Alain Grandjean et la fable de la grenouille dans l’eau chaude

Pour répondre à cette étude politisée d’Alain Grandjean, déguisée sous une facture supposée raisonnable, il convient tout simplement d’en analyser le fond et la forme.

Le texte est ici :

https://alaingrandjean.fr/2017/09/06/feuille-de-route-nucleaire/

Pour cela on peut aller lire l’étude d’Henri Prévot :

Etude du coût de « pas plus de 50% nucléaire ».

En supposant une augmentation de la consommation de 20 % : on arrive à 12 milliards d’euros par an de plus que sans cette limite. Toutes les hypothèses – condition nécessaire pour un bon débat – y sont disponibles.

L’ONG Sauvons Climat, dont la réponse va paraitre également, a calculé de son coté plutôt +13 milliards € par an.

Au total, Alain Grandjean dans son article dit que le surcoût serait de 16 €/MWh d’électricité, ce qui fait +8 milliards d’euros/an. Ce sont ses hypothèses, donc plutot optimistes. En supposant que l’augmentation de la consommation est de 10 %, on arrive à un surcoût de 10 milliards d’euros. L’évaluation faite par A. Grandjean est donc discutable (mais pas du simple au double.)

L’importante critique à faire est plutôt celle-ci : Alain Grandjean estime que cette dépense supplémentaire (qui ne procure aucun service de plus, surtout si on considère la balance commerciale) serait, d’une part, indolore (si elle se fait progressivement, comme l’élévation de la température de l’eau où l’on a plongé une grenouille) et qu’elle est utile pour « ouvrir une vraie alternative » et des nouvelles possibilités de « coopérations gagnantes » avec l’Allemagne sans dire de quoi il pourrait s’agir.

Autre contradiction : il dit que l’on a plusieurs années avant de décider quoi faire à la suite de l’arrêt des réacteurs actuels, mais cela ne l’empêche pas de préconiser de programmer dès maintenant l’arrêt de 2 à 4 tranches d’ici 2022 en sus des deux de Fessenheim puis une à deux par an de 2023 à 2030, ce qui conduirait à 15 tranches en moins soit 18 GW conduisant à 46 GW.

AG opère également un certain glissement intellectuel : il commence par argumenter à brève échelle de temps, disons 2025, pour dire qu’à cet horizon temporel il n’y a pas besoin de back-up ou de stockage important pour palier les fluctuations d’EnR (sur son blog, il cite une étude « à venir » de la CRE en septembre-octobre, pas vue pour le moment), mais il conserve la perspective de 50% de nucléaire, c’est-à-dire en gros 35% d’éolien et de solaire, pour lesquels ces moyens supplémentaires seraient pour le coup indispensables.

Conclusion.

Cet article de Grandjean est bien une contribution …contructive à la politique de Nicolas Hulot qui a affirmé qu’il fallait fermer jusqu’à 17 réacteurs, voire davantage, même si 2025 lui paraissait irréaliste et qu’il fallait « tout remettre à plat »
(Question au gouvernement.
Réponse du ministre @N_Hulot)
(Le Monde a masqué ce dernier point ce qui a encouragé le hiatus, bien pratique électoralement).

AG, habile, estime avec mesure que le grand carénage produit à un peu plus de 30€/MWh (tout compris), et surestime le coût de Penly 3 pour mieux convaincre que la génération EPR serait un gap trop cher à franchir et que les ENR intermittentes seraient donc compétitives.(*) Ceci tout en justifiant des arrêts programmés pour soutenir la compétitivité des renouvelables. (le marché français a une influence négligeable sur les baisses de coûts des renouvelables ).

Pourquoi alors ce texte ?

On connait beaucoup de consultants dont les objectifs premiers sont d’obtenir leur prochain contrat.

Plus scientifiquement, l’erreur de départ est d’affirmer que « les orientations de la politique énergétiques sont clarifiées et partagées ».

En tout cas pas partagées par l’Académie des Sciences, entre autres compétences… Un détail (cf commentaires détaillés icii)

 
Bien sûr, dans ses généralités, la LTE affirme des objectifs de finalités vertueux : « lutte contre le changement climatique, coût de l’énergie, sécurité d’approvisionnement » avec lesquels tout citoyen de bon sens ne peut qu’être d’accord, mais aussi des baisses sur le papier de consommation d’énergie non confirmées par les tendances et un bouquet de moyens inspiré de l’EnergieWende dont les résultats connus aujourd’hui sont tout sauf concluants. De même pour le Japon et l’Australie du sud. La politique soutenue par Grandjean a été essayée , et avec le recul nous pouvons dire que, tant pour l’objectif climatique que pour les coûts et la sécurité, elle ne marche nulle part.

En ce qui concerne la France , nous sommes partis en net de UCTAF de 511TequCO2 en 1990, sommes passé à 411 en 2016, essentiellement à cause de la désindustrialisation et baissons depuis 2012 de moins de 3 TequCO2 par an. Tel est le bilan des quatre premières années de la politique qui soutend la LTE…

Nos tendances actuelles, sans accélération du remplacement de plus de fossiles par de nouveaux EPR (Penly 3 en attente, etc…), nous dirigent vers -28% en 2030, soit très loin de l’engagement français lors de la COP21 de -40%, soit 307M de TequCO.

Si nous suivions Hulot et son fidèle soutien Grandjean, en fermant des réacteurs en état et rentables nous irions vers -25% (au mieux !). Probablement pire que le retard annoncé par les Allemands eux mêmes car nous serions 50% sous l’objectif annoncé.

Imaginons Macron réélu annonçant en 2027 que la France s’excuse de ne pas être au rendez vous de 2030…

La honte ne serait pas seulement pour le Président, mais pour nous citoyens français.

PS : et puisqu’il n’est de critique légitime qui ne fasse oeuvre de proposition solide et réfutable, explorons une proposition de scénario qui pourrait être l’optimum écolo-socio-économique pour la France ? : #Negatep2017.
https://twitter.com/sauvonsleclimat/status/905048674895626240

(*)
Compétitivité des ENR intermittentes qui est bien sûr une vue de l’esprit à service et CO2 égal vu le stockage (ou le ruineux PowerToGas) nécessaire pour éviter les black out : on confond prix et coûts. Le prix de l’EPR UK n’a en fait rien à voir avec les futurs coûts de l’EPR FR. A 70 € /MWh (cf rapport de la Cour des Comptes), ce dernier comprend un coût de base de 14€/MWh (740 TWh sur le minimum : 60 ans, à prolonger à 80 ou 100 ans par l’ASN vu sa configuration faiblement irradiante de la cuve, validée par l’ASN), ceci sans renchérir le réseau ou les taxes comme le nécessitent les ENRi. Cela aboutira selon toutes probabilités pour le consommateur à une modeste augmentation de sa facture de 20% en 2050, soit probablement 5 fois moins d’augmentation (comme l’explique JM Jancovici ici 2h04mn30sec) qu’avec un scénario à 35% d’ENRi qui elles génèrent de nombreuses externalités financières, et la faillite à terme des opérateurs, par des surcapacités trop fréquentes obérant leur survie. Sans compter l’impact négatif de l’effacement subventionné des consommations industrielles sur l’activité économique pour compenser l’intermittence. Ces ENRi en excès, par la chute brutale et paradoxalement nocive des prix qu’elles entraîneraient du fait de l’obligation d’achat, de la priorité sur le réseau, et des subventions directes, empêcheraient toute industrie décarbonée fortement capitalistique de se développer (STEP, nucléaire).

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