Consultation ASN sur l’EPR : la démocratie défouloir

La démocratie représentative suppose le vote. Puis une gouvernance guidée par l’expertise, jugée préférable à celle dictée par la rue.

La dérive actuelle vers la démocratie d’opinion, encouragée par le système médiatique et la publicité dont elle dépend, ainsi que par des politiciens ambitieux, conduit à affirmer que le nucléaire a manqué de concertation dans l’orientation avangardiste prise en 1974, et qu’un arbitrage consensuel des experts qualifiés doit être désormais assortie d’une « consultation » des citoyens. L’important semble donc être que chacun puisse verbaliser ses angoisses, avoir l’impression d’être écouté.

Pour relativiser ces témoignages angoissés de citoyens peu au fait des enjeux et réelles solutions climatiques, voici 6 positions personnelles trouvées sur le site :

https://www.asn.fr/Reglementer/Consultations-du-public/Consultations-du-public-en-cours/EPR-projet-d-avis-de-l-ASN-relatif-a-l-anomalie-de-la-composition-de-l-acier-du-fond-et-du-couvercle-de-la-cuve

1) le 27/07/2017 Pacha13
Projet d’avis de l’ASN relatif à l’anomalie de la composition de l’acier du fond et du couvercle de la cuve du réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville (INB n° 167)
Concernant la cuve de l’EPR, je note les points suivants : 1) le principe de précaution ne s’applique pas : on n’est pas dans une situation où on ne connait pas le risque, au contraire il a été très étudié et les résultats sont favorables 2) les exigences françaises sont les plus contraignantes au monde ; elles ont été encore durcies pour l’EPR 3) sur les résultats des essais : pas d’anomalie par rapport aux critères antérieurs (aux endroits où le flux neutronique est important, il n’y a pas de ségrégation ; aux endroits où il y a ségrégation, il n’y a pas de flux) ; les écarts dans des zones peu irradiées de la cuve ne présentent pas de risque, comme l’ont montré les nombreux tests effectués 4) sur le suivi : examens périodiques de la cuve grâce à un robot développé exprès depuis les premiers réacteurs ; éprouvettes permettant de réaliser un suivi périodique ; les autorisations sont données pour des périodes de 10 ans 5) Sur la procédure : ouverte en impliquant de nombreux experts français et étrangers, et transparente
à noter que pour le couvercle, pour lequel ces examens et ce suivi ne seront a priori pas possibles, l’ASN en a demandé le changement dès qu’un nouveau couvercle aura été fabriqué, avant même l’arrêt décennal En résumé, la procédure suivie est de très haute qualité, tout à l’honneur de la sureté nucléaire française qui est la plus exigeante au monde. Le principe de précaution ne s’applique pas à ces phénomènes étudiés et connus depuis des décennies. Les résultats sont acceptés et le suivi sera effectué durant toute la vie du réacteur, comme c’est le cas pour tous les réacteurs français. En conséquence, les doutes quant aux risques ayant été levés, le démarrage du réacteur EPR peut être autorisé selon la procédure en vigueur.

2) FMB

Faire confiance aux experts

Dans mon domaine professionnel (climat), j’estime avoir une compétence qui n’est pas partagée par le grand public. Je suis payé par l’état pour apporter une expertise indépendante et je trouve assez malvenu lorsque cette expertise est remise en cause par un public dont les connaissances du domaine sont très parcellaires.
J’essaye d’être cohérent avec cette attitude en faisant confiance aux experts des domaines que je ne maîtrise pas. Les experts de l’ASN et de l’IRSN ont donné un avis. J’estime que ces experts sont compétents. Leur avis devient donc le mien.
Je trouve extrêmement surprenant que on demande son avis au grand public sur un sujet aussi complexe. Il me parait clair que c’est là une mesure démagogique et que, au final, on ne tiendra aucun compte des avis donnés dans cette consultation (et je m’en réjouis au vu de la tonalité générale)

Francois-Marie Breon

3) DFe

Je suis pour la mise en marche de l’EPR de Flamanville et la fin du psychodrame qui se joue autour de lui depuis beaucoup trop longtemps Depuis la première mise en œuvre d’un REP, en 1957, premier d’une famille de 250, aucune fracture de cuve n’a été observée. Aucun évènement précurseur d’une telle fracture n’a été observée non plus. L’EPR étant considéré comme un progrès en matière de sûreté, obtenu à grands frais, par rapport aux 250 PWR précédents il est difficile de comprendre ce qui le rendrait plus fragile que ses prédécesseurs. La situation est d’autant plus incompréhensible que l’ASN a exigé qu’une fusion de cœur (qui, elle, est possible, même avec une très faible probabilité) ne provoque aucune irradiation notable des populations, avec des dispositions uniques comme le récupérateur de corium, une triple enceinte, des re-combineurs d’Hydrogène, des dispositifs de rejets filtrant les gaz radioactifs. La question posée sur la cuve, particulièrement le fond de cuve et le couvercle est extrêmement technique. Que signifie, dans ce contexte, cette consultation publique ? Le public doit-il être appelé à voter pour déterminer si on doit appliquer les lois de Carnot et de Newton, sans parler des théories d’Einstein. A quelle démagogie l’ASN s’arrêtera-t-elle ? A-t-elle, en compensation, l’intention de consulter les Académies des Sciences, des Technologies et de Médecine et de publier leurs avis ? Le résultat de cette consultation était attendu : un déluge de commentaires obtenus par copier-coller et envoyés par les militants anti-nucléaires, ne contenant que la répétition ad nauseam de leur mantra : Stop EPR, sortons du nucléaire. Aucune argumentation, de la pure propagande reprenant l’enseignement de Goebbels : mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Malgré ma réserve sur ce genre de consultation, espérant que certains lecteurs des commentaires auront encore le souci d’un vrai débat, je souhaite y apporter ma pierre. Si l’EPR n’est pas réalisé et s’il n’entre pas rapidement en fonction, ce serait un échec majeur d’Areva et d’EDF, qui signerait la fin probable de l’industrie de construction de réacteurs nucléaires française. Ce ne serait pas du tout le début d’une sortie du nucléaire, mais un échec industriel français de plus. Les concurrents de la France dans ce domaine, Russes, Chinois, Sud-Coréens, Indiens, Américains ne s’en plaindront pas. Les anti-nucléaires français iront danser sur la tombe d’AREVA et d’EDF-nucléaire. Car leur vrai ennemi n’est pas le nucléaire mais AREVA et EDF ainsi que les Ingénieurs, techniciens et ouvriers qui ont doté la France du meilleur système nucléaire du monde, un système qui a permis aux Français, même anti-nucléaires, de bénéficier d’un électricité fiable, non émettrice de gaz à effet de serre (le cadet des soucis de la meute aboyant aux trousses de l’EPR), bon marché (le consommateur français paye son kWh deux fois moins que l’allemand). Un système qui n’a causé aucun décès dans le public. Rappelons ici que l’Université de Francfort (dans une étude faite à la demande de Greenpeace) estime à 20000 par an (dont 1000 en France) le nombre de décès causés en Europe par les centrales à charbon allemandes sans que cela semble émouvoir les anti-nucléaires français. On peut comparer cette hécatombe au nombre de décès estimés par l’OMS causés par le catastrophe de Tchernobyl, soit environ 5000 pendant les 60 ans après l’explosion. Sur la même période les centrales à charbon allemandes en auront causé 1 million deux cent mille…. D’une façon générale le nombre de décès dus à la production d’électricité a été évalué dans le cadre du programme ExternE de l’Union Européenne. Les résultats ont été publiés par la revue américaine Forbes et sont éclairants : Pour la production de 1000 TWh (deux fois la consommation française) le nombre de décès est de 170000 pour le charbon, 24000 pour la biomasse, 4000 pour le gaz, 1400 pour l’hydroélectricité, 440 pour le solaire PV, 150 pour l’éolien et 90 pour le nucléaire. Il est temps d’arrêter de crier au loup et d’abuser de la crédulité de nos concitoyens. Il semble que chaque mesure supplémentaire prise en faveur de la sûreté nucléaire, au lieu de rassurer les gens, les inquiètent davantage. Les autorités de sûreté sont clairement déficitaires dans ce domaine. Il leur faut absolument relativiser le risque radioactif qui est à l’origine d’une véritable peur hystérique dans de nombreux pays occidentaux dont la France, l’Allemagne et aussi, désormais le Japon. Comment expliquer autrement les réactions de la chancelière allemande qui, à la suite de la catastrophe de Fukushima, ferme brutalement, 7 réacteurs qui n’étaient nullement menacés par un tsunami . Le premier ministre Japonais Naoto Kan était complètement débordé et décidait l’arrêt de tous les réacteurs japonais, même ceux ne risquant rien. Nombreux sont les médias dans le monde qui attribuent les 20000 victimes du tsunami à la catastrophe nucléaire, alors que sur le site de la centrale on n’eut à déplorer que 3 victimes, et aucune, à l’extérieur de la centrale, en relation à l’irradiation. Les normes d’évacuation ne sont pas expliquées aux populations qui, bien souvent, pensent que dépasser ces normes entraîne un risque de décès très élevé. Ainsi la norme d’évacuation de 20 milli-Sievert par an appliquée autour de Fukushima n’est pas expliquée clairement en terme de risques pour la population. Or le risque couru par des individus soumis à une telle exposition est équivalent à celui couru par une personne fumant 3 cigarettes par jour. Alors arrêtons le délire et mettons tranquillement en opération l’EPR de Flamanville après que les tests prévus aient été effectués.

4)

Couvercle et fonds de cuve de L’EPR. Jean Fluchère, ancien Directeur adjoint puis Directeur du CNPE du Bugey

En 2015, comme on pourra le voir dans les extraits de la réunion de l’OPECST en PJ, deux sujets ont été abordés.
Le premier concernait l’évolution de la réglementation et le second les problèmes posés par les ségrégations de carbone sur le fonds et le couvercle de cuve de l’EPR.
Ces problèmes ont été particulièrement bien exposés pour qui veut se donner la peine de lire le rapport.
Au cours de cette audition, AREVA s’est engagé à réaliser un programme d’essais sur deux couvercles sacrificiels fabriqués dans les mêmes conditions que celui de Flamanville 3. Ce programme était soumis par l’ASN à l’IRSN qui devait en vérifier la complétude avant de lancer les essais proposés par AREVA.
Ces essais ont été faits, y compris les études de chargement pendant les cyclages thermiques les plus importants.
Les résultats obtenus par AREVA ont été rendus à l’ASN et analysés par l’IRSN. A la suite de quoi, ils ont été présentés à un large panel de spécialistes en métallurgie et au groupe permanents des Equipements sous pression nucléaire.
Les avis rendus par les spécialistes ont permis à l’ASN de considérer que le fonds de cuve était accepté et que le couvercle pouvait être utilisé pendant 5 ans avant un remplacement sauf si EDF trouvait un dispositif permettant de contrôler son évolution en service.
Jamais une industrie, y compris aéronautique, n’avait conduit des analyses, des essais sacrificiels et des études si poussées.
Mon avis est donc favorable à la prise de position de l’ASN en qui j’ai toute confiance.

5) JP Riou

Principe de précaution

Le principe de précaution, appliqué à lui même, s’interdirait tout seul tant il est dangereux. 
La gestion des risques est un métier, des milliers de vies humaines dépendent de la pertinence de ses choix.
Et l’argent public n’étant pas renouvelable, un excès de précautions dans un domaine interdit de sauver des vies dans un autre.
Une rupture d’approvisionnement électrique telle que celle qui a été frôlée le 25 janvier dernier aurait notamment des conséquences incalculable, jusque sur la sécurité même de plusieurs réacteurs nucléaires. La gestion et les contrôles du parc nucléaire impliquent d’envisager le risque dans sa totalité, les experts sont là pour permettre aux décideurs un choix éclairé.
Demander l’avis d’une population manipulée par des marchands d’angoisse sur une question aussi technique que celle de cette consultation est un non sens.

Les avis d’experts permettent d’éclairer les décideurs.

6)

Réponse au Projet d’avis de l’ASN relatif à l’anomalie de la composition de l’acier du fond et du couvercle de la cuve du réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville (INB n° 167)

Je suis frappé par le nombre de citoyens de bonne foi qui ont du mal à comprendre qu’un composant comportant une anomalie règlementaire puisse néanmoins assurer sa fonction en toute sûreté et donc être déclaré « bon pour le service ». Il me semble donc très important, pour l’acceptation du nucléaire par le public, d’en expliquer les raisons qui résultent de la « conception française » de la règlementation nucléaire qui, sauf erreur, a perduré depuis l’origine de cette industrie quel que soit le statut administratif des entités responsables du contrôle de la sûreté nucléaire dans notre pays, jusqu’à l’ASN actuelle. D’autant plus que c’est une excellente approche, garante de la sûreté réelle et pas seulement « administrative », porteuse en outre de progrès des connaissances, donc de futurs progrès de sûreté.
Il faut donc d’abord rappeler, me semble-t-il, qu’une règlementation technique en général et nucléaire en particulier est avant tout issue des connaissances scientifiques et techniques et de leurs progrès, des règles de l’art industrielles des domaines concernés, etc. et stipule des objectifs multiples et complémentaires qui permettent de garantir globalement des marges de sécurité importantes dans la conception, la construction et l’exploitation des composants.
Le problème qui est posé ici concerne l’anomalie (ou non-conformité) d’un paramètre majeur, la teneur en carbone, dans quelques zones de deux pièces qui pèsent chacune quelques centaines de tonnes. Comment traiter cette anomalie ?
Une conception étroitement juridique aurait consisté à rebuter purement et simplement ces pièces. La conception française rappelée ci-dessus consiste au contraire à remonter aux sources de la règlementation, c’est-à-dire à faire de la science et de la technique pour examiner quelles sont les conséquences physiques réelles de l’anomalie sur les marges de sécurité et donc sur la sûreté d’usage de la pièce concernée.
C’est ce qui a été fait, avec un programme rigoureux d’essais et d’analyses d’une très grande ampleur, qui a duré 2 ans et porté sur plus de 1 800 échantillons prélevés sur des pièces fabriquées dans des conditions strictement identiques. Tous ces échantillons ont été analysés de manière extrêmement approfondie et leurs caractéristiques réelles ont été introduites dans les codes de calcul de mécanique de la rupture. Verdict : les marges de sécurité sont diminuées mais restent suffisantes.

L’ASN, sur la base des avis de ses supports techniques, l’IRSN et le Groupe permanent d’experts du domaine, deux entités complémentaires disposant de toutes les compétences et expertises requises, a donc proposé l’acceptabilité des pièces concernées, sous réserve cependant que la diminution des marges soit compensée par des contrôles supplémentaires lors de l’exploitation, en sus des contrôles déjà normalement prévus sur les tous les réacteurs nucléaires. Ceci ne soulève pas de difficultés particulières pour le fond de cuve, très facilement contrôlable car dépourvu de toute traversée. Par contre, le couvercle de cuve qui comporte un nombre élevé de traversées, est plus difficile à contrôler. La faisabilité de son contrôle n’étant pas acquise à ce jour, l’ASN a donc demandé à EDF d’approvisionner un nouveau couvercle qui devra être installé en 2024 au plus tard. C’est le délai nécessaire à la construction d’un nouveau couvercle, sachant par ailleurs que la durée d’utilisation du couvercle actuel est suffisamment courte pour garantir l’absence de risque de vieillissement de son acier (qui est conçu pour durer au moins 60 ans).

En conclusion, de mon point de vue de citoyen conscient qu’aucun compromis avec la sûreté ne serait acceptable, j’ai la certitude que la proposition de l’ASN, qui s’appuie sur un programme d’essais et d’analyses rationnel, extrêmement approfondi et rigoureux, validé par l’expertise de ses supports techniques, offre toutes les garanties scientifiques et garantit totalement la sûreté d’usage des pièces concernées moyennant les contrôles complémentaires prévus en exploitation.

On peut ajouter qu’aucun acier d’un composant nucléaire majeur au monde n’a subi à ce jour autant d’analyses et est donc mieux connu… Ce qui signifie au passage que la science métallurgique a progressé. Ce n’était évidemment pas le but initial, mais c’est une retombée de l’approche française de la sûreté rappelée plus haut.
Voilà, me semble-t-il, des éléments factuels parmi d’autres qu’il serait utile d’exposer aux citoyens de bonne foi qui se posent légitimement des questions. Alors qu’ils sont par ailleurs soumis, notamment dans le cadre du présent projet d’avis, à un déluge d’opinions de nature souvent idéologique, incluant des accusations de collusion entre l’ASN et l’industrie nucléaire. Chacun doit avoir tous les éléments d’information pour juger.

Fin

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