PROGRAMMATION PLURIANNUELLE DE L’ENERGIE : la confusion électrique.

Une grande confusion s’installe, de façon pas du tout innocente, pour que cette PP énergie ne soit qu’une PP électricité comme nous l’avons vécu dans le débat sur la LTE. On le voit dans les déclarations du Ministre de la transition écologique et solidaire, du Président de la CRE, du Président de RTE, de l’ADEME, etc. 

Ce sont les combustibles fossiles qui sont émetteurs de gaz carbonique et non la production électrique.

C’est un contresens absolu et si le débat se fourvoie (au grand bonheur des pétro-gaziers que l’on n’entend absolument pas) nous passerons à côté du problème majeur qu’est le réchauffement climatique. C’est d’ailleurs l’erreur majeure de la Commission Européenne qui mélange objectif et moyens.

OBJECTIF

Le seul objectif de cette PPE consiste à réduire le plus vite possible nos émissions de gaz carbonique pour rester au-dessous des + 3°C.  Ces + 3°c seront atteints d’ici 2050 même si la France fait un effort considérable.

Or, au-delà de ce réchauffement, la diminution de l’absorption du gaz carbonique par les océans en raison de son acidification et le dégel du permafrost qui va laisser dégazer de grandes quantités de méthane nous font courir au désastre.

Nous risquons d’assister à un phénomène exponentiel et les dégâts sur l’humanité et une grande partie de la biodiversité seront considérables et difficiles à imaginer. La planète sera toujours là, il y aura de la vie car un certain nombre d’organismes sont insensibles à la température mais les hommes et une grande partie de la biodiversité auront-ils le temps et les moyens de s’adapter ?

Il y a urgence à agir et il n’est plus l’heure de se perdre en discussions stériles.

Notre pays est en tête en Europe avec la Suisse et la Suède pour les émissions de CO2 par an et par habitant, 5,5 tCO2, grâce à notre parc de production électrique à la fois nucléaire et hydraulique comme ces 2 autres pays. La Norvège fait encore mieux avec un parc quasi totalement hydro-électrique. 

Malgré cette performance qui nous place en tête des pays de l’OCDE, nous nous sommes engagés à diviser par 4 nos émissions en 2050 par rapport à 1990 et le débat énergies renouvelables intermittentes contre nucléaire détourne l’attention de tous des vrais problèmes.

NOTRE SITUATION ENERGETIQUE EST LA SUIVANTE EN ENERGIE FINALE

Consommation finale Française annuelle en Mtep 
Charbon : 5

Pétrole : 74

Gaz : 31

Sous total : 110 Mtep de combustibles fossiles émetteurs de gaz carbonique.

Electricité : 38 Mtep déjà décarbonée à 90 %

Energies Renouvelables thermiques : 15.
Total général : 163 Mtep.

Il faut donc d’urgence réduire cette consommation de 110 Mtep de combustibles fossiles pour arriver à une division par 4 de nos émissions de GES en 2050 par rapport à 1990. Les progrès réalisés depuis 1990 sont relativement faibles. Aussi devons-nous mettre en place des mesures drastiques.

L’ONG, dont je fais partie, « Sauvons le Climat » a construit un scénario dit Négatep qui s’attaque aux tep et non aux Watt électriques, déjà décarbonés, comme le fait le scénario Négawatt intégralement repris par l’ADEME et RTE.

Le scénario Négatep a été étudié dans le « Rapport Energie 2050 » fait en 2011 et 2012, par Jacques Percebois et Claude Mandil, à la demande du Premier ministre François Fillon. Il a même été considéré comme le rapport le plus sérieux.

COMMENT REDUIRE NOS CONSOMMATIONS DE COMBUSTIBLES FOSSILES ?

DEUX SERIES D’ACTIONS : ECONOMIES D’ENERGIE ET SUBSTITUTION
1- ECONOMISER L’ENERGIE PAR LA RENOVATION ENERGETIQUE POUSSEE DES 7 MILLIONS DE LOGEMENTS « PASSOIRES THERMIQUES ». 

COUT PAR OPERATION 40 K€.
Si 700 000 rénovations sont réalisées par an, on aura remis en état en 10 ans les 7 millions de logements. Aujourd’hui moins de 300 000 sont réalisées par an.

Coût annuel : 28 Mds d’€ !

Ce coût est insupportable pour les propriétaires occupants, souvent en précarité énergétique, ou pour les bailleurs qui ne peuvent pas répercuter ces sommes sur les loyers. 
D’où la nécessité d’une aide significative de l’Etat ! Or le Ministre de la transition écologique et solidaire ne dispose que de 3 milliards par an !
C’est pourtant là que nous avons le plus grand gisement d’économies d’énergie fuel et gaz. Et une opération de rénovation fait réaliser une économie d’énergie récurrente pendant 50 ans au moins compte tenu du taux de renouvellement du parc de logements supérieur au siècle.
2-SUBSTITUER DES COMBUSTIBLES FOSSILES PAR DES ENERGIES DECARBONEES
2-1-TRANSFERER LA MOBILITE SUR DES TRANSPORTS PROPRES INDIVIDUELS ET COLLECTIFS.
Il y a 40 millions de véhicules individuels en France. Chaque véhicule consomme une tonne équivalent pétrole par an. Le transport individuel consomme  40 Mtep par an.
En passant à l’électricité, on améliore le rendement de la chaîne par un facteur 3. Ce qui signifie que si tout était électrifié, on ne consommerait plus que 13 Mtep d’électricité soit un gain conséquent de 27 Mtep en énergie finale.
Un ordre de grandeur à retenir : 1 million de VE consomment 3,5 TWh. 
La consommation de la France est proche de 500 TWh.
Le Ministre a décidé  qu’il n’y aurait plus en vente de véhicules à combustible fossile en 2040. Mais il restera encore des véhicules  à moteurs thermiques en circulation
Pour arriver à remplacer les 40 millions thermiques en 2050, il faut viser un objectif de 30 millions de VE en 2040. Il restera une traîne de 10 millions de véhicules thermiques qui s’éteindront au fur et à mesure de leur renouvellement
La filière hydrogène est à rejeter. L’hydrogène est un vecteur énergétique issu d’un vecteur énergétique : l’électricité. D’où déjà une perte de rendement. Mais surtout le moteur à hydrogène est un moteur thermique dont le rendement moyen est de 25 %. Et la pile à combustible reste encore très éloignée de l’opérationnalité.
Reste les poids lourds et transports en commun longue distance pour lesquels des solutions électriques commencent à apparaitre.
Pour les transports en commun en ville, le trolley est déjà la meilleure et la moins coûteuse des solutions car le coût des infrastructures est le plus faible. En outre ce sont des machines modernes très performantes dont l’entretien est réduit.
2- 2- SUBSTITUER AU CHAUFAGE FIOUL ET GAZ, LES ENERGIES RENOUVELABLES THERMIQUES, SOUS DEVELOPPEES DANS NOTRE PAYS QUI A UN DES PLUS GRAND GISEMENT FORESTIER D’EUROPE.
Les énergies renouvelables thermiques représentent 15 Mtep par an et n’évoluent pas malgré les possibilités extraordinaires que possède notre pays. En utilisant des calorifères performants en rendement et pollution hyper réduite dans les gaz de combustion et du chauffage urbain pour les agglomérations proches des gisements forestiers (voir l’Autriche), on peut facilement passer de 15 Mtep à 40 Mtep de chaleur  d’ici 2040 qui viendraient en substitution du pétrole, du charbon et du gaz. 

Il faut bien entendu développer une politique sylvicole adaptée. Il y a déjà des expériences individuelles très réussies et l’ONF peut être chargée de cette mission.

Ce développement est d’autant plus intéressant qu’il est créateur d’emplois pérennes non délocalisables dans des zones déshéritées.

Ces énergies renouvelables thermiques qui comptent aussi les pompes à chaleur sont des chauffages de substitution dans toutes les opérations de rénovations énergétiques.
3-LES MAUVAISES SOLUTIONS TRES COUTEUSES ET SANS EFFET SUR NOS EMISSIONS.
3-1- DEVELOPPER DE FAÇON OUTRANCIERE DES ENR ELECTRIQUES INTERMITTENTES POUR NE PAS DIRE ERRATIQUES.
Surcoût actuel des EnRi : 4,5 Mds d’€ par an. 
Economie de CO2 = 0  en France car elles remplacent du nucléaire non émetteur.
Si on les triple comme certains scénarios de RTE le prévoient, le coût total sera de 13,5 Mds d’€/an prélevés directement sur les consommateurs d’électricité, de gaz et de carburants. 
N’oublions pas qu’il y a 8 millions de foyers en précarité énergétique.
Mais surtout, ce coût est à comparer au coût annuel des rénovations énergétiques : 28 Mds d’€ !
La collectivité nationale ne peut pas supporter à la fois les rénovations énergétiques et les surcoûts des EnRi, c’est-à-dire 28 + 13,5 = 41,5 Mds d’€/an. Il faut faire des choix : dans un cas, une économie d’énergie pérenne et dans l’autre une production d’électricité erratique.
On voit déjà que les rénovations énergétiques sont de moins de 300 000/an parce que le coût imposé des EnRi évincent les sommes que l’on doit consacrer aux rénovations énergétiques.
N’oublions pas non plus que pour faire un MWh avec une éolienne moderne, il faut 15 fois plus de cuivre qu’avec un alternateur de turbine hydraulique au fil de l’eau. C’est du « développement durable non soutenable ».
3-2- DEMANDER L’ARRET A 40 ANS DES CENTRALES NUCLEAIRES EN PARFAIT ETAT DE MARCHE APTES A ETRE EXPLOITEES JUSQU’A 60 ANS COMME LEURS REFERENCES AUX USA.

Les centrales nucléaires françaises sont parmi les mieux entretenues au monde et ont intégré tout le retour d’expérience mondial. Les modifications post Fukushima sont en cours. L’Autorité de Sûreté Nucléaire est considérée comme la plus sévère des pays exploitant des centrales nucléaires.
Ce serait une destruction de valeur considérable pour un pays surendetté à hauteur de 100 % de son PIB.
Ce serait détruire le principal moyen de production d’une électricité de masse, pilotable, sûre, propre, décarbonée, à un coût de 32 €/MWh en coût cash et grande pourvoyeuse d’emplois. La filière emploie de l’ordre de 250 000 salariés, de haut niveau de qualification, nombre qui s’explique facilement : plus de 95 % de la valeur ajoutée est faite en France.
D’ailleurs les scénarios de RTE de passage à 50 %, et même au-delà, obligent la France à s’équiper massivement en centrales à gaz d’où des importations supplémentaires et une remontée des émissions de gaz carbonique et d’oxydes d’azote.
Les pays du Sud-Est asiatique disent tous que sans nucléaire, on ne fera pas du développement soutenable.
3-3- PREDIRE  QUE LA CONSOMMATION D’ELECTRICITE VA DECROITRE MALGRE LES TRANSFERTS D’USAGES COMME LES VE ET LES PAC.
Une étude très sérieuse faite pour l’OCDE montre qu’en 2100, l’électricité représentera 80 % de l’énergie finale consommée par les pays développés et qui le seront encore.
3-4- PENSER QUE LE CO2 NE SERA PAS TAXE A UNE VALEUR ELEVEE PAR TONNE EMISE, CE QUI PESERA LOURDEMENT SUR LE BUDGET DE CHAQUE FOYER DIRECTEMENT OU INDIRECTEMENT.
3-5-DIRE QUE LES ENRI COUTENT MOINS CHER QUE LE NUCLEAIRE EN COMPARANT DES MWH ALEATOIRES ET DES MWH GARANTIS.
3-6- AFFIRMER QUE LE 100 % ENRI EST POSSIBLE COMME LE DISAIT L’ADEME IL Y A 2 ANS ET POUR PAS PLUS CHER !
Les Allemands paient leur kWh deux fois plus chers que nous, émettent 80 % de CO2 de plus que nous par habitant et par an et sont très loin du 100 EnRi et n’y seront probablement jamais.

CONCLUSIONS :

Bien rappeler à nos concitoyens qu’il s’agit d’une PP énergétique et non électrique avec comme seul et unique objectif : LA REDUCTION DE NOS EMISSIONS DE GAZ A EFFET DE SERRE.

Comme on peut le voir les lignes directrices d’une transition énergétique efficace sont simples.
Encore faut-il ne pas laisser le débat être paralysé par les antinucléaires (pro-gaz) et les lobbies puissants comme le SER et l’ADEME.

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3 réflexions au sujet de « PROGRAMMATION PLURIANNUELLE DE L’ENERGIE : la confusion électrique. »

  1. Bonjour,
    Sur le climat vous dramatisez un tantinet. Au rythme actuel de 0,1°C/dec on devrait peiner à atteindre les +1,4°C en 2050. Pour atteindre +3°C, il faudrait que le rythme de réchauffement quadruple très rapidement. Il faut une foi de charbonnier dans les modèles pour y croire.
    Les océans absorbent de plus en plus de carbone contrairement aux prévisions. C’est d’ailleurs une nouvelle raison pour laquelle les modèles du climat surchauffent. Peut-être que la tendance va s’inverser un jour…
    L’optimum de l’holocène a été considérablement plus chaud que la période actuelle pendant plusieurs milliers d’années. Pour des raisons d’ensoleillement et d’orbite terrestre, c’était particulièrement le cas aux hautes latitudes nord. Pas de dégazage de méthane dans les carottes de glace, cela ne s’est pas produit.
    Vous êtes trop ambitieux concernant les voitures électriques. Le VE peine à se faire sa place pour des raisons d’autonomie. Avec la baisse du prix des batteries on peut penser que son usage va progresser. La dernière Zoé a une batterie de 41kWh contre 22kWh pour le précédant modèle. Une Tesla peut monter à 100kwh. Le prochain Roadster a même 200kWh de batterie.
    Selon l’Ademe, une batterie de 24kWh, c’est 6 tonnes de CO2 sur la durée de vie du véhicule si la batterie est produite en France, contre 38t pour le carburant d’un véhicule thermique (chiffre beaucoup trop élevé à mon sens vu que c’est les petites citadines qu’on va remplacer).
    Un petit lien déprimant vers les usines de batterie dans le monde, surprise elles sont et ne seront pas en France : http://www.skyfall.fr/2017/10/01/vehicule-electrique-emissions-de-co2/comment-page-1/#comment-204949
    Honnêtement, on va peut-être réduire des problèmes de pollution locaux avec les VE, mais pour les émissions de CO2, c’est actuellement une impasse.
    Cordialement,

      • Ce qui est clair dans le rapport du GIEC, c’est que dans le pire scénario qu’ils peuvent imaginer, la borne haute du réchauffement dépasse légèrement les 3°C en 2050. Et c’est que ça, le pire scénario, et il n’a aucune chance de se produire.

        C’est dans les notes (police de caractère 4 ou 5) de la légende du tableau SPM.2 du SPM p. 23, vous allez voir, c’est super clair, lisez avec le doigt :

        « The likely ranges for 2046−2065 do not take into account the possible influence of factors that lead to the assessed range for near-term (2016−2035) global mean surface temperature change that is lower than the 5−95% model range, because the influence of these factors on longer term projections has not been quantified due to insufficient scientific understanding. »

        Les explications doivent se trouver à mon souvenir dans le chapitre sur l’évaluation des modèles, dans une police de caractère encore plus petite, cherchez « scaling factor ».

        En gros les océans et la biosphère absorbent beaucoup plus de CO2 que les modèles ne le simulent et il faut raboter les prévisions de température de 33% jusqu’en 2035 pour tenir compte de la réalité. Mais à partir de 2046, tout le surplus de CO2 stocké par les océans et les plantes repart miraculeusement dans l’atmosphère pour cause de « compréhension scientifique insuffisante » du cycle du CO2, et paf la température augmente de jusqu’à 3°C.

        Shorter : le Giec, surtout quand il n’est pas clair, est beaucoup plus optimiste que vous. Vous verrez, ce sera plus clair dans le prochain rapport qui va sortir cette année, et ou les scientifiques vont faire plaisir aux hommes politiques en disant qu’il est encore possible de rester sous les +1,5°C.

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