Eolien : le préfet de Normandie se trompe …ou nous trompe

PARC ÉOLIEN EN MER DE COURSEULLES-SUR-MER

Pour monsieur le Préfet de la Région Normandie.


Bonjour madame Camille Plutarque,
Suite au communiqué de presse de monsieur le Préfet de la Région Normandie que vous avez diffusé le 24 février 2021, je porte à votre connaissance que si monsieur le Préfet a le droit de se féliciter du lancement de la construction du parc éolien en mer de Courseulles-sur-Mer de 448 MW avec l’argent des contribuables français, il se trompe (ou « on » l’a trompé) sur les chiffres.
En effet, 64 éoliennes de 7 MW (soit 448 MW) ne fourniront en électricité aucun foyer du Calvados selon leurs besoins de manière continue. 
https://www.contrepoints.org/2018/09/28/326210-le-mythe-du-foisonnement-eolien-en-europe
https://www.lemondedelenergie.com/eolien-foisonnement-stockage-pilotable/2020/02/14/

Avec un facteur de charge estimé au mieux à 30% (ce chiffre est inférieur sur le parc en mer de Robin Rigg en Ecosse qui est une région plus ventée) la production annuelle de ces 448 MW d’éoliennes en mer sera au mieux de 1,2 térawattheure (8760 x 30% x 448 = 1,2 TWh).
https://www.sauvonsleclimat.org/fr/base-documentaire/vent-de-mer-vent-de-terre

Chaque « personne » du Calvados devrait donc consommer moins de 1,8 Mégawattheure (MWh) par an alors que la moyenne des Français consomme annuellement environ 8,5 MWh (550 TWh / 65 millions de Français). La production de ces éoliennes ne représente donc pas la consommation annuelle de 630.000 personnes mais, au plus, de 125.000 personnes qui vont aussi au bureau, dans les magasins et prennent le train… dans le Calvados aussi.

https://www.contrepoints.org/2020/01/13/362144-eolien-en-mer-erreurs-du-maitre-gouvernemental-ou-mensonges

De plus, ces éoliennes produiront selon le vent, et plus précisément selon le cube de la force du vent. C’est-à-dire que si le vent double, la production sera multipliée par huit, ou divisée par huit si le vent diminue de moitié… Ces énormes variations fatales quasiment aléatoires rendent les éoliennes inaptes à la production d’électricité selon le besoin des habitants du Calvados et des Français car l’électricité excédentaire ne se stocke pas, ou très mal.
https://www.contrepoints.org/2018/10/25/328644-le-mirage-ruineux-du-stockage-massif-delectricite

Ce projet qui engloutira 2 milliards d’euros en mer profitera essentiellement à des entreprises étrangères https://www.contrepoints.org/2019/06/20/347233-eolien-flottant-2-milliards-deuros-vont-sombrer

et les « 1000 emplois directs » seront éphémères !https://www.contrepoints.org/2014/08/25/178251-la-farce-tragique-des-emplois-verts

De nombreux citoyens français s’interrogent sur la « forte implication de l’Etat à développer une filière en mer solide » et sa volonté d’accélérer « la transition énergétique vers une énergie décarbonée » alors qu’il vient d’ordonner la fermeture politique des deux réacteurs de Fessenheim. Ces derniers produisaient 11 térawattheures (TWh) par an en continu avec 6 g CO2 / kWh produit selon l’agence gouvernementale ADEME https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm?conventionnel.htm
alors que les éoliennes en mer de Courseulles ne produiront que 1,2 TWh en émettant plus de 15 g CO2 / kWh https://www.bilans-ges.ademe.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/index.htm?conventionnel.htm
Ils s’interrogent aussi sur la confusion stupéfiante qui règne dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) entre les objectifs à atteindre et les moyens imposés, notamment des éoliennes.
https://www.lemondedelenergie.com/michel-gay-confusion-politique-energetique-france-tribune/2018/03/18/

Cordialement.
Michel Gay

Référence :

Communiqué de presse –  Préfet de la région #Normandie

Parc éolien en mer de Courseulles-sur-Mer

« Ce parc (64 éoliennes, 45 km², puissance installée de 0,45 GW, 2 milliards €), fournira en électricité 630 000 personnes soit 90% de la population…
https://t.co/DM5K3pKDPz

La lettre des EE (01/2021): L’électricité nucléaire, un bien public au service de notre Europe

La lettre est téléchargeable ici

EDITO par Claude Fischer Herzog, Directrice d’ASCPE Les Entretiens Européens& Eurafricains

D’une tonalité offensive, cette 18ème édition des Entretiens Européens a dynamisé les débats sur l’avenir du nucléaire en Europe ! Un consensus s’est dégagé sur la place du nucléaire dans le mix énergétique pour gagner la bataille du climat, mais aussi celle de la nouvelle croissance et de la prospérité. La Commission elle-même a reconnu que sans le nucléaire, il sera impossible pour l’Union de réaliser ses objectifs de réduire son empreinte carbone, et que celui-ci avait toute sa place dans le mix aux côtés des renouvelables (EnR). Mieux, Massimo Garribba a salué le rôle de service public en continu que le nucléaire a joué dans la crise sanitaire et économique. Le débat n’est pas clos pour autant sur l’équilibre nucléaire /EnR, alors que de nombreuses études tendent à prouver qu’au-delà de 40% d’EnR dans le mix, les systèmes explosent. En Allemagne, les effets pervers de trop d’EnR sont dénoncés par des écologistes et des voix s’élèvent pour garder le nucléaire plutôt que rouvrir les centrales à charbon et demain au gaz !

Le financement des investissements a besoin de garanties et d’incitations publiques

Un grand sujet a été au cœur des interventions, celui du coût du nucléaire. Le financement des investissements, et les garanties qui lui seront apportées, ont fait l’objet de questions auprès de la Commission et de demandes pour qu’elle crée les conditions favorables sur le marché européen qui chacun le sait dissuade le long terme. Il y a beaucoup d’argent sous forme d’aides et de garanties publiques pour les EnR et le financement de la croissance durable, avec labels et autres certificats verts, et on attend de voir si elle va (ou pas) inclure le nucléaire dans la taxonomie (la liste d’activités pour une économie durable) qui est encore en discussion : le « prétexte » des déchets nucléaires pour refuser sa place au nucléaire est fallacieux ! Le Centre commun de recherche (JCR) – chargé par la Commission d’examiner les « dangers » du nucléaire sur l’environnement – doit rendre sa copie en ce début d’année. On espère que la pression allemande ne pèsera pas face aux gestionnaires des déchets qui ont avancé des arguments scientifiques et éthiques pour les solutions (le pire étant de ne rien faire !). De même, les opérateurs et les chercheurs qui innovent et proposent des technologies diversifiées et flexibles, avec les réacteurs de 3ème génération de type EPR ou SMR (alimentés par le Mox, le combustible fabriqué à partir des déchets), dans l’attente des réacteurs de génération 4 qui fermeront le cycle de façon vertueuse, doivent être entendus.

On a besoin de la diversité des technologies pour renouveler le parc européen

La Commission privilégie les SMR… et l’hydrogène. Mais attention aux choix technologiques imposés ! Les SMR – qui doivent être soutenus – ne pourront pas remplacer les centrales de 1000 MW, ni supplanter les EPR… Il faut diversifier en fonction des demandes et des besoins, qui ne sont pas les mêmes quand on doit renouveler le parc français, créer un parc de 6000 MW pour remplacer le charbon en Pologne… ou qu’on veut accompagner les villes pour alimenter les réseaux de chaleur comme en Finlande. Quant à l’hydrogène, attention au miroir aux alouettes ! On n’est pas prêt et l’hydrogène produite à partir de gaz (même naturel) n’en fera pas une source décarbonée. Quant à celle produite à partir du trop de production d’EnR, elle nécessitera des batteries et du stockage qui feront exploser les coûts

Attirer les investisseurs en Europe pour réaliser les projets

Ils sont quatorze pays à vouloir développer leur parc nucléaire, et des projets sont en cours : en Finlande, en France, au Royaume Uni, en Hongrie, en République tchèque, en Roumanie et aussi aux Pays-Bas qui préfèrent la sûreté nucléaire aux risques du gaz. Chaque pays est confronté à la question des coûts de construction. Car ce qui coûte cher dans le nucléaire, c’est la construction des centrales. Une fois construites, les coûts d’exploitation sont faibles par rapport aux bénéfices. Comment attirer les investisseurs et leur donner des garanties sur le long terme ? Des modèles de montages financiers existent entre partenaires comme en Finlande, ou d’autres qui sont ouverts aux investisseurs internationaux et garantis par les gouvernements comme au Royaume-Uni ou en République tchèque. De ce point de vue, la dimension internationale du nucléaire a été soulignée, et il ne faudrait pas que l’Europe, comme elle l’a fait pour d’autres industries à haute valeur ajoutée, abandonne le terrain du nucléaire à des pays comme la Chine, la Russie, ou les Etats-Unis très offensifs sur le marché mondial où les besoins sont massifs (renouvellement des parcs, électrification des usages, développement de régions en Asie et en Afrique…)

Créer une filière nucléaire européenne

L’électricité nucléaire, c’est du long terme qui nécessite une vision et une planification des investissements pour préparer le futur. Partout, elle bénéficie de politiques publiques et de soutiens, sauf en Europe, ce qui la pénalise. Or, elle est un service d’intérêt général (et pas seulement pour les pays qui la produisent !), un bien public européen, et la Commission doit lui apporter garanties et incitations. Au nom de quoi les Etats membres qui n’en veulent pas chez eux (quitte à l’acheter chez nous quand ils sont en pénurie), s’y opposent-ils ? Et au-delà de la réforme du marché nécessaire et des garanties et incitations publiques, comment contourner les Etats anti-nucléaires et coopérer sur le marché européen pour créer une véritable filière industrielle, performante en interne et à l’international ? Euratom, née de la volonté d’organiser la coopération européenne et de bâtir une industrie florissante en matière de nucléaire civil pour assurer l’autosuffisance énergétique du continent, ne peut plus jouer son rôle à cause des blocages institutionnels et la relative faiblesse des moyens mis en œuvre.

Un pacte de solidarité énergétique et des coopérations renforcées

On a examiné la faisabilité d’une coopération structurée permanente entre les Etats nucléaires, comme ça se fait dans la Défense. Mais la CSP est très institutionnelle et elle serait d’autant plus complexe à bâtir que la Pologne n’y est pas favorable, préférant préserver la neutralité et la diversité technologiques pour les 27. Pour cela, les Etats ont besoin d’un pacte de solidarité énergétique respectant les choix de chacun, et on pourrait, comme l’a d’ailleurs suggéré le ministre du Climat polonais lui-même, réfléchir à mettre en place des coopérations renforcées en partageant les coûts amont sur les investissements relevant des biens publics, en particulier la formation et la recherche… et pourquoi pas les coûts aval concernant les réseaux.

Créer des classes d’actifs pour les projets en coopération sur un marché obligataire européen

Ceci-dit, les coûts élevés des investissements de long terme pour la construction des centrales doivent pouvoir aussi être mutualisés grâce à des coopérations ou consortiums (Philippe Herzog avance l’idée de « mutualités ») entre les industriels et les Etats (ce qui existe déjà sous différents modèles), et aussi être garantis pour attirer les investisseurs. Les entreprises et les Etats sont « concurrents » voire rivaux, et c’est là que la Commission pourrait aider en facilitant un partage des coûts. La création de classes d’actifs pour les projets en coopération pourrait trouver des financements sur un marché obligataire européen… On a un plan de relance européen innovant avec une dette mutualisée en appui des politiques macro-économiques des Etats et aussi des efforts de construction d’un bien public commun, la santé : pourquoi ne pas faire la même chose au plan industriel pour le nucléaire ? De ce point de vue, les financiers devront être sollicités : les investisseurs de marché, les gestionnaires d’actifs, les fonds souverains, les banques (de développement surtout) et les assurances… Aujourd’hui, certains comme la BNP Paribas en France, s’impliquent dans les investissements verts, et si la taxonomie incluait le nucléaire, on pourrait alors espérer leur engagement dans la filière. L’idée serait moins de financer sur « labels »mais dans des projets d’intérêt général, autour du caractère de bien public.

Une 19ème édition sur la valorisation des projets

Les Entretiens Européens 2021 s’inscriront dans cette perspective et nous allons proposer une nouvelle édition dans cet esprit : « La valorisation des projets nucléaires en Europe et leur financement sur un marché régulé ». Comparaisons entre les pays de l’Union européenne, et avec les grands pays du monde (Russie, Chine, Etats-Unis…) Rendez-vous donc pour cette 19ème édition qui pourrait avoir lieu en septembre, en espérant que nous pourrons nous retrouver à Bruxelles ou dans un autre pays européen.

Un colloque original

Voici un colloque original, qui s’est déroulé par zoom cinq heures durant ! Certes, ça ne vaut pas une rencontre où on peut se serrer la main, échanger nos cartes, discuter pendant et après les séances… Mais c’est autre chose : plus de 320 inscrits (plus que dans une salle, car on n’est pas obligé de se déplacer !), des débats qui commencent à l’heure, et des « chats » nombreux, beaucoup plus que de mains levées pendant un colloque normal… Et plus de 30 mails reçus après le colloque avec pour certains, plus que des félicitations, des réactions utiles pour la suite.La Lettre restitue les interventions de nos invités sous forme d’articles,assortis de colonnes ou d’encadrés d’information ou d’illustration. Ils étaient24 représentants de 8 pays d’Europe et des institutions européennes(Commission et Parlement européens) ou internationales (AEN et AIEA). Voici ci-dessous, ce que Bernard Boullis, ami fidèle des Entretiens Européens, en a retenus, suivi des premiers verbatims… D’autres suivront au fil des pages, reprenant quelques uns des « chat » ou des réactions des participants.

Verbatims :

Jan Bartak, NucAdvisor – Toutes mes félicitations à Claude Fischer Herzog pour cette édition des Entretiens Européens. Elle a réussi à rassembler un excellent panel, sa modération était parfaite, avec toujours autant d’énergie et d’enthousiasme. Formidable !

Alexis Merville, Fideas Capital – De manière générale, ce colloque m’a fait prendre conscience d’un potentiel alignement d’étoiles sur le nucléaire en Europe : lutte contre le réchauffement climatique, plan de relance européen, expertises européennes industrielles, innovations technologiques(réacteurs, déchets) et évolution des opinions publiques dans plusieurs pays, voire un certain consensus possible notamment pour sortir du charbon et avancer sur l’hydrogène. Donc s’il faut s’en occuper, c’est maintenant !

Bernard Boullis – Ce que je retiens

Un soutien peut-être trop « extrême » aux EnR

L’amorce perceptible d’une prise de conscience de la part de la Commission européenne que le sou-tien inconditionnel aux ENR avait peut-être été exagéré ces dernières années, constituerait, si cela était confirmé dans les faits, une évolution notable. Le débat sur la taxonomie reste vif, une meilleure appréciation des « dangers » de l’industrie nucléaire a été confiée à une commission d’experts.

Le nucléaire trop cher

Un point apparaît déterminant pour beaucoup : il faut travailler à en réduire les coûts et peut-être aussi le besoin en capital initial (ce qui explique pour partie l’engouement actuel envers les SMR), et améliorer la visibilité à long terme pour intéresser les investisseurs. La rentabi-lité s’acquiert en effet sur le long terme et à cet égard, si le faible au coût du combustible constitue un réel atout, la stabilité des cadres réglementaire et politique reste (très) questionnable et obère les perspectives…

L’échec de l’Allemagne

Pour garantir la stabilité du réseau, on semble s’accorder sur un niveau maximum de 30 à 40% d’ENR non pilotables, les options sans nucléaire n’ayant par ailleurs pas démontré leur capacité à satisfaire à l’exigence climatique à terme. L’Allemagne apparaît en échec avec une baisse des GES limitée malgré le déploiement important de puissance éolien-solaire, et l’arrêt programmé du charbon va se traduire par l’essor des importations de gaz.

La solution du stockage géologique

Sur la question des déchets, on s’accorde pour considérer le stockage géologique comme une solution efficace, scientifiquement mature, flexible et l’on pointe les risques et défaut d’éthique à ne pas le mettre en œuvre, ce qui ne s’oppose pas à la poursuite de recherche de possibles améliorations, démarche classique de mise en œuvre de progrès continus.

L’appétence pour un renouveau nucléaire

On a pu constater une forte appétence pour l’option nucléaire à l’Est de l’Europe, et un renouveau dans la recherche sur les futures générations de réacteurs. Réacteurs à neutrons rapides (y compris « small ») et nouveaux concepts comme réacteurs à sels fondus, avec l’apparition de nouveaux acteurs très dynamiques aux Etats-Unis par exemple.

La GEN 3, le socle de l’énergie nucléaire pour les prochaines décennies

Dans l’intervalle, la troisième génération constitue le socle sur lequel le nucléaire va reposer ces prochaines décennies, avec là aussi des potentialités de progrès significatives.

Pas de consensus en Europe, ni de coopération structurée permanente entre Etats nucléaires

Le nucléaire pourrait constituer le germe de projets d’envergure (industriels et/ou de recherche) à l’échelle de l’Europe. Mais on se heurte à l’impossibilité à faire émerger un consensus parmi les pays membres et il semble difficile dans les modalités de fonctionnement actuelles de réunir les conditions d’un partenariat efficace, même limité aux seuls Etats intéressés

VERBATIM

Jan Bartak, NucAdvisor – Toutes mes félicitations à Claude Fischer Herzog pour cette édition des Entretiens Européens. Elle a réussi à rassembler un excellent panel, sa modération était parfaite, avec toujours autant d’énergie et d’enthousiasme. Formidable !

Alexis Merville, Fideas Capital – De manière générale, ce colloque m’a fait prendre conscience d’un potentiel alignement d’étoiles sur le nucléaire en Europe : lutte contre le réchauffement climatique, plan de relance européen, expertises européennes industrielles, innovations technologiques(réacteurs, déchets) et évolution des opinions publiques dans plusieurs pays, voire un certain consensus possible notamment pour sortir du charbon et avancer sur l’hydrogène. Donc s’il faut s’en occuper, c’est maintenant !

Inscrire le nucléaire dans le temps long

Un nouvel âge d’or pour le nucléaire

Lors de son audition, William Magwood a salué les innovations que la filière nucléaire développe partout dans le monde, ouvrant des perspectives nouvelles à cette technologie, dont – chacun en a pris conscience pendant la récente crise sanitaire et économique – le développement est vital pour une croissance durable en Europe, répondre aux besoins des pays émergents et protéger notre planète. Un ton offensif et rassembleur pour cette ouverture des Entretiens Européens qui ont su le garder les cinq heures durant de la conférence.Nous venons de vivre une crise sans précédent. Les Etats ont dû s’adapter, travailler avec les régulateurs et les opérateurs pour répondre à la demande d’électricité nous permettant ainsi de continuer à travailler et à vivre avec nos familles. Le nucléaire s’est révélé très performant, permettant de garantir la sécurité d’approvisionnement tout en continuant à soutenir l’intégration des énergies renouvelables.

Conjuguer croissance et environnement

L’ensemble des acteurs, du citoyen au décideur politique, ont pris conscience du rôle du nucléaire qui a fourni sans relâche une électricité fiable et compétitive. C’est vital pour nos économies développées mais aussi pour les pays émergents qui doivent fournir les biens essentiels comme la santé et l’eau à leurs populations, et se développer1. L’électricité est au cœur de ces défis, elle doit pouvoir accompagner tout à la fois le développe-ment et la décarbonation de notre mix énergétique. Car l’expansion économique ne doit pas être sacrifiée à l’environnement. Si nous disons aux populations qu’elles ne peuvent pas bénéficier de l’électricité nécessaire pour que leurs enfants puissent étudier au nom de l’environnement, nul doute qu’elles choisiront le développement contre l’environnement. Mais pourquoi forcer les populations à choisir ?Avec l’usage du nucléaire sur le long terme, nous pouvons conjuguer croissance et protection de l’environnement.

Anticiper le bon mix énergétique sur l’analyse des coûts

Comment choisir le bon mix énergétique pour répondre à cette exigence ? Quelle que soit la décision des Etats, celle-ci ne doit pas être arbitraire ou se prendre sur la base d’une bonne image de telle ou telle source. Il y a besoin d’une analyse approfondie des coûts et des performances qui permettra de décider de la bonne proportion entre les sources, différente selon les pays en fonction de leurs besoins et de leurs réalités. Au sein de l’AEN, nous proposons une analyse des coûts du système électrique, afin d’aider les pays à projeter sur le long terme la compétitivité relative des énergies renouvelables intermittentes (EnRi) et du nucléaire. Toutes nos analyses ont démontré qu’il existe une limite au déploie-ment des EnRi sur la plupart des réseaux (2). Les pays peuvent décider de forcer et de faire payer leurs contribuables, mais d’un point de vue économique, de la sûreté et de la durabilité, la bonne proportion d’EnR pour un bon équilibre du mix est sans doute de 30 à 40%. Dans certaines régions, on peut monter plus haut, comme pour le solaire par exemple, mais en général, c’est le seuil le plus logique.

Impossible de réduire les émissions de CO2 sans le nucléaire.

Comment alors répondre aux objectifs de l’accord de Paris pour ne pas dépasser les deux degrés de réchauffement climatique ? Pour le secteur électrique cela correspond à une limite de 50g de CO2/kWh. C’est une énorme réduction de 80% au sein des pays de l’OCDE et un défi majeur ! Pour être honnête, ce sera très difficile, et disons-le, sans le nucléaire, impossible. Et pour ceux qui prônent 100% d’EnR, il faudra le démontrer (3). Mieux vaut une combinaison EnR et nucléaire qui a fait la preuve de ses capacités. Il s’est développé partout dans le monde et est promis à un bel avenir. Certes, certains projets récents ont fait face à des surcoûts significatifs, mais les dépassements de budget sont liés au fait qu’on ne sait pas mutualiser les infrastructures et les compétences sur l’ensemble de la chaîne et qu’il existe des freins réglementaires sur le marché. Le nucléaire doit et peut mieux faire afin de convaincre les investisseurs.

Une époque enthousiasmante en termes d’innovations.

Par ailleurs, les perspectives sont plus ouvertes avec des réacteurs plus petits comme les SMR. Nous vivons une époque passionnante, sans doute la plus enthousiasmante en termes d’innovations nucléaires depuis les années 50. Car aux côtés des SMR, il existe un engouement pour les filières de la Génération 4, avec les réacteurs à sels fondus basés sur haute température, les réacteurs à neutrons rapides… Ce sont près de 70 pro-jets en cours… Cela nécessitera des cadres réglementaires pour déployer ces technologies et qu’elles soient couronnées de succès. Peut-être si j’ose une comparaison, faudrait-il arrêter de construire des aéroports, mais fabriquer les avions ! Des questions restent posées. Celle des déchets fait débat. Pourtant, ce n’est pas un problème. Nous avons les technologies de gestion sûres avec les solutions d’entreposage et le stockage géologique. Des pays comme la Finlande ouvrent la voie, et les autres suivront. Il faut faire taire les cri-tiques. Nous savons faire et le démontrerons.Au fil des ans, les Etats doivent adopter les bonnes politiques publiques et travailler avec les régulateurs qui évalueront avec les technologies et leur sûreté. Les nouvelles technologies ont le feu vert aux USA et vont se développer ailleurs dans le monde. Nous sommes à l’aube d’un nouvel âge d’or pour le nucléaire. C’est une étape importante, pas seulement pour les acteurs du nucléaire, mais bien au-delà pour préserver nos modes de vie, ga-rantir la prospérité et sauver l’environnement.

William MAGWOOD, Directeur de l’AEN, OCDE

Le bon mix énergétique pour l’avenir de l’Europe

Quel est le bon mix énergétique pour faire face aux mutations et à la crise ? Cette question dépend à l’évidence des objectifs poursuivis, en fonction desquels on peut tout envisager. Si la baisse de l’intensité carbone du mix constitue une réponse de principe partagée en Europe, elle est complétée par la Commission européenne par des objectifs renforcés d’accroissement des énergies renouvelables et de baisse de la consommation d’énergie1, préfigurant à terme un mix tout renouvelable assisté d’hydrogène vert pour assurer son backup, transitoirement complété par le nucléaire pour les Etats en disposant.Mais la corrélation étroite observée entre consommation d’énergie et production de richesse me conduit à dire que tout projet politique de baisse drastique et rapide de la consommation d’énergie, s’appuyant qui plus est sur une transformation univoque du mix de production énergétique ignorant les atouts et les complémentarités des mix régionaux, est assimilable à un pro-jet politique de paupérisation générale de la société. C’est une impasse dramatique si on a à cœur de promouvoir en Europe une croissance inclusive.

L’évolution du mix électrique face aux objectifs CO2

Partons d’un premier constat : les énergies fossiles posent d’insolubles problèmes d’émission de CO2 et sont en voie de raréfaction suffisamment abrupte en Europe pour qu’on tente de s’accorder sur l’objectif d’organiser leur mise à l’écart du mix aussi vite que possible. Pour ne pas lâcher nos objectifs de développement – aussi détachés de croissance matérielle soient-ils – il faut donc réaliser la conversion électrique sans rationnement de notre énergie pour le transport, le chauffage, la production. Sans perdre de vue l’immense défi que ce triplement de la fourniture électrique représente, définissons alors les qualités d’un tel mix : un suivi efficace du besoin, des émissions de gaz à effet de serre minimales, et un prix compétitif. On définit ainsi 3 catégories d’objectifs, comme autant de leviers de pilotage de notre politique énergétique : 1- qualité et garantie de fourniture, 2- émissions de CO2, 3- prix de l’électricité et de la tonne de carbone évitée. Pouvons-nous évaluer l’adéquation à ces objectifs de la politique énergétique mise en œuvre en Europe ? Tirons quelques enseignements des bilans Eurostat de l’évolution du mix de fourniture électrique et de ses émissions de CO2 au cours des 30 dernières années2.- Premier bilan : entre 1990 et 2004, avant les programmes de développement des énergies renouvelables, les émissions du secteur électrique ont baissé d’environ 1% par an, puis entre 2004 et 2017, elles ont de nouveau baissé d’environ 1% par an, et ce malgré le déploiement systémique de l’éolien et du solaire (EnRi). Pourquoi pas plus vite ? Parce que, pour l’essentiel, le nucléaire a augmenté sa fourniture de 200 TWh sur la première période, et l’a baissé de 200 TWh sur la deuxième. Premier enseignement : un bon mix est celui qui additionne le nucléaire aux EnRi plutôt que de soustraire le nucléaire aux EnRi.- Deuxième bilan : la consommation européenne d’électricité a augmenté de 13% entre 2000 et 2017, au même rythme que les moyens pilotables de fourniture d’électricité, et ce malgré le fort accroissement de la puissance EnRi, passée de 13 à 177 GW. Conclusion : la multiplication par 13 des EnRi s’est faite sans fermeture de capacité pilotable. Pire, la fermeture de près de 20 GW nucléaire sur la période a conduit à augmenter la puissance du parc fossile de plus de 50 GW, pour compenser le nucléaire manquant et assurer le backup des renouvelables. Deuxième enseignement : le développement des EnRi impose l’empilement d’un parc renouvelable par-dessus le parc fossile, dès lors qu’on se prive de nucléaire, option la plus éloignée d’une optimisation des investissements.

Réussir la conversion électrique des mix énergétiques à partir des atouts régionaux

La recherche d’un mix optimal doit tenir compte des réalités géographiques, politiques et historiques régionales. Ainsi en France métropolitaine, le besoin en EnRi est proche de zéro, si l’on considère la place du nucléaire et de l’hydraulique3. Tout au plus peut-on admettre une puissance EnRi capable de supprimer les quelques GW de charbon et de fioul installés. Et encore, on observe que les EnR intermittentes produisent souvent quand on n’en a pas besoin et rem-placent principalement du nucléaire et de l’hydraulique moins carbonés, plutôt que des fossiles qui restent indispensables à la pointe, le tout avec un rapport coût-bénéfice défavorable de 1400 € la tonne de CO2 évitée. Dans le cas de l’Allemagne4, on attend que les EnR remplacent du fossile de façon plus évidente qu’en France, mais les EnRi ont surtout remplacé du nucléaire, et même du gaz naturel tant que le prix du carbone restait bas et privilégiait le lignite. Puis grâce à l’augmentation du prix du quota carbone, elles ont contribué à la baisse des productions les plus carbonées, mais aussi du nucléaire, tout en favorisant l’émergence du gaz dans le mix, le tout pour un coût moyen du carbone évité de 1500 € tCO2, e t le kWh au ménage le plus cher d’Europe.

La sécurité des réseaux perturbée par trop d’EnR

Quel que soit le mix, il faut une base pilotable assurant la sécurité du réseau, élément essentiel pour la qualité et la garantie de fourniture. Or l’insertion des EnRi devient particulièrement épineuse au-delà de 30 à 40% de la fourniture. Ce point est crucial, car lié à notre capacité à assurer l’équilibre entre la production et la consommation, et à régler la fréquence et la tension sur notre réseau commun. Or, les incidents avec coupures en Allemagne et au Royaume-Uni, le seuil de black-out presque atteint en France en janvier 2017 et en Allemagne en juin 2019, ou encore les pénuries d’électricité en Australie du Sud et en Californie, indiquent à chaque fois que les EnRi sont pour tout ou partie la source du problème. Pour s’en prémunir, on ne dispose pas d’autre solution que d’effacer la production EnRi, ou de passer par le stockage de l’électricité intermittente et aléatoire. Mais on augmente alors considérablement le prix de fourniture !

Pourquoi stocker l’électricité intermittente quand on peut en produire à la demande avec le nucléaire ?

Les volumes à stocker sont gigantesques : le parc européen de production solaire de 132 GW est affecté d’une défaillance de mode commun tous les soirs et son amplitude saisonnière de fourniture varie du simple au quintuple ; et le parc éolien de 205 GW délivre régulièrement moins de 10% de sa capacité installée sur l’ensemble de la plaque européenne ! A titre de comparai-son, le modeste parc nucléaire de 118 GW a fourni près de 800 TWh décarbonés l’an dernier, toujours quand on en avait besoin, quand le parc solaire ne débitait que 100 TWh, 3 à 5 fois plus carbonés, dont une part significative n’avait rien d’autre à faire sur le réseau que de contribuer à ruiner le modèle économique des centrales pilotables, seules garantes de notre fourniture et de sa stabilité.

Organiser la coopération des mix nationaux grâce à la complémentarité des sources

S’agissant du stockage, nous avons certes l’hydraulique qu’il convient de privilégier à chaque fois que c’est possible, et qui constitue le parfait complément au nucléaire pour assurer le suivi de charge, voire fournir la base quand la nature a été généreuse comme chez nos amis scandinaves. Mal-heureusement le compte n’y est pas en Europe pour stocker l’équivalent de toute la fourniture électrique intermittente ! Cette remarque met néanmoins en lumière un point clé qui devrait inciter l’Union à organiser la coopération des mix nationaux, car les complémentarités géographiques sont puissantes, et les complémentarités technologiques ne le sont pas moins, de sorte qu’il est grand temps de permettre aux Etats membres, comme cela s’est construit entre le Danemark, la Suède et la Norvège qui mutualisent leurs ressources, de coopérer librement, à la carte et sans discrimination des sources, mais avec des drivers plus pertinents : le prix de l’électricité, la sécurité de fourniture et le coût du carbone évité.Mais force est de constater que le modèle allemand – conforté par la stratégie de l’Union – prépare la coopération étendue du gaz et des EnRi en Europe, de sorte que les objectifs de réduction du CO2n’ont aucune chance d’être atteints en 2030, et que l’avènement de l’hydrogène vert pour succéder au gaz naturel va accroitre d’un ordre de grandeur le prix de l’électricité. D’ici là on aura pu causer des dégâts profonds et peut-être irrémédiables pour plusieurs décennies au tissu socio-économique – voire institutionnel – européen et à son indépendance énergétique.

La crise nous impose un mix sûr et au coût minimum

Revenons-en finalement à la question : quel mix électrique, en particulier pour faire face à la crise sanitaire et économique ? En définitive, c’est le mix qui alimentera au mieux et en toutes circonstances nos hôpitaux, nos écoles, nos usines, nos foyers, nos moyens de transport :- au coût minimum pour aujourd’hui, tant est grand l’impératif de maitriser notre dé-pense énergétique pour pouvoir financer la santé et l’éducation, le sport et la culture, la police et la justice, la solidarité et le développement… impératif d’autant plus absolu que nos moyens collectifs diminuent, avec -8% pour le PIB européen en 2020.- au coût minimum pour demain, c’est-à-dire sans pénuries ni black-out, sans dérèglement climatique de nature à jeter nos sociétés hors du développement, sans obérer nos capacités d’investissement sans lesquelles nos systèmes électriques iront à la faillite, tout en produisant le maximum de valeur ajoutée sur le territoire européen. La période de confinement liée au COVID, qui a simulé un accroissement de 15 à 20% des EnRi sur la plaque européenne conduisant le prix de marché de l’électricité sous les 20 € du MWh, nous rappelle que seuls les producteurs sous perfusion de prix garantis peuvent durablement survivre dans un tel environnement, et que, sans évolution des objectifs politiques et des règles de marché, cela ne peut pas concourir à l’émergence du mix dont notre Europe a besoin.

Hervé FISCHER, Président d’EuroLorraine

Allemagne : réouvrir le débat Le nucléaire plutôt que les fossiles

Historienne allemande spécialiste de l’Europe de l’Est, Anna Veronika Wendland travaille sur les centrales nu-cléaires et la culture de sécurité. Figure de la lutte antinucléaire en Allemagne suite à Tchernobyl, elle est aujourd’hui proche des mouvements écologistes dits « éco-modernistes » qui défendent le nucléaire et les nouvelles technologies. En juillet dernier, elle a signé une tribune avec Rainer Moormann dans « die Zeit », appelant à une sortie des énergies fossiles avant celle du nucléaire.Avec 30% d’électricité d’origine nucléaire et le développement des EnR, l’Allemagne aurait pu atteindre ses objectifs climatiques. Mais après Fukushima, elle a décidé de se retirer progressivement du nucléaire et d’en sortir en 2022. Aujourd’hui, il reste 6 centrales en fonctionnement, ce qui représente 8000 MW, un peu plus de 10% de la production électrique (61 TWH). Avec le développement des EnR, l’Allemagne a rencontré des problèmes structurels dus à l’intermittence de la production électrique et au problème de stockage. Nous dépendons des conditions météo, et quand celles-ci sont défavorables, la production d’électricité à partir des EnR doit être complétée avec le nucléaire et le lignite. C’est un retour en arrière pour nos objectifs climatiques ! On dépense 30 milliards d’euros par an pour les EnR, un effort considérable pour peu de résultats1.

Un échec du nucléaire lié au discours dominant

C’est le sens de la critique que nous avons formulée avec Rainer Moorman. Nous demandons le retrait du lignite avant celui du nucléaire. Cette proposition rencontre beaucoup de résistance de la part des défenseurs des EnR qui ne réfléchissent pas à ce que pourrait être une union des sources décarbonées contre les fossiles. Les politiques sont sous influence des ONG. Le nucléaire allemand n’a pas échoué à cause de sa technologie, aussi bonne et respectée qu’ail-leurs, mais du discours dominant. Si on veut rouvrir une nouvelle perspective pour une complémentarité EnR/Nucléaire, alors il faut s’en prendre au discours anti-nucléaire2.En Ukraine, en République tchèque, en Pologne ou en Hongrie, les Etats ont décidé d’inclure le nucléaire dans leur mix mais ils sont sous la pression de l’Allemagne qui n’accepte pas leur choix… Pourtant, ils doivent décarboner leur énergie comme en Pologne où l’électricité est produite à 80% avec du charbon, et ils méritent notre soutien et notre aide.

L’Allemagne se débat dans ses contradictions

Elle ne réussira pas sa décarbonation car après la sortie nucléaire en 2022 et du charbon en 2038, elle dépendra du gaz naturel pour compenser l’intermittence des EnRI4. Ce n’est pas une solution de back up pour l’Allemagne qui se débat dans ses contradictions ! Quels sont les acteurs prêts à se mobiliser pour infléchir le Gouvernement et l’Union européenne ? Le débat est très toxique en Allemagne, et même si de nombreux groupes politiques, comme les Chrétiens démocrates, les Sociaux-démocrates, et même parfois les Verts, pensent qu’on ne peut pas continuer comme ça, aucun ne le dira publiquement, au risque de perdre son mandat5. Sauf peut-être les populistes de droite, pro-nucléaires, auxquels il est très difficile de mêler sa voix ! On n’a pas toutes ces controverses en Allemagne de l’Est, plus pragmatique, mais le discours est très dominé par l’Allemagne de l’Ouest, et le mouvement climatique est très influencé par l’approche verte traditionnaliste où le nucléaire reste tabou. VerbatimsJacques Laebens, Schneider Electric-Donc, d’après vous Anna, l’Allemagne échouera inévitablement sur l’objectif de décarbonisation ?

Stanislas Pommeret, GIFEN- Les pays nucléaires demandent à l’Union euro-péenne de laisser aux Etats membres le soin de choisir librement leur mix électrique. L’Allemagne ou l’Autriche ne devraient-elles pas être laissées à leurs propres choix énergétiques et l’Union européenne rester neutre ? Le débat sur la taxonomie n’est-il pas exemplaire du parti pris de l’Union ?

Serge Dauby, Forum nucléaire belge -Nous sommes victimes de la désinformation du lobby anti-nucléaire… Nous devons absolument agir ENSEMBLE (tout le secteur au niveau international) et le faire EN MEME TEMPS, dans chaque pays, et faire contre-pression à nos opposants !

Daniel Calvignac, consultant – A-t-on le bilan des échanges de puissance électrique entre la France et l’Allemagne ?Je rappelle qu’à l’heure actuelle, les fossiles contribuent à plus de 80% de la production mondiale d’électricité. La nouvelle tendance est à l’apologie de l’hydrogène… Mais s’il existe des centrales pilotes, personne ne veut investir dans les infrastructures de stockage qui seraient nécessaires pour pouvoir utiliser les excédents de l’éolien avec l’électrolyse et la méthanisation pour la production d’hydrogène. Face au problème économique, le Gouvernement allemand fait appel aux subsides, mais avec la crise, il devrait reconsidérer le rôle des centrales nucléaires.

Anna Veronika WENDLAND,Historienne, chercheuse à l’Institut Herder

Le renouvellement du parc nucléaire européen

Le socle d’une économie décarbonée

Prolonger la durée de vie des centrales et investir dans de nouveaux projets

Des analyses neutres, parmi les plus auto-risées du secteur de l’énergie, confirment que la technologie nucléaire offre la par-faite complémentarité dont le renouvelable a besoin pour la réussite de notre transition énergétique. Or, avec le « Green Deal »,la Commission européenne propose de devenir le premier continent sans empreinte carbone avec 80% d’EnR et 15% de nucléaire en 2050, 100% d’EnR en 2100. « Cette projection doit nous alerter » nous dit Bernard Dereeper, le président du Forum Nucléaire en Belgique, « car elle pousse les Etats à transformer le secteur pour l’adapter à un paysage énergétique de demain qui pose beaucoup de questions ». Il y a deux dimensions contradictoires quand on parle du nucléaire. Les États pronucléaires mettent en avant le côté décarboné de cette énergie et ceux qui s’y opposent mettent en avant la gestion des déchets et les risques. Ces arguments sont utilisés pour faire pression pour arrêter la filière, alors que celle-ci se mobilise et innove pour dépasser les faiblesses et la mauvaise perception publique du nucléaire. Nous disposons d’industriels et de technologies de pointe pour trai-ter de ces questions ; ainsi, concernant les déchets hautement radioactifs, il faut citer le projet MYRRHA qui étudiera des options innovantes pour leur traitement. La Commission européenne a inscrit ce projet sur la liste des grands projets de recherche les plus importants d’Europe.

Garantir l’accès à l’électricité 7jours/7, 24heures/24

Comment garantir l’accès 24h/24 et 7j/7 à une source d’électricité décarbonée aux industries de l’Union européenne ?C’est un atout particulièrement important du nucléaire que la Commission européenne elle-même reconnaît dans sa vision à long terme « Planète propre pour tous ». Il faut donc continuer à investir dans le maintien du parc existant et dans la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. La prolongation de la durée de vie des centrales à 60 ans devient la référence internationale, et aux États-Unis, deux unités ont obtenu une licence d’exploi-tation pour 80 ans. Qu’en est-il en Europe ?Cet allongement de la durée de noscentrales doit s’accompagner des investis-sements dans les innovations et les nouvelles technologies, comme les petits réacteurs modulaires (SMR). Ces réacteurs de petite et moyenne taille permettent un investissement plus incrémental, disposant de fonctionna-lités intégrées pour répondre aux normes de sécurité les plus strictes. D’autres technologies innovantes, offrant une meilleure intégration dans le mix de production d’énergie et prenant en compte la problématique des déchets, seront plus facilement adap-tables à une large gamme d’applications industrielles, comme l’hydrogène, le chauffage urbain, etc. Prouvons-le et investissons pour que cela ne reste pas des chiffres, des projections, des messages marketing !

Une situation belge incertaine qui pénalise toute la filière nucléaire

Le Gouvernement a confirmé la sortie du nu-cléaire inscrite dans la loi de 2003 pour 2025. En fonction des solutions alternatives mises en œuvre, il réévaluera fin novembre 2021 les impacts sur la sécurité d’approvisionnement et sur le prix d’électricité. Il prendra des me-sures en conséquence, comme l’ajustement du calendrier légal pour garder une capa-cité nucléaire pouvant aller jusqu’à 2 GW, correspondant à deux tranches nucléaires de notre flotte. Mais cette incertitude péna-lise l’opérateur qui explique que l’agenda politique ne correspond pas à l’agenda industriel. Si la décision n’est pas prise maintenant, une prolongation en 2025, si elle devait s’avérer nécessaire, serait très compliquée à mettre en œuvre, voire se révéler impossible. Or, la Belgique ne dispose pas de gisements renouvelables pouvant couvrir l’ensemble de ses besoins. En sortant du nucléaire, ce qui implique le remplacement de 6GW (50% de la production d’électricité de notre pays), le pays sera face à un défi majeur pour ré-pondre aux objectifs de neutralité carbone. Ce n’est pas en investissant massivement dans le gaz, émettant 40 fois davantage de CO2 que le nucléaire, que la Belgique répondra à ses objectifs climatiques sur le long terme. C’est une décision politique d’autant plus regrettable que nous dispo-sons en Belgique d’une industrie nucléaire de pointe forte de 60 ans d’expérience et que de plus en plus d’États membres de l’UE, y compris des pays sans historique nucléaire comme l’Estonie, affirme une ambition nucléaire et annoncent des investissements dans des projets. Nous avons besoin de projets ambitieux sur le sol européen et davantage de fonds européens alloués à la recherche et l’innovation. En nous mobilisant autour de projets industriels européens, rassemblant les meilleures compétences, nous démontrerons alors à ses détracteurs que le nouveau nucléaire non seulement répond aux objectifs de la transition énergétique et aux besoins croissants d’une électricité décarbonée mais qu’il sera le meilleur garant du million d’emplois que représente la filière en Europe.

Bernard DEREEPER, Président du Forum Nucléaire Belge

CfD et RAB :des mécanismesde financement au Royaume Uni

Au Royaume-Uni, deux réacteurs EPR sont actuellement en construction à Hinkley Point C (Somerset), deux autres EPR sont envisagés à Sizewell (Sussex), et des réacteurs chinois HPR1000 (aussi dits « Hualong-1 ») sont en cours de certification par l’autorité de sûreté nucléaire britannique.A Hinkley Point C : pour ne pas exposer le contribuable aux risques de dépasse-ment du budget de construction, le gouvernement a opté pour un mécanisme de complément de rémunération appelé« Contract for difference » (CfD). Pendant 35 ans, l’électricité produite par Hinkley Point C sera vendue à 92,5 £/MWh (ramené à 89,5 £/MWh si le projet de Sizewell se concrétise), quel que soit le prix du marché. A Sizewell : un autre mécanisme, « Regulated Asset Based » (RAB, « base d’actifs régulée ») est conçu pour financer les infrastructures en partageant certains risques avec la collectivité, ce qui permettrait de réduire les taux d’emprunt et donc le prix de l’électricité produite. Dans ce modèle, la rémunération des investisseurs est étalée sur toute la durée de vie du projet (croissant depuis le début de la construction, puis décroissant à partir de la mise en service, en suivant l’amortissement de la centrale)

Un choix nucléaire au service de tous les Tchèques

La République tchèque est un pays encla-vé au cœur de l’Europe : ensoleillement insuffisant, pas de potentiel éolien offshore, pas de gisements de gaz ou de pétrole. Nos seules sources de production d’énergie à faible émission de carbone consistent en une capacité hydroélectrique limitée et des centrales nucléaires : 4 unités à la centrale nucléaire de Dukovany (4 x 500 MW) et2 unités à la centrale nucléaire de Temelín (2 x 1 000 MW). Notre mix énergétique est largement basé sur le charbon (45-50%). Pour respecter notre engagement en faveur d’une Union européenne climatiquement neutre d’ici 2050, nous devrons remplacer nos centrales électriques fossiles et renouveler nos centrales nucléaires vieillissantes, ce qui représentent une production de plus de 40% de la consommation du pays. L’investissement dans des sources renouvelables et dans les économies d’énergie représenterait 25 milliards d’euros et nous priverait de notre capacité d’exportation d’électricité. Pire, nous devrions multiplier par deux les importations de gaz pour l’approvisionnement en chaleur des centrales de cogénération, au détriment de notre sécurité énergétique et de nos obligations internationales. Parailleurs, selon le GRT tchèque, nos obligations de stabilité du réseau de transport selon l’indicateur LOLE seront violées plus de 20 fois. Sans parler des risques d’instabilité sociale que cette situation provoquerait. Ainsi la République tchèque n’a pas d’autre alternative que de promouvoir la production nucléaire avec de nouvelles constructions, conformément aux objectifs du traité Euratom. Le gouvernement – qui prévoit l’extension de la durée de vie des unités existantes à 60 ans sur le site de Temelín et s’intéresse aux petits réacteurs modulaires pour une utilisation potentielle dans la pro-chaine décennie – a donc décidé de sou-tenir la construction d’un nouveau réacteur de 1200 MWe dans la centrale de Dukovany Des mécanismes de soutien pour accompagner la construction du réacteur. La première partie du mécanisme de sou-tien concerne l’intervention de l’Etat. Une aide à l’investissement couvrant 70% du total des besoins en capital du projet évalué à 5,8 milliards d’€ aura lieu sous la forme d’un prêt public à « Elektrárna Dukovany II », remboursable sans intérêt pendant la période de développement et de construction, et à un taux anticipé de 2% par an après la mise en service de la centrale. Les 30% restant seront financés par des fonds propres de CEZ, la société tchèque d’électricité, en tant qu’investisseur en actions via sa filiale.La seconde partie concerne le mécanisme d’assistance financière pré-notifié, faisant référence au contrat d’achat d’électricité, également appelé contrat de prélève-ment. Celui-ci prendra la forme d’un PPA1entre Elektrárna Dukovany et une personne morale appartenant à 100% à l’État. La troisième partie concerne deux types de contrats à signer entre l’Etat et CEZ et sa filiale Dukovany II : un accord-cadre énonçant les principes et les objectifs de la coopération et un contrat de mise en œuvre, établissant les obligations juridiquement contraignantes pour la première étape du projet (acquisition du permis de construire et achèvement de la procédure d’appel d’offres pour la sélection du fournisseur). Considérer les véritables coûts des sources et leur offrir les mêmes conditions sur le marché Il est bien connu qu’en raison des défail-lances du marché et de la disponibilité des capitaux, la plus grande part des coûts du nucléaire concerne le financement des centrales qui représente jusqu’à 60%. C’est la raison de l’intervention de l’État, l’approche PPA nous semblant être une solution plus appropriée et plus simple que les approches CfD ou RAB2. Il n’y a aucune raison pour que la Commission s’oppose à notre choix. En effet, l’Union européenne soutient les énergies renouvelables, alors pourquoi pas le nucléaire ?Avoir une part significative d’énergies renouvelables dans le système électrique augmente considérablement les besoins de services auxiliaires dont les coûts seront payés par tous les consommateurs – ménages et industrie. Ainsi, la République tchèque et la Pologne ont dû installer des déphaseurs sur es interconnexions avec l’Allemagne afin de pouvoir assurer la stabilité et la sécurité des réseaux dans leur propre pays. La République tchèque ne peut pas se permettre un prix de l’électricité aussi élevé pour les utilisateurs finaux qu’en Allemagne. La réglementation du marché européen doit être modifiée et offrir les mêmes conditions de concurrence pour toutes les sources décarbonées. Le critère le plus important ne devrait pas être les coûts de construction de la centrale, mais les coûts finaux pour les utilisateurs finaux, intégrant toutes les subventions et taxes spéciales, les services auxiliaires servant à éliminer l’instabilité des systèmes de transport et de distribution. Selon les données fournies dans les plans nationaux intégrés pour le climat et l’énergie, et au moment où tous les États membres s’efforcent d’obtenir des réductions d’émission de gaz à effet de serre ambitieuses, il n’y a aucune certitude pour que la sécurité énergétique soit assurée par le marché intérieur, le système d’interconnexion et le mécanisme de solidarité. Il est urgent de sortir des postures idéologiques et de reconsidérer la place de l’énergie nucléaire qui est la clé de la décarbonisation, couvrant d’ores et déjà plus de 50% de l’approvisionnement en électricité à faible émission de carbone dans l’Union européenne…

Jaroslav MIL, Commissaire du gouvernement tchèque pour l’énergie nucléaire

VERBATIM :

Hervé Fischer

Les marchés de l’électricité, spot ou à terme, sont incapables de fournir un prix de long terme vers lequel faire converger les projets d’investissements dans la fourniture d’électricité. Les mécanismes d’appel d’offre à enchères pour l’éolien offshore en particulier sont une réponse des autorités publiques pour tenter de bâtir un marché et un prix de long terme, et au vu de la baisse spectaculaire des prix proposés par les compétiteurs, cela est efficace et montre que le pilotage par l’autorité publique (ou même un pool d’investisseurs privés) d’un prix de long terme, à l’image de ce que le CfD anglais et le Mankala Finlandais dans le nucléaire permettent, aurait intérêt à devenir une règle commune

Industrie, économie, climat : Un tryptique gagnant avec le nucléaire

Le GIFEN, créé il y a deux ans, regroupe les industriels français de la filière nucléaire. C’est un syndicat à la maille nationale qui rassemble les donneurs d’ordre et les entreprises fournisseurs, pour toujours plus d’excellence et de services.Le renouvellement du parc représente un formidable enjeu pour l’avenir de la filière,et trois atouts majeurs pour l’industrie,l’économie et le climat.

Un atout pour l’industrie :

le nucléaire est la troisième filière industrielle en France après l’aéronautique et l’automobile avec 220 000 emplois et 3200 entreprises. Elle joue un rôle d’interface avec d’autres filières qui, comme l’ingénierie ou la métallurgie, consacrent 20% de leurs activités au secteur nucléaire. Chaque filière bénéficie des technologies des autres filières.

Un atout pour l’économie :

le secteur est très compétitif. Les gros consommateurs d’électricité, dans la sidérurgie ou l’aluminium, réclament des prix bas d’électricité qui est souvent leur plus grosse dépense. Il as-sure une indépendance et une souveraineté électrique à notre pays et le rend plus fort à l’export1. Par ailleurs, pendant le premier confinement, il a fait preuve, comme aux USA, d’une forte résilience en France : l’électricité nucléaire était présente en continu et a répondu aux besoins. Elle n’a jamais fait défaut malgré les mesures sanitaires.

Un atout pour le climat :

les industriels de la filière savent que le nucléaire ne produit pas de CO2. Ils portent cet argument avec fierté, dans un contexte où il est plus difficile qu’il y a vingt ans de convaincre. Le nucléaire ne fait plus consensus et le manque d’information est un vrai problème : 70% des Français pensent que le nucléaire contribue aux émissions de gaz à effet de serre ! Le GIFEN entend participer à l’éducation du public, et nous préparons un dossier pour le Gouvernement sur tous les aspects de compétences, d’innovation, du numérique prouvant que la filière est prête pour le futur parc d’EPR. Nous espérons ainsi contribuer à la prise de décision qui est nécessaire et devient urgente.En effet, avec l’électrification de nos modes de vie et de production, le nucléaire relève plus que jamais de l’intérêt général. Nous devrons produire beaucoup plus d’électricité décarbonée au risque de polluer de plus en plus2, D’ores et déjà, on a noué des liens avec les associations qui traitent de l’hydrogène… et il ne fait pas de doute que la voiture, le numérique, le bâtiment les réseaux de chaleur deviennent des alliés pour promouvoir une industrie et une économie décarbonées.

Cécile ARBOUILLE, Déléguée générale du GIFEN

Anna Veronika Wendland :

La presse allemande continue d’écrire sur les « dinosaures » et les « éléphants » concernant les centrales nucléaires qui seraient trop lentes et trop rigides pour fournir une sauvegarde aux renouvelables », ce qui n’est pas vrai. Ainsi, pendant la crise du Covid, le nucléaire s’est avéré l’industrie la plus résiliente en Allemagne. Des tests et des contrôles sophistiqués ont été effectués en quelques jours, et 1 500 travailleurs sous-traitants ont été mobilisés lors d’une interruption de maintenance « extensible »de 6 semaines sans un cas de Covid.

Le parc nucléaire français, le deuxième le plus important du monde derrière celui des Etats-Unis

• Avec ses 56 réacteurs répartis sur 18 sites, il offre une capacité installée de près de 61,4 GW.

• En 2019, il a produit 379,5 TWh, soit 70,6% de la production d’électricité en France métropolitaine. Une des particularités du parc est sa standardisation : tous les réacteurs nucléaires actuellement en fonctionnement sont des réacteurs à eau pressurisée.

• 6g CO2/Kwh, c’est les émissions du nucléaire dans l’atmosphère ; contre 14,1 pour l’éolien sur terre, 15,6 pour l’éolien en mer ; pour le photovoltaïque ; 443 pour le gaz ; 778 pour le pétrole ; 1050 pour le charbon.

• EDF envisage de prolonger la durée d’exploitation de ses réacteurs jusqu’à 50 ou 60 ans dans le cadre du « grand carénage ».

• Deux réacteurs ont été arrêtés en février et juin 2020 à Fessenheim (14 réacteurs ont déjà été arrêtés dans le passé).

• Le premier EPR en France est en cours de construction à Flamanville et EDF espère pouvoir lancer la construction de six nouveaux EPR pour renouveler les 14 réacteurs qui devraient fermer d’ici 2035.

• La loi n° 2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat prévoit de réduire cette part du nucléaire à 50% en 2035.

• Cette réduction aurait un impact sur les 3200 entreprises du secteur qui représente actuellement 220 000 travailleurs (Emplois directs et indirects).

Le Grand Carénage en France

Engagé depuis 2014 par EDF, le Grand Carénage est un programme industriel de rénovation et de modernisation des centrales nucléaires existantes selon trois catégories d’activités : rénover ou remplacer les gros composants arrivant en fin de vie technique ; réaliser les modifications nécessaires à l’amélioration de la sûreté ;assurer la pérennité de la qualification des matériels après 40 ans. Le programme repose sur la coopération et rassemble toutes les entreprises partenaires.Le coût réévalué à 49,44 milliards d‘euros. Estimé en 2015 à 55 milliards d’euros, le coût a été optimisé en 2018 à 45 milliards d’euros soit 48,2 milliards d’euros courants, et réévalué aujourd’hui à 49,4 milliards d’euros courants. Cette estimation intègre la révision de la durée prévisionnelle de réalisation des arrêts programmés pour maintenance (visites décennales et visites partielles), tirant le retour d’expérience des années précédentes, ainsi que les impacts de la crise sanitaire sur la période 2020-2022.

Un programme bien avancé

24 visites décennales ont été réalisées sur les réacteurs 900 MW, 1300 MW et 1450 MW. 52 diesels d’ultime secours ont été mis en exploitation sur 56.

Plans de relance et taxonomie : le financement des investissements nucléaires

Le rôle de levier des soutiens publics

Dans son article, Vakis Ramany présente la stratégie d’EDF et son ambition de contribuer au développement du nucléaire en France et en Europe, absolument nécessaire en complément des énergies renouvelables si nous voulons atteindre nos objectifs de neutralité carbone. Il souligne les enjeux du financement.Dans l’attente de l’avènement des SMR, il nous faut investir dans la construction de réacteurs de puissance pour des périodes de 5 à 10 ans. Cela représente un très haut niveau d’investissement en capital en dé-but de projet, mais une fois que la centrale est construite, ce sont des actifs de plus de 60 ans (peut-être 80 si on arrive encore à étendre sa durée de vie), représentant un faible niveau de coût d’exploitation, prédictible, une stabilité et une fiabilité des coûts de production. Tels sont les principales caractéristiques du nucléaire. Les enjeux portent donc évidemment sur le financement du projet dans sa phase de préparation et de construction et du risque associé. Comment attirer de l’argent et le investisseurs ? Stabilité de l’environnement, visibilité à long terme et allocation des risques : la logique des investisseurs repose sur trois grands piliers.

La stabilité de l’environnement.

Elle relève du régalien, de la responsabilité du gouvernement et de ses agences pour créer un environnement qui ne crée pas de surprise sur le long terme avec une vision sur le mix énergétique et une politique énergétique stable qui donne confiance.Inscrire le nucléaire dans la taxonomie1 est un sujet absolument clé pour afficher le rôle du nucléaire dans les objectifs de neutra-lité carbone, donner cette confiance et ce sentiment de stabilité sur le long terme.

La visibilité sur le long terme.

Elle doit aider les investisseurs à calculer un cash-flow sur l’ensemble de la durée de vie de l’actif. Il faut pouvoir faire de bonnes prévisions, non seulement sur les coûts d’exploitation mais aussi sur les coûts de construction. Cela nécessite de l’expérience (EDF a plus de 2 000 années-réacteurs d’expérience ! ),d’avoir des opérateurs/promoteurs qui sachent évaluer le coût de développement et de construction de manière fiable, ce qui relève de la responsabilité des promoteurs de technologies et des industriels. Pour ce qui est de la visibilité sur les revenus, le gouvernement doit s’impliquer (2). Plusieurs approches peuvent être envisagées : EDF a expérimenté le « contrat pour différence » (CfD) au Royaume-Uni avec le projet d’Hink-ley Point C. Aujourd’hui nous encourageons le gouvernement britannique à regarder un modèle qui s’appelle le « Regulated Asset Base » (base d’actifs régulés), qui permet de rémunérer correctement l’investissement qui aura été effectué avec un niveau de risque raisonnable et équitable et ce, grâce à une intervention du gouvernement de manière régulée pour contribuer à donner de la visibilité sur les revenus (3) . Dernier aspect sur la visibilité : le financement du projet lui-même. Il faut pouvoir anticiper son coût. Les gouvernements ont de ce point de vue un énorme levier entre leur main pour le faire baisser mécaniquement. Il faut avoir en tête que le financement peut représenter plus de 20% du coût total d’un projet de cette nature compte tenu de sa durée. La réduction des risques et leur bonne allocation. Elle permet aux investisseurs de réduire leurs coûts d’investissement ou leurs primes de risque. La réduction du risque repose sur la jambe industrielle, c’est-à-dire une technologie éprouvée. EDF fait la promotion de l’EPR en Europe, c’est une technologie éprouvée qui fonctionne à Taishan en Chine, sera mise en service à Flamanville en France et à Olkiluoto en Fin-lande. Si l’EPR a pu rencontrer certaines difficultés pour les premiers de série, aujourd’hui c’est toute la chaîne industrielle associée qui est en train de s’organiser. C’est une chaîne européenne, ce qui vient réduire considérablement le risque industriel.Développer une flotte d’EPR prenant appui sur une chaîne industrielle européenne La Chine affiche aujourd’hui des performances extraordinaires, mais il n’y a pas de miracles : ils ont su développer – avec l’appui d’EDF – une série de projets sur les 30 dernières années. On doit avoir cette même ambition pour l’Europe : développer une flotte européenne d’EPR qui pourra s’appuyer sur l’expérience d’une chaîne industrielle euro-péenne, ce qui lui permettra de prévoir ses investissements et contribuera par ailleurs à réduire leurs coûts. Les projets existent, après Flamanville et Olkiluoto, il y a Hinkley Point Cet Sizewell C au Royaume-Uni, un EPR de moyenne puissance en République tchèque, les projets en Pologne, et on l’espère, le pro-gramme aux Pays bas et le programme français d’un parc de six EPR. Celui-ci est en cours d’instruction. EDF doit remettre à la de-mande du gouvernement un dossier pour mi-2021. C’est un programme de 3 paires d’EPR et nous anticipons qu’une telle déci-sion pourrait être prise après les élections présidentielles de 2022. Nous nous mettons en ordre de marche et nous organisons pour répondre à un tel programme en suivant le processus démocratique qui donne la voix à tous. Nous sommes très confiants quant à notre capacité à proposer un programme qui fait sens d’un point de vue industriel, qui fait sens d’un point de vue économique et aussi d’un point de vue sociétal et quipermettra de répondre à tous ces enjeux.

Vakisasai RAMANY, Vice-président principal, Ingénierie et Nouveaux projets nucléaires, Développement EDF

Donner les bons signaux aux investisseurs

L’Europe va faire face d’ici 2050 à des besoins d’investissements massifs pour décarboner son économie, et ce, même avec une demande en électricité en faiblecroissance1. – Investissements massifs pour accroitre la production d’électricité renouvelables et renouveler les premiers parcs éoliens et les capacités photovoltaïques.- Extension de la durée de vie des centrales nucléaires, qui représentent toujours la technologie qui produit le plus d’électricité bas carbone en Europe- Investissement dans du nouveau nucléaire dans les pays qui souhaitent maintenir l’option ou la développer (RU, Finlande, France, République tchèque, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Pays Bas)- Investissement dans des centrales fos-siles (gaz) pour remplacer le charbon ou le nucléaire dans certains pays. Ce qui rappelons-le, n’est pas compatible avec les objectifs climat de neutralité carbone.- Investissement dans les moyens destockage y compris pompage-turbinage, batteries, etc.- Investissement dans les réseaux électriques (400 milliards d’Euros jusqu’en 2030)- Investissement dans la filière hydrogène (car décarboner la production électrique ne sera pas suffisant). et donc produire de l’hydrogène sans émission de CO2.Aujourd’hui avec des prix de marché tirés vers le bas, les électriciens (et notamment les entreprises privées) n’ont pas les capacités financières de financer une large part de ces investissements. Des soutiens publics seront nécessaires, avec des garanties d’Etat, des montages financiers avec partage de risques entre le public et leprivé, ou même des subventions via des prix garantis, etc. Inclure toute l’électricité décarbonée dans la taxonomie et les plans de relance. La question des technologies éligibles à des financements publics est essentielle pour attirer les investisseurs et c’est tout l’enjeu de la taxonomie. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, nous avons besoin de toutes les technologies bas-carbone et nous ne pouvons pas nous payer le luxe de nous passer de l’une ou de l’autre. Les Etats et l’Union européenne ont décidé des plans de relance avec un horizon 2030 et des objectifs zéro carbone en 2050, et il serait intéressant que le nucléaire bénéficie de financements pour les investissements dans l’extension de la durée de vie des centrales existantes et dans le nouveau nucléaire.Malheureusement, concernant le nucléaire, il est frappant de voir que trop souvent les considérations politiques priment sur les don-nées scientifiques, ce qui malheureusement pourrait avoir un impact négatif sur la décarbonation de nos systèmes énergétiques. Des investissements gagnants-gagnants pour le nucléaire, le climat et l’Europe. Pourtant, la prolongation des centrales nucléaires amorties, LTO, permettrait une production d’électricité nucléaire bon marché, et ce pour 20 ans. Cette solution, facile et rapide à mettre en œuvre, aurait des impacts bénéfiques sur l’emploi et l’industrie (supply chain), et serait une économie dans de nouveaux moyens de production renouvelables, chères et intermittentes.Par ailleurs, l’Europe n’est pas compétitive dans le secteur des technologies photo-voltaïques et des batteries, contrairement au secteur nucléaire qui lui assure des retombées économiques importantes. Les investissements dans le nouveau nucléaire et les réacteurs de génération 3 (EPR et SMR), dans la R&D et l’innovation concernant les matériaux, les techniques de construc-tion, le digital, l’expertise, etc., et dans la génération 4, lui permettront de rester compétitive vis-à-vis d’autres pays. Enfin, l’électricité nucléaire dont les facteurs de charge sont plus élevés qu’avec des technologies intermittentes est une source stable pour la production d’hydrogène bas carbone. Des investissements gagnants-gagnants pour le nucléaire, le climat et l’Europe.

Henri PAILLERE, Chef de la Section, Planification et des études économiques AIEA

Pays-Bas : La sûreté nucléaire face aux risques du gaz

es Pays-Bas débattent d’un projet de 3 à 10 centrales nucléaires, et ce dans un climat non conflictuel nous dit Bart Groothuis. Une situation moins paradoxale qu’il n’y paraît ! Les Pays-Bas ont trouvé les plus gros champs gaziers en 1995, ce qui leur a permis de connecter 98% des foyers au gaz pour le chauffage des bâtiments résidentiels. Mais depuis quelques années, les tremblements de terre, liés à l’extraction du gaz, inquiètent la population, et le gouvernement a décidé d’y mettre un terme dès 20221. C’est dans cette nouvelle situation qu’il vient de publier sa feuille de route pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 et modifier le mix électrique dominé par les énergies fossiles avec une part de gaz de 51 % et 29 %de charbon. Pourquoi le nucléaire ? Les Pays-Bas sont un petit pays de 18 millions d’habitants qui tient à son indépendance et sa souveraineté de choix. Les réserves de gaz en mers du Nord, norvégiennes et britanniques, s’épuisent progressivement2.Les Pays-Bas ne veulent pas dépendre des importations de gaz, qu’il vienne du Quatar, des Etats-Unis, ou de Russie (même via l’Allemagne !). Concernant les renouvelables, si leurs prix ont beaucoup baissé, le développement de l’éolien dans notre pays « mangerait » tout notre horizon, et le solaire n’est sans doute pas le plus approprié à un pays du Nord comme le nôtre.La décarbonation nous a amenés au choix du nucléaire, conforté par les déclarations du GIEC et de l’AIEA qui affirment que nous n’atteindrons pas nos objectifs si on exclut le nucléaire. Et il faut ajouter que face aux risques du gaz, le nucléaire est sûr. Aujourd’hui les Pays-Bas ne comptent plus qu’une centrale nucléaire de 500 WH, à Borssele en Zélande, qui devrait arriver en fin de vie en 2033. Une étude favorable3 vient appuyer la stratégie du parti de Gouvernement pour la construction de 3 à 10 réacteurs.Un choix qui rassemble. Cette proposition portée par les Chrétiens-démocrates, est soutenue par les Sociaux-dé-mocrates et même les Verts ne s’y opposent pas. Elle commence à faire consensus dans la population, avec 54% d’avis favorable, un pourcentage qui pourrait se renforcer grâce à l’implication de nos scientifiques et leurs ar-guments éprouvés. Certes, le nucléaire reste cher. Le gouvernement se dit prêt à soutenir les investissements et même à favoriser le nucléaire à l’export. Au niveau européen, les députés européens néerlandais ont signé la pétition pour que le nucléaire soit inclus dans la taxonomie4 car nous avons besoin d’un cadre réglementaire qui favorise les investissements ou les garantisse. Il est urgent de prendre les bonnes décisions car la tempête est devant nous !

Bart GROOTHUIS, Député européen – Pays-Bas

VERBATIM :

Pierre Audigier, SLC (Sauvons Le Climat)

Quelle sera l’évolu-tion du facteur de charge du nouveaunucléaire en France – et de ce qui restera du parc actuel – dans la perspective du développement des sources intermittentes que l’on sait ? N’est-ce pas principale-ment au nucléaire qu’il appartiendra de « faire de la place » aux intermittentes ? Ce faisant, le facteur de charge du nucléaire ne peut qu’en pâtir, compromettant ainsi son bilan économique et, partant, son attractivité pour des financiers extérieurs.

Isabelle Leboucher, EDF

Ce point struc-turant est abordé en prenant en compte les rôles et responsabilités des acteurs du projet à savoir : – pour le porteur de projet, c’est un risque donc il doit être protégé par la régulation. – Pour la collectivité, le « risque Ku » est un sujet de politique du mix électrique et non lié à tel ou tel de ses composants, et encore moins au moyen pilotable concerné, il justifie qu’il soit porté par le gestionnaire du système électrique qui a la vision complète des enjeux de son mix, et par la collectivité via la régulation.

La fermeture du cycle : des solutions adaptées à chaque pays, à chaque technologie, à chaque étape

Dans un contexte où l’instruction de la décla-ration d’utilité publique du projet Cigeo a com-mencé, Pierre-Marie Abadie, le directeur de l’Andra, l’agence natio-nale pour la gestion des déchets radioactifs en France, a souhai-té faire passer trois messages essentiels à faire valoir dans le débat sur la taxonomie1.

Une maturité scientifique reconnue

Le stockage est un projet technique ma-ture reconnu en France dans le cadre duPNGMDR, le plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs, et à l’international. Le débat est devenu éthique et socio-politique. Le constat de maturité s’appuie sur 30 années de recherche dans le laboratoire de Bure, sur l’évaluation de revues scientifiques internationales, et des instruc-tions de l’Institut de Radioprotection et de Sû-reté Nucléaire (IRSN), et de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) sur le dossier Sûreté, un préa-lable à la demande d’autorisation à l’ouver-ture du centre. Nous ne sommes pas seuls. La Suède et la Finlande vont ouvrir un centre de stockage, et au sein de l’AIEA et de l’AEN, de nombreux pays relancent des projets en s’ins-pirant des expériences et des connaissances des pays qui sont bien avancés2…

Un projet progressif sur 120 ans

La maturité n’épuise pas toutes les ques-tions. Il reste des choses à faire et pour long-temps : c’est un projet progressif sur 120 ans. La progression de la construction se dérou-lera en parallèle de son exploitation : une première phase pilote sera menée dans les années 2030/2040 avec l’ouverture de 4 al-véoles pour les déchets de moyenne activi-té et d’un petit quartier pilote pour les HAVL, les déchets à haute activité et à vie longue. A la fin des années 2050, on aura rempli le quartier pour les déchets de moyenne acti-vité sans rien rajouter pour les HAVL. C’est en 2080 qu’on commencera à déployer des quartiers industriels pour les HAVL, et au bout de 140 ans, on finira la construction et l’exploitation du stockage.

Un projet adaptable dans le temps à toutes les évolutions

C’est cette progressivité qui permet une flexibilité, à la base même de la réversibilité du projet, et une adaptabilité à toutes les évolutions scientifiques et techniques de la gestion et aux retours d’expériences, mais aussi aux évolutions des politiques éner-gétiques elles-mêmes ou des innovations technologiques : retraitement du combus-tible usé ou non, Génération 4 ou pas… On a tout un volet d’études qui montre que le projet CIGEO sait s’adapter à toutes les évo-lutions, celles du cycle nucléaire, à la durée de vie des centrales, au choix de politique énergétique et qui pourraient avoir un im-pact sur l’inventaire des déchets (de réfé-rence et de réserves) qui seront réellement stockés dans l’installation. Les études seront jointes au dépôt de la demande d’autori-sation de création du centre (DAC)…Toutes les options seront prises en compte et on va en faire la démonstration.

Ne rien faire ? La pire solution dans un contexte incertain

Dans un contexte d’instabilité géopolitique et climatique, de crise sanitaire et économique et d’incertitudes sur l’avenir du nucléaire lui-même, faut-il ne rien faire ou engager CIGEO ?Ne rien faire signifierait une perte de com-pétences, casser la dynamique des 30 der-nières années et s’exposer aux risques dans des sociétés plus chaotiques.Engager CIGEO sera au contraire prendre une forme d’assurance sans préempter l’avenir et agir en responsabilité. Les déchets sont déjà produits, il faut les traiter sansLa fermeture du cycle : des solutions adaptées à chaque pays, à chaque technologie, à chaque étape fermer l’avenir à d’autres solutions scienti-fiques et techniques. Quel que soit l’avenir du nucléaire, la ges-tion des déchets évoluera avec l’évolution des décisions, des progrès techniques, des retours d’expériences. Il ne s’agit pas d’un chèque en blanc. L’ouverture de CIGEO fera l’objet de concertation tout au long du projet : des rendez-vous techniques réguliers avec l’ASN, et des rendez-vous plus politiques avec la société.

Pierre-Marie ABADIE Directeur général de l’ANDRA

VERBATIMS :

Georges Sapy, SLC (Sauvons Le Climat)

Certains ministres en France mettent en balance de façon inepte et folle le risque majeur pour l’hu-manité du réchauffement climatique et le risque infinitésimal de déchets nucléaires rigoureusement traités enfouis à 500 m de profondeur qui ne tueront jamais per-sonne. Comment peut-on être aveugle à ce point ?

Jean-Louis Tison, SFEN

Je suis d’accord avec l’Andra pour dire que la technolo-gie est mature. En revanche il faut donner du temps pour préciser le projet, en lien avec le futur du nucléaire en France, en lien aussi avec l’évolution de l’Europe. Donc ne pas se précipiter en lançant de projet pilote (à 15 milliards !) maintenant.

Claude Fischer Herzog

La France aime débattre, quitte à bafouer ses lois !Quant à la 3ème consultation sur la ges-tion des déchets nucléaires, ils ont dé-bouché sur la constatation : « On n’est pas tous d’accord » ! Fallait-il dépenser autant de temps et d’argent pour ce qu’on savait déjà ?

Après 30 ans de débat, les Suédois optent pour un stockage géologique

Dans son intervention, Saïda ENGSTRÖM, nous a dit comment la Suède a abordé et résolu la question de la gestion des déchets nucléaires. Un débat qui remonte à 30 ans et qui vient de déboucher positivement.Les solutions de gestion des déchetsnucléaires existent. Elles sont diversifiées selon les pays, mais tout le monde est d’ac-cord pour dire que le stockage géologique en profondeur des déchets ultimes, les plus radioactifs, est la meilleure solution. La Suède a proposé, comme en Finlande, un enfouissement de ces déchets, sans retrai-tement contrairement à la France. Cette question doit être resituée dans le contexte de la production d’électriciténucléaire. En Suède, comme ailleurs, les opposants au nucléaire ont affirmé que l’in-dustrie n’avait pas de solution aux déchets. Et donc qu’il fallait cesser de les produire.La confiancedes communautés locales Je travaille depuis trente ans dans le secteur1, et il y a encore 10 ans, les communautéslocales exigeaient un vote des citoyens. Elles ont décidé le 12 octobre dernier qu’il n’y au-rait plus de vote pour ou contre l’enfouisse-ment. Aujourd’hui, elles sont prêtes à héberger le centre de stockage et déclarent pouvoirle faire en toute sécurité. SKB, l’agencesuédoise de gestion des déchets, y a consa-cré du temps et beaucoup d’efforts. On a obtenu la confiance sociale des habitants, et l’Autorité de Sûreté Nucléaire, SSM (Strålsä-kerhetsmyndigheten) a donné son accord.On s’attend à une réponse positive du Gouver-nement d’ici 6 mois… et nous pourrons ouvrir notre centre de stockage, comme en Finlande qui elle, devrait ouvrir son centre début 2021.1 Coordonnatrice du projet de sélection du site de stoc-kage profond des combustibles usés en Suède pour SKB, Saïda a piloté le dialogue avec les municipalités candi-dates, les décideurs nationaux et locaux aussi bien que les citoyens. Elle a également été en charge du pro-gramme d ́évaluation de l ́impact environnemental du stockage profond. Depuis 2018 elle est conseillère auprès de la Direction de Vattenfall pour la gestion des compé-tences métier sur les sites de production.2 La directive 2011/70/Euratom établissant un cadre communautaire pour la gestion responsable et sûre du combustible usé et des déchets radioactifs a été adop-tée le 19 juillet 2011 par le Conseil de l’Union européenne. Mise à jour le 30 mai 2018 avec l’obligation pour les Etats membres de proposer des plans nationaux de gestion.La Suède n’est prête à ouvrir son futur centre à d’autres pays qui devront – comme les y a engagés la Commission dans sa directive révisée en 20182 a proposé un plan national de gestion. Pour certains, la question d’un stockage régional peut se poser ; et d’ailleurs la Commission y est ouverte. Si trois ou quatre pays sont d’accord pour avoir un stockage ensemble, il faudra qu’ils se mettent d’ac-cord sur le pays qui va construire le centre, mais soyons réalistes, chacun aura l’espoir que ce sera chez l’autre. Il nous a fallu trente ans pour résoudre nos propres problèmes et faire accepter une so-lution aux Suédois, et nous devons travailler encore plus avec la société. Nous sommes tous des ingénieurs qui travaillons trop dans notre bulle, or nous avons besoin des acteurs politiques, voire écologiques, qui ont compris l’importance du nucléaire pour le climat.

Saïda LAAROUCHI ENGSTRÖM Conseillère en Stratégie VATTENFALL

VERBATIMS :

Claude Fischer Herzog

Impliquer les hommes politiques oui, encore faut-il les former ! On a vu en France des ministres remettre en cause les décisions prises faute de connaissances et d’intérêt. Quant à la formation des citoyens, les CLI (comités locaux d’information) ne suffisent pas. Il faut faire rentrer les sujets à l’école. L’éducation à la lecture et à l’écriture, c’est bien, mais à la science et à l’industrie, c’est bien aussi.

Pierre-Marie Abadie

Il ne doit pas y avoir d’ambiguïté. Il n’est pas question d’accueillir les déchets des autres en France ! Laisser entendre qu’on pourrait ouvrir les centres des pays qui ont avan-cé dans leurs solutions les fragiliserait. Mais il est clair que pour les petits pays, la construction d’un centre commun est une question qui a du sens et qu’on doit y réfléchir avec le soutien des agences internationales comme l’AIEA ou l’AEN.

Impliquer les citoyens à chaque étapedu développement de Cigéo

Qui associer aux décisions à prendre ? À quel moment ? De quelle façon ? Dans quelles conditions et avec quels moyens ?

Autant de questions qui seront discutées avec le public début 2021 lors de la concertation consacrée à la gouvernance du projet Cigéo. En effet, la gouvernance du projet démarrera dès l’obtention du décret d’autorisation de création de Cigéo et se poursuivra tout au long de sa mise en œuvre.Construction, mise en service, réception puis stockage du premier colis, dévelop-pement ultérieur du stockage, fermeture définitive : autant de grandes étapes, qui, pour être franchies, seront l’objet de dé-cisions concertées avec le public dans le cadre de la gouvernance de Cigéo.Il y a donc une méthodologie à trouver collectivement et qui repose sur la trans-parence de l’information, la pertinence et la qualité de cette information, la recon-naissance du savoir et de l’apport de chacun, la participation du plus grand nombre et l’installation durable d’une dynamique de participation du public.Constitutive du principe de réversibi-lité, la gouvernance de Cigéo répond également à une volonté affirmée de l’Andra parce que les décisions liées au projet Cigéo engageront la société tout entière pour très longtemps, elles ne peuvent pas résulter des seuls échanges entre l’Andra, l’État et les évaluateurs. Elles doivent être le fruit d’un travail col-lectif. D’ailleurs, cette exigence de parti-cipation du public est un des principaux enseignements à retenir du débat public de 2019 sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) et des suites qui lui ont été données en février 2020 par le ministère de la Transition écologique et l’Autorité de sûreté nucléaire.

Matthieu DENIS-VIENOT Responsable des relations institutionnelles, Direction de la communication et du dialogue avec la société

Interview de Bertrand Morel, directeur R&D, Orano

Le multi-recyclage du MOX, une technologie pour le futur parc EPR ?

Claude Fischer Herzog – La France produit du MOXà partir des combustibles usés. Que représente la filière du recyclage ?Bertrand Morel – La France a fait le choix du cycle fermé comme point central de la dura-bilité du cycle nucléaire (traitement et mono-recyclage). La filière re-présente 5000 emplois et une expertise détenue par Orano, avec son usine de La Hague. Aujourd’hui, Orano s’intéresse au multi-recyclage en réacteur à eau pressurisée : c’est un moyen de se donner plus de temps avant la GEN IV qui révélera la valeur réelle du plutonium (Pu). A terme, nous envisageons une approche qui offre beaucoup de flexibilité : un fonctionne-ment en double strate pourrait être envisagé avec l’EPR pour la flotte principale, les réac-teurs rapides pour gérer le plutomium et lesactinides mineurs et améliorer la situation vis-à-vis des déchets à long-terme. CFH-Avec les évolutions techniques du parc nucléaire français, on pourrait utiliser le MOX plusieurs fois dans les réacteurs EPR de GEN3 : en quelque sorte, une stratégie multi-recyclage en eau pressurisée avec le MOX 1, le MOX 2, le MOX 3… Est-ce laraison pour laquelle on a arrêté Astrid ? BM- Non, le multirecyclage pour lesréacteurs à eau pressurisée ne s’oppose absolument pas aux réacteurs à neutrons rapides (RNR). D’ailleurs la vraie valeur du traitement et du plutonium se révèle dans un RNR. Le MOX actuel permet de réduire les volumes des déchets, et à terme le mul-ti-recyclage devrait permettre de stabiliser les inventaires de combustibles usés et d’attendre que les conditions soient réunies pour le déploiement de réacteurs rapides. J’ajoute qu’Orano investit massivement pour la R&D sur de nouvelles technologies comme les réacteurs à sels fondus qui pré-sentent beaucoup de synergies avec nos technologies au traitement. Orano regarde également comment dé-catégoriser les coques (et ainsi réduire considérablement les volumes des déchets). CFH-Comment expliquez-vous que lenucléaire soit mis au ban de la « taxonomie » et des financements européens ? BM- Il est paradoxal que le nucléaire, qui contribue à la lutte contre le changement climatique et répond aux critères de la taxonomie avec les stockages géolo-giques, ne soit pas vu comme une solution durable. En France, le recyclage a été très vite mis en place : il est un bel exemple d’économie circulaire avec un impact mi-nime de moins de 1/100 de la radioactivité naturelle pour les populations.CFH-Si le projet est accepté, la construc-tion de six EPR se fera à partir de 2024 : sera-t-on prêt alors pour les premiers essais des MOX ? Que deviendront les350 000 tonnes d’uranium appauvri si le projet n’est pas accepté ? BM- Dans les scénarios actuels, le « moxage »d’une partie de la future flotte EPR est bien prévu vers 2040 et le démarrage du multi-recyclage en REP vers 2050 si la R&D asso-ciée réussit. Il n’y a pas de problème de planning. La R&D sur des réacteurs rapides doit se poursuivre en parallèle et le multi-recyclage en REP permet d’attendre. Il y a actuellement dans le monde, en particu-lier aux USA, plusieurs nouveaux projets de réacteurs rapides. Quant à l’uranium appauvri, nous considérons qu’il s’agit d’une matière valorisable qui ne pose pas de problème d’entreposage et nous avons des programmes de R&D en cours pour optimiser son emploi.CFH-Comment développer la coopéra-tion européenne sur le multi-recyclage ? Et la Hague peut-elle s’assurer un avenir européen et international ? BM- Le MOX et les RNR intéressent parti-culièrement les pays voulant développer le nucléaire et disposant de besoins impor-tants en nombre de réacteurs. C’est par exemple le cas de la Chine. En Europe il existe des opportunités en mutualisant les besoins de différents clients.CFH-La question des traitements des déchets conditionnent l’acceptabilité du nucléaire, or certains Etats sont en retard. Comment les aider ?BM- A Orano, nous mettons beaucoup d’argent actuellement en R&D pour ré-duire les déchets en vue de la future flotte de réacteurs avec deux projets phares : le convertisseur d’actinides en réacteurs à sels fondus et la dé-catégorisation des coques. Il est indispensable qu’il y ait da-vantage de collaboration entre les Etats intéressés.

Qu’est-ce que le MOX ?

Le MOX est un mélange d’oxydes d’ura-nium et de plutonium destiné à la fabri-cation de combustibles nucléaires. Cette production permet de recycler au sein de l’usine Orano Melox, située sur le site de Marcoule (Gard), le plutonium issu des combustibles usés préalablement traités à la Hague. L’industrie nucléaire est l’une des premières à avoir mis en place depuis plus de 50 ans le recyclage des combustibles usés afin de réduire le volume des déchets et économi-ser les matières. Grâce aux compétences technologiques et capacités techniques d’Orano, uniques au monde, près de 96 % du combustible usé utilisé dans les réac-teurs nucléaires de production d’électricité ou de recherche peut être recyclé.Les deux vertus du recyclage• Réduire le volume et la radiotoxicitédes déchets : c’est le cas pour lerecyclage des combustibles usésréalisé par Orano qui permet de divi-ser le volume des déchets par 5 et la radiotoxicité par 10.• Réduire la consommationde matières premières :- 10 % de l’électricité nucléaire provient de matières recyclées.- Le recyclage des matières permet au-jourd’hui une économie de 10 % de ma-tière première, et jusqu’à 25 % à partir de 2023, conformément à la stratégie d’EDF de valorisation de l’uranium contenu dans les combustibles usés. Ce chiffre pourra augmenter pour atteindre 30 % avec le « multi-recyclage » des combus-tibles nucléaires dans les réacteurs à eau pressurisée.- Ce sont aujourd’hui plus de 800 tonnes d’uranium naturel, ressource minière, que la France économise chaque an-née grâce au recyclage des combus-tibles usés. 44 réacteurs dans le monde ont produit de l’électricité nucléaire grâce au MOX depuis 1972 : Allemagne (1972), Suisse (1984), France (1987), Belgique (1995), USA (2005), Japon (2009), Pays Bas (2014).

L’énergie nucléaire, Une sourcedécarbonée pour le développement durable de l’Afrique ?Après le Sommet Russie/Afrique de Sotchi et les Entretiens Européens d’Helsinki,Claude Fischer Herzog répond aux questions de Christine H. Gueye.

Vidéo : cliquer ici

VERBATIMS :

Claude Fischer Herzog – L’Afrique a besoin de toutes ses sources d’énergie pour répondre aux besoins de ses populations et de son développement. Elle a besoin de coopérations comme jamais pour décarboner autant que faire se peut son mix énergétique com-posé à 92% par les fossiles, et pour développer d’autres solutions :solaire et nucléaire ! Mais attention : ceux qui prônent 100% de so-laire sont irresponsables ! Le soleil n’a jamais fait de solaire : il faut des panneaux (fabriqués en Chine)… et beaucoup d’eau ! Et ceux qui refusent le nucléaire aux Africains le sont tout autant ! Dotés d’uranium dans 34 pays, ceux-ci auront certes besoin de créer des conditions de stabilité politique, de sécurité et de sûreté indispen-sables au développement de la technologie. L’Europe est sortie de la guerre avec un traité Euratom en 1958 qui lui a permis de surmon-ter ses divisions et d’avoir la prospérité pour les Européens. Pourquoi la refuser aux Africains ? L’Europe pourrait au contraire faire béné-ficier l’Afrique de son expérience et transférer la technologie et les compétences pour une appropriation sociétale du nucléaire dans les pays comme le Kenya ou le Mozambique qui, après l’Afrique du Sud, souhaitent développer cette source d’énergie… Si ce n’est pas l’Europe, ce sera la Russie ou la Chine !Bernard Mairy, European Society for Engineers and Industria-lists (SEII) – J’ai beaucoup apprécié votre position très ouverte sur les questions d’énergie («on a besoin de toutes les énergies») et votre intérêt pour l’Afrique. Je suis personnellement engagé – avec Georges Van Goethem – à préparer une conférence académique internationale consacrée à « Sustainable Energy for Africa », SE4A 2021, qui aura lieu au Bénin du 08 au 11 Novembre 2021. Celle-ci est co-organisée avec l’Académie Royale des Sciences d’Outre-mer de Belgique (ARSOM ) et l’ Académie des Sciences , des Arts et des Lettres du Bénin (ANSALB). Comme vous , nous approchons la question du développement énergétique en Afrique en consi-dérant toutes les énergies «sans tabou» , dont les solutions varieront en fonction des particularités locales ou régionales de ce grand continent plein de potentiel , en incluant bien sûr d’autres aspects tels que sociétaux, économiques et environnementaux. Ceci pour permettre à nos amis africains de s’informer objectivement de l’état des techniques et des recherches en matière d’énergie, d’échan-ger avec des experts et de se faire une opinion sur les solutions énergétiques qu’ils pourraient envisager selon leurs besoins et leurs ressources. Je ne connaissais pas Les Entretiens Européens & Eurafri-cains, mais je serai ravie de votre participation à Cotonou.

Coopérations et compétition avec nos voisins et à l’international

La dimension internationale du nucléaire

Pour Yves Brechet,l’ancien Haut-Commis-saire à l’énergie ato-mique, la dimension internationale du nu-cléaire est consubstan-tielle à sa nature. Que ce soit pour des raisons géostratégiques, et ce dès l’origine au tra-vers des questions liées à la dissuasion et à l’arme nucléaire, d’ordre géopolitique au travers de la notion de souveraineté indus-trielle et énergétique, ou d’ordre géo-clima-tique dont nous n’avons pris conscience que plus récemment avec la nécessite de dé-carboner notre économie pour lutter contre le changement climatique…Un secteur industriel et « régalien »qui exige des collaborationsau niveau international Secteur industriel et commercial, le nucléaire est soumis à une compétition sur tout le cycle, depuis la fourniture du combustible jusqu’à la gestion de l’aval du cycle, en pas-sant par la construction des centrales. Mais c’est un aussi secteur régalien puisqu’il s’agit de fournir l’électricité pour toutes les activités économiques d’un pays. Pour être viable, le nucléaire doit être rentable et durable, et sûr partout car un accident nucléaire impacte la filière sur toute la planète, et ce, quel que soit son ampleur. La conséquence de cette situation est la nécessité quasi structurelle d’avoir des collaborations au niveau inter-national, tant sur la sûreté des réacteurs de générations 2 et 3, que sur la gestion des déchets ultimes. J’ai toujours trouvé fasci-nant qu’on puisse imaginer gérer au niveau national un problème qui implique des durées 20 fois plus longues que la durée de la plus ancienne civilisation humaine(100 000 ans pour le stockage géologique profond). Et concernant la question essen-tielle de la fermeture du cycle, il est intéres-sant de noter qu’au moment même où la France saborde son programme deneutrons rapides1, la Chine, l’Inde, la Russie et les USA amplifient leurs efforts. Amplifier les collaborations dans un contexte planétaire inéditDes collaborations peuvent se décliner en termes de mutualisation des moyens (réacteurs d’études, maquettes critiques), de partage des compétences (et notam-ment en termes d’outils de simulation), d’internationalisation des formations. Elle peut aussi se décliner en termes de re-cherches précompétitives (sûreté, Gen IV)ou post compétitives (analyse du vieillis-sement des centrales). En France, pays de tradition colbertiste, le nucléaire s’est développé sous la direction de l’Etat, en liaison étroite avec les producteurs et dis-tributeurs d’électricité. Le CEA a été une pièce maîtresse dans cette stratégie. Des collaborations à l’internationale sont ma-jeures avec les USA et le Royaume uni, la Chine, la Russie et le Japon, de nature plus scientifique avec la Belgique, l’Allemagne, la Pologne et Israël, elles viennent en sup-port de nos industriels ou en accompa-gnement de notre politique étrangère. Elles devraient être amplifiées parce que le problème auquel nous faisons face est d’ordre planétaire. Encore faudra-t-il rester très impliqués, maintenir et développer nos compétences. Or, par son incapacité à tenir une ligne claire dans le domaine du nucléaire depuis plusieurs années, la France affaiblit de façon significative sa crédibilité et l’appétence des autres pays à collaborer avec nous. L’Etat légitime pour assurer la production d’électricité nucléaireLe nucléaire, c’est du temps long et des investissements lourds qui nécessitent une politique stable sur la durée, dépassant largement l’espace de temps entre deux élections ou la fréquence des fluctuations du CAC 40. Ce n’est pas un hasard si les grandes politiques électronucléaires sedéploient actuellement dans des pays dont l’Etat est fort. La logique de libérali-sation du marché de l’énergie en Europe et la pénalisation des investissements de long terme, ont grandement endommagé la capacité à avoir une politique énergé-tique saine. L’Etat a démissionné de son rôle de coordonnateur des politiques éner-gétiques, et plus globalement, l’idéologie dominante conduit à le dédouaner de toute responsabilité et à limiter son champ d’action. Pourtant, il reste pleinement légi-time pour assurer le bien public, comme la défense, la sécurité intérieure, la justice, la santé, l’éducation, et l’accès à l’électricité pour tous les citoyens et pour les industries. Il est donc par nature, un acteur majeur du nucléaire, garant de sa sûreté et de lastabilité des décisions. Sortir l’Europe de la coupe des anti-nucléairesL’urgence de la crise climatique nécessite-rait une implication au niveau européen. Encore faudrait-il que celui-ci fût fort. Sa poli-tique énergétique est entravée par la pos-sibilité qu’ont des Etats « anti-nucléaires »de bloquer toute initiative commune dans le secteur. L’Europe est sous la pression poli-tique de l’Allemagne qui exporte les pro-blèmes qu’elle s’est créés elle-même. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison profonde des nouveaux engagements, aussi pha-raoniques que peu argumentés, sur l’éco-nomie de l’hydrogène. Une politique, quel qu’en soit l’objet, doit relever de la rationa-lité et de la légitimité démocratique, résulter de la conjonction du sens du bien public avec celui de la durée et de l’intégrité des analyses. Or si l’optimisme nous conduit à espérer que le sens du bien public de-meure chez les décideurs européens et que l’Europe a la durée devant elle, la question de l’intégrité des analyses laisse perplexe. Ainsi l’exclusion du nucléaire de la taxono-mie sous sous-prétexte des déchets, alors que le gaz naturel y est, ne peut que nousinterroger.La construction de consortiums industriels devrait se faire à l’échelle européenne. Mais tant que l’Europe sera un nain politique, sous la coupe d’une idéologie qui se dit écologiste mais qui est surtout « décroissan-tiste », les accords devront se faire entre Etats et industriels pour nous permettre d’aller de l’avant et se saisir sérieusement de laquestion de la lutte contre le réchauffe-ment climatique, tel que le GIEC l’a trèsclairement explicitée.

Yves BRECHET Ancien Haut-Commissaireà l’énergie atomique, Membre de Sauvons Le Climat

La Russie et l’Union européenne :des coopérations dans l’intérêt mutuel pour ouvrir de nouveaux horizons

Pour Rosatom, l’éner-gie nucléaire doit jouer un rôle essentiel dans le mix énergétique moderne et durable. Un potentiel existe, très prometteur. Pour Andrey Rozhdestvin, la clé pour maximiser ce potentiel est de s’engager dans l’innovation collaborative.Il faut des années pour devenir un ac-teur nucléaire, c’est un engagement à long terme. Après Fukushima, la Russie adécidé de poursuivre son développementnucléaire sur une base nationale et àl’international, et nous considérons la construction en série comme l’une des clés de notre succès. Nous avons bâti 80 réac-teurs VVER dans le monde, et au cours des 15 dernières années, nous avons connecté 17 unités au réseau.Notre technologie VVER est née enRussie, mais elle s’est développée en Europe avec l’implication de nospartenaires. Il est certain que l’ouverture du marché européen a influencé notre stratégie, même si nous étions déjà en Allemagne en 1966 avec notre premier réacteur VVER outre-mer… Avec 18 réac-teurs VVER dans les pays européens, nous pouvons dire que nous faisons partie de l’Europe fondamentalement. Et à l’heure actuelle, nous avons deux nouveauxprojets de construction en cours deréalisation : la centrale nucléaire de Paks IIen Hongrie et la centrale nucléaire de Hanhikivi-1 en Finlande.Certes, nous avons une approche com-merciale, mais on fait tous partie d’une chaîne. Nous avons acheté 11 grandes turbines à vapeur Arabelle (plus que ce que General Electric a signé dans le reste du monde). Framatome est également un partenaire important dans le domaine de la numérisation. Il a été sélectionné comme fournisseur d’I&C pour nos pro-jets finlandais et hongrois, ainsi que pourplusieurs centrales nucléaires en Russie.Nous coopérons dans de nombreux domaines avec de nombreux pays euro-péens, comme ENUSA et Synatom dans l’approvisionnement en uranium enrichi, Vattenfall et Fortum dans la livraison de combustible, Framatome et Orano dans le domaine du cycle du combus-tible. Nous avons des partenaires dans la filière nucléaire en Bulgarie, Répu-blique tchèque, Slovaquie et Hongrie. Nous croyons en toutes les technologies d’énergie verte, c’est pourquoi nous développons également des projets éoliens en Russie avec notre partenaire néerlandais Lagerwey. Ce ne sont là que quelques exemples.

L’innovation ne peut pas prospérer en vase clos

Plus globalement, c’est l’intérêt mutuel qui guide la coopération et les objectifscommuns des accords de Paris. Alors que le besoin de solutions plus flexibles pour la production d’électricité à faible teneur en carbone augmente, le secteur nucléaire a prouvé qu’il avait la capacité de répondre en adaptant et en personnalisant dessolutions qui répondent à des besoins spécifiques. Ainsi les SMR seront capables d’apporter de la chaleur aux sites indus-triels et aux habitations dans les zones isolées où décentralisées1… Cette inno-vation est essentielle mais elle ne pourra pas prospérer en vase clos, et on a besoin de coopérer sur l’ensemble des techno-logies avec nos partenaires européens : c’est vrai pour les SMR, pour les réacteurs àneutrons rapides2, mais aussi pour les éner-gies renouvelables, l’hydrogène, la capture et stockage CO2 (CCS)…

Une coopération sur l’ensemble du cycle

Nous développons une coopération depuis des décennies avec l’Europe en matière de recherche et d’innovation, en particulier pour le nouveau cycle du com-bustible. La coopération scientifique est essentielle, comme avec le CEA et EDF.Ainsi, nos efforts communs dans cedomaine remontent à 1971, lorsque Tenex et le CEA ont signé leur premier contrat de services d’enrichissement de l’uranium. Avec nos partenaires européens, nous mettons en œuvre des projets couvrant l’ensemble de l’éventail des solutions et services nucléaires, nous participons acti-vement au programme ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, qui associe au total 35 pays dont les pays de L’Union européenne ainsi que le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse. Ce projet ambitieux, qui vise à reproduire l’énergie du soleil sur terre, bousculera nos modes de vie et aura des implications dans de nombreux domaines comme l’aérospatial ou la santé.Il est impossible de relever seul les défis auxquels l’industrie nucléaire est actuel-lement confrontée. Des efforts conjoints sont nécessaires pour surmonter lesdifficultés en matière de d’investissements (CAPEX) et de gestion des déchets, et ce n’est qu’en mettant en commun lesressources et l’expertise que nous pour-rons avancer vers un cycle fermé du combustible, et ainsi ouvrir des horizons illimités pour l’industrie nucléaire enEurope et dans le monde.

Andrey ROZHDESTVIN, Directeur ROSATOM Western Europe

Une renaissance partout… sauf en Europe ?

En 2020 l’avenir mondial de l’énergie nucléaire n’a jamais été aussi prometteur. Les derniers développements indus-triels dans ce secteur offrent des perspec-tives très intéressantes notamment pour des zones du monde mal desservies en électricité ou qui devront réduire leurs énergies fossiles… Si la Chine a fait des progrès énormes ces 20 dernières années au point d’électrifier complètement le pays, c’est loin d’être le cas dans nombre de pays d’Asie et d’Afrique. 350 millionsd’Indiens n’ont pas accès à l’électricité et il en est de même pour la moitié de l’Afrique subsaharienne où l’alimentation électrique y est totalement aléatoire et intermittente1.

Une demande d’électricitéen croissance

Mais il n’y a pas que le rattrapage écono-mique de vastes zones du monde qui exige le développement de la production d’élec-tricité. Que ce soit la numérisation rapide et inéluctable de notre société avec l’arrivée de la 5G, ou celle de l’agriculture, l’électrification du parc automobile ou le chauffage des bâti-ments, la demande d’électricité va fortement augmenter. Et ce n’est pas l’éolien ni le solaire, intermittents, qui suffiront à fournir ces besoins croissants. Après 40 ans d’efforts et de re-cherche, ces deux énergies ne représentaient en 2018 que 14,8 % de l’énergie électrique malgré des soutiens financiers généreux. La vérité sur leur coût prohibitif et l’opposition croissante des populations ne devraient plus faire illusion et il semble que l’on ait atteint une asymptote de leur développement.Les populations européennes n’entendent que des choses négatives au sujet dunucléaire alors qu’on assiste à des avancées technologiques extraordinaires. Des centres de recherche sont actifs en Europe et partout dans le monde et coopèrent, des innovations surprenantes émergent pour l’amélioration des systèmes existants, et la construction de petits réacteurs modulaires (SMR) ou desréacteurs de génération 4. Et si la décision de fermer les centrales nucléaires de Tihange et de Doel marque une terrible régression pour la Belgique qui était à la pointe dans le domaine et pour l’Europe, d’autres pays ont décidé de maintenir et développer leur parc nucléaire, ou de le créer comme en Pologne.

Russie, Chine, USA, une course géopolitique sans l’Union européenne

Aujourd’hui, le pays qui construit le plus de réacteurs est la Russie. Ceux-ci sont aussi sûrs que ceux de l’OCDE, et le business model de Rosatom, l’entreprise nationale, est redouta-blement efficace. Outre la centrale, elle fournit le savoir-faire, l’uranium enrichi, le recyclage du combustible usé et la gestion des déchets. Des projets VVER sont en cours à Paks II en Hongrie, et en Biélorussie à la frontière des pays baltes. Par ailleurs, les Russes mènent la course en tête pour les petits réacteurs modu-laires et ont inauguré dans la région arctique sibérienne, la première centrale nucléaire flottante et mobile l’Akademik Lomonosov. Une avancée technologique sous-estimée et décriée par Greenpeace (« Titanic nu-cléaire », « Tchernobyl sur glace » etc.) malgré les énormes potentiels commerciaux qu’elle représente pour les pays du Nord de l’Europe, pour certains pays d’Afrique ou d’ailleurs…Les Chinois ne sont pas en reste. Leurpremier réacteur « Hualong » (qui signifie dra-gon, symbole d’énergie vitale, de paix et de prospérité) a été connecté au réseau natio-nal en novembre 2020. S’étant affranchie de la technologie occidentale, la Chine ambitionne de produire 10 TWh d’électricité nucléaire par an chez elle, réduisant ainsi de 8,16 millions de tonnes les émissions de carbone. Déjà présente au Royaume-Uni et partenaire d’EDF Energy dans les projets de Sizewell et Hinkley Point, elle aspire à vendre ses réacteurs partout dans le monde.Les États-Unis ont compris qu’il fallait réagir et ont adopté une loi bipartite pour le main-tien en service des réacteurs américains existants — dont certains ont vu leur durée d’opération prolongée jusqu’à 80 ans — et préparer le terrain pour le déploiement de technologies nucléaires avancées2. Ils déve-loppent une stratégie calée sur les besoins et favorise le secteur privé qui continue à investir dans la filière. Le premier SMR devrait être mis en route en 2025 dans l’Utah, et ils viennent d’infliger un camouflet à l’UE en si-gnant un accord bilatéral avec la Roumanie afin d’y développer la filière Candu.

L’UE doit se réveiller de son étourdissement vert !

L’UE a choisi de s’enfoncer dans la désindus-trialisation en misant sur la décarbonisation avec la monoculture des éoliennes et des panneaux solaires. Une telle politique est suicidaire. A la pointe du savoir-faire dans le nucléaire, elle risque d’affaiblir ses atouts et ses compétences et perdre son avance. Ainsi les Français sont en retard dans le do-maine des petits réacteurs modulaires face aux Russes et aux Chinois. Le CEA, EDF, Naval Group et TechnicAtome ont bien lancé en 2019 le Nuward, un SMR qui fait l’objet de partenariat avec les Américains, mais s’il n’est pas soutenu par l’Union européenne, nous perdrons des parts de marché dans notre propre espace et dans le monde. Aujourd’hui, la Commission européenne se lance de manière inconsidérée dans une 1 Cf. FURFARI, Samuele. L’urgence d’électrifier l’Afrique.L’Harmattan, 2019.2 Cf. la législation bipartite des sénateurs américains en novembre 2020 : https://www.epw.senate.gov/public/index.cfm/2020/11/senators-introduce-bipartisan-legis-lation-to-revitalize-america-s-nuclear-infrastructure3 Cf. FURFARI, Samuele. L’utopie hydrogène. ebook, 2020.« stratégie hydrogène » à partir d’électricité éolienne ou solaire… Ce n’est pas sérieux2car la seule solution pour produire de l’hydro-gène de manière abondante, économique, et décarbonée sera d’utiliser des réacteurs nucléaires à haute température (HTGR). La population, les médias et le monde politique ne maîtrisent pas la complexité des don-nées scientifiques et techniques de l’énergie nucléaire. Il faut arrêter avec les simplismes, voire les mensonges, qui visent à saper une industrie prospère. Il est urgent que le monde politique se ressaisisse pour tenter, s’il estencore possible, de mettre fin à ce gâchis.Samuele FURFARIProfesseur de géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de BruxellesPrésident de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels.

La Commission reconnaît le rôle essentiel du nucléaire

Dans son interven-tion lors des Entre-tiens Européens, SaïdAbousahl, est revenu sur la responsabilité de la Commission et celle des Etats dans le financement des inves-tissements nécessaires au renouvellement du parc nucléaire en Europe et au dévelop-pement de la recherche pour le nucléaire du futur. Une occasion pour le représentant du groupe scientifique nucléaire mis en place par le Centre commun de recherche (CCR) pour la taxonomie de faire le point. Dans le programme indicatif nucléaire de 20171, la Commission européenne a souligné l’importance du nucléaire dans le mix et le montant des investissements évalué à 400 milliards d’euros d’ici 2050. Le financement est un grand défi pour remplacer les cen-trales existantes, intensives en capital, et le be-soin de garanties pour attirer les investisseurs est reconnu par la Commission. Si nous n’in-vestissons pas, nous ne serons pas capables de mettre en œuvre la stratégie zéro carbone.

EnR et nucléaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

Dans sa communication2 de novembre 2018, la Commission a confirmé sa stratégie :nucléaire et EnR seront essentiels pour réus-sir ! Celle-ci est basée sur des preuves scien-tifiques et fait référence aux panels gouver-nementaux sur le changement climatique et l’urgence à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Tout un chapitre concerne le secteur financier, son rôle clé pour réussir la transition et financer les investissements durables. Il y a une logique.C’est dans ce cadre, que la Commission a proposé la taxonomie3. Il s’agit d’envoyer les signaux aux investisseurs en définissant les projets et les objectifs pour un déve-loppement durable. Un groupe technique d’experts a été mis en place pour examiner les activités durables : dans son rapport du mois de mars 2020, il n’a pas été en mesure de tirer des conclusions pour l’inclusion ou non du nucléaire dans la taxonomie.Ce n’est pas la technologie nucléaire qui fait débat. C’est le problème lié aux déchets !Leur gestion est un processus, des solu-tions de stockage sont proposées, mais le groupe d’experts a souhaité éclaircir ce point. La Commission a demandé à son bras scientifique, le CCR d’effectuer une évaluation technique du cycle du combus-tible au regard des critères de la taxonomie avec un focus sur la phase aval du cycle concernant la gestion des déchets. Letravail est en cours.

Ne pas tout attendre de la Commission

Concernant les filières de la génération4 et le nucléaire du futur, l’Europe a mis des moyens pour permettre à la recherche de se développer. Elle a créé des incitations à leur mutualisation en allouant des budgets pour des clusters européens.Dès 2006, Euratom a adhéré au GIF, le Forum international sur le génération IV en 2003 et s’est investi dans la recherche sur les 6 filières de la GEN4 sur les aspects de sûreté, gestions des déchets, sécu-rité et non-prolifération. Certes, on peut discuter du montant du budget d’Eura-tom (qui fait toujours l’objet de négocia-tions difficiles), mais il permet de financer beaucoup de projets de RD qui couvrent aussi la sûreté des réacteurs à neutrons rapides ou à sels fondus, de coordon-ner le SET-Plan créé par la Commission5, ou encore de soutenir les programmes de recherche des États membres pour l’utilisa-tion civile pacifique de l’énergie nucléaire de fission et de fusion. Sans parler duprojet ITER installé à Cadarache qui repré-sente une part conséquente d’environ5,5 milliards d’euros pour les 7 prochaines années. La Commission européenne n’est pas là pour remplacer les Etats, et il faut bien recon-naître que s’agissant des contributions au GIF, à part Euratom et la France, celles des autres Etats membres restent très limitées.Les Etats et les acteurs doivent travailler ensemble, coopérer et mutualiser leursefforts… Le rôle de la Commission euro-péenne est de les y inciter. Des plateformes existent déjà, des groupes de travail se réunissent et des projets émergent6. Mais la Commission ne peut pas tout. Tous les Etats ne partagent pas le choix nucléaire, et il existe des blocages au sein d’Euratom qu’il faut arriver à dépasser. Ceci-dit, ne confondons pas la Commission et l’Union ! Il existe un rapport de forces au sein même du Conseil, et même quand la Commission propose, la décision revient in fine aux Etats. Saïd ABOUSAHLChef de l’Unité de coordination Euratom Centre commun de recherche Commission européenne

VERBATIMS :

Laetitia Canou :

Le développement des compétences est un enjeu majeur de la filière et doit être structuré à minima au niveau européen coté formation initiale et continue. Il sera plus difficile d’har-moniser les autorités de sûreté (ASN…) sauf à coordonner les attendus et lespérimètres d’action.

Claude Fischer Herzog :

La Commission ne peut pas tout certes. Mais elle doit mieux jouer son rôle d’incitation. Quand les propositions de la Commission sont dictées sous la pression des anti-nu-cléaires, il s’agit d’un passage en force pour contraindre les Etats, et les effets pervers sont difficilement rattrapables. La Commission devrait plus s’appuyer sur Les Entretiens Européens : nous sommes des alliés dans le combat d’EURATOM pour un véritable budget. C’est l’Autriche l’ennemi, pas nous.

Ne pas opposer les générations 3 et 4 : à chacune son horizon

Les réacteurs à neutrons rapides présentent, c’est aujourd’hui bien établi, les meilleures caractéristiques pour utiliser au mieux les ressources en uranium disponibles et peut-être pour limiter encore la toxicité potentielle à long terme des déchets résiduels. C’est ce qui explique l’important effort de recherches mené par de nombreuses équipes dans le monde depuis plusieurs décennies, et notamment dans le cadre du GIF, le forum international « génération IV ». Mais le déploiement de réacteurs à neutrons rapides semble aujourd’hui ralenti par deux écueils : d’une part le sentiment qu’il n’y au-rait pas urgence (on a devant nous plusieurs décennies de ressources d’uranium aisé-ment accessibles) ; d’autre part, le fait que la technologie peut ou doit encore gagner en maturité, et que la recherche permettra de voir émerger des options plus abouties de réacteurs rapides (plus sûrs, moins chers, et aussi peut-être mieux adaptés à de nou-veaux besoins (comme les utilisations moins centralisées, la production de chaleur, …).Dans le même temps, les réacteurs à eau sont une technologie largement éprou-vée, et ils ont atteint avec la génération 3 un niveau de sûreté remarquable. Certes, au plan de l’utilisation des matières, ils ne peuvent pas rivaliser avec les réacteurs rapides et ils devront à terme, dans l’hypo-thèse d’un nucléaire durable, faire place à une nouvelle génération. Mais ils peuvent eux-mêmes continuer encore à bénéficier d’innovations, de progrès, d’adaptation à l’évolution des besoins ; et même au plan de l’utilisation des matières, le « multi recyclage » de l’uranium et du plutonium,aujourd’hui à l’étude, pourrait apporter des bénéfices importants.Des générations de réacteurs complémentaires dans le tempsAussi, il semble que l’on ne doive pas oppo-ser générations 3 et 4 : elles ont chacune leur place, des horizons de déploiement distincts :les toutes prochaines décennies pour les réacteurs à eau tels les EPR, plus tard pour les réacteurs rapides. Et le recyclage en réac-teurs à eau peut d’ailleurs préparer efficace-ment le futur recyclage dans les réacteurs rapides, pour des systèmes qui répondront toujours de mieux en mieux aux principes d’une « économie circulaire ».Un point paraît aujourd’hui à noter : en inscrivant les réacteurs rapides dans un horizon plus éloigné, on fournit l’occasion d’ouvrir le champ des options explorées, afin d’essayer d’adresser au mieux cer-taines questions comme le coût, la sûreté, la flexibilité, et les nouveaux besoins évoqués plus haut. Divers concepts sont aujourd’hui étudiés ou approfondis. Ainsi, au CEA, suite à l’arrêt du programme ASTRID, on mène aussi des recherches pour les réacteurs au sodium de petite taille, ou les réacteurs à sels fondus ; aux Etats Unis, on note une im-portante floraison de nouveaux concepts, venant d’horizons eux aussi renouvelés; ce nouveau foisonnement de la recherche me paraît très intéressant, il peut conférer une nouvelle dynamique à la recherche nu-cléaire ! La génération 4 reste un enjeu qui pourrait constituer un germe de choix pour une coopération internationale. Un enjeu qu’il faut aborder avec la juste ambition que confèrent les formidables perspectives envisageables, avec ouverture mais aussi avec prudence et réalisme (notamment quant aux perspectives et au calendrier d’industrialisation), pour ne pas risquer à terme de nouvelles déconvenues.Bernard BOULLISConseiller auprès du Haut-Commissaire à l’énergie atomique

IMT Atlantiqueà Nantes associée à deux projets européens Euratom

e laboratoire SUBATECH (CNRS/IN2P3 – IMT Atlantique – Université de Nantes) est partenaire des projets PREDIS et A-CINCH retenus dans le cadre d’Euratom, le pro-gramme dédié aux activités de recherche et de formation en matière nucléaire de l’Union européenne. Celui-ci s’inscrit dans le cadre d’Horizon 2020, le programme de financement de la recherche et de l’inno-vation de l’Union européenne.Doté d’un budget de 79 milliards d’euros, Horizon 2020 a pour mission de soutenir les travaux des acteurs académiques et industriels autour de trois priorités : l’excellence scientifique, la primautéindustrielle et les défis sociétaux.

PREDIS est une action de recherche sur la gestion des déchets radioactifs et A-CINCH vise à stimuler l’intérêt desétudiants pour la chimie nucléaire et la radiochimie. « La participation à ces deux projets européens souligne l’excel-lence de la recherche et de la formation menées au sein d’IMT Atlantique à travers le groupe de radiochimie de SUBATECH »,souligne Abdesselam Abdelouas, ensei-gnant chercheur à IMT Atlantique, pilote de ces deux projets.

Le nucléaire en chiffresdans l’Union européenne

• 129 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans 14 États membres (dont le RU)

• 120 GWe de puissance totale installée

• 30 ans d’âge moyen des réacteurs

• 6 réacteurs sont en construction en France, en Roumanie, en Slovaquie et en Finlande.

• 12 projets devraient se concrétiser au Royaume-Uni, en République tchèque,en Pologne, en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, en Finlande, en Suède et en Slovénie.

• 3 à 10 réacteurs en débat aux Pays-Bas d’ici 2030.

• 6 EPR en projet en France

• Si ces projets se réalisent, la filière nucléaire européenne, qui représente déjà 780 000 emplois, pourrait créer jusqu’à 350 000 emplois supplémentaires

VERBATIMS :

Michel Belakhovsky, G2E-TERE

Nous proposons une task force « pour la survie de l’humanité » avec l’objectif d’éliminer les combustibles fossiles d’ici 2050. Est-ce possible ? Oui, si un plan opérationnel de RUPTURE technologique est immédiate-ment mis en œuvre en développant en 10 ans un nucléaire sûr, renouvelable, quasi sans déchets et à coût acceptable. Freeman Dyson a analysé pourquoi à son époque, le nucléaire civil n’était pas socialement acceptable. Aujourd’hui, la solution est à portée de main, la Chine, les Etats-Unis s’y emploient activement et devraient y parvenir au cours de cettedécennie. L’Europe a les compétences mais il nous faut la volonté politique.

Interview d’Elsa MERLE Chercheur en Physique des réacteurs nucléaires de fission au CNRS

Le réacteur à sels fondus

Claude Fischer Herzog Vous travaillez sur un projet de réacteur à sels fondus, le MSFR. Quels sont ses avantages ? Elsa Merle – Le MSFR est un réacteur au combus-tible liquide circulant et jouant aussi le rôle de caloporteur. Son princi-pal avantage est sa sou-plesse de fonctionne-ment. En effet, ce type de réacteur peut fonctionner avec tout type de combustible. La puissance produite est pilo-table par la chaleur extraite du cœur et selonla demande du réseau sur une très large gamme de puissance, permettant de com-penser les fluctuations de production des énergies renouvelables. Par ailleurs, on peut citer également sa conception (SMR à gros réacteur, modularité, géométrie…) et son uti-lisation possible comme régénérateur dans les 2 cycles du combustible (cycle uranium/plutonium ou cycle thorium), ou comme inci-nérateur de déchets, pour la propulsion spa-tiale, pour la production de radioisotopes… Comme tous les réacteurs régénérateurs en cycle U/Pu, il est possible d’utiliser l’uranium appauvri entreposé à la Hague. Soulignons également sa sûreté intrinsèque grâce à une grande stabilité neutronique du cœur.CFH – Le combustible liquide n’est-il pas plus difficile à confiner ? EM – Le confinement d’un combustible n’est un sujet de préoccupation que tant qu’il est liquide, c’est à dire à une température supérieure à 450°C environ. Quand il va se refroidir, il se fige et reste là où il s’est solidifié. Mais comme pour tout réacteur de fission, il faut absolument prévoir un refroidissement en cas d’urgence. De ce point de vue il n’y a pas de différence entre les combustibles solides et liquides. Si ce n’est que pour ces derniers, il est plus facile de les relocaliser de façon passive par simple vidange gravita-tionnelle. La vraie différence vient plutôt du fait qu’un cœur à combustible solide peut se compacter alors que ce n’est presque pas le cas avec un combustible liquide circulant.CFH – Faudra-t-il construire les réacteurs en zone SEVESO à cause des risques d’éva-poration de chlore en cas de nécessité de refroidissement du réacteur ?EM – Jusqu’à présent nous n’avons pas identifié de risques de production de com-posés de chlore gazeux. Les chlorures utili-sés sont certes radioactifs mais ils ne sont pas chimiquement plus dangereux que le sel de cuisine ou celui qui permet d’éviter le verglas sur les routes ! Ce qui pourrait rendre chimiquement dangereux une grande quantité de chlorure ce sont les réactions chimiques pouvant produire des gaz chlo-rés toxiques comme le chlore (Cl2 gaz) ou le phosgène (COCl2) mais pour cela il fau-drait produire du chlore gazeux. La seule réaction capable de le faire serait de faire réagir du fluor gazeux sur les sels. On ne voit pas ce qui pourrait justifier la présence sur le site de fluor gazeux, lui-même chimique-ment plus nocif que le chlore gazeux et qui justifierait à lui seul un classement SEVESO.CFH – Vous parlez de 10 ans pourdéboucher dans l’industrie, n’est-ce pasoptimiste ?EM – Concernant les délais, 15 ans pourdisposer d’un démonstrateur est raison-nable. C’est une problématique de moyens et donc de décision politique (et sociale). Cela fait 15 ans qu’on a identifié le concept de MSFR, 12 ans que le GIF1 l’a adopté. Les Chinois ont lancé leur projet en 2011 et le réacteur est actuellement en construction. Mais l’Europe demande l’aumône pour permettre au projet de survivre. On peut en-core attendre 15 ans, mais d’ici là, la Chine, la Russie et les start-up auront fait le boulot ; le train sera passé et il faudra acheter une licence comme pour les réacteurs REP avec Westinghouse au début du parc nucléaire français.CFH – Sera-t-il moins cher que les réacteurs de génération 3, ou de ceux de la filière de la génération 4, compte tenu de leur com-plexité ?EM – Le cœur du RSF étudié en France est très simple de géométrie (une cuve compacte entourée de réflecteurs avec des boucles de circulation/refroidissement modulaires et changeables plongés dans la cuve) et très stable neutroniquement, ne nécessitant pas de multiples niveaux additionnels de sys-tèmes de sûreté. Cela combiné à une fabri-cation moins complexe du combustible est prometteur en termes de coût. Quoiqu’il en soit, il ne faut pas opposer les technologies !Ainsi par exemple les chercheurs qui travaillent sur le MSFR au CNRS dirigent (1) aussi des thèses sur d’autres concepts deréacteurs, cela contribue notamment à la mutualisation des connaissances et à ce que tous les acteurs se connaissent pour mieux travailler ensemble. D’où l’idée d’un réseau français regroupant tous les acteurs (CNRS, CEA, Framatome, Orano, EDF, sipossible aussi IRSN). CFH – Le CNRS propose un centre euro-péen de RD, le CEA propose un laboratoire chaud européen : pourquoi ne pas envisa-ger des clusters dédiés où la coopération pourrait se déployer ? EM – Le MSFR a besoin de moyens pour être développé concrètement, dont des outils comme le labo chaud du CEA sont des briques très importantes. Oui il faut un réseau de coordination français relié à un réseau européen. Il serait bon aussi que le concept de RSF apparaisse dans la plate-forme européenne SNETP2. Tout pays pou-vant justifier d’une activité de R&D de plus de deux instituts et d’un nombre assez faible de chercheurs peut en faire la demande, et la France pourrait le faire. La coordination internationale est biengérée par l’AIEA et le GIF. A ce sujet, l’AIEA ne peut mettre en place des groupes de travail dédiés que sur sollicitation d’Etats membres. La France pourrait là encore en faire la demande avec le soutien d’autres pays intéressés par cette technologie et il y en a ! L’AIEA a organisé une réunion de réflexion sur les technologies RSF en 2016 avec une quinzaine de pays.

(1) Generation IV International Forum a été créé en 2000 par les USA pour une coopération sur toutes filières de la GEN IV.2 SNETP est une plateforme créée en 2007 pour soutenir et promouvoir l’exploitation sûre, fiable et efficace des sys-tèmes nucléaires civils de Génération II, III et IV . Depuis mai 2019, le SNETP opère en tant qu’association internationale à but non lucratif (INPA) de droit belge poursuivant des objectifs de mise en réseau et scientifiques. Elle est recon-nue comme plateforme européenne de technologie et d’innovation (ETIP) par la Commission européenne.

VERBATIMS :

John Laurie, consultant

La Chine construit un prototype du réacteur à sels fondus. Le démarrage est prévu en mars 2021.Voici leur projet : https://fissionliquide.files.wordpress.com/2020/11/tmsr-site-plan-fr.pdf

Donner aux Etats la capacité de pouvoir choisir le nucléaire en toute indépendance et en coopération

Du Schengen nucléaire à la coopération structurée permanente… comment permettre aux Etats nucléaires européens d’avancer ?

Dans leur recherche pour permettre aux Etats membres de construire une filière, partager les enjeux de R&D et de formation, mutualiser des dépenses sans être bloqués dans leur ambition et leur action par l’unanimité (et en particulier par les EM qui s’opposaient au nucléaire), Les Entretiens Européens avaient organisé en 2009 et 2010 toute une série de conférences pour examiner la faisabilité d’un « Schengen Nucléaire ». C’était une proposition d’Anne Lauvergeon lorsqu’elle était PDG d’Areva, que nous avions reprise avec Dominique Ristori, alors en charge du secteur nucléaire à la DG Energie et Transports et mise dans le débat public.Une proposition qui s’est avérée compliquée et irréalisable car il aurait fallu créer un nouveau traité, et celui de Schengen n’était pasobligatoirement le bon modèle. La Coopération structurée permanente (CSP) en est un autre, d’autant plus intéressant qu’il s’inscrit dans les Traités. Mais il est réservé à la Défense. Serait-il transférable ? Nous avons voulu y voir plus clair et c’est pourquoi, nous avons interrogéle Général Jacques Favin Lévêque, membre du bureau d’EuroDéfense.

CFH

Le modèlede la Défense

La création d’un cadre intergouvernemental a été un palliatif à la dif-ficulté d’instaurer une défense commune au niveau communautaire. L’exercice n’a pas été facile : il aura fallu 15 ans – de 2002 à 2017 – pour persuader de l’intérêt de créer une coopération structurée permanente qui si elle est un beau succès, nous dit le Général Jacques Favin Lévêque – est « en dérive » par rapport à l’objectif initial.Le concept de coopération structurée per-manente (CSP) date de la Convention Giscard en 2002, un concept pour lequel Michel Barnier a marqué un vif intérêt. L’idée – qui était de créer un noyau dur pour la défense commune dans le cadre inter-gouvernemental – a été développée dans de nombreuses études, et en particulier au sein du réseau d’EuroDéfense, avec l’objectif de l’inscrire dans le projet de Constitution de 2005, puis dans le traité de Lisbonne en 2008.C’est en juin 2017 que le Conseil Européen – après la mise en cause (verbale) de l’OTAN par le Président TRUMP et avec le Brexit qui fragilise la défense européenne – décide d’avancer en matière de défense com-mune, et propose de lancer la Coopération Structurée Permanente. « Les Etats membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires et qui ont souscrit des engagements plus contraignants en vue des missions les plus exigeantes établissent une Coopération Structurée Permanente dans le cadre de l’Union ». La C.S.P. s’adresse aux pays qui souhaitent et qui peuvent aller plus vite et plus loin vers une défense et une industrie communes. Elle est ouverte à tous les pays qui accepteront de faire un effort significatif dans ce domaine1.

La France et l’Allemagne à l’initiative, avec deux visions différentes

L’initiative pouvait être lancée par au moins 2 Etats Membres et devait obtenir un accord à la majorité qualifiée : c’est la France et l’Al-lemagne qui saississent le Conseil européen lors de sa réunion du 15 décembre 2016… C’est au Conseil des Ministres franco-alle-mands du 7 juillet 2017 qu’une structure de coopération ambitieuse et inclusive est dis-cutée pour les Etats participant à la C.S.P. : porter leur budget de Défense à 2% du PIB, dont 20% en investissement, d’harmoniser leurs besoins capacitaires, renforcer l’intero-pérabilité de leurs forces, et développer des programmes communs au sein de l’Agence Européenne de Défense.Mais l’ambition s’est heurtée à deux visions contradictoires, celle de la France qui don-nait priorité à l’engagement opérationnel avec des critères d’accès à la CSP plus durs, celle de l’Allemagne qui donnait prio-rité à une solidarité et à la diplomatie pour convaincre le plus possible d’Etats Membres. Le 13 Novembre 2017, la Haute Représen-tante annonce que 23+2 Etats membres ont notifié leur volonté de lancer la CSP et de souscrire à vingt engagements juridique-ment contraignants. Le Conseil Européenofficialise la création de la CSP le 14 Décembre 2017. Un beau succès diplomatique, mais une dérive par rapport à l’objectif initial.

La CSP a agi en catalyseurde projets… mais peu sont opérationnels

Une fois décidée et son périmètre défini, la nouvelle structure agit en catalyseur de Donner aux Etats la capacité de pouvoir choisir le nucléaire en toute indépendance et en coopération projets pour la défense commune : une pre-mière vague de 17 projets est suivie d’une deuxième, puis d’une troisième vague, ce qui porte à 47 le nombre de projets communs2. Certains sont largement inclusifs. La plupart sont capacitaires ou institutionnels, peu sont d’ordre opérationnel. La structure réunit les ministres de la Défense des 25 Etats participants à la CSP3. Elle est vir-tuelle, bénéficie du soutien et des capacités d’accueil du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et de l’AED, l’Agence euro-péenne de Défense. Les décisions sont prises à l’unanimité pour le respect des principes de base et pour l’entrée de nouveaux par-tenaires, et à la majorité qualifiée dans les autres domaines. Il faut l’unanimité sur les ob-jectifs et la conduite de chaque projet, et leur coordination avec le FED (Fonds européen de défense) est faite par le Haut Représen-tant et le SEAE (arbitrage technique de l’AE) Une question est encore en débat : les pays tiers (UK, USA, etc…) pourront-ims être asso-ciés aux projets CSP ?La CSP est spécifique du domaine de la dé-fense. A la lettre, seule la coopération renfor-cée serait applicable au nucléaire civil, avec notamment l’obligation de réunir au moins 9 participants. Sera-t-elle transférable au sec-teur de l’énergie nucléaire ? La question est entre les mains des Etats qui auraient envie de coordonner leurs efforts et d’avancer vers une stratégie commune.

Général Jacques FAVIN LEVÊQUE Membre du bureau d‘EuroDéfense

Rester dans le cadre du Traité Euratom, et préserver la neutralité énergétique pour tous

L’Union européenne est un club qui par-tage des objectifs communs et s’engage à travailler ensemble pour les atteindre.En tant qu’États membres de l’UE, nouspartageons en effet de nombreux objectifs – du moins au niveau le plus élémentaire – et c’est un très bon début. Cependant, nous différons parfois quant au chemin à suivre pour leur réalisation. La diversité est l’essence même de la vie et, en tant que telle, elle est aussi celle de l’Union européenne. Un club dont les membres diversifiés poursuivent des objectifs communs n’est pas une contradic-tion dans les termes si nous faisons preuve de sagesse, en gardant les yeux sur l’objec-tif, tout en acceptant et en respectant lesdivergences inévitables. Un de nos objectifs communs – de la plus haute importance – est l’atténuation du changement climatique. Nous nous enga-geons tous à l’atteindre grâce à nos efforts conjoints. C’est cependant dans la nature de ces efforts que nous pouvons varier, ce qui est le mieux illustré par le désaccord sur le rôle de l’énergie nucléaire. Je n’insisterai pas, bien que cela découle du traité Euratom, mais la construction de centrales nucléaires devrait être un objectif partagé par tous les États membres. L’énergie nucléaire sert l’atténua-tion du changement climatique (à laquelle elle est indispensable selon les grandes organisations internationales), elle profite à tous les États membres et ne peut se limiter à quelques centrales nucléaires en exploitation.Une coopération plus étroite des État membres intéressés dans le domainenucléaire et, ce qui est important – ancrée dans le cadre institutionnel de l’UE – amé-liorerait certainement la visibilité de l’éner-gie nucléaire et les intérêts des États qui ladéveloppent.Cela ne résoudra pas tous les problèmes avec lesquels nous luttons. Il s’agit de créer de véritables règles du jeu équitables pour tout le monde sur le marché auquel nous participons tous. La coopération structurelle ou toute forme de coopération renforcée est certainement une option intéressante, en particulier pour des installations communes contribuant au développement de l’énergie nucléaire, comme des centres de recherche ou des installations d’essai de matériaux. C’est aussi une excellente perspective pour la coopération réglementaire, y compris la normalisation de la conception.Mais avant tout, c’est une excellente occasion de renforcer les ressources humaines, avec l’aide de centres de formation communs, de programmes d’échange de personnel et d’innombrables autres opportunités qui existent. Tous ces domaines sont vitaux pour rétablir l’excellence européenne durement acquise dans le domaine des technologies nucléaires et accroître la compétitivité du sec-teur dans le marché difficile et les conditions réglementaires auxquelles nous sommes confrontés. Il est assez drôle que la coopéra-tion structurelle calquée sur le secteur de la Défense puisse servir de moyen d’autodé-fense du secteur nucléaire, mais il ne faudrait pas encourager une mentalité de siège.Je voudrais cependant terminer en souli-gnant deux points. Premièrement, le déve-loppement de l’énergie nucléaire est sou-tenu par le traité Euratom auquel tous les États membres ont adhéré et ont décidé de maintenir en vigueur. Et, plus important encore, cela sert notre objectif commun de lutte contre le changement climatique.Deuxièmement, je voudrais souligner lanécessité de continuer à plaider en faveur de la neutralité technologique et de l’égalité des chances au sein de l’Union européenne, qui ne devraient pas être écartées par les déve-loppements d’une coopération structurelle.

Michal KURTYKA Ministre du Climat et de l’Environnement,Pologne

VERBATIMS :

Henri Prévot – Une réflexion commune avec les acteurs de la Défense est cer-tainement une bonne idée. Mais si, juri-diquement, une coopération structurée permanente n’est pas possible (puisque celle-ci ne peut s’appliquer qu’aux a faires de Défense), on pourrait utiliser la possibi-lité de « grands projets d’intérêt européen ».

Véronique Parante- Pourquoi ne pas mettre toute cette intelligence et tous ces moyens au service de l’énergie solaire ? Le nucléaire suscite la «méfiance» et dans un monde où les gens se méfient de leurs politiciens, la nature apparaît comme une solution possible. Certes, elle tue quand la science guérit, mais la nature semble plus transparente et honnête.

Jean-Pierre Lowys – Ecole des Mines –Merci et bravo pour ce colloque riche, instructif et de haute tenue.

Jacques Delarosière, BNP PARIBAS – Bravo ! J’ai lu les comptes-rendus desEntretiens. C’est direct et courageux

TAXONOMIE :Le nucléaire en attente d’une décision

La taxonomie est un système de classifi-cation qui concerne les investissementsdurables à l’échelle de l’UE1. Elle sera un réfé-rentiel pour les investisseurs et les entreprises, une base pour la création de standards européens verts pour les produits financiers et pour les garanties et autres incitations publiques dont ils pourront bénéficier. En ce sens, on comprend l’enjeu de la première « liste verte » qui devrait définir les activités retenues pour une application en 2021. Alors que l’énergie nucléaire contribue à la transition vers une économie décarbonée, la Commission – sous pression allemande – a confié au Centre commun de recherche (JRC) « une analyse technique plus appro-fondie » afin d’examiner l’impact environne-mental de cette énergie au vu des déchets radioactifs qu’elle produit. Une décision d’autant plus étonnante que la Commission connaît bien les solutions actuelles de stoc-kage géologique qui font l’unanimité dans la communauté scientifique2, et qu’elle est censée suivre les plans nationaux des Etats exigés dans le cadre de directives qu’elle a elle-même proposées. Par ailleurs, la Com-mission sait que les déchets d’aujourd’hui deviendront les ressources de demain pour les futurs réacteurs, comme on l’a encore entendu lors des Entretiens Européens.

Des arguments scientifiques face aux attaques idéologiques

Les conclusions devraient être publiées sous peu, la Commission émettra alors des actes délégués d’ici à la fin 2021 afin d’éta-blir des critères concrets sur la taxonomie. L’Allemagne ne désarme pas. Dans une lettre adressée aux institutions, la députée Kotting-Uhl a contesté la décision de la Commission de confier au JRC « fruit du programme Eura-tom et financé par lui » et a déjà annoncé la couleur : le JCR est partial et n’est donc pas en mesure de « rendre une analyse objective ».Espérons que le JRC – qui se décrit lui-même comme un groupe scientifique neutre – en-tendra les arguments scientifiques et éthiques des gestionnaires des déchets, pour leur mise en œuvre partout (y compris dans les pays en retard comme l’Allemagne !), et qu’il proposera d’inclure le nucléaire dans la taxo-nomie. Car si le but de celle-ci est d’arriver à un nouveau modèle économique renonçant aux énergies fossiles pour se recentrer sur des énergies sobres en carbone, alors elle doit inciter le monde de la finance3 à orienter les fonds vers des investissements durables comme le nucléaire.

CFH

VERBATIMS :

Eric Maucort, SLC (Sauvons Le Climat) – Si c’est aussi clair que le futur européen est nucléaire et renouve-lables, alors la Commission devrait condam-ner tout Etat qui ferme une centrale (comme l’Allemagne et la France avec Fessenheim), sans l’avoir préalablement remplacée par un équivalent en production décarbonée en continu.

Anna Veronika Wendland – Je suis d’accord avec Eric Maucourt. La Commission devrait prendre des mesures, mais elle devrait alors s’opposer à l’un des Etats les plus influents! Le gouvernement allemand n’est pasenclin à reconsidérer la sortie du nucléaire :il se targue d’avoir «remplacé le nucléaire par des énergies renouvelables», bien qu’en réalité, on a remplacé le nucléaire fiable par du lignite et du gaz naturel fiables, mais pas par des renouvelables peu fiables.

Elizabeth Neau, CFE-CGC Energies- Le pre-mier groupe d’experts avait fait part de son incompétence à statuer sur le nucléaire. Pourquoi la Commission a-t-elle mis un an et demi à en constituer un nouveau ? Elle s’apprête à publier les actes délégués, pour-quoi ne pas repousser cette publication, respecter la neutralité technologique etMonsieur le Premier Ministre,A la veille du Conseil des 12 et 13 décembre 2019, j’ai le plaisir de vous adresser ces options et recommandations issues des Entretiens Européens que nous avons organisés à Helsinki les 12 et 13novembre derniers sur le thème : « Le nouveaunucléaire en Europe, une réponse aux mutations électriques de nos sociétés ? » Les Entretiens Européens ont rassemblé 150personnalités du secteur énergétique et de sec-teurs industriels gros consommateurs d’électricité, ainsi que des collectivités locales d’une douzaine de pays d’Europe1 et la Commission européenne. Nous souhaitons ainsi contribuer à la réflexion et à l’action pour une Union de l’énergie capable de répondre tout à la fois à l’impératif climatique, à l’impératif industriel et à l’impératif de solidari-té dans un contexte de grandes mutations de nosmodes de vie et de production. En effet, nos sociétés consomment et consomme-ront de plus en plus d’électricité2. Nous soutenonsUne contribution pour une révision de la stratégie énergétique européenneLettre ouverte à la Présidence de l’Union européenneA Monsieur le Premier Ministre de Finlande,Présidence de l’Union européenne, Copie à la Présidence de la Commission européenneet aux Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UEl’objectif d’une économie décarbonée, mais nous sommes convaincus que nous ne pourrons nouspriver d’aucune source et que le nucléaire, qui a permis de consolider notre union et a favorisé la prospérité, est un allié dans cette perspective. L’Europe affiche l’ambition d’être à l’avant-garde dans la lutte contre les changements climatiques. Notre nouvelle Présidente de la Commission pré-tend devenir le 1er continent sans empreintecarbone dès 2050 et propose un « pacte vert » aux Etats. Nous soutenons tous les efforts qui iront dans ce sens. Mais nous avons voulu comprendre pour-quoi les résultats ne sont pas au rendez-vous de nos engagements. Pire, notre marché de l’énergie dys-fonctionne et nous émettons de plus en plus de gaz à effet de serre en Europe, mais aussi dans le monde. Proposer de réduire notre consommation éner-gétique par deux sans dire comment faire pourréaliser une profonde décorrélation entre le PIB et la demande d’énergie, restera un vœu pieux. 1 Venus de Belgique, Bulgarie, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Pologne, Roumanie, Royaume Uni, Slovaquie, Russie, Suède et même du Kenya, ils ont débattu avec des chercheurs de grands instituts comme l’OCDE ou le CNRS et la Commission européenne. Le colloque a été ouvert par Liisa Heikinheimo, directrice générale adjointe du Département de l’Energie du Ministère des Affaires économiques et de l’Emploi de Finlande.2 La production électrique a augmenté de 35% à 150% dans le mix énergétique en 2018 et tous les scénarios de consommation électrique sont à la hausse : dans les nou-veaux secteurs comme les transports, les technologies de l’information et de la communication avec le digital, ou dans le secteur du chauffage-climatisation…Rapprocher – Débattre – FraterniserEntretiens Européens d’HelsinkiLesLe nouveau nucléaire, un allié pour le climat et une économie décarbonéeSupplément de La Lettre des Entretiens Européens – Décembre 2019Les Cahiers des Entretiens Européens d’ASCPEUNE NOUVELLE ÈRE ÉLECTRIQUE AVEC LE NOUVEAU NUCLÉAIREA NEW ELECTRIC ERA WITH THE NEW NUCLEARAvec le soutien deRapprocher – Débattre – Fraterniserdes Entretiens Européens Les CahiersLes Entretiens EuropéensHelsinki – 12, 13 & 14 novembre 2019Février 2020 – 20 € Lu dans Science et Vietraiter sur un pied d’égalité toutes les éner-gies décarbonées ? La situation s’apparente à une procrastination qui envoie un signalnégatif aux investisseurs et inquiète lessalariés sur l’avenir de leur industrie !

Gérard Bonhomme, professeur émérite : Voici un article pour illustrer les ambigüi-tés dans le débat sur la filière hydrogène : https://theconversation.com/debat-lhy-drogene-produit-par-les-seules-renouve-lables-ni-possible-ni-durable-148663

Georges Sapy, SLC (Sauvons Le Climat) – Comme cela a bien été souligné, la grande question est de coaliser tous les pays favorables au nucléaire pour arrêter de se faire entrainer dans la politique allemande, qui mène droit au désastre : dernière preuve, contenue dans la dernière mouture parue ce jour d’une étude réali-sée par Agora Energiewende, Agora Ver-kehrswende et la Stiftung Klimaneutralität avec le soutien de Prognos AG, Öko-Institut et l’Institut Wuppertal, qui prévoit en 2050 d’utiliser 432 TWh/an d’hydrogène ou com-bustibles synthétiques qui en sont dérivés, dont 348 TWh soit 80 % seront importés !!!D’où ??? Voilà où mène la peur irrationnelle du nucléaire et l’idéologie associée

La Finlande, élargir les coopérations avec les pays nordiques à toute l’Europe

Lors des Entretiens Européens d’Helsinki en 2019, Liisa Heikin-heimo avait expliqué que les perspectives de développement du nucléaire en Finlande avaient le soutien de la population1. Si le changement clima-tique pèse dans la balance, il faut sur-tout comprendre le rôle des acteurs de la filière dans ce résultat nous avait-elle dit. Aujourd’hui, elle souligne le rôle des coo-pérations qui se sont développées dans le pays à tous les niveaux entre les acteurs privés, avec les acteurs publics, et dans les pays nordiques. Elle appelle à plus de coopérations à l’échelle de l’Europe.L’énergie nucléaire a un rôle important si nous voulons atteindre nos objectifs enFinlande et dans l’Union européenne, et pour ce qui concerne notre pays, nous avons décidé d’augmenter la part du nu-cléaire dans le mix énergétique de 32% de l’électricité produite actuellement à 40%. C’est un chiffre élevé qui anticipe les be-soins de l’industrie et les mutations dans les modes de transport et le chauffage urbain.Pour l’atteindre, nous avons un programme important avec la prolongation de ladurée de vie de nos centrales, la mise en service de l’EPR Olkiluoto 3, et de nouveaux projets dont Hanhikivi 1, et pourquoi pas demain des SMR pour le chauffage urbain.Des coopérations tous azimuts La Finlande coopère à l’échelle internatio-nale. Elle participe aux forums des grandes organisations comme l’AIEA, ou l’AEN, et à l’ENEF comme membre de l’Union euro-péenne. Nous avons développé de très bons contacts et pour le Ministère, il est important de participer à ces forums où s’échangent réflexions et expériences.Faut-il bâtir une coopération structurée permanente à l’échelle de l’Union euro-péenne avec les Etats qui le souhaitent ?Chacun sait que le nucléaire est une indus-trie particulière, et que la sûreté doit être partagée. Nous devons éviter les incidents dans les centrales à partir du premier jour jusqu’à son terme, ce qui nous oblige, avant même de lancer la construction, de réfléchir à son vieillissement. Et de ce point de vue, les expériences et les connais-sances des autres sont utiles et nécessitent beaucoup de coopération. Même si toutes les centrales sont uniques. En Finlande, les détenteurs de licences et le régulateur na-tional ont développé le projet KELPO visant à développer un processus normalisé de licences2.Dans les pays nordiques, la coopération est presque naturelle, et nous avons des coopérations bilatérales selon les types de réacteurs, avec la France pour l’EPR ou avec la Russie pour les VVER… ou encore avec la Suède où nous échangeons toutes les informations utiles à propos d’un réac-teur pour la prolongation de sa durée de vie. Nous avons développé beaucoup de coopérations dans la recherche, et aujourd’hui, nous sommes prêts concer-nant les SMR. C’est dans la formation des jeunes générations que nous devons mettre tous nos efforts, en mutualisant lesfinancements.Pour une égalité de traitement entre les énergies décarbonéesEn Finlande, les entreprises d’électricité nucléaire sont privées : elles doivent sup-porter tous les coûts. L’industrie finlandaise a une longue tradition de modèles de fonctionnement collaboratif. Les entre-prises dites Mankala sont détenues pardifférents actionnaires utilisateurs de l’élec-tricité produite. Mais les investissements dans les projets sont plus longs et plus lourds et elle demande l’égalité de traite-ment avec les autres technologies décar-bonées, et notamment de bénéficier de la taxonomie sur le financement durable.Liisa HEIKINHEIMODirectrice générale adjointe,Département Energie au Ministèrede l’Economie et de l’Emploi en Finlande

KELPO, une initiativede l’industrienucléaire finlandaise

Le projet réunit les entreprises TVO, Fortum et Fenovoïma. STUK, l’Autorité de sûreté finlandaise, y participe en tant qu’observateur. Ses Objectifs : mettre en pratique une approche graduée ; permettre l’utilisation d’équipements standard industriels de haute qualité ; assurer un réseau complet de fournis-seurs et la disponibilité d’équipements de haute qualité ; renforcer la coopé-ration entre les titulaires de licence en Finlande, dans les pays nordiques et en Europe.Lors de son intervention à la conférence de l’ENSREG1 du 7 juin 2019, Maria Palo, ÅFProject Manager en charge du projet KELPO, a demandé un dialogue entre les titulaires de licences dans différents pays, le partage des bonnes pratiques et une harmonisation au sein de l’Europe :« l’ENSREG devrait mettre l’harmonisa-tion et l’utilisation d’équipements aux normes industrielles à l’ordre du jour. Ensemble, créons un avenir où l’indus-trie nucléaire européenne peut attirer les meilleurs fournisseurs ».

VERBATIMS :

Roberto Passalacqua, Commissioneuropéenne -En Suède et en Finlande, la confiance dans les décideurs est relativement élevée. Ce n’est pas le cas dans de nombreux autres pays de l’UE. Nous, ingénieurs et scientifiques, devrions faire plus pour convaincre les décideurs et le public, et montrer qu’aujourd’hui les incidents dans une centrale nucléaire ne causent aucun dommage (l’amélioration de la sécurité élimine déjà le besoin d’évacuation pu-blique) et que concernant les déchets nucléaires, une économie circulaire est déjà partiellement mise en œuvre.

Mobiliser le Parlement européen dans un dialogue avec la société

A l’initiative de la péti-tion sur la taxonomie, Christophe Grudler, député européenmembre de la com-mission Défense et de la commission Energie au sein du Parlement européen, défend le nucléaire sans lequel, il sera « impossible de réussir le Green deal ».Il propose pour ce faire de créer un inter-groupe informel.La France a une responsabilité majeure pour gagner la reconnaissance dunucléaire en Europe. Elle ne doit pas avoir le nucléaire honteux mais jouer son rôle de façon plus affirmée. Etre pro-active ne veut pas dire porter l’étendard du nucléairebêtement, ce qui serait négatif pour le grand public.Nous devons travailler avec les pays qui le souhaitent. Réunis dans un groupe au sein du Parlement, nous sommes dix pays dont la Pologne, partenaires naturels, et nous pourrions pourquoi pas construire quelque chose de plus structuré.Ceci-dit, le Green deal a réaffirmé la place du nucléaire comme une composantetotale : il propose de produire 80 GW d’élec-tricité nucléaire dans le mix pour atteindre les objectifs zéro carbone. La Commission le reconnaît : l’objectif de décarbonation en 2050 ne pourra être atteint qu’avec le nucléaire.C’est dans ce contexte que je mène une action pragmatique : je crois au Green deal et c’est pourquoi je veux le nucléaire. Etj’essaie de gagner la majorité du Parlement face aux « opposants anti-nucléaires » :ainsi à l’occasion de la COP 25, lors du vote d’une résolution pour le Climat, j’ai déposé un amendement avec les députés pour reconnaître le nucléaire comme une com-posante pour atteindre les objectifs, et ce malgré les réticences1.En mars dernier, révolté par les conclusions du rapporteur anti-nucléaire qui a détrico-té l’accord intervenu entre le Parlement et le Conseil sur la taxonomie, j’ai lancé une pétition signée par soixante députés2. Alors qu’on a réuni tous les experts pour listerles activités, le nucléaire a été traité à part.On attend le nouvel acte délégué : et je suis prêt à saisir de nouveau le Parlementeuropéen s’il le faut.Par ailleurs, je suis choqué par le fond de transition juste . Il n’est pas juste ! Ce fonds doit financer la sortie du charbon… On va soutenir le gaz et pas le nucléaire. Si ça ce n’est pas du dogme…Comment aller plus loin ? Nous nous inter-rogeons sur la création d’un intergroupe,mais peut-être dans une forme « plus confidentielle », pour pouvoir agir efficace-ment, avec finesse et éviter les étiquettes. Cet intergroupe serait actif auprès desinstitutions communautaires et des gouver-nements de chaque pays3. Par ailleurs, je crois aux alliances euro-péennes. Nous en avons créé une sur l’hydrogène où la vision allemande d’un hydrogène produit à partir du gaz (ou des EnR quand on saura stocker l’électri-cité) s’oppose à la vision française d’un hydrogène décarboné produit à partir du nucléaire. Nous en avons également créé une sur les SMR suite à la réception par l’ancien Commissaire à l’Energie Canete d’acteurs américains à Bruxelles pour van-ter leur technologie, alors que nous avons des prototypes en Europe. Il y a quelques millions d’€ pour cette technologie, ce qui n’est pas grand-chose et on attendtoujours les financements. Les sociétés doivent travailler beaucoup plus avec le Parlement européen qui est un allié plus sûr que la Commission euro-péenne. Celle-ci est un exécutif. Elle fait ce que le Conseil lui demande, et le Par-lement européen peut objecter, voter contre. Il réagit à chaque texte réglemen-taire et il a plus de leviers pour s’opposer etproposer…

Christophe GRUDLER Député européen – France

VERBATIMS :

Serge Dauby – Peut-être que ce serait au Parlement européen de se rappro-cher plus de la société ! La logique en son sein est la même que celle qu’on connaît au sein du gouverne-ment belge où un seul parti a pu fairebasculer la majorité et ce de façondogmatique. Or, on le sait, nous avonsnos « ayatollah » au sein du Parlement !

Claude Fischer Herzog– Les clivages nationaux sont très puissants au sein du Parlement européen ! Plus encore que les clivages partisans. Difficile d’en faire un allié. C’est plus facile avec la Commis-sion qui pense l’intérêt général européen. C’est elle qui propose, et quand elle propose bien, ça change tout ! Certes, quand elle est sous influence, ça change tout aussi : la proposition de 80% d’EnR en 2050 nous entraîne dans l’impasse. Or, pour décarboner, on peut y arriverautrement. Il faut revoir les objectifs !

Les Entretiens Européens– L’hydrogène, le SMR, tout le monde est d’accord ! C’est une question de temps. Mais surtout, im-possible de renouveler le parc européen avec des SMR ! Il faut batailler sur le dur du dur, et attirer les investisseurs pour la construction des centrales de 1000 MW ou de type EPR ! Lors d’une rencontre à Cherbourg, nous avions proposé la création d’un pôle de compétitivité pour le nucléaire ! La CCI avait souhaité le spécialiser sur la santé… qui n’était pas un sujet ! C’est l’énergie qui posait pro-blème. Il ne faut pas fuir les sujets qui fâchent, mais mener la bataille ! Car c’est une bataille, et si on veut la gagner, il faut mobiliser les acteurs du secteur et ceux de la société civile.

Question/réponse – Comment se com-porte Pascal Canfin au sein du Parlement ?Il a voté la « transition juste » et les 27 mil-liards pour le gaz ! Il s’en est expliqué :« ça pollue moins que le charbon ». C’est sûr ! Ce qui ne l’a pas empêché de voter contre le nucléaire… et de se réclamerd’ « une victoire majeure » lors de l’accord du 9 décembre sur les fonds structurels mettant fin au financement des fossiles en 2025. Hypocrisie, quand tu nous tiens.

Des perspectives pour le nucléaire et son rôle de service public

La Commission euro-péenne soutient Les Entretiens Européens depuis leur création en 20021. Lors de ses conclusions, Massimo Garribba, le directeurgénéral adjoint de la DG Energie, a salué la richesse de cette 18ème édition. Les débats ont été une nouvelle occasion de partager desexpériences et des expertises, confronter les différentes vues et les opinions, et de disposer ainsi d’une vision consolidée des tendances et évolutions qui parcourent le secteur nucléaire en Europe sur l’ave-nir du mix électrique et de la politiqueénergétique européenne. La première chose que l’on peut observer est que les perspectives pour le nucléaire ont changé dans les débats sur la transition énergétique. Le nucléaire aura un rôle à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique et notre ambition de décar-bonatation jusqu’à 2050, et restera uneoption énergétique importante pour les États Membres qui souhaitent l’utiliser dans leur mix énergétique. L’électricité est un service public essentiel. Pendant l’épidémie de Covid, le nucléaire a rempli tout son rôle en assurant la fourni-ture d’accès et d’approvisionnement dans des conditions de sûreté. Ce qui permetaujourd’hui de discuter de façon positive de sa place dans le mix énergétique avec les régulateurs et les opérateurs. Fédérer toutes les sourcesbas-carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serreNous savons que nous aurons besoin de fédérer toutes les sources d’énergie bas carbone pour atteindre nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, et la complémenta-rité du nucléaire et des EnR sera essentielle dans les mix énergétiques pour l’avenir. Tout en reconnaissant que le système d’électricité sera largement fondé sur les EnR, la nouvelle stratégie d’intégration du système énergétique de l’UE n’exclut pas la contribution du nucléaire. Dans tous les documents de la Commission, que ce soit« Planète propre » ou « la stratégie à l’hori-zon 2050 »2, le nucléaire est mentionné avec une prévision de puissance égale à celle d’aujourd’hui. Ce qui représentera un effort industriel énorme pour rester aux mêmes capacités de production, car malgré la pro-longation de la durée de vie des centrales, il faudra investir pour remplacer les plus vieilles… Dans le « PINC », nous avons évalué ces investissements à 400 milliards d’euros.De nouvelles perspectivesavec les SMRLes nouvelles technologies des réacteurs offrent un certain nombre de caractéris-tiques améliorées (renforcement de la sûre-té, diminution des déchets radioactifs, plus grande flexibilité opérationnelle, etc.) ou-vrant ainsi de nouvelles perspectives pour l’énergie nucléaire. On peut mentionner les SMR, très à la mode, complémentaires avec les réacteurs traditionnels et qui pourraient jouer un rôle important à l’avenir. Certaines entreprises ont bien noté le besoin d’investir dans le parc existant, mais aussi dans des nouvelles technologies, et d’accé-lérer le développement des SMRs en Europe. Les acteurs internationaux (comme lesÉtats-Unis) ciblent le marché européen. Laréponse de l’industrie nucléaire de l’UEdevrait être plus visible dans ce contexte, et cela nécessite une stratégie cohérente de l’Union européenne. Une première étape pourrait être un évène-ment sur les SMRs, réunissant l’industrie nu-cléaire, les autorités de sûreté nucléaire et les pouvoirs publics de l’UE dans la première partie de l’année 2021. Les discussions entre les parties prenantes européennes permettront d’élaborer des perspectives sur la mise en place d’une chaîne d’approvi-sionnement européenne pour les SMRs, sur la coopération réglementaire de l’UE afin de rationaliser les procédures d’octroi de licences et d’identifier les domaines de synergies entre ces différents organismes.Donner une autre imagedu nucléaire et réduire ses coûtsJe souhaite insister sur notre politique euro-péenne qui garantit un niveau de sûreté élevé : nous devons en être fiers, car la sûreté est une carte de visite pour notreindustrie. Nous devons faire plus ! Car il s’agit de donner une autre image au nucléaire, et dans le même temps, réduire ses coûts. L’exploitation ne coûte pas cher, mais la construction des nouvelles centrales coûte cher. D’autant plus que trop souvent il y a des dépassements de budget et de temps !Quels sont les scénarios envisagés pour 2030 ? Après l’adoption du « Pacte vert pour l’Europe »3, les Etats ont défini leurs plans énergie/climat d’ici à 2030, et pour ceux qui le souhaitent, il n’y a pas d’obstacle au développement de leur parc nucléaire, à partir du moment où ils s’alignent sur les nouveaux traités et s’inscrivent dans le plan européen. Des Etats membres comme la Finlande, la Slovaquie, la Hongrie, ou la Bulgarie envisagent de compléter leur plan avec le nucléaire. La Pologne, la République tchèque ou la Roumanie ont des projets concrets qui sont déjà bien avancés.Travailler sur la fermeture du cycleL’industrie nucléaire et les Etats doivent mieux prêter attention à la taxonomie. Les difficultés sont liées au fait qu’on n’a sans doute pas assez travaillé sur la fin du cycle pour que les combustibles usés puissent être sources d’énergie4, ce qui ouvre la porte aux critiques et à leurs détracteurs. Mais ce n’est pasterminé. Le groupe d’experts rendra son rap-port en début d’année, ce qui permettra à la Commission d’examiner l’inclusion ou pas du nucléaire et sous quelles conditions dans les actes délégués et la taxonomie.Quant à la recherche sur le nucléaire du futur, il existe un budget mais limité comme d’ailleurs le budget global de l’Union euro-péenne qui, malgré sa revalorisation dans le contexte de la crise, représente moins de 2% du revenu national brut des Etats membres. Nous devons réfléchir à ce que chacun des partenaires peut faire pour ne pas disperser les fonds disponibles et créer de la valeur ajoutée. Je rappelle que le plus gros projet financé est ITER. C’est un projet pour l’avenir (comme la Génération 4), mais sa program-mation budgétaire est pour aujourd’hui : 5, 61 milliards dans le budget 2021-2027. ITER offre également des possibilités aux entreprises possédant une expertise dans le domaine nucléaire traditionnel et pour les-quelles ce budget pourrait s’avérer attractif.

Directrice de publication et rédactrice en chef : Claude Fischer Herzog

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Massimo GARRIBBA Directeur Général Adjoint Responsable de la coordinationdes politiques EURATOM, DG ENER, Commission Européenne

Portrait relativiste de JM. Jancovici par Signaux faibles

Louable effort que ce portrait bien documenté sur les thèses de Jean-Marc Jancovici par Clément Jeanneau de Signaux faibles.

https://signauxfaibles.co/2020/12/26/regard-sur-le-phenomene-jean-marc-jancovici/amp/

Pour faire court :

Il analyse bien les limites d’un JMJ obligé d’être tactique pour pénétrer la systémique médiatique, communiquant sincère (décroissantiste) ou à la tactique feinte (le nucléaire comme simple amortisseur).

Il est juste dommage que son manque de culture scientifique le face, à mon avis, tomber dans un relativisme classique, incapable de discerner la faiblesse idéologique et les conflits d’intérêts de personnalités comme Gaël Giraud, Laurence Tubiana, Alain Grandjean, ou Arnaud Gossement… et un J.M. Jancovici bien plus incorruptible et de bonne foi.

Ou que la candeur de Clément en politique lui fasse ignorer l’influence d’un député PS comme François Brottes sur une (ex) saine institution comme RTE : « Robin Girard dénonce le manque de confiance très problématique dans nos institutions les plus pointues »

Un simple dialogue sur le fond avec cet analyste ôte toute illusion sur ce personnage.

Dommage aussi qu’il ne soit pas allé sur place chaque week end comme je l’ai fait au CESE au Palais d’Iena pour interviewer les citoyens et chercheurs, pour percevoir l’influence insidieuse des organisateurs biaisés comme Terra Nova ou d’Alternative Economique sur des citoyens candides. Par exemple en interdisant, entre autre, l’expertise des Académies des Sciences et des Technologies de s’y exprimer et de guider les débat, au profit d’un Cyril Dion en campagne permanente :

« Mais l’exemple de la Convention Citoyenne pour le Climat, où 150 citoyens particulièrement représentatifs de la population avaient été tirés au sort, s’est avéré révélateur : après avoir découvert, pour la majorité d’entre eux, l’ampleur du problème climatique lors des sessions de formation accélérée, l’écrasante majorité d’entre eux s’est prononcé pour un panel de mesures ambitieuses – certes peut-être pas aussi radicales que ne le proposerait JMJ, mais suffisamment fortes pour s’attirer des critiques sur leur supposée porosité aux discours des activistes climatiques.« 

« « La convention le montre : ce qui clive le plus la société devient plutôt consensuel dès qu’on se donne la peine de le discuter sur une base factuelle, et sans a priori » écrivait à ce propos le journaliste Stéphane Foucart dans Le Monde. »

Quelle ironie de prêter de la crédibilité au journal Le Monde, de grand parti pris, et surtout à ce journaliste si décrédibilisé :

« Et d’ajouter : « en termes d’information, ce qui s’est produit dans ce cénacle est, en miniature, ce qui devrait plus ou moins se produire dans la société si [le débat public] fonctionnait idéalement ». »

Dès qu’une étude prétendant révolutionner le consensus parait, les journalistes la prennent presque pour argent comptant sans réfutation rigoureuse :

« Ces études montrent bien que le point de vue de JMJ n’est pas partagé par une partie des chercheurs travaillant sur ces questions, dont le sérieux me semble difficilement contestable. »

Quand aux enquètes à charge, il les fait siennes sans sourciller :

« il est bel et bien possible de défendre l’utilité du nucléaire pour le climat tout en pointant du doigt l’opacité de certaines pratiques de cette industrie dans l’absolu »

Mais le manque le plus flagrant me semble porter sur le fond.

Clément ne prend pas le temps de comparer la soutenabilité des thèses extrêmes (plus ou moins décroissantistes ou plus ou moins cornucopiennes) et de rappeler qu’il existe une voie médiane et pragmatique en matière de transition énergétique : les scénarios tel que #négatep de l’ONG spécualisée www.SauvonsLeClimat.org

jpb