Pourquoi cette pause de 10 ans dans la croissance du nucléaire civil français et mondial ?

Cf. l’article ici :

Les Echos.

Opinion | Areva, les raisons de la chute

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-178635-areva-les-raisons-de-la-chute-2149334.php

Myrto TRIPATHI / Conseillère du président, Business and Climate Summit

POINT DE VUE – Les difficultés d’Areva mettent en doute la capacité du nucléaire civil à constituer un modèle viable. Alors que s’ouvre le débat public sur la politique énergétique de la France, il faut s’assurer de comprendre comment, avec une telle assise, Areva a dû être morcelée dans un plan de sauvetage digne de la raison d’État.

À la tête de l’industrie nucléaire mondiale et grâce aux qualités intrinsèques de l’énergie nucléaire, l’entreprise AREVA aura pourtant beaucoup contribué à la balance extérieure, l’indépendance énergétique, la qualité de l’air, le climat, la compétitivité des entreprises, la dynamisation des territoires, le pouvoir d’achat et le leadership scientifique et diplomatique de la France.

De mauvaises décisions ont été prises impactant des finances déjà fragiles. Mais seules elles n’ont pas suffi. AREVA a traversé ce que les Anglo-saxons appellent une perfect storm : la conjonction de plusieurs évènements graves pris individuellement, insurmontables ensemble. Une véritable Blitzkrieg sur ses activités et sa structure financière.

Fukushima – pas de mort, mais une vague de désinformation et de lynchage médiatique aux conséquences multiples

Le 11 mars 2011, le Japon connaît le plus important séisme jamais enregistré et un tsunami de 14 m. Parmi tous les accidents qu’ils entraînent, celui de Fukushima domine les titres. Cinq ans plus tard, l’OMS et les Nations Unies apportent la conclusion (1) définitive que les émanations radioactives ne sont et ne seront responsables d’aucun mort ou malade. Les médias relaient aussi peu cette information qu’ils ont largement couvert les craintes initiales. Sous la pression réelle ou supposée des opinions publiques, la majorité des États retirent leur soutien au nucléaire.

L’Allemagne ferme ses centrales et développe en masse éolien et solaire, mais aussi charbon et lignite pour compenser les absences de vent et de soleil. Des villages sont rasés, l’Allemagne accroît ses émissions de carbone et de particules, double le prix de l’électricité des particuliers et perturbe le marché européen menaçant tous les électriciens, dont EDF. Le Japon, autre client majeur, arrête l’ensemble de ses centrales nucléaires. Seuls 3 réacteurs sur 52 ont depuis redémarré, bien que 48 soient opérationnels (2).

Des mesures sont imposées aux centrales du monde entier sans rapport avec leur exposition réelle aux risques. La pression réglementaire tourne à l’hystérie tout en exemptant les autres secteurs pourtant également concernés.

La crise financière de 2008 pénalise un peu plus les projets d’infrastructures

Les centrales nucléaires nécessitent un investissement important, risqué, long, à la rentabilité décalée dans le temps. Dans la tourmente qui suit la crise, les Accords de Bâle II contraignent les banques à des niveaux d’investissements et de risques plus limités. Financer une infrastructure requiert non plus cinq, mais cinquante banques et autant de coûts d’interface. Ceci ajouté à la désaffection des États, dont la garantie permettait de répondre aux critères de rentabilité exigés par les banques, la recherche de financement pour les nouvelles centrales passe de difficile et chère à rédhibitoire.

Le double impact de l’avènement précipité des énergies renouvelables intermittentes

Sans nucléaire et les populations ne voulant pas de nouveaux barrages, l’urgence climat pousse au retour du solaire et de l’éolien. Ils portent l’espoir de couvrir 80 % de nos besoins à la place des énergies fossiles malgré leur faible maturité technologique. La volonté impérative des États de les industrialiser alors qu’ils sont encore en phase de R&D conduit à des déséquilibres majeurs du système énergétique mondial.
Les subventions massives et priorités d’accès au réseau dont ils bénéficient n’améliorent pas l’empreinte carbone, mais font suffisamment chuter les prix de gros pour que les bénéfices des électriciens non subventionnés ne couvrent plus ni leurs investissements ni leur quotidien opérationnel. Par ailleurs, l’illusion qu’une alternative au nucléaire est possible à court terme s’installe dans le paysage politico-médiatique.
AREVA non seulement subit les difficultés de ses clients, mais, voulant compléter son offre décarbonée, perd des millions d’euros en investissements malheureux dans les énergies renouvelables.

Le gaz de schistes : une nouvelle ère pour les énergies fossiles

La révolution de l’accès au gaz et pétrole de schiste aux États-Unis entraîne dès 2010 la chute des cours des énergies fossiles, une résurgence mondiale du charbon et du gaz et l’effondrement de la compétitivité des énergies propres. Si éolien et solaire sont soutenus artificiellement, le nucléaire ne l’est pas. Les États-Unis sont les premiers à fermer des centrales parfaitement fonctionnelles pour des raisons économiques et mettent un frein définitif à tout investissement ainsi qu’aux projets de conquête d’EDF. AREVA, premier employeur américain dans le nucléaire civil, voit, là et ailleurs, son marché se rétrécir un peu plus.

La « Renaissance du nucléaire » mondial s’éteint, et avec elle, l’espoir de rentabilisation de milliards d’euros d’investissements stratégiques

En 2005, tiré par la Chine, l’Inde et les États-Unis, le monde se tourne de nouveau vers le nucléaire dans un contexte de flambée des prix du pétrole, réchauffement climatique et hausse annoncée de la demande en électricité. Certains scénarios annoncent un triplement des capacités d’ici à 2030 et un doublement du nombre de nations nucléarisées.
AREVA investit lourdement dans un programme ambitieux de renouvellement de ses installations en vue d’assumer son rôle de leader mondial. Des efforts considérables sont menés en R&D, ressources humaines, capacités industrielles, réserves, contrats fournisseurs, etc. Mais lorsque la situation se retourne, ces avantages stratégiques se transforment en trous béants de trésorerie difficiles à combler.

La confiance ne se décrète pas, mais, appuyée sur les faits, elle se retrouve

La conjonction de ces évènements, ni propres à l’entreprise ni le reflet d’une supposée obsolescence de l’énergie nucléaire, aura conduit en 6 ans à la perte pour AREVA d’une grande partie de son chiffre d’affaires, de ses clients, de ses projets et à la non-rentabilisation de milliards d’euros de ses investissements.

La désinformation autour de l’accident de Fukushima a eu par effet domino un rôle clé non seulement dans la faillite de plusieurs entreprises nucléaires mondiales, dont l’américain Westinghouse, mais surtout dans le fait que nous nous détournons de notre plus importante source d’énergie propre, alors que les particules font 23 000 morts par an et que le changement climatique tue déjà.

L’industrie nucléaire française, en particulier AREVA, n’a pas failli de son fait et encore moins de celui de ses employés. Elle peut et elle doit retrouver dans sa nouvelle configuration les ressorts psychologiques à son redressement.

(1) UNSCEAR report on Fukushima Daiichi accident effects: http://www.unscear.org/docs/reports/2013/14-06336_Report_2013_Annex_A_Ebook_website.pdf , https://www.youtube.com/watch?v=rd3xYSpzbuk&feature=youtu.be
(2) Par l’Agence Internationale à l’Energie Atomique, agence de l’ONU

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-178635-areva-les-raisons-de-la-chute-2149334.php#uWe7UzFs84orpOjM.99

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Le manque de Lithium pour atteindre un milliard de véhicules : un mythe qui a la vie dure.

Critère prix : il y a de la marge.
Le Lithium cela représente 3% du prix de la batterie.
Soit 1% du prix du véhicule.
Le recyclage du Lithium doublerait son prix.

Un VE qui fait 14,000 km/an a besoin de 2 MWh d’électricité.

En Allemagne c’est plus de 1000 kg CO2, en France c’est 100 kg. Et pour produire les batteries il faut pas mal d’électricité. Mais que produirons nous dans 10 ans au rythme actuel ?

Une voiture essence qui fait ce trajet a besoin de 1000 litres, c’est à dire ~2.5 t CO2.
Il est très grave que nous ne fabriquions pas de batteries au lithium. Aux USA une usine géante de 5 milliards $ est en construction.

En Allemagne, Daimler et Audi parlent d’y investir de l’ordre de 1 milliard €.

Nous, on ne fait rien.

Effectivement les parts de marché sont serrées. Et on peut importer. Mais on sera marginalisé techniquement sur la chaine de valeur. Sans industrie forte, un grand pays est en déclin.

Quant à l’hydrogène il est peu opportun.

Cette mode a fait rater au CEA le train stratégique de la révolution de la batterie. On a trop saupoudré les subventions.

Vivement un gouvernement qui retrouvera du bon sens.

Dans 20 ans, si on ne se mobilise pas sur les batteries, on n’aura plus en France d’entreprise faisant des voitures.

A propos de l’approvisionnement en Lithium et graphite :

Pour un véhicule : 2,5 Kg de Li,(Abondance : 14-40 Mt https://t.co/UyRBnKG1gx coût : 3$/Kg) + 20 kg de graph. (coût en naturel : 3$/Kg, et en synthétique : 20$)

Les ressources sont énormes, et on ne peut anticiper de significative augmentation des prix.

Pour le cobalt, le problème est différent.

10% de la production (~60,000 t.) va dans les batteries. Réserves estimées : 7 Mt (20$/Kg). Mais le cobalt n’est pas indispensable : on lui préfère d’autres oxydes. (Mn).

Le cobalt semble le mieux à même de se rapprocher des 200 Wh/Kg stockés (les batteries pour voitures varient de 100 à 150 Wh).

En la matière le problème de l’approvisionnement pour les batteries est donc une légende urbaine.

Le Lithium est abondant. Mais ne doit pas être gaspillé comme Tesla le fait chèrement (Australie), pour équilibrer à très court terme le réseau PV.

Bien sûr, la vitesse d’extration va créer des goulot d’étranglement. Mais la pollution induite est souvent moindre que ses alternatives.

Données de FL (Professeur CNRS)

JPB

Janco est-il un anti voiture électrique primaire ?

Nous subissons un matraquage continu contre la voiture électrique de Stéphane Lhomme au récent livre de Guillaume Pitron en passant par Jean-Marc Jancovici dans Sud-Ouest. 


A les écouter, la voiture électrique est censée émettre beaucoup de CO2 pour sa fabrication. Ceci provient de la confusion entre d’une part ce que l’on pourrait appeler le CO2 utile, celui nécessaire pour réduire un oxyde métallique et d’autre part, le CO2 du système énergétique, celui émis pour fournir l’énergie nécessaire à  la fabrication. 

Combien y-a-t-il de cobalt dans 200 kg de batterie ? autour de 10 kg 

Pour l’extraction de minerais, il existe des déjà dans les mines des camions mus par des moteurs électrique alimentés par caténaires.  Ceci peut se généraliser. Ensuite pour séparer le cuivre du cobalt par électrolyse, on peut aussi utiliser le l’électricité sans CO2


La fabrication d’un panneau PV pose le même genre de problème, mais dans ce cas le CO2 intrinsèque n’est pas si négligeable au kWh produit. 

On peut rapprocher ce problème également de l’émission de CO2 du nucléaire, lorsqu’on associe diffusion gazeuse et centrale au charbon (un petit rappel : https://www.energie-crise.fr/Benjamin-Sovacool-ne-sait-pas-faire-de-moyenne) .

Le gros document de propagande contre la voiture électrique est l’étude ADEME de 2012 (110g de CO2 par kWh, présentation en % des émissions ve/vt et non prise en compte des durées de vie).

C’est pour cela qu’il faut signaler l’analyse du ministère sortie en juillet 2017, qui donne une présentation plus correcte sans prendre en compte tous les points ci-dessus. (cf le graphe 1 page 26)

http://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Analyse%20co%C3%BBts%20b%C3%A9n%C3%A9fices%20des%20v%C3%A9hicules%20%C3%A9lectriques.pdf

P.

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Quant a Janco, il affirme que le point de bascule des avantages CO2 serait autour du mix allemend (460Kg CO2/MWh). Cela semble pessimsite.

Rdv en septembre 2018 en région sud est à l’Université d’été de Sauvons Le Climat… Ce sera l’un des sujets.


Voici la version « officielle » de Jancovici:

https://jancovici.com/publications-et-co/interviews/une-interview-dans-sud-ouest-sur-la-voiture-electrique/

Il a d’excellentes remarques: « le rendement d’un moteur thermique diminue avec la taille du moteur ». Mais on ne connait pas de voiture de 1.5 tonne qui fasse vraiment 5 l/100 km, ou alors il ne faut jamais s’arrêter.
On sait faire des moteurs électriques qui ont 90 % de rendement, mais il y a toujours d’autres pertes. Au moins pour le Li, on a regardé sérieusement cette question. Actuellement, il y a débat sur Co, mais c’est autour de 10 Kg, et on n’est pas obligé de l‘utiliser.

« parce que cela correspond soit à leurs envies, soit à leur intérêt.. »
Ce qui nous rend malheureux, c’est son total manque d’optimisme sur les progrès techniques. Finalement il faudrait se persuader qu’on n’évitera pas de se serrer la ceinture… ou plutôt celle de nos petits-enfants 
(c’est un grand père qui cause).

En aucun cas, on ne recharge les VE le soir en 2 heures, mais plutôt 10 heures. Et pas chaque nuit: si la VE parcourt 200 km, cela fait une nuit sur 5. La puissance appelée pour un VE est autour de 2 KW et 30 MVE donne 
donc 12 GW de puissance la nuit. Nos centrales ont de la réserve, et on ne doit pas compter sur le PV…la nuit.

Par ailleurs, on peut imaginer des voitures à 2l/100 km, mais ce seront des hybrides plugins essence/électrique. [NDLR : Rêver que les voitures légères à essence sont la solution semble une impasse dangereuse pour notre avenir vu les décisions des consommateurs qui seront impossible à modifier dans ces délais.]

De telles approximations sont donc inacceptables. Voyons s’il peut se rapprocher d’une vision moins décliniste.

Comment admettre que : « on se donne pour objectif de réduire les transports aériens qui sont mauvais pour le climat ». Il veut revenir à la diligence ! C’est évident que 
le Transport aérien pose problème, mais reconnaissons les (lents) progrès de ce mode de transport et sa faible part, soutenable si on cesse l’immobilisme irresponsable au sol et en mer. Le cas Airbus est à ce sujet instructif.

Bien sûr il ne faut pas s’attaquer qu’au diesel.

L’homme risque de se discéditer s’il n’infléchit pas son crédo ?

F.


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Fessenheim : acharnement politico-médiapartique

– pas la sûreté de conception, reconnue par L’ASN, conforme aux canons les plus actuels, en particulier les normes post Fukushima,

– pas la sûreté d’exploitation classée dans le quartile supérieur dans les derniers exercices, toujours selon l’ASN, 

– pas l’efficacité économique, jugée parmi les meilleures en termes de disponibilité et de coûts d’exploitation.

Ce sont en réalité des otages politiciens (politique est un mot bien trop noble pour qualifier ces manœuvres néfastes), ce sont des symboles totalement fabriqués pour l’opinion, les premiers dominos à faire chuter dans une cascade qu’on voudrait délétère pour toute une filière.
Autrement dit, ces réacteurs qui ont toujours rempli leur cahier des charges et pourraient le faire encore pendant une décennie au moins, ont été choisis comme les premiers objectifs d’une blitzkrieg anti nucléaire, parce qu’en des temps favorables, il fallait attaquer au plus tôt et que les stratèges de la campagne pensaient, à tort, pour les fausses raisons précitées, si faciles à vendre, pouvoir les enlever sans coup férir.
Mais se battre contre les faits et la logique s’est révélé plus âpre que prévu.

Il est en effet difficile de décréter, du fait du prince, mal conseillé en la matière, qu’il est rationnel de fermer sans raison impérative, une installation industrielle génératrice fiable de courant, alimentant rationnellement toute une région, pourvoyeuse d’un grand nombre d’emplois qualifiés directs et indirects et présentant encore un fort potentiel technico-économique.

Une promesse, fut-elle celle d’un Président doté de pouvoirs très étendus, a besoin d’un substrat autre qu’une combine politicienne.
La longue saga indigeste, que cherche à relater Mediapart (Fessenheim, récit d’un arrêt raté par un pouvoir irrésolu. https://blogs.mediapart.fr/guillaume-blavette/blog/300816/fessenheim-recit-dun-arret-rate-par-un-pouvoir-irresolu)

avec un éclairage qui fait porter toute l’inertie de l’affaire (comprendre sabotage) sur le torve lobby de l’atome, n’évoque pas un instant le caractère totalement artificiel, de cette focalisation.

L’objectif désigné n’est jamais discuté au fond, ni même en surface d’ailleurs, car considéré d’abord comme le commencement d’un grand nettoyage de la machinerie nucléaire (de la mine à CIGEO) et de ses miasmes.

Quand la dialectique est à la peine, l’outrance et les arguties sont en terrain propice, qu’on en juge, car selon l’article de Mediapart précité :
« La filière nucléaire est décidément un navire à la dérive dont personne n’ose prendre la barre. Aurait-on oublié qu’il fonce vers la catastrophe ? qu’à chaque instant les réacteurs déversent leurs poissons dans l’environnement au péril de la santé publique ?
Il est encore temps de réagir. L’arrêt immédiat de Fessenheim, des autres réacteurs, de l’EPR, de Cigéo est possible si tant est que chacun se mobilise ».
Vient alors à l’esprit cette phrase de Churchill au lendemain de la victoire de Stalingrad : « ce n’est pas la fin, ce n’est même pas le commencement de la fin, mais c’est la fin du commencement » et pour les antinucléaires, la « victoire de Fessenheim » aurait clairement présenté les mêmes potentialités radicales que sa glorieuse devancière.
Contrairement à ce qui a été dit, ce n’est pas le pseudo lobby qui tient bon, il a su en d’autres temps se montrer souple, se croyant stratège en acceptant sans trop regimber l’arrêt de Superphénix, mais ce sont d’abord les personnels concernés, qui connaissent mieux que personne les machines qu’ils exploitent au quotidien, fruit d’une longue cohabitation avec des réacteurs qu’ils ont contribué à garder en ligne avec les exigences de sûreté et d’opérationnalité du jour.

Ils ne travaillent pas dans le cadre industriel crépusculaire que les media font imaginer, car tout au contraire, le « housekeeping » de ces installations complexes est remarquable.
Il a fallu aussi compter avec les collectivités et leurs élus qui cohabitent au long cours avec l’installation, aptes à mesurer sur le terrain les dommages que provoquerait cette fermeture inconséquente, mais aussi la vacuité des divers ersatz proposés.
Mais, même en cas d’alternance présidentielle et législative, le soldat Fessenheim ne serait pas sauvé pour autant. La présente mandature aura réussi -in extremis- à miner le terrain en prenant les décrets d’arrêt. Et même si les réacteurs seront encore en fonctionnement au moment d’une éventuelle bascule politique, revenir sur ces actes pourrait demander une nouvelle enquête publique, terrain propice à voir refleurir les pires avanies contre l’atome…et le courage politique se verrait alors vertement challengé par la pusillanimité.

Gérard Petit.

2017

Les nouvelles productions électriques intermittentes ne bénéficieront plus de la garantie d’écoulement de leur production, c’est-à-dire de la priorité d’accès au réseau

Quelques éléments concernant la priorité d’accès au réseau :

* La suppression de la priorité d’accès au réseau passe de facto par le passage de la rémunération selon un « tarif garanti » à la rémunération dite de « complément de rémunération ». Ce dernier mode comprend deux avancées importantes :

1) Il oblige le producteur à aller directement sur le marché de l’électricité (ou payer un intermédiaire pour le faire à sa place) prestation pour laquelle il touche d’ailleurs une rémunération (comprise entre 0,5 et 1 €/MWh semble-t-il)

2) Le complément de rémunération est calculé comme la différence entre le prix de vente obtenu par le producteur (généralement après un AO, ce qui introduit une pression à la baisse bienvenue) et un « prix de référence » de marché calculé en moyenne sur une certaine période (a priori le mois).

Par conséquent, le producteur ne bénéficie plus de la garantie d’écoulement de sa production, c’est-à-dire de la priorité d’accès. C’est lui qui décide d’y aller ou pas. Et, compte tenu du mode de calcul du complément de rémunération, il n’a pas intérêt à vendre son électricité lorsque les prix sont négatifs, puisqu’il perdrait alors de l’argent (il paierait le prix négatif et ne toucherait que la différence entre son prix d’AO et le prix de référence du marché).

Ce mode de rémunération est donc en principe beaucoup plus vertueux que le tarif garanti et ne devrait donc plus continuer à alimenter les épisodes de prix négatifs. A ceci près évidemment qu’il y a tout le passif des contrats à prix garantis qui va perdurer encore longtemps et que, pour les nouveaux contrats, les petites puissances vont continuer à bénéficier du tarif garanti. De mémoire (il faudrait vérifier les limites exactes, ce n’est qu’un ordre de grandeur) :

– Le PV de moins de 100 kW reste au tarif garanti, ce qui n’est pas extrêmement choquant,

– Par contre l’éolien a semble-t-il obtenu des dérogations exorbitantes pour que les fermes de moins de 6 éoliennes (dont aucune ne dépasse 3 MW) aient le choix du mode de rémunération ! Résultat scandaleux du lobbying du SER, manifestement, le gouvernement ayant accepté (c’est un coup de Royal, avant son départ…).

Par conséquent, il est parfaitement légitime de réclamer la fin de la scandaleuse priorité d’accès pour les éoliennes, qui passe par la suppression de leur rémunération au tarif garanti.

« Plan solaire d’EDF: un parachute qui s’ouvre une fois sur huit ». JL. Salanave dans La Croix

La Croix du 12 décembre 2017 révèle qu’EDF va dépenser 25 milliards d’euros pour un plan solaire de 30 gigawatts qui « ne remet pas en cause ses investissements dans le nucléaire ». 25 milliards dans le solaire c’est équivalent, mais moins rentable, que les 24 milliards à investir dans les deux réacteurs EPR anglais d’Hinkley Point : ces derniers, avec leurs 3,2 gigawatts, vont produire annuellement quasi autant d’électricité que les 30 gigawatts de solaire (car le solaire ne produit que 1100 heures par an, soit une heure sur 8), et ceci pendant plus de 60 ans (30 ans pour le solaire), et surtout rémunérés à EDF plus de 100 euros par mégawattheure (soit deux fois plus qu’un mégawattheure solaire au prix de marché). Il se trouve que 25 milliards d’euros c’est aussi l’investissement nécessaire à EDF pour prolonger de 20 ans avec toutes les garanties de sûreté 30 gigawatts de nos centrales nucléaires existantes. Et on sait que 30 gigawatts de nucléaire ça produit 8 fois plus d’électricité que 30 gigawatts de solaire. Sans oublier que 25 milliards d’euros de capteurs solaires à importer ça va encore alourdir notre déficit commercial. Mais la comparaison s’arrête là. A dépense égale l’Etat, actionnaire d’EDF, préfère peut-être le parachute solaire doré qui ne s’ouvre qu’une fois sur huit au parachute nucléaire qui s’ouvre à toute heure du jour et de la nuit !

 

Cordialement.

Jean-Luc Salanave

http://salanave.blogspot.fr/

Le merit order est-il à réformer dans le mix électrique actuel ?

En réalité, nous butons sur la difficulté introduite par l’obligation prioritaire d’écouler de l’éolien et du PV alors que ces deux productions  ne rentre pas dans le mérit order.

Avant cette obligation, RTE empilait d’abord le fil de l’eau hydraulique parce qu’en coup complet de production c’était le plus bas et qu’il représentait de l’ordre de 5 GW sans variation rapide de puissance. Venaient ensuite le nucléaire, puis le charbon et le gaz.

Maintenant, nous empilons le fil d’eau hydraulique, le fil du vent aléatoire qui n’est pas compétitif avec le gaz (et ceci hors stockage) et le PV encore moins compétitif que l’éolien.

Résultat, le nucléaire doit à certains moments faire de la modulation en tenant compte des éclusées obligatoires en période de pluie normale. Si la puissance appelée est plus importante, la modulation se fait avec les CCG moins chères en coût complet que l’éolien non stocké ! Eliminons le fioul et le charbon partant du principe que la dernière tranche fioul sera arrêtée en avril et les tranches charbon en 2022.

Nous avons donc perturbé un fonctionnement logique d’appel des moyens de productions, et qui était le même dans tous les autres pays, avec des biais d’autant plus gênants qu’ils sont variables de façon assez imprévisible. Bref on efface du nucléaire pilotable à 33 €/MWh par de l’aléatoire éolien à 90 €/MWh et du PV à 300 €/ MWh. Je parle des prix moyens des contrats déjà signés.

Marcel Boiteux dit que nous marchons sur la tête et il a raison. Le calcul économique a ceci d’intéressant qu’il permet de faire des choix simples et rationnels. Sitôt que le calcul économique est remplacé par le calcul politique, on fait n’importe quoi.

In english

France :

In reality, we stumble on the difficulty introduced by the priority obligation to sell wind and solar panels while these two productions do not fit into the merit order.


Before this obligation, RTE first stacked the hydraulic water line because in full blow of production it was the lowest and that it represented about 5 GW without fast variation of power. Next came nuclear, then coal and gas.


Now we are piling up the hydraulic water line, the random wind wire that is not competitive with the gas (and this without storage) and the solar panels even less competitive than the wind.


As a result, nuclear power must at times make modulation by taking into account the mandatory locks during normal rain. If the power demand is more important, the modulation is done with the gas plants less expensive in complete cost than the windmill not stored! Let’s eliminate fuel oil and coal based on the assumption that the last oil slice will be shut down in April and coal slabs by 2022 in France.


We have therefore disrupted the logical operation of the means of production, which was the same in all the other countries, with biases that are all the more troublesome because they are variable in a rather unpredictable way. In short, we erase nuclear controllable at € 33 / MWh by random wind at € 90 / MWh and solar panels at € 300 / MWh. I am talking about average prices of contracts already signed.


Marcel Boiteux says we are walking on the head and he is right. The economic calculation is interesting because it makes it possible to make simple and rational choices. As soon as economic calculation is replaced by political calculation, we do shambolic.