CLIMAT : ET VOICI LES ÉCOLOS PRO-NUCLÉAIRE ! (arrêt sur image)

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Sur Twitter, sur YouTube, des voix défendant le nucléaire au nom de la lutte contre le changement climatique se font de plus en plus entendre. Qui dénonce le « dogme antinucléaire de Greenpeace » ? Comment et avec quel impact ?
En ce 1er juillet, le secrétaire général d’Europe Ecologie les Vers (EELV), Julien Bayou, se réjouit. Invité de la matinale de France Inter, il réagit à l’arrêt définitif de la centrale nucléaire de Fessenheim. Deux jours plus tôt, quatre mois après l’arrêt du premier réacteur, le deuxième a été mis à l’arrêt, point de départ de 15 ans de démantèlement. Il se réjouit, au vu des risques d’accidents et de ce que coûterait une rénovation des réacteurs, et dénonce : Tarder autant sur Fessenheim et continuer l’entêtement autour de l’EPR de Flamanville » [dont les coûts de construction ont explosé, voir plus bas, ndlr] », EDF va faire faillite devant ce mur d’investissement » ».

Une opinion qui fait réagir les auditeurs de France Inter. Un certain Christian s’agace de la position anti-nucléaire du parti : « Le nucléaire c’est l’énergie la plus propre précisément au niveau du CO2, donc la meilleure pour éviter le réchauffement climatique ». Suzanne, elle, s’interroge sur la « cohérence » du « démantèlement de Fessenheim dans une période de recherche d’énergie décarbonée ». »Si on est un écologiste, ça n’a aucun sens d’être anti-nucléaire », » ajoute Florian. « Nous, nous ne disons pas d’arrêter le nucléaire tout de suite, nous disons [qu’il faut] acter aujourd’hui la sortie du nucléaire au fur et à mesure de l’obsolescence des centrales », rétorque Bayou.
En quelques minutes se trouve résumé un débat – souvent conflictuel – qui agite toute une sphère des réseaux sociaux (Twitter et YouTube en tête) et qui semble aujourd’hui se déplacer vers des médias plus « traditionnels » : celui qui oppose écolos anti-nucléaire et écolos pro-nucléaire.


Le mythe tenace d’un nucléaire émetteur de CO2


Le nucléaire serait la meilleure arme contre le réchauffement climatique, autant du point de vue de la pollution que de celui des coûts. C’est l’argument régulièrement entendu sur les réseaux sociaux, surtout à la faveur d’une forte actualité comme, au hasard, la fermeture de Fessenheim.
Ce discours a pris de l’importance ces dernières années. De la part des acteurs officiels de la filière, premièrement. « Il y a la conjonction de plusieurs choses », analyse Nabil Wakim, journaliste énergie pour « Le Monde ». » La montée des préoccupations sur le climat, d’abord. Et ça rejoint aussi d’autres difficultés sur le nucléaire : en France, le parc actuel nucléaire est vieux, coûte cher à entretenir, la perspective de fermetures des réacteurs s’approche. La filière veut convaincre qu’il faut en construire d’autres ».
Et c’est là qu’arrive un argument massue : le nucléaire n’émet que peu de CO2. À l’heure des craintes concernant le réchauffement climatique, l’argument pèse son poids. D’autant que, si l’on en croit les sondages des dernières années, beaucoup sont encore persuadés que le nucléaire émet des gaz à effet de serre. « Je ne sais pas comment autant de gens en sont arrivés à se persuader de ça », se désole Sylvestre Huet, journaliste qui tient un blog « Sciences » sur l’espace blogs du « Monde », renvoyant au fait que «  »très souvent, les discours écologiques ont pu être ambigus là-dessus, n’ont pas reconnu clairement que l’énergie nucléaire est peu émettrice de CO2, et que le cas français est particulièrement propre de ce point de vue-là. »
L’une des voix particulièrement médiatisées sur le sujet est celle de Jean-Marc Jancovici, ingénieur français et président du think tank The Shift Project. Il est également associé fondateur de Carbone 4, un cabinet de conseil « spécialisé dans la stratégie bas carbone et l’adaptation au changement climatique ». » Jancovici parle dans l’oreille des puissants – les entreprises qui souhaitent réduire leur impact carbone, notamment. Dans Marianne, il dénonçait « l’imposture du gouvernement » « qui ferme Fessenheim «  »au nom du climat », « tout en déplorant la « faillite médiatique » « sur le sujet.


Les « voix du nucléaire », nouvelle venue dans l’arène


Mais d’autres voix, plus ou moins liées à la filière du nucléaire et le défendent aussi. Des gens qui, défendant le nucléaire à la base, ont décidé de le défendre d’un point de vue écologique également. Par exemple Tristan Kamin, ingénieur dans le domaine du nucléaire « pour le privé », nous dit-il, refusant de préciser. Depuis six ans, suivi par un peu plus de 28 000 personnes, il se bagarre sur Twitter sur les questions énergétiques. Kamin n’est pas un écolo de la première heure : « Je me revendique comme pro-nucléaire. Et je trouve ça, de manière très opportune, tout bénef’ que ça soit bien pour le climat. » « 
L’ingénieur fait également partie du conseil d’administration de l’association Voix du nucléaire, créée en mars 2018 « par et pour des employés » de la filière, dont le but est autant d’afficher leur « fierté » mais aussi de travailler au « rétablissement des faits le concernant », peut-on lire sur leur site. On y retrouve beaucoup d’ingénieurs de la filière mais aussi quelques chercheurs dans d’autres domaines, comme François-Marie Bréon, chercheur sur les sciences du climat et de l’environnement et membre de l’Afis (association française pour l’information scientifique). C’est le deuxième type de voix « écolo pro-nucléaire » : ceux qui, défenseurs de la lutte contre le changement climatique, voient dans le nucléaire une solution pour le ralentir.
Avec sa cinquantaine d’années, Bréon détonne dans le paysage de l’association, relativement jeune (Kamin a par exemple 26 ans). L’association organise ou participe à des événements publics, comme la manifestation internationale « Stand up for Nuclear », parrainée par l’un des pontes américains du pro-nucléaire Michael Shellenberger (qui s’est récemment illustré par des propos remettant en cause la gravité du changement climatique). Plusieurs membres de l’association, dont Kamin et Bréon, ont également signé en juillet 2019 la tribune « No fake science », dénonçant une couverture médiatique des sujets scientifiques biaisée – et se voyant critiquée en retour (ici et là) d’avoir eux-même utilisé des exemples biaisés.


Toucher les journalistes par Twitter


Pour ces défenseurs du nucléaire, Twitter est une arène de choix. Face à ce qui semble être surtout un petit milieu d’ingénieurs, relativement jeune et masculin, s’afficher sur les réseaux sociaux, c’est espérer toucher un autre public. « Twitter c’est un média où sont présents un bon nombre de journalistes et de politiques, qui vont percevoir ce fourmillement et amener ce discours dans d’autres médias » « dit Kamin ». » Et Bréon, qui fréquente depuis peu le réseau social : « Pour toucher les gens, ce qui est efficace, c’est de passer par les grands médias et donc par les journalistes. »
Reste que le débat peut souvent basculer, assez rapidement, dans une forme d’invective. Entre Kamin et le « groupe Jean-Pierre Vernant », qui regroupe une soixantaine de chercheurs, le torchon brûle. Exemple parmi d’autres, dans un échange particulièrement virulent, le groupe Vernant reprochait à une chercheuse, Aurélie Jean, d’être rémunérée entre par l’Institut Sapiens, un think tank libéral que le compte Twitter considère comme faisant partie de » « l’alt-right libertarienne ». Kamin, en réaction, dénonce le groupe Vernant comme « une des plus grosses ordures que j’aie jamais vue sur Twitter », se voyant ensuite reprocher par ce même groupe de ne pas « apprécier que l’on montre les preuves de la collusion de certains pseudo-rationalistes avec l’extrême droite ».


Greenpeace dans le collimateur


Le débat est d’autant plus difficile que du côté des pro-nucléaire, on met en avant l’argument des « faits scientifiques ». « J’ai commencé ma chaîne YouTube en parallèle de mes études, « parce qu’il y a un gouffre important entre ce qui se sait dans le domaine scientifique et ce qui se dit dans les médias », raconte Rodolphe Meyer, qui anime la chaîne « Le Réveilleur », suivie par plus de 90 000 abonnés, et dont les vidéos tournent autour de 20-50 000 vues. « L’idée, c’est d’amener une information scientifique, objectivée », résume celui qui vit de sa production YouTube (et de quelques cours et conférences auprès d’entreprises, dans le bâtiment par exemple, ou d’écoles d’ingénieurs) et avance son envie de « vulgariser » autour des thématiques de l’énergie.
Le jeune homme de bientôt 30 ans se dit défenseur du nucléaire « a posteriori » (parce qu’il s’agit selon lui de la meilleure énergie pour lutter contre le réchauffement climatique), « pas anti-nucléaire », « plutôt que » « pro-nucléaire » (de la même manière que Bréon, donc). Accusé d’avoir été payé par l’Andra dans une tribune publiée sur le site « Reporterre » « par le chargé de campagne du réseau « Sortir du nucléaire » (et à laquelle Le Réveilleur a apporté un droit de réponse), il réfute se faire payer par qui que ce soit. Il a, l’an passé, visité le site d’enfouissement de déchets nucléaire en construction à Bure, sur invitation de l’Andra. « A l’époque s’était posée la question de faire un partenariat, et je pense que si je leur avais demandé, j’aurais pu me faire financer en partie », raconte-t-il. « Mais je n’ai pas voulu le faire, parce qu’un anti-nucléaire qui voit un partenariat, ça lui donne une excuse pour pas considérer le fond. » Il explique en revanche faire relire ses textes, dont il reste le » « maître d’oeuvre », par des experts, pour s’assurer qu’ils ne contiennent pas d’erreurs factuelles – dans le cas de sa vidéo sur les déchets radioactifs, c’est entre autres vers l’Andra qu’il s’est tourné.
Sur YouTube comme sur Twitter, tous se rejoignent sur un point : leur détestation de Greenpeace. Régulièrement, Kamin dénonce la « secte » Greenpeace – un mot fort qu’il justifie au téléphone : » « Il y a un ensemble de préceptes écologiques répétés et suivis, un dogme, qu’il faut suivre sinon on n’est pas écologiste ». Même tonalité chez Le Réveilleur, qui dénonce le « dogmatisme » de l’ONG et a même consacré une vidéo en novembre 2018 au sujet du classement « électricité verte » de Greenpeace, dont il dénonce la vision biaisée sur le bilan carbone du nucléaire (CheckNews était revenu sur la question).
Il n’est donc pas surprenant que ce soit devant les locaux de Greenpeace que l’association Voix du nucléaire ait décidé d’organiser une manifestation contre la fermeture de Fessenheim, le 29 juin. A peine cinquante personnes s’y sont réunies, mais Bréon s’estime satisfait : « Le Monde » et Reuters ont par exemple consacré un article à cette manifestation. Pourquoi Greenpeace et pas devant le ministère ? « Notre position, c’est que c’est Greenpeace qui désinforme sur le nucléaire », rétorque Bréon. Greenpeace aurait conduit l’opinion publique à réclamer la fermeture de Fessenheim, et le gouvernement à obtempérer. » « Les journalistes aiment bien [ce type de « happenings », ndlr], ça les fait venir ». Sur Twitter comme dans la rue, le but est d’attirer les médias.


Un impact réel impossible à quantifier


Mais à trop se concentrer sur les arguments scientifiques, n’en oublierait-on pas la dimension politique du nucléaire ? « Je comprends qu’il y ait des décisions politiques, mais ce que j’aimerais c’est qu’elles soient argumentées », rétorque Le Réveilleur, qui considère que la fermeture de Fessenheim ne se justifie pas. Pour le journaliste du « Monde », Nabil Wakim, on touche pourtant là au cœur du débat : « D’accord, le nucléaire n’émet pas de CO2, mais est-ce pour autant une solution ? Et là c’est un autre débat, politique, qui est de savoir où on met les sous ». « Car un des grands arguments anti- nucléaires est de rappeler que sa prédominance dans le mix énergétique (75% aujourd’hui) se fait au détriment des énergies renouvelables (argument réfuté par les pro-nucléaire). Il suffit de voir le gouffre financier de l’EPR de Flamanville : selon le dernier rapport de la Cour des comptes, le budget devrait désormais atteindre 19,1 milliards d’euros pour une mise en service en 2024 – alors que, comme le rappellent les Décodeurs, l’EPR aurait dû être opérationnelle en 2012 pour un coût de 3,3 milliards d’euros.
Au-delà de la sphère numérique, quel est l’impact réel de ce discours pro-nucléaire ? » « Le rapport pro-nucléaire/anti-nucléaire sur Twitter ne me semble pas du tout être celui de la société », observe Bréon. « Dans la société, les pro-nucléaires, on a l’impression que ça n’est pas dominant du tout. » Le journaliste du « Monde « abonde : « C’est sûr qu’ils sont hyper actifs, mais est-ce que ça va faire bouger les lignes ? Je n’en sais rien. » « Pour un autre journaliste spécialiste de ces questions, le débat « pro » et « anti » n’a rien de nouveau sur le fond (souvenons-nous du débat national sur la transition énergétique menée par la ministre Delphine Batho, qui définissait déjà les lignes de crête) : « L’existence de ces gens en ligne, ça montre qu’en France, on hésite encore sur la place qu’on veut donner au nucléaire », résume-t-il.
Reste surtout la question de l’avenir concret du nucléaire. « Même si on se remettait à construire des réacteurs maintenant, on serait en 2040-2050 sur une part d’énergie nucléaire dans l’électricité beaucoup plus faible, « explique Wakim. « On est dans la fin d’un âge d’or du nucléaire ». La « fin d’un monde », qui crispe le débat.

Exclusif : révélation des motifs de la démission d’Edouard PHILIPPE

Par des indiscrétions, on a pu avoir connaissance de la lettre de démission du Premier ministre au Président

« Monsieur le Président,

Lorsque vous m’avez proposé la fonction de Premier ministre, je me suis promis de vous être fidèle en toute circonstance. J’avais connaissance de votre programme pour les cinq années à venir ; je savais que vous aviez le projet d’arrêter les deux réacteurs nucléaires de Fessenheim alors même qu’ils sont en bon état de fonctionnement et qu’ils contribuent très efficacement à la lutte contre le changement climatique. Les mettre à l’arrêt ne répondait à aucune raison ni technique, ni économique, ni sociale, ni stratégique. Je l’ai accepté avec un sentiment que vous devinez et que j’ai pu cacher. Vous avez pensé qu’il était opportun que la ministre chargée de l’environnement signe sans attendre un décret qui officialise la mise à l’arrêt de douze autres réacteurs nucléaires alors même que, eux aussi, seraient en parfait état de sûreté.  Comme j’ai eu l’occasion de le dire en public, vous saviez ce que je peux faire et ce que ne peux pas faire. Vous saviez que je pourrais pas l’accepter.

J’ai donc l’honneur de vous présenter ma démission. »

Toute ressemblance avec un fait réel est hypothétique.