapsing In ‘Existential Crisis’ »

By @AndrewCFollett 

http://dailycaller.com/2017/05/15/german-green-party-collapsing-in-existential-crisis/

Il y a quelque temps, à partir de cet article qui parlait d’un épisode tendu d’approvisionnement allemand le 24 janvier 2017
(et lui attribue en plus des conséquences politiques), certains se sont interrogés pour voir s’il existait un rapport officiel allemand sur le sujet.

La réponse dégonfle complètement l’événement « du 24 Janvier » qui apparaît plutôt comme une lutte de communicants aux intérêts contraires, mal interprétée de plus par l’auteur de l’article.

L’article mérite donc un « classement vertical »…
En effet, il est toujours incroyable de voir le nombre de fausses informations et demi-vérités que certains journalistes arrivent à écrire sur une page.   

Les écologistes en Allemagne (Die Grünen) ont perdu des voix lors des 3 dernières élections régionales. Lors de la dernière élection fédérale en 2013, les écologistes ont atteint 8,4 % (63 sièges) et arriveront selon le dernier sondage du 19.5.2017 à 7 %. Qu’ils passent au-desous de la barre des 5 % serait souhaitable mais peu probable. La raison de cette perte de voix n’est certainement pas la situation d’approvisionnement en janvier 2017 mais surtout le fait que les grands partis ont repris les thèmes écologiques dans leurs programmes et que les citoyens n’attribuent pas de compétences particulières aux écologistes concernant les grands thèmes préoccupant les citoyens comme par exemple la sécurité, le terrorisme, les réfugiés, la nouvelle politique des États Unis, l’avenir de l’Europe.
 
Il y a eu cet hiver 2 épisodes avec une production d’EnR intermittentes (éolien, solaire) quasi nulle. La situation se répète, la production d´’EnRi est toujours quasiment inexistante les nuits sans vent, comme chaque fois que l’on passe d’une dépression à un anticyclone, mais grâce au parc conventionnel en back-up l’approvisionnement a toujours été assuré et l’´Allemagne a même exporté de l’électricité dans ces périodes tendues.
  

 

Il n’´existe pas de rapport officiel allemand analysant cet épisode du 24 janvier, peut-être l’agence fédérale de réseau en parlera-t-elle dans son prochain rapport annuel qui sort en octobre/novembre 2017. Mais on ne voit guère, actuellement, en quoi la situation du 24.1. mériterait un rapport spécifique.  
 

Analysons en détail la situation du 24.1. Vers 18 h la consommation était de 74,6 GW et l’exportation 1,1 GW : la production d’ENRi de 1,5 GW (2 % de la consommation), bioénergies 6 GW , STEP/Hydro 6 GW, nucléaire 7,6 GW, le parc conventionnel assurant le reste. Compte tenu du fait que l’Allemagne dispose actuellement d’un parc conventionnel d’environ 95 GW dont 85 GW thermique à flamme  il y avait encore une marge de sécurité.  

On peut vérifier soi-même les données soit sur le site Agora Energiewende soit sur le site Fraunhofer ISE.
 
M. Vassiliadis, chef du syndicat IG Bergbau, Chemie Energie a utilisé la situation d’approvisionnement du 24.1. dans une interview au Handelsblatt en mars 2017 pour mettre en garde contre les exigences démesurées, irréalistes et irréalisables de sortie du charbon d’ici 2025 comme demandé par certains écologistes. (On peut s´’étonner que cette discussion n’est pas entamée en France compte tenu de l’expérience de l’hiver passé : la réduction du nucléaire à 50 % d’ici 2025 est tout aussi irréaliste et irréalisable).
 
Résumé : La situation d´’approvisionnent du 24.1 était marquée par une défaillance des ENRi malgré 90 GW en éolien et solaire installés. Mais grâce au parc conventionnel il n’y avait aucun risque de black-out. L’Allemagne a eu ce jour un solde d’exportation de 1 à 5 GW, vers l’Autriche, la Suisse et temporairement la France (0 à 10 h et 18 à 24h)
 
Concernant la question : « ce qui va arriver aux 6 GW de puissance éolienne mentionnés »,  la phrase  « Germany will ditch 6,000 megawatts of wind power capacity by 2019 » ne repose sur rien.
On soupçonne que ce chiffre de 6 GW pourrait résulter d´’une étude de Deutsche Windguard GmbH de décembre 2016. Les subventions pour 6 000 éoliennes (4,5 GW) se termineront fin 2020 et jusqu’à 2026 s’ajouteront 1 600 éoliennes par an. Compte tenu du prix de l’électricité très bas actuellement sur le marché spot (29 € /MWh en moyenne sur 2016) l’exploitation des éoliennes sans subvention ne serait pas rentable. Il faudrait au moins un prix spot de 35 à 40 €/MWh. Les lobbyistes de l’éolien mettent en garde contre un arrêt de plusieurs GW d’éolien, si le prix spot restait au niveau actuel et réclament – comme on pouvait s’y attendre – l’arrêt des centrales à charbon pour assurer la survie des éoliennes. (La différence entre une énergie fatale et une énergie pilotable ne devrait pas jouer de rôle…. cela n’intéresse personne…)
 

Dans :
« The country’s trendy and ineffective energy policy already forced payments of $548 million last year to switch off wind farms » : le montant de $ 548 million est à peu près correct : 478 millions d´’Euro en 2015, dont 87 % pour l’´écrêtement de l’éolien, 8 % bioénergies et 5 % solaire.
 
« The average German paying 39 cents per kilowatt-hour for electricity » n’est pas exact non plus. Selon les sources officielles c’est 29 cent/kWh. Il s’agit sans doute  d’une faute de frappe ?

Conclusion.

Le solde net allemand était importateur le 24 janvier mais ces importations/exportations allemandes qui sont d’ailleurs fortement corrélées à la production éolienne signifient simplement que l’Allemagne se fournit hors de ses frontières pour profiter des cours les plus bas.
Le 24 janvier, les centrales nucléaires Phillipsburg 2 et Isar 2 (qui n’a redémarré que le surlendemain) étaient à l’arrêt, représentant 2 800 MW indisponibles. Et les 8 GW disponibles étaient donc à presque 100 % de taux de charge.
Charbon et lignite tournaient autour de 80%, mais effectivement, le parc disposait d’une réserve de puissance considérable en gaz, avec 9 GW effectifs sur 29 GW installés…
Et une dizaine de centrales à l’arrêt complet ou quasi complet.
Tous ces éléments sont consultables sur https://www.energy-charts.de/power_inst.htm

A besoins quasi constants depuis notamment 2002, l’Allemagne dispose donc même de 105 GW « pilotables » (ou du moins disponibles) si on compte la biomasse, contre 102 GW en 2002. Il est logique qu’ils puissent faire face à des baisses de vent…
Et juste pour mémoire, c’est le lendemain, 25 janvier que la France serait passée à un cheveu de la rupture d’approvisionnement, selon le communiqué du CCE d’EDF.

Annexe :

Le réseau, lui, est dépendant des voisins, gratuitement pour l’instant…

http://m.faz.net/aktuell/wirtschaft/energiepolitik/deutsches-stromnetz-in-einem-kritischen-zustand-15052863.html

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2 réflexions au sujet de « Non, grâce à son charbon, l’Allemagne ne risque pas le black-out, contrairement à la France… »

  1. Du fait des opérations de maintenance, des pannes temporaires, etc. qui conduisent à un taux de disponibilité qui est sensiblement inférieur à celui du nucléaire (ne serait que parce que le nucléaire investit beaucoup plus pour le suivi et la disponibilité, et la prévention), 85GW de fossile ne permettent jamais d’avoir tout à fait autant en disponible. Et l’indisponibilité est certaine encore augmenté par le suivi de charge très intensif que doivent gérer les centrales thermiques allemandes, qui fatigue les équipements (la littérature est abondante sur le fait que l’usure thermique des pièces est accélérée par le suivi de charge).

    Bref je ne suis pas certain que les Allemands avaient autant de marge que cela. Et si c’est vraiment le cas, il est mystérieux qu’ils n’aient pas de plan pour fermer ces 9GW de centrales gaz qui doivent être quasiment jamais utilisées et absolument pas rentables si elle ne le sont toujours pas dans une situation de tension comme celle là. Un point à étudier donc pour comprendre quand ces centrales servent réellement. Je viens de voir que les données de https://www.energy-charts.de/power.htm?source=gas&week=22&year=2017 ont été complétés pour préciser quelles unités tournent à chaque moment, une info indisponible jusque très récemment et qui pourrait permettre de comprendre mieux ce qu’il se passe.

    • NDLR : J.M.Desperier semble ne pas avoir bien vérifié les nombreuses données du site. Si le 24 janvier le plafond du gaz était à 9 GW sur le graphique, l’onglet puissance installée rappelle que c’est de 29 GW que dispose l’Allemagne et non 9 GW. Et que la plupart des centrales à gaz étaient à l’arrêt, même le 24 janvier.
      L’Allemagne sans vent importait ce jour là, mas seules les lois du marché en étaient la cause, et il ne fallait pas s’inquiéter pour l’approvisionnement allemand.
      Pour autant, l’Allemagne ne peut pas se passer de la moindre de ses centrales à gaz, en cas de longue période sans vent avec un froid intense. C’est pourquoi elle doit les subventionner pour rester à l’arrêt (12% de taux de charge pour le gaz en 2015, que la baisse du coût du gaz a fait remonter péniblement à 18% en 2016). Eon ayant menacé en 2015 de fermer Irshing 4 et 5 malgré 1 million d’euros annuels de subvention par unité.
      http://www.powerengineeringint.com/articles/2015/03/e-on-opts-to-close-irsching-gas-fired-power-plant.html
      C’est pourquoi, avec l’intégralité des moyens pilotables de 2002, à consommation égale, je ne vois pas comment on peut soutenir qu’elle risque aujourd’hui une rupture d’approvisionnement, même quand il n’y a pas de vent.
      D’ailleurs, pour l’Entsoe, en cas de période froide et non ventée, la France et l’Angleterre sont menacées de rupture d’approvisionnement, mais aucunement l’Allemagne. (P.J.https://www.entsoe.eu/Documents/SDC%20documents/MAF/ENSTOE_MAF_2016.pdf)

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