Négawatt 2022 est-il un scénario crédible au vu des premiers éléments diffusés ?

Henri Prévot

Le 21 octobre 2021

Le nouveau scénario Négawatt – premières observations

Au vu de l’article publié par Enerpress

La consommation

                La consommation par l’industrie :

On lit : « dans l’industrie la demande d’énergie passe de 370 TWh en 2015 à 192 TWh grâce à la relocalisation des filières compatibles avec la transition énergétique, les autres étant réorientées ». Cette phrase est incompréhensible.

La SNBC, qui s’appuie sur le scénario Négawatt suppose quant à elle que la consommation de l’industrie sera en 2050 de 270 TWh.

Grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique, la réindustrialisation du pays ne fera peut-être pas augmenter la consommation d’énergie. Mais il faut aussi prévoir une consommation d’hydrogène produit à partir d’électricité. Au total, il est prudent de prévoir que la consommation d’énergie serait de 410 TWh, soit plus du double de ce que dit Négawatt.

                La consommation d’énergie pour se chauffer

Nous sommes d’accord pour constater qu’il faudra dépenser plus qu’aujourd’hui pour consommer et économiser l’énergie de chauffage. Mais le programme de Négawatt conduirait à dépenser 15 à 20 milliards d’euros par an de plus que ce qui serait suffisant pour ramener à zéro les émissions de CO2 du chauffage. Cela diminuerait d’autant la part du pouvoir d’achat qui n’est pas utilisée pour la consommation et les économies d’énergie. Contrairement à ce que dit Négawatt, cela ne créera pas d’emplois car l’argent utilisé pour payer des travaux excessivement coûteux aurait pu financer d’autres activités elles-mêmes créatrices d’emploi.

Par ailleurs Négawatt suppose que l’on ne construise pratiquement plus de maisons individuelles, ce qui ne répond pas aux désirs des Français.

Négawatt suppose que tous les bâtiments seront rendus aussi bien isolés que les bâtiments neufs. Ce n’est pas de la sobriété, c’est du gaspillage. En effet, si l’on compte le total des dépenses d’énergie et d’économie d’énergie, il serait possible de réduire à zéro les émissions CO2 en dépensant beaucoup moins. Si les logements mal isolés sont mis, non pas en classe A ou B du DPE (diagnostic de performance énergétique) comme le veut Négawatt, mais en classe D, et s’ils sont équipés de pompes à chaleur ou raccordés à un réseau de chaleur, le chauffage n’émettra pas de CO2 et les dépenses d’énergie et de travaux d’isolation thermique seront au total inférieures de 15 à 20 milliards d’euros à ce qu’il faudrait dépenser selon Négawatt : 8 milliards de plus de dépenses d’électricité et 25 à 30 milliards d’euros de moins en travaux d’isolation.

Négawatt dit que l’isolation des bâtiments créera de l’emploi. Certes mais l’argent que l’Etat et les ménages mettront dans ces travaux ne sera pas disponible pour d’autres dépenses qui créeraient elles aussi de l’emploi. Donc l’argument de création d’emploi est mensonger.

Le pouvoir d’achat des ménages n’aura peut-être pas été diminué par ces travaux d’isolation poussés à l’extrême mais la part du pouvoir d’achat disponible pour autre chose que la consommation ou l’économie d’énergie aura été réduite bien au-delà de que serait suffisant pour réduire à zéro les émissions de CO2.

Le transport

L’article d’Enerpress ne dit rien de la consommation d’énergie pour le transport. Selon la SNBC, les distances parcourues sur route par les véhicules légers diminueraient alors que la population aura augmenté.

Sur la production d’énergie

Si la demande totale d’énergie est de 1060 TWh, sur le papier et avec un tableur excel il n’est pas difficile d’imaginer un parc de production qui y répondre sans nucléaire. Il suffit de mettre la quantité nécessaire d’éoliennes et de photovoltaïque.

Pour ne pas occuper trop de terrains, Négawatt met la plus grande partie du photovoltaïque sur les toitures et suppose une forte capacité éolienne en mer notamment flottante. Comme personne ne peut prévoir assurément l’évolution des coûts, il est facile de faire des hypothèses.

Mais il est sûr que la gestion d’un réseau électrique sans les machines de production tournantes (les groupes turbo-générateurs) sera très compliquée et nul ne peut affirmer aujourd’hui qu’elle serait possible.

Malgré les hypothèses invraisemblables faites sur la consommation, Négawatt ne parvient pas à éviter toute consommation à partir de gaz fossile, émettant 52 MtCO2/an. Négawatt dit qu’elles seraient compensées par le stockage dans des « puits naturels ». S’il s’agit de forêt, il ne faut pas oublier que ce stockage ne peut pas croître sans fin car les arbres poussent, certes, puis meurent et pourrissent.

Interview de François Jacq (CEA) à propos de l’abandon du projet Astrid

Propos retranscris par Michel Gay

Bande sonnore ici

Verbatim François Jacq

« L’avant-projet détaillé d’ASTRID a été réalisé et capitalisé.

Maintenant que ça va coûter et que les perspectives de déploiement sont lointaines, la réponse a été non de manière partagée entre le CEA les industriels et l’Etat.

Aujourd’hui, avec une G3 qui n’est pas encore déployée, avec des problèmes de compétitivité de cette G3, un RNR qui est encore moins compétitif, et que l’aspect différentiel du prix du combustible n’est pas suffisant pour assurer cette compétitivité, on est arrivé à une conclusion partagée qui était que mieux valait renvoyer la réalisation d’objets de cette nature dans la deuxième moitié de ce siècle, et plutôt près de la fin. Ça se discute.

Après, il y a un deuxième sujet qui est pourquoi on fait ce genre de réacteur.

Les deux arguments principaux :

1)    Fermeture du cycle, économie de matière, aspect surgénérateur

2)    Les déchets. Argument inexact. Dès lors que vous faites de la fission vous faites des PF. Le principal élément contributif à la dose à l’exutoire d’un stockage, ce sont les PF, il y aura des déchets. Sinon on s’expose à des problèmes. Si on met en équation Cigeo et Astrid.

Je reviens sur l’argument matière. Il faut être vigilant si des pénuries devaient surgir, si des difficultés d’approvisionnement devaient surgir, quand bien même le prix de la matière c’est 5 % à 10 % du prix de l’électricité produite aujourd’hui, on voit bien que ça peut devenir sensible. Mais les constantes de temps sont longues puisqu’avant qu’il y ait pénurie d’uranium, on est sur des cycles de décennies.

J’insiste. On parle beaucoup réacteur et on fait un réacteur pour traiter des problèmes de cycles, pour mieux utiliser la matière et fermer le cycle.

Or, je persiste à dire que la question du cycle associé au réacteur n’est pas le sujet sur lequel on a le plus braqué le projecteur. Dès lors qu’il faudra produire le combustible pour ces réacteurs et le retraiter et assurer le cycle, le degré de complexité obtenu ne sera pas La Hague ni Mélox. Là où il y a des boites à gants il faudra des chaines blindées et il y a un travail à faire sur le cycle.

La stratégie posée n’est pas un optimum économique, ni une merveille, mais le fait de poser comme une étape intermédiaire un multirecyclage en REP qui est écrit dans la PPE et que nous demande de déployer le gouvernement, a, sans être miraculeux ni optimal, 2 vertus :

1 : Ca oblige a travailler sur un cycle intermédiaire et donc à manipuler des quantités de Pu plus importante, à réfléchir au cycle et aux conséquences que ca peut avoir sur l’ensemble du processus de retraitement. Je pense que c’est quand même quelque chose qui nous […] et sur la voie technique d’une avancée et d’une réalisation de quelque chose.

Et puis l’autre aspect de ça me semble être un peu plus social et politique car on est alors potentiellement en situation de montrer à l’opinion publique que non, il n’y a pas de mox sur étagère qui vont attendre 70, 80,90 ans et être réputé être des déchets mais qu’on se donne la possibilité de leur faire repasser un tour qui nous permet d’attendre la suite mais qui montre aussi qu’il y a une gestion active.

Ce n’est pas un argument technique, c’est plus un argument sociologico-politique qui n’est pas brillant mais je voulais quand même le formuler.

De ce point de vue-là, cette stratégie elle vaut ce qu’elle vaut. J’entends parfois beaucoup de noms d’oiseaux là-dessus, mais moi j’y crois beaucoup dans la mesure où même si elle n’est pas parfaite, et qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, il ne s’agit pas de refaire du mox2 (deuxième tour en REP) qui va être un miracle mais elle peut nous aider à nous préparer sur un certain nombre de choses.

En plus elle cadence un horizon de temps et elle montre aux jeunes qu’il y a des projets et que tout çà ne se résume pas à un truc unique qui disparaît et après lequel il n’y a plus de stratégie.

De ce point de vue là, c’est çà qui a été forgé [..]

Ce n’est pas qu’une affaire CEA, je le redis. Le travail qui a été mené là-dessus a été mené conjointement entre les grands acteurs de la filière. »

Pourquoi une mauvaise législation sur le climat est pire que l’absence de législation sur le climat (par MS)

Lien url

NDLR : à chacun d’en penser ce qu’il veut :

Pourquoi une mauvaise législation sur le climat est pire que l’absence de législation sur le climat

Les sénateurs démocrates modérés Joe Manchin et Krysten Sinema ont raison de s’opposer au programme de performance énergétique propre.

Par Michael Shellenberger

Les progressistes sont furieux que le sénateur démocrate modéré Joe Machin se soit opposé à l’inclusion d’une législation liée au climat dans le budget du président Joe Biden. « C’est absolument la politique climatique la plus importante du paquet », a déclaré Leah Stokes, une politologue canadienne qui a aidé à rédiger la législation. « Nous en avons fondamentalement besoin pour atteindre nos objectifs climatiques. C’est la réalité. »

Mais ce n’est pas la réalité. Le « Programme de performance énergétique propre » n’est pas nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques, et pourrait même les compromettre.

Prenons l’exemple de Waxman-Markey. C’est le nom de la législation climatique « cap and trade » qui a été adoptée par la Chambre des représentants mais a échoué au Sénat en 2010. L’objectif climatique était de réduire les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis de 17 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2020. Au lieu de cela, les États-Unis ont réduit leurs émissions de 22 %.

Si la législation sur le plafonnement et l’échange avait été adoptée par le Sénat, les émissions auraient diminué de moins de 22 %, car le projet Waxman-Markey subventionnait fortement le charbon et les autres combustibles fossiles. Comme le rapportait le Los Angeles Times à l’époque, « l’Agence de protection de l’environnement prévoit que même si les limites d’émissions entrent en vigueur, les États-Unis utiliseront davantage de charbon à forte teneur en dioxyde de carbone en 2020 qu’en 2005 ».

La même chose aurait probablement été vraie pour le programme de performance énergétique propre, qui verrouille le gaz naturel. Prenons l’exemple de la France. Selon la Commission de régulation de l’énergie, 29 milliards d’euros (33 Mds de dollars) ont été utilisés pour acheter de l’électricité éolienne et solaire en France métropolitaine entre 2009 et 2018. Mais l’argent dépensé pour les énergies renouvelables n’a pas permis de produire une électricité plus propre. En fait, l’intensité carbone de l’électricité française a augmenté.

Après des années de subventions pour le solaire et l’éolien, les émissions de la France en 2017, soit 68g/CO2 par kWh, étaient plus élevées que n’importe quelle année entre 2012 et 2016. La raison ? La production record d’énergie éolienne et solaire n’a pas compensé la baisse de la production d’énergie nucléaire et la hausse de la consommation de gaz naturel. Et maintenant, le coût élevé de l’électricité renouvelable se manifeste dans les factures d’électricité des ménages français.

Certaines personnes pro-nucléaires ont soutenu le programme de performance énergétique propre proposé. Ils ont affirmé qu’il aurait permis de sauver les centrales nucléaires existantes menacées de fermeture. Selon l’Administration américaine d’information sur l’énergie, la fermeture de centrales nucléaires, dont Diablo Canyon en Californie, entraînera une baisse de 17 % de l’énergie nucléaire aux États-Unis d’ici 2025. Selon certains pro-nucléaires, si le programme avait été adopté, des centrales comme Diablo Canyon auraient pu être sauvées.

Mais le Clean Energy Performance Program n’aurait pas sauvé Diablo Canyon pour la même raison qu’il n’aurait pas sauvé la centrale nucléaire d’Indian Point, qui a fermé ses portes à New York au début de l’année : les politiciens démocrates progressistes forcent les centrales nucléaires à fermer, et ce à un coût très élevé pour les contribuables.

Si le programme de performance énergétique propre avait été adopté, le propriétaire de Diablo Canyon, Pacific Gas & Electric, aurait simplement répercuté sur les contribuables la pénalité de 500 millions à 1,5 milliard de dollars imposée par le programme, ainsi que les autres milliards de dollars de coûts liés à la fermeture de Diablo Canyon 40 ans plus tôt que nécessaire. La même chose se serait produite avec Indian Point.

Lorsqu’il existe un soutien politique pour sauver les centrales nucléaires, les législateurs et les gouverneurs des États sauvent les centrales nucléaires, comme ils l’ont fait dans l’Illinois il y a quelques semaines, et comme ils l’ont fait dans le Connecticut, le New Jersey, et avec les centrales nucléaires de l’État de New York. Dans d’autres États, les centrales nucléaires sont protégées du gaz naturel bon marché par les marchés réglementés de l’électricité. Et maintenant, avec la hausse spectaculaire des prix du gaz naturel, les centrales nucléaires qui risquaient d’être fermées pour des raisons économiques ne sont plus en danger.

Ce qui menace la poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires, et de l’énergie nucléaire en général, c’est la poursuite du subventionnement des énergies renouvelables, que le Programme de performance énergétique propre aurait mis aux stéroïdes. Dans le cadre de ce programme, les services publics auraient reçu 18 dollars pour chaque mégawattheure d’énergie sans émissions qu’ils produisent entre 2023 et 2030, en plus de la subvention existante de 25 dollars par mégawattheure pour l’énergie éolienne.

Dans un tel scénario, note l’analyste de l’énergie Robert Bryce, une entreprise d’énergie éolienne « pourrait gagner 43 dollars par mégawattheure par an pour chaque nouveau mégawattheure d’énergie éolienne qu’elle vend. Il s’agit d’une somme astronomique si l’on considère que le prix de gros de l’électricité à New York était de 33 dollars par mégawattheure l’année dernière. Au Texas, le prix de gros du jus était de 22 dollars par MWh. »

M. Manchin est rejoint dans son opposition au plan par la sénatrice démocrate modérée de l’Arizona, Krysten Sinema, et cela se comprend. Selon les analystes de l’énergie Isaac Orr et Mitch Rolling, la législation coûterait aux contribuables de l’Arizona près de 120 milliards de dollars en coûts d’électricité supplémentaires.

Traduit avec http://www.DeepL.com

7 choses où les Simpson se sont trompés à propos du nucléaire

https://www.energy.gov/ne/articles/7-things-simpsons-got-wrong-about-nuclear

« Les Simpsons. »

C’est un spectacle que nous connaissons tous et que nous avons appris à aimer, à moins que vous ne travailliez réellement avec la technologie nucléaire.

Animation du personnage des Simpson 'Mr.  Burns tapant ses doigts ensemble à plusieurs reprises.

La série animée la plus ancienne d’Amérique sur FOX fait grincer des dents les travailleurs du nucléaire sur leurs canapés depuis près de trois décennies maintenant.

Et bien que cette émission ait produit un certain nombre de slogans immortalisés dans la culture pop d’aujourd’hui, sa représentation comique de la centrale nucléaire fictive de Springfield – et de son opérateur de sécurité négligent Homer Simpson – est loin d’être « excellente ».

Voici sept choses que « Les Simpson » n’ont pas tout à fait compris à propos de l’énergie nucléaire.

1. Les opérateurs de la salle de contrôle ne travaillent pas seuls.

Homer Simpsons dort dans la salle de contrôle sous le regard de M. Burns

La NRC réglemente strictement le nombre d’opérateurs autorisés devant se trouver dans une salle de commande de réacteur.

Dans plusieurs épisodes, Homer Simpson est seul dans une salle de contrôle travaillant sur une console de sécurité à distance pour aider à gérer le réacteur.

Selon la Commission de réglementation nucléaire (NRC), un superviseur, ainsi qu’un deuxième superviseur ou opérateur de réacteur doivent être présents à tout moment pendant l’exploitation du réacteur. Toutes les personnes, qui exploitent ou supervisent l’exploitation d’un réacteur commercial américain, doivent également être autorisées par la NRC.

2. Les centrales nucléaires sont bien entretenues.

L’usine de Springfield est connue dans l’émission pour ses violations de la sécurité. Ils vont des infestations de rats et des tours de refroidissement fissurées (tenues ensemble avec du chewing-gum) aux tuyaux qui fuient qui déversent des déchets radioactifs.

Cela n’arrive tout simplement pas. L’industrie nucléaire est l’une des plus sûres pour travailler et vivre à proximité.

Les personnages des Simpson regardent le plutonium utilisé comme presse-papier.

Le plutonium doit être manipulé dans une cellule chaude. 

Il est également tenu à des normes de sécurité rigoureuses.

Chaque usine dispose de plusieurs systèmes de surveillance. Des employés bien formés effectuent régulièrement des inspections de sécurité et une maintenance préventive. Chaque usine compte également au moins deux inspecteurs employés par le CNRC, qui sont libres d’observer n’importe quoi à tout moment.

3. Les crayons combustibles ne sont pas utilisés comme presse-papiers.

Cela devrait être explicite. Mais, au cas où vous vous poseriez la question, les matières hautement radioactives comme le combustible nucléaire usé sont manipulées en toute sécurité par des grues télécommandées et utilisent de l’eau comme blindage.

4. Le combustible nucléaire irradié commercial n’est pas un liquide.

L’émission dépeint régulièrement les déchets radioactifs sous la forme d’un liquide vert et suintant qui s’écoule d’énormes conteneurs à fûts et tuyaux dans l’ensemble de l’installation.

Dans les réacteurs actuels, le combustible nucléaire est constitué de barres de combustible métalliques qui contiennent de petites pastilles de céramique d’oxyde d’uranium enrichi. Les crayons combustibles sont combinés en assemblages hauts qui sont ensuite placés dans le réacteur.

Après utilisation, les crayons combustibles sont d’abord déplacés dans des piscines de stockage temporaires revêtues d’acier d’une profondeur d’environ 40 pieds. Après au moins 3 ans de stockage humide, ils sont ensuite scellés à l’intérieur de conteneurs en béton armé soudés.

5. Les déchets nucléaires sont stockés en toute sécurité.

Personnages des Simpson assis sur des fûts de déchets radioactifs.

Ce n’est pas ainsi que le combustible usé est stocké.

Des déchets radioactifs sont couramment observés autour de la ville de Springfield, jetés négligemment dans les mers, fourrés dans les arbres et placés sur des terrains de jeux.

Le processus est un peu différent dans la vraie vie.

Le combustible usé est stocké de manière sûre et sécurisée dans plus de 100 sites de réacteurs et de stockage à travers le pays. Le combustible est soit enfermé dans des piscines de stockage, soit dans des fûts secs comme mentionné ci-dessus.

6. Les centrales nucléaires ne provoquent pas de mutations.

Qui peut oublier Blinky, le poisson à trois yeux ou cette effrayante araignée mutante ?

Vous ne verrez pas ces caractères car les centrales nucléaires ne rejettent aucune pollution dans l’environnement, juste de la vapeur d’eau. En fait, vos plans de travail en granit émettent plus de rayonnement que de vivre à côté d’une centrale nucléaire au cours d’une année.

7. Les centrales électriques n’achètent pas de consoles de commande de sécurité à nos laboratoires nationaux.

Dans un épisode, « Bart on the Road », Homer renverse du soda sur ses commandes et appelle l’installation nucléaire d’Oak Ridge (alias notre laboratoire national ) pour une nouvelle console.

Bien que nos laboratoires travaillent avec l’industrie sur des recherches à un stade précoce et octroient souvent des licences pour leurs technologies à des entreprises, ils ne prennent pas de commandes de pièces de rechange dans les installations nucléaires.

Les composants de remplacement sont obtenus auprès de fournisseurs certifiés nucléaires et nécessitent des compétences spécialisées pour être installés.

Dernières pensées

Bien qu’il existe d’innombrables autres exemples que nous pourrions souligner, nous reconnaissons que ce spectacle est une parodie avec l’intention de divertir.

Nous sommes heureux de souligner que les deux réacteurs de Springfield fournissent à cette ville fictive une énergie zéro émission abordable et fiable depuis près de 30 ans. C’est moins de la moitié de la durée de vie des réacteurs commerciaux actuels.

Nous serons cependant plus que disposés à fournir des commentaires à Homer lorsque la centrale sera prête à soumettre une demande à la NRC pour le renouvellement de son permis pour les 30 prochaines années !

Oh !

La centrale nucléaire de Simpsons Springfield.

Centrale nucléaire de Springfield (« Les Simpsons »).

DUP CIGEO : Exemples de contribution dont chacun peut s’inspirer d’ici le 23/10/2021

1) Projet de DUP CIGEO : Avis très favorable
S’exprimer sur cette enquête publique est indispensable car, dans le droit français, les acquisitions
foncières et autorisations nécessaires sont essentielles à la réalisation de projets structurants qui
nécessitent une déclaration d’utilité publique.
De ce fait pour approuver une telle réalisation divers angles d’analyse se présentent :
1 – opportunité du projet :
la présence de déchets radioactifs issus de la production d’électricité nucléaire, mais aussi
d’activités aussi essentielles que celles qui découlent de la médecine nucléaire, des activités
industrielles ou de la recherche, est une réalité. En ce sens le projet CIGEO, qui envisage la totalité
de l’inventaire de référence des déchets radioactifs MA-VL et HA-VL du domaine nucléaire existant
et, éventuellement, son inventaire de réserve,répond à un besoin réel, sans préjuger d’un nucléaire
futur : c’est un besoin évident. Ce projet doit également être mis en regard avec l’acquis du
nucléaire dans tous les domaines y compris bien sûr celui de l’énergie, avec une très faible
contribution à la pollution atmosphérique du pays ainsi qu’un impact insignifiant sur les émissions
de gaz à effet de serre.
2 – La robustesse du projet, qu’il s’agisse de sa localisation ou de sa conception, est remarquable :

  • L’option de localisation dans cette couche silico-argileuse s’est révélée d’une qualité
    exceptionnelle, dans une zone stable depuis des millions d’années : couche rocheuse
    homogène et étendue, d’étanchéité quasi parfaite, apte à recevoir des tunneliers à la
    dimension du projet dans des conditions de sécurité satisfaisantes. De plus les ressources du
    sous-sol, y compris les aquifères profonds, ne présentent pas un intérêt essentiel pour les
    générations futures. La protection apportée par l’argile, puis la très lente migration vers la
    surface de radioéléments à vie très longue, donc peu radioactifs, sur 500 m d’épaisseur de sol,
    apportent la garantie nécessaire à la protection de populations très lointaines .
  • La conception du projet, adaptée a des colis très divers, repose sur des décennies d’études. Au￾delà de la protection géologique sur le très long terme, le site bénéficiera durant la phase
    d’exploitation du site d’emballages et de moyens de manutention et de surveillance très
    robustes, dont la durabilité dépassera largement celle de surveillance du site après fermeture.
  • Les colis reçus auront été nécessairement contrôlés puis acceptés par l’Andra en fonction de
    critères qu’elle aura elle-même précisés sous le contrôle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire.
  • La progressivité du projet, avec ses essais préalables en froid, la phase industrielle pilote, la
    prise en charge différée des colis les plus radioactifs afin d’optimiser la charge thermique du
    stockage, tout cela sous le contrôle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, est satisfaisante et
    adaptée aux défis d’un projet de cette ampleur.
    3 – Pertinence du stockage géologique : il a été reconnu tant par le Parlement que par l’Autorité de
    Sûreté Nucléaire, a été constamment suivi par de nombreuses instances (OPECST, CNE, HCTISN, …)
    au niveau national. Au niveau international ce principe, adapté aux géologies locales de chaque
    pays, a été reconnu ou déjà adopté par la quasi-totalité des pays ayant eu une activité nucléaire
    notable, y compris en Europe (Suède, Finlande, Suisse, Belgique, Allemagne, Grande-Bretagne, …).
    Ces constats confirment l’intérêt national du projet et justifient amplement la Demande d’Utilité
    Publique, préalable à la nécessaire Demande d’Autorisation de Création, qui devrait suivre. Il n’en
    demeure pas moins que l’impact du projet et du développement des infrastructures et politiques
    publiques qui l’accompagneront méritent tout notre attention.

Jean-Pierre Pervès

https://twitter.com/pnc_france/status/1439265345156562948?s=19

2)

 

https://www.registre-numerique.fr/dup-cigeo/deposer-son-observation

Projet de déclaration d’utilité publique (DUP) du projet de centre de stockage en couche géologique profonde des déchets radioactifs de haute et de moyenne activité à vie longue (Cigéo)

OUVERT LE 15/09/2021 À 09 HEURES 30 PAR LA COMMISSION D’ENQUÊTE, CE REGISTRE SERA CLOS LE 23/10/2021 À 12 HEURES 30

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

 

Contribution de Dominique GRENECHE

 Déposée le 19 septembre

 

CIGEO est clairement un projet d’utilité publique car il sert l’intérêt collectif sans causer de dommages aux personnes ou à l’environnement durant toutes les échelles de temps. Le stockage géologique des déchets hautement radioactifs ou à vie longue (dits HAVL) a d’ailleurs été unanimement reconnu par toutes les instances internationales et par tous les grands pays comme LA SOLUTION techniquement la plus sûre et éthiquement la plus responsable vis-à-vis des générations futures.

Il suffit d’examiner la situation mondiale pour s’en assurer et pour se convaincre de l’intérêt d’engager au plus vite en France la réalisation du projet CIGEO. Plus de 50 ans d’études et de démonstrations dans des géologies réelles, dans de nombreux pays, ont démontré la solidité du concept de stockage géologique de des déchets radioactifs les plus radiotoxiques : il garantit le stockage sûr de ces déchets de l’industrie nucléaire jusqu’à ce que leur impact pour les populations soit devenue infime par rapport à celui résultant de la radioactivité naturelle.

Comme la plupart des spécialistes, je considère donc que notre génération aura accompli son devoir vis-à-vis des générations futures en enfouissant ses déchets conditionnés dans des matrices très résistantes, dans des sites géologiques bien choisis et parfaitement étudiés, ce qui est le cas de CIGEO. De tels emplacements de stockages sont en effet installés au sein de zones  dont la grande stabilité est géologiquement démontrée sur des millions d’années, sans transferts aqueux notables (l’eau étant le seul vecteur de transfert potentiel de produits radioactifs), au droit de sols sans ressources exploitables (il n’existe alors aucun scénario crédible d’intrusion humaine par inadvertance dans le tels endroits).

Il convient de souligner ici que, contrairement à ce qui est parfois affirmé, un tel site de stockage de déchets radioactifs à vie longue plutonium et autres éléments transuraniens) EXISTE déjà dans le monde. Il a été ouvert en 1999 dans l’état du nouveau Mexique aux Etats-Unis. C’est le WIPP, situé à 650 mètres de profondeur dans un dôme de sel vieux de plus de 200 millions d’années qui contient déjà près de 100 000 m3 de déchets radioactifs provenant des anciennes activités nucléaires militaires (surtout des isotopes du plutonium : environ 8 tonnes au total). Je l’ai moi-même visité plusieurs fois.

Pour conclure, je saisis l’occasion de cette contribution pour fustiger la position de ceux qui s’opposent (parfois de façon très virulente) au projet CIGEO, en proposant une solution de remplacement qui consiste à conserver ces déchets potentiellement nocifs sur de très longues périodes dans un entreposage de surface ou de « subsurface ». De telles installations édifiées pour pouvoir subsister sur une période totalement indéfinie seraient en effet vulnérables à toute agression externe naturelle ou d’origine humaine et devraient rester sous une surveillance et une maintenance constante. C’est une « solution » proprement  IRRESPONSABLE vis-à-vis de nos descendants. C’est même une option éthiquement IMMORALE puisque cela revient à transmettre aux générations futures la charge de gérer ces déchets issus d’une production d’énergie dont nous avons tous bénéficié largement. En réalité, les promoteurs de cette fausse alternative au stockage géologique, se soucient peu de l’intérêt réel de la population et de l’héritage pesant qu’ils peuvent ainsi transmettre à nos descendants. Leur objectif (qu’il avouent même parfois à demi-mots) est simplement de pourvoir conserver leur principal argument contre le nucléaire en continuant à clamer haut et fort que la question des déchets n’a pas de solution. La seule solution est donc pour eux de supprimer le problème, c’est  dire d’éradiquer le nucléaire quoiqu’il en coûte y compris moralement. Ils ont tort.

Dominique Greneche 

3)

Avis très favorable au projet CIGEO – 21 sept 2021

Le projet CIGEO prend en compte la totalité des déchets radioactifs qui résultent de l’utilisation de l’énergie nucléaire et de la radioactivité au service des besoins médicaux, sanitaires, énergétiques, industriels et de recherche de notre pays.  Une telle gestion des déchets de nos activités est exemplaire. On voudrait qu’il en soit de même de la gestion des déchets non radioactifs.

Le projet CIGEO est en parfait accord avec la solution internationalement reconnue de stockage en couches géologiques profondes.

Il a été évalué favorablement à de nombreuses reprises par les instances ad hoc compétentes et reconnues nationalement, et dont le rôle d’évaluateurs en la matière a été institué par la loi du 28 juin 2006 (CNE pour le compte de l’OPECST, ASN).

La faisabilité de CIGO est d’ores et déjà assurée par les installations de simulation en vraie grandeur réalisées et monitorées dans le laboratoire national souterrain de Bure. Elle l’est également par les stockages souterrains homologues en cours en Suède et en Finlande notamment.

Il est maintenant urgent que l’esprit de responsabilité prenne le dessus sur les tentatives constantes et délétères, depuis plusieurs années, de mettre en échec la filière nucléaire en la privant d’une gestion cohérente de ses déchets.

Alors que le changement climatique est à l’œuvre avec ses premières cohortes de dizaines de milliers de morts chaque année (inondations, canicules, incendies, ouragans, migrations, pénuries alimentaires etc.…), alors que l’énergie nucléaire va devenir, n’en déplaise aux idéologues, la seule garantie de disposer d’énergie en quantité suffisante et pilotable, ne pas donner un feu vert à CIGEO serait une faute.

Continuer de dire, devant l’évidence de CIGEO, comme on l’entend ici ou là, y compris dans la bouche de certains dirigeants, que les déchets nucléaires n’ont pas de solution, est une faute.

Face à l’ensemble des autres questions graves et urgentes qui sont à résoudre, au présent et au futur, je veux croire que l’esprit de responsabilité dominera et qu’un feu vert sera donné à CIGEO.

Claire Kerboul

Le parc nucléaire français est-il « condamné » à avoir un Kd si faible, inférieur à 75 % ?

Le parc français est-il « condamné » à avoir un Kd si faible, inférieur à 75 %, à cause des VD (Visutes décennales) et du grand carénage qui sont une « spécialité » de chez nous ? Quelle est la valeur du kd des réacteurs nucléaires allemands ? Des réacteurs américains ?

Réponse de Jean Fluchère, ancien Directeur de centrale.

Le Kd du parc est monté jusqu’à 85 % dans les années 2000. Donc en première réponse nous ne sommes pas condamnés à végéter aux valeurs actuelles.

Voici l’évolution récente du Kd

Pour 2021 le Kd est actuellement à 71,8 % ce qui me laisse penser que nous dépasserons de peu celui de 2020. C’est plus l’effet de la pandémie qui a fait perdre 2 points depuis 2019 qu’autre chose.

Quelles peuvent-être les explications ?

  1. La taille relative du parc français fait qu’il ne peut pas fonctionner en base comme dans les autres pays, ce qui occasionne des arrêts fortuits pour faire de la maintenance,
  2. La capacité réelle d’EDF et de ses prestataires ne dépasse guère la gestion de 10 arrêts simultanés. Or on constate que dans les périodes propices à la maintenance, nous dépassons souvent plus de 10 tranches en révision-rechargement,
  3. La période de Chevet à l’ASN a été une catastrophe, il a fait arrêter inutilement des tranches en fonctionnement soit pour aller rechercher de minuscules ségrégations de carbone qui même si elles avaient été présentes sur les boîtes à eau de GV n’entraînaient strictement aucun problème de sûreté, soit pour renforcer les digues de Tricastin opérations qui pouvaient être faites tranches en marche comme l’avait proposée EDF. Les travaux de Tricastin ont duré 4 semaines mais comme le patron du parc avait publiquement dénoncé cet abus de pouvoir, il a fait attendre pendant 1,5 mois l’autorisation de redémarrer. Il a fait arrêter une tranche du Blayais car les GV de remplacement n’étaient pas conforme à l’ESPN mais conformes au RCCM. Idem pour un GV de Fessenheim 2 qui avait la virole secondaire inférieure non découpée suivant les règles.
  4. Ces arrêts inutiles perturbent considérablement le planning général des arrêts qui est toujours en chantier. J’ajoute que les périodes de production PV en été ou éolien obligent également à baisser la puissance des tranches, ce qui n’affecte pas directement la disponibilité, mais réduit l’usure du combustible et repousse d’autant les arrêts suivants,
  5. La nouvelle réglementation ESPN, lancée sous A-C Lacoste, dont la justification nous échappe totalement tant le RCCM était déjà plus sévère que l’ASME, demande des dossiers 10 fois plus volumineux que les précédents (l’exemple de la réparation de la fuite enceinte de Bugey 5 dont le dossier était prêt 6 mois après le constat a mis 12 mois à être accepté. Les travaux ont duré moins d’une semaine, épreuve enceinte comprise, mais CHEVET n’a souhaité donné l’autorisation qu’après la présentation à la CLI qui avait lieu 2 mois après la fin de l’épreuve. IL faut voir la quantité de papiers aujourd’hui nécessaire pour présenter une future révision de tranche,
  6. Il règne une course au plus disant sûreté entre l’IRSN et l’ASN. Si l’ASN ne suit pas les souhaits de l’IRSN, Jean-Christophe Niel, pour ne pas le nommer, s’arrange pour que ses équipes fassent fuiter la position IRSN soit dans la presse soit auprès des antinucléaires. Il semble que l’actuel Président de l’ASN remette l’IRSN à sa place. Il faut savoir qu’il y a à l’IRSN beaucoup d’ingénieurs qui ont été contractuels dans les équipes d’ingénierie d’EDF, qui souhaitaient y être embauchés et ne l’ont pas été.
  7. Nous n’avons pas mesuré toutes les perversions de la loi TSN de 2007. Il n’y avait aucune raison pour créer une ASN indépendante ou tout au moins sans encadrer son fonctionnement par au moins des justifications coût-bénéfice pour la sûreté comme à la NRC. Nous avons donc une entité toute puissante où le contrôleur fait évoluer vers du toujours plus les règles de contrôles et de sûreté, et où le contrôlé n’a aucune instance d’appel et doit se soumettre quoiqu’il arrive. Et pourtant, j’ai vécu depuis 1972, le SCSIN dirigé par De Torquat, puis la DCSIN et tous ses directeurs jusqu’à A-C Lacoste, premier Président de l’ASN. Or je peux dire que je n’ai aucun souvenir d’un Ministre ayant interféré avec une position du SCSIN et de la DCSIN.
  8. Il y a aussi une énorme différence, avant il y avait un directeur qui seul pouvait prendre la décision et il y a aujourd’hui un collège ce qui est favorable à toutes les surenchères.
  9. Quand je dirigeais BUGEY, je faisais rédiger un télex où je présentais tout ce qui avait été fait et les levées de restrictions suite aux contrôles des inspecteurs, et je terminais systématiquement par « sauf contre-ordre de votre part, je ferai engager les opérations de redémarrage dès 23 h00 ce jour ». Cela était normal puisque la sûreté repose sur les épaules de l’exploitant. Je n’ai jamais eu de contre-ordre en 7 ans. Aujourd’hui, les Directeurs de CNPE demandent à l’ASN l’autorisation de redémarrer et le retour peut prendre plusieurs jours. C’est une perversion car dans la nouvelle situation, la charge de la sûreté nucléaire du redémarrage repose dès lors sur le Président de l’ASN.
  10. Enfin l’ASN compte aujourd’hui environ 800 ingénieurs jeunes dont au moins 700 n’ont aucune connaissance du terrain. Ils multiplient les exigences livresques et font perdre de vue les fondamentaux de la sûreté en exploitation. Trop de sûreté tue la sûreté.

Je pense qu’il faut viser à revenir à 80 % de Kd mais il faudra plusieurs années.

C’est un mensonge que de vous faire craindre les déchets qui ne feront jamais de mal à personne

Les déchets sont dangereux il est vrai.

Ainsi un terril a-t-il explosé en 1975 (Calonne-Ricouart, 6 morts) en répandant largement ses déchets radioactifs (dénoncés comme tels dans les terrils par Robin des Bois, 2009). On convient que des morts consécutifs à l’explosion chimique sont regrettables. Mais la pollution par déchets radioactifs est un sujet infiniment plus grave. Un sujet qui s’impose d’abord à toute la collectivité par les déchets radioactifs répandus par les explosions aériennes des bombes atomiques. Qui est né au début des années 60 a vu sa prime jeunesse passée à respirer de l’air radioactif (début en 1945, une explosion tous les trois jours durant toute l’année 1962 – rien que ça! – et quelques tirs encore après). Une jeunesse passée aussi à manger des salades radioactives et à boire du lait qui ne l’était pas moins.
Cette radioactivité, d’ailleurs, n’a fait que s’ajouter à celle, naturelle, de la Terre dont une bonne moitié vient du radon. À Brest il remplit les caves de chaumières dont les habitants ne comprennent pas qu’on leur en interdise désormais l’accès (depuis des générations on s’y rendait sans problème aucun, Gast!) tandis qu’il s’étend sur la rade et rentre dans les bassins où sont entretenus les sous-marins dont les détecteurs de radioactivité ambiante peuvent se mettre à crépiter, comme il en a été de certains détecteurs de centrales nucléaires au passage du nuage de Tchernobyl qui n’a guère fait plus qu’entretenir une radioactivité ambiante. 
Que Diable donc, nous n’avons eu cesse d’être irradiés. On tremble d’ailleurs pour ceux qui, plus fortunés, vont prendre leurs vacances au Kerala (splendides plages 10 fois – au moins – plus radioactives qu’en France). Où en Iran (Ramsar, 100 plus radioactif qu’en France). Voire encore s’en vont en cure à Berthemont-les-Bains dont les eaux du Mercantour sont vantées pour leurs bienfaits radioactifs.
Que penser aujourd’hui d’une agence, (certes une agence d’État, horresco referens évidemment) chargée de soustraire chacun d’entre nous aux effets néfastes des déchets radioactifs? De tous les déchets. Notamment de ceux de la médecine (et oui), des industries alimentaires (et oui!), de l’horlogerie (les aiguilles au radium et oui! ) des laboratoires de recherche (et oui!) etc. Vu la radioactivité qui nous entoure (voir la carte IRSN du césium radioactif déposé en France de 1945 à 1980) on ne peut penser que du bien d’en avoir moins autour de soi. Cette agence stocke sans problèmes aucuns (on ne vous le dit pas) les déchets à courte durée de vie (CIRES, CSA). Ceux à longue durée de vie sans problèmes aussi (sur place les déchets de faible activité, le reste à La Hague). Y a-t-il quelqu’un d’entre vous qui a ou ait eu un problème avec ces déchets à longue durée de vie ? (Réponses : non).
Pour autant on vous fait peur avec des déchets de durée de vie de plusieurs siècles (pour certains il faut compter en millions ou milliards d’années – pas plus, parce qu’à 4 milliards d’année on aura d’autres problèmes avec un soleil grossissant jusqu’à nous détruire). En revanche personne (?) ne craint les déchets dangereux de durée de vie parfaitement illimitée. Le cadmium des piles. Le plomb qui décore les verres de couleur aimés de vos enfants, ce plomb si toxique dont on jette des milliers de tonnes dans la nature chaque année avec des batteries de voiture non correctement recyclées. L’aluminium aussi. Sans compter les perturbants endocriniens: alkyphénols, phtalates, bisphénol, parabènes, triclosan, hydroxyanisol butylé et butylehydroxytoluène, etc.
En un mot, si vous avez peur des déchets – vaste programme – on peut suggérer comme urgent de traiter avec force les déchets qui peuvent nuire, voire le font aujourd’hui s’agissant de vous et de vos enfants sans qu’on vous le dise. C’est un mensonge que de vous faire craindre ceux qui ne feront jamais de mal à personne, que ce soient vos enfants, les enfants de vos enfants …et assurément jusqu’à la fin du monde (4,5 milliards d’année). À savoir les déchets nucléaires de vie longue (et pas illimitée) Ils vont être enterrés à Bure. Pourquoi d’ailleurs ne resteraient-il pas à La Hague ce qui ne gêne personne? L’enfouissement profond est une meilleure solution.


Patrice Puy-Montbrun

L’EPR ou comment l’Allemagne a lâché la France

Par Guy Turquet de Beauregard

 

Prenez l’inconsistance et le manque d’intérêt des politiques français pour l’industrie et l’énergie; ajoutez la perte de compétence dans la gestion de grands projets par EDF et AREVA; versez l’absence d’une  politique énergétique européenne;  saupoudrez le tout des ambiguïtés allemandes. Vous obtenez la recette de l’EPR[1] français.

 

Les deux réacteurs EPR franco-chinois tournent en Chine sans problème depuis 2019. Pendant trente ans, le programme français de production d’électricité par l’énergie nucléaire a été une réussite exemplaire avec 58 réacteurs, construits en un temps record, qui peuvent durer au moins 50 ans. Comment expliquer alors que l’EPR de Flamanville accumule les déconvenues, les retards et les dépassements de coûts ?

 

 Le projet EPR démarre dès 1987 avec jacques Chirac alors premier ministre, puis avec Michel Rocard qui lui succède à Matignon. Ils contraignent EDF à proposer, sur l’autel de la coopération franco-allemande, un réacteur conçu et produit en commun destiné aussi à l’export avec une puissance limitée à 600 MW.

 

EDF en bon petit soldat propose en 1992 un avant-projet de réacteur à partir d’une conception commune entre Framatome et l’allemand Siemens-KWU. Un dossier d’option de sûreté, pièce essentielle du projet décrivant en détail le réacteur et son fonctionnement, est déposé en 1994 auprès des autorités de sûreté française et allemande. Le projet avance correctement jusqu’à l’arrivée en 1997 de Lionel Jospin, premier ministre de cohabitation de Jacques Chirac.

 

1997, année de gel du nucléaire

 

1997 est l’année où l’on renonce à une politique de long terme de l’énergie en France et en Europe. Dominique Voynet, anti-nucléaire notoire, devient ministre de l’Environnement. Le projet EPR se fige. Suit dans la foulée l’arrêt de Superphénix réacteur à neutrons rapides dont la France a été pionnière et qui est aujourd’hui repris par les grandes puissances nucléaires. Lionel Jospin exige d’EDF qu’elle renonce à construire une centrale nucléaire au Carnet près de Nantes. Travailler dans le nucléaire devient honteux, notamment chez les jeunes. L’année 1998 voit aussi, en Allemagne, le triomphe électoral des Verts et la décision d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire. Le doute s’instille dans l’esprit de beaucoup de citoyens, décideurs, investisseurs. Or, le nucléaire plus que tout autre source de production d’électricité, se gère sur le très long terme. Presque un siècle entre les études, la construction d’un réacteur, son exploitation et son démantèlement.

 

Une des conséquences du manque de continuité du programme nucléaire français a bien été décrite dans le rapport Folz de 2019 consacré à l’EPR : perte de savoir-faire des parties prenantes, touchant aux aspects industriels tels que la conception, la construction et le contrôle-qualité des réacteurs; perte  d’expérience managériale tant chez les responsables et les équipes d’EDF ou Framatome que chez les sous-traitants (cuves, tuyauteries, systèmes de contrôle-commande, béton, etc.) ; perte de connaissance dans la gestion de grands projets à EDF et Framatome ; besoin d’une main d’œuvre qualifiée pour l’EPR de Flamanville recrutée trop rapidement et insuffisamment formée aux contraintes « qualité » du nucléaire; besoin de renforcer, à tout niveau, l’assurance-qualité afin d’éviter les trop nombreux contrôles de l’autorité de sûreté nucléaire. Voilà pourquoi si l’on veut  donner une continuité et une visibilité à cette industrie, il est essentiel que l’État s’engage sur la commande de six réacteurs EPR pour remplacer ceux du début du programme français. C’est le seul moyen pour reconstituer les compétences de la filière nucléaire française.

 

L’Allemagne change de stratégie

 

 Aux hésitations des dirigeants politiques français s’est ajoutée la déconvenue allemande pour ne pas dire la trahison. Un des principaux atouts de la France dans la compétition internationale venait des retombées scientifiques, technologiques générées  par le nucléaire dans beaucoup d’autres domaines industriels, comme la science des matériaux, la métallurgie, la chimie, les domaines de l’énergie verte, la santé, l’industrie des semi-conducteurs et des composants électroniques, les services informatiques, les technologies numériques ou le calcul scientifique. En outre, l’économie française a bénéficié d’un avantage compétitif avec une électricité bon marché, grâce à ses centrales nucléaires. Un avantage qui va peu à peu disparaître, sous la pression de l’Allemagne, avec les directives européennes qui remettent en cause la notion de service public et obligent EDF à fournir une partie de sa production d’origine nucléaire à ses nouveaux concurrents au prix coûtant (dispositif ARENH). Parallèlement, EDF doit filialiser son activité distribution. 

 

À l’origine, la coopération franco-allemande donnait un leadership technologique à la France sur le nucléaire. D’autant qu’Areva traitait les déchets des centrales allemandes. En 1998, Gerhard Schröder, allié avec les Verts, décide d’abandonner à terme l’énergie nucléaire. Le chancelier social-démocrate a déjà en ligne de mire le basculement de la politique énergétique allemande. Il entend privilégier le gaz russe, à travers notamment le projet de gazoduc North Stream 2. Le coup de grâce à cette coopération franco-allemande sera donnée par Siemens, puis par Angela Merkel. Le groupe allemand se retire du projet EPR, en 2009, rompt son alliance avec Areva, au profit d’une autre avec le russe Rosatom. Les Français se retrouvent seuls.

 

En 2011, Angela Merkel profite de l’émotion causée par la centrale de Fukushima pour décider unilatéralement, sans concertation, l’abandon d’ici à 2022 de toute production d’électricité d’origine nucléaire. La chancelière a toujours eu une fibre écologiste. À l’époque de Fukushima, elle avait besoin des Verts pour asseoir sa majorité dans quelques Läender. Ce faisant, elle fait d’une pierre plusieurs coups. Elle pousse le développement de l’éolien et du solaire, où les industries allemandes ne sont pas trop mal placées, à la grande satisfaction des écologistes. Elle mise à long terme, sur le gaz russe à des conditions de prix intéressantes. En attendant, pour assurer la transition, elle fait tourner les centrales à charbon, un minerai dont l’Allemagne et son voisin polonais sont abondamment dotés. Résultat :  la production d’électricité allemande émettait en 2019 près de dix fois plus de CO2 par kWh qu’en France. Enfin, elle fait un croche-pied à son partenaire français qui se retrouve avec une filière nucléaire d’autant plus déstabilisée qu’EDF est pris en étau entre les exigences de Bruxelles et celle des écologistes français et allemands qui obtiennent la fermeture de la centrale de Fesseinheim. Or, l’autorité de sûreté française avait décerné un satisfecit en 2018 quant à la sûreté de la centrale, en particulier vis-à-vis des risques sismiques ou d’inondation. Pour EDF et pour la France, cet arrêt a un prix très élevé. Outre le caractère décarboné de l’énergie produite, le manque à gagner, chaque année, des 10 TWh de cette centrale représente, sur dix ans, plusieurs milliards d’euros.

 

Les errements de la politique française, avec l’absence d’une vision à très long terme et les manœuvres allemandes risquent d’obérer le développement d’EDF et d’entraîner ipso facto une augmentation du prix de l’énergie, tant pour les ménages que pour les entreprises françaises nuisant ainsi à notre compétitivité. Un des derniers avantages comparatifs qui nous restait, notamment face à l’Allemagne.

 

 

 

Un graph dans le texte :

 Production nette d´électricité en 2019 en France métropolitaine et en Allemagne 

 

La moitié des énergies renouvelables en France est fournie par l’hydraulique.

 

 

Deux modèles profondément différends

L’ Allemagne exploite deux parcs de production en parallèle d´une puissance totale d´environ 224 GW fin 2019 pour une pointe de consommation de 82 GW (en cas de vague de froid décennale). Le parc conventionnel dispose de 100 GW et le parc d’énergies renouvelables de 124 GW dont 110 GW sont des sources intermittentes (éolien, solaire).

Deux piliers de la production d’électricité conventionnelle seront supprimés dans les années à venir, avec la sortie du nucléaire d’ici fin 2022 et l’abandon progressif de la production d’électricité à base de houille/lignite à l’horizon 2038.

 

La puissance installée en France est de 135 GW avec une pointe autour de 101 GW en cas de vague de froid décennale. La puissance pilotable est d´environ 84 GW (nucléaire, thermique à flamme et bioénergies) et doit compter au minimum sur l’hydroélectricité pour passer la pointe en cas de vague de froid sévère. Le gouvernement français s’est engagé à fermer les dernières centrales à charbon d’ici à 2022 et prévoit de fermer 14 réacteurs sur 58 d’ici à 2035 pour atteindre 50 % de nucléaire dans la production électrique .

 

La source des deux graphiques est Allemagne-Energie

 

 

 


[1] EPR (European Pressurized Reactor), réacteur nucléaire à eau pressurisée, de troisième génération pour la production d’électricité.

Lettre à RTE (déclinaison) : consultation publique sur les scénarios 2050

Chambéry le 21juillet 2021

Monsieur le Président de RTE Xavier Piechaczyk

Immeuble Window
7C, Place du Dôme 92073 LA DEFENSE Cedex

Objet : consultation publique sur les scénarios 2050

Détournement en lettre miroir (pour le nucléaire)de la lettre pour les énergies renouvelables qui vous a ététransmisele 05 mars 2021 par 130 polytechniciens.

Au moins 130 autres «X» devraient pouvoir également se trouver pour signer cette «lettre miroir» qui plaide pour un choix opposé (donc pour le nucléaire) avec quasiment les mêmes arguments…Monsieur le Président, Le 27 janvier dernier, RTE et l’Agence internationale de l’énergie ont publié leur étude commune sur les « conditions et prérequis en matière de faisabilité technique pour un système électrique avec une forte proportion d’énergies renouvelables à l’horizon2050 », et ont ouvert simultanément la consultation publique sur le cadrage et les hypothèses des scénarios du Bilan prévisionnel long terme « Futurs énergétiques 2050 ». L’étude comme le document de consultation témoignent de la rigueur et du sérieux qui ont animé vos équipes lors de leur rédaction et nous tenons en premier lieu à saluer ce travail qui marque incontestablement un jalon décisif dans les réflexions en cours sur les perspectives du système électrique français.Dans cette étude, RTE et l’AIE ont mis en évidence quatre ensembles de conditions techniques à satisfaire simultanément pour permettre l’intégration d’une proportion très élevée d’énergies renouvelables en France avec une sécurité d’approvisionnement assurée.Ces conditions sont indubitablement des défis irréalisables, et les signataires de cette contribution partagent trois convictions :

1) ces défis sont fous et n’ont jamais été relevés ensemblepar le passé,

2) les solutions techniqueset technologiques invoquées pourrelever ces défis n’existent pas pour la plupart,

3) la France dispose d’atouts importants qu’il s’agit de ne pas gâcher dans ces fadaises:elle a même vocation à exercer un rôle industriel de premier plan dans le secteur nucléaire en plein essorauplan mondial. Réunis par ces convictions et par leur implication dans le secteur de l’énergie au travers d’un large panel de fonctions et champs d’expertise, les 17 signataires de cette contribution(et potentiellement quelques centaines d’autres) ont aussi en commun une formation exigeante qui leur a transmis, outre une solide formation scientifique et technique, l’intérêt pour l’innovationqui ne veut rien ignorer des contraintes du réel, l’esprit de conquête industrielle, le goût de prendre part au débat public et le sens de l’intérêt général.

Enfin, ils partagent la conviction qu’il en va de la responsabilité des citoyens d’aujourd’hui de ne pas hésiter à questionner les « vérités » partisanes, et de contribuer à un débat éclairé sur les choix technologiques que doitprendre notre paysau plus tôt.C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité prendre l’initiative de cette modeste contribution. Elle se gardera de commenter le contenu des scénarios envisagés : nous savons bien le travail conséquent de modélisation, de prospective et de concertation préalable qui a permis de construire ces scénarios qui mettent chacun en évidence un futur impossible, et dont on ne saurait discuter la pertinence dans une lettre de quelques pages. Mais nous tenterons d’esquisser quelques perspectives de réponse aux quatre conditions identifiées dans l’étude, après un bref rappel du contexte mondial dans lequel ces réflexions s’inscrivent et des enjeux industriels qui en découlent. Enfin, en réponse à des questions soulevées dans le document de consultation, il nous a également paruimportant de livrer quelques considérations sur l’acceptabilité comparée des énergies renouvelables et du nucléaire. L’amélioration ou le maintien de cette acceptabilité populairenous paraît être en effet une condition au moins aussi (voire plus) déterminante que les conditions techniques, pour que la France parvienne à atteindre la neutralité carbone en 2050 grâce à l’énergie nucléaire non carbonée.1.Le contexte mondial et les enjeux industriels Le secteur de l’énergie vit actuellement une révolution majeure à l’échelle mondiale. L’énergie nucléaire connaît de nouveau une belle croissance et constitue la première source de production d’électricité non carbonée dans le monde. Aujourd’hui, plus de 440réacteurs de puissance sont en activité dans 30 pays, produisant environ 11 % de l’électricité mondiale. En 2020, plus de 5GWdeproduction d’énergie nucléaire supplémentaires ont été raccordées au réseaudans le monde pour atteindre presque 395 GW. Il suffit de rappeler que plus de 50 réacteurs sont en construction, que 10années auparavantlescapacités nucléaires atteignaientà peine 375 GW, et que jusqu’à 700 GW sont prévusen 2050 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour prendre la mesure des bouleversements qui sont à l’œuvre.Les investissements considérables réalisés dans ce domaine ne sont pas seulement guidés par des préoccupations environnementales, mais traduisent surtout une nouvelle réalité économique : l’énergie nucléaire restedésormais parmi les plus compétitives, sinon la plus compétitive. Reposant sur des moyens de production centralisés par nature et pouvant être déployés à de multiples échelles (EPR, SMR,…), elle renforce radicalement les fondements mêmes du système électrique tel que nous le connaissons. Elle offre une alternative aux productions fatales et erratiques des énergies renouvelables éoliennes et solaires.Dans un tel contexte, pour tout pays prétendant au rôle de puissance mondiale, le développement de l’énergie nucléaire n’est plus uniquement un volet de sa politique énergétique et climatique, mais elle devient aussi de plus en plus un enjeu géopolitique et un axe industriel stratégique. La France et l’Europe n’ont pas perdu la bataille industrielle du nucléaire : elle ne fait que commencer. Certes, dans ce domaine comme dans tant d’autres, des erreurs ont été commises et nous avons laissé d’autres grandes puissances mondiales prendre de l’avance, mais un rattrapage est possible dans plusieurs domainescar nous disposons de l’expertise nécessaire et d’un marché domestique encore très en deçà de son plein potentiel. La rapidité de transformation de ce secteur est telle que les cartes sont rebattues en permanence. Sur le plan technologique et industriel, la chaîne de valeur ne se limite pas aux réacteurs nucléaires : des domaines comme le stockage de l’énergie, les réseaux intelligents, la convergence avec la mobilité, voire éventuellement la production d’hydrogène, vont être amenés à jouer un rôle essentiel dans le sillage de la croissance de l’énergie nucléaire dans les mix énergétiques. Pour accompagner ces choix politiques, l’Europe semble prête à consacrer des investissements financiers considérables pour répondre aux enjeux du futur. On peut se réjouir qu’elle semble avoir pris la mesure de l’enjeu des transferts d’usage entre secteurs énergétiques avec quelques initiatives visant à faire émerger des projets industriels de grande envergure telle l’Alliance Européenne pour les Batteriesa été lancée en octobre 2017 par le Vice-Président de la Commission Européenne Maroš Šefčovič et implique aujourd’hui plus de 500 acteurs. Selon la Commission Européenne, quelque 4 à 5 millions d’emplois industriels pourraient être créés si l’UE s’imposaitcomme leader du marché des batteries. Dans le cadre de ce programme, la Commission européenne a autorisé en décembre 2019 un projet important d’intérêt européen commun (IPCEI) réunissant un consortium de 17 entreprises qui investissent 5 milliards d’euros.On peut a contrario regretter que la Commission Européenne ait été contrainte à lancer la European Clean Hydrogen Alliance le 8 juillet 2020 et établi une stratégie coûteuse qui prévoit le déploiement de 40 GW d’électrolyseurs «hydrogène» d’ici 2030 pour écrêter les aléas de la production d’électricité intermittente d’origines solaire et éolienne subventionnées alors que cette productionsera bien plus efficaceà partir d’électricité nucléaire (avec les technologies existantes, ou demain avec les réacteurs à haute température). Selon le commissaire européen Thierry Breton, ce programme permettra la création de près d’un million d’emplois (en Europe) subventionnés par tous les citoyens européens. Grâce à ces initiatives européennes, la France dispose de l’opportunité de rester dans la course nucléaire mondiale à condition que les décideurs en aient la volonté et qu’ils s’en donnent les moyensParmi les signaux encourageants :

-le Président E. Macron a pris la tête des 7 pays européens nucléophiles qui refusent la taxonomie européennequi veut exclure le nucléaire des énergies non ou peu carbonées, sans justification technique et scientifique.

-La France fait partie des 7 Etats impliqués au sein de l’IPCEI sur les batteries avec plusieurs projets d’usines en cours de concrétisation. -Un Comité Stratégique de Filière se mobilise sur la réindustrialisation dans le domaine de l’énergie nucléaire. Si nous avons jugé utile de rappeler ainsi le contexte et les dispositions prises par l’Europe et la France dans ces domaines, c’est pour montrer que notre conviction que la France peut exercer un rôle industriel de premierplan dans le domaine du nucléaire s’appuie sur des éléments tangibles. Au-delà des stricts enjeux industriels liés à la fabrication d’équipements (rappelés ci-dessus), s’agissant des futures capacités de production d’électricité,les enjeux économiques sont tout aussi considérables puisqu’il s’agit d’assurer la compétitivité de notre mix électrique, qui grâce au nucléaire est déjà un des moins chers d’Europe(les Allemands paient leur électricité 70% plus cher), la France détenant aussi le record mondialdes exportations nettes d’électricité(plus de 10 % de sa production). L’étude publiée parla Société française d’énergie nucléaire (SFEN) apporte des éléments indiscutables pour attester de cette compétitivité d’un mix électrique reposant sur une part très élevée de nucléaire. En termes d’emplois, la production d’électricité nucléaire n’est pas un gisement négligeable. Forte de ses 220 000 professionnels répartis dans 2 600 entreprises, la filière nucléaire est la 3ème filière industrielle française derrière l’aéronautique et l’automobile. L’essentiel des emplois à haute technicité de la filière n’est pas délocalisable. C’est dans ce cadre que des milliers d’ingénieurs et entrepreneurs, dont les signataires de la présente ne constituent qu’un infime échantillon, travaillent depuis plusieurs années, avec le succès que l’on connaît,pour relever les quatre défis techniques qui, selon le rapport AIE/RTE conditionneront la réussite de la transition vers un mix électrique respectueux des Accords de Paris pour le Climat, qui ne pourra se passer d’une part importantede nucléaireà l’échelle du système électrique européen interconnecté.

2. Les solutions existantesComme indiqué en préambule, les quatre conditions techniques (maintien de la stabilité du système électrique, développement des flexibilités pour garantir la sécurité d’alimentation, fonctionnement des réserves opérationnelles et développement des réseaux d’électricité) ne peuvent pas être satisfaite pour l’essentiel par les énergies renouvelables intermittentes. Pourquoi se priver alors des solutions existantes offertes par la filière nucléaire?Il s’agit ici de partager notre vision de quelques solutions et d’exemples illustrant le niveau de maturité déjà atteintgrâce à de l’énergie nucléaire:

a. Prévisions de production L’amélioration de la précision des prévisions météorologiques peutfaciliter les prévisions de consommation et la programmation des indisponibilités périodiques des unités nucléaires. A titre d’exemple, le projet européen Smart4RES piloté par les Mines Paris Tech a été lancé fin 2019 pour développer des modèles de prévision météorologique à très haute résolution, capables d’intégrer des données issues de sources multiples. Le fait de pouvoir couvrir les besoins de prévisions de différentes échelles de temps (quelques minutes, quelques heures ou quelques jours) avec un seul modèle météo et non plusieurs, constituerait une rupture significative dans la performance de la prévisionpour exploiter un mix intégrant des énergies renouvelables fatales. Toutefois, en conservant au moins 70 à 75 % de production nucléaire«tout temps» (elle ne dépendpas du vent et du soleil) dans notre mix électrique, la France peut se passer de cette coûteuse recherche.

b. Grid forming Les nouvelles générations d’onduleurs ont la faculté de mieux communiquer avec le réseau et peuvent contribuer à sa stabilité en tension. A titre d’exemple, le projet MIGRATE (Massive InteGRATion of power Electronic devices) piloté par le gestionnaire de réseaux TenneT et réunissant 10 gestionnaires de réseau, 12 centres de recherche et le groupe Schneider, a permis de développer des solutions technologiques innovantes pour le contrôle des onduleurs et de les valider sur du matériel à échelle réduite. Mais ces recherches et ses investissements coûteux peuvent être évités avec un mix bien doté en moyensélectronucléairesà l’échelle du système interconnecté.

c. Flexibilités (hors stockage) Il existe plusieurs leviers possibles de flexibilité permettant de pallier les contraintes que peuvent entraîner sur le réseau toute production massived’électricité pourcorrespondre instantanément à la demande.

-Le pilotage de la demande : il peut prendre la forme d’un effacement rémunéré, une solution déjà mature qui fait l’objet de contrats avec de nombreux industriels ainsi que d’une valorisation dans le cadre du marché de capacité. L’effacement peut également s’envisager de façon diffuse, notamment en France qui est un territoire idéal du fait de l’importance du chauffage électrique dans le parc immobilier résidentiel. Cet effacement diffus est un relais de développement qui sera indispensable pour atteindre les objectifs prévus par la PPE (6,5 GW de capacité d’effacement à l’horizon 2028). Le pilotage peut aussi prendre la forme d’une optimisation du profil de consommation, via une gestion dédiée des appareils dont le fonctionnement peut être décalé au moment le plus opportun. Le déploiement des compteurs Linky permet d’améliorer encore cette modulation de la demande en transmettant des signaux prix incitatifs à un ajustement vertueux de la courbe de charge. D’immenses progrès sont encore possibles dans les années à venir, par exemple s’agissant du potentiel de stockage de chaleur dans le résidentiel après rénovation thermiqueet du stockage de froid dans de nouvelles machines frigorifiques à forte inertie thermique. Plus généralement, les réacteurs nucléaires étant relativement flexibles en France, le cadre réglementaire sera adapté afin de les rémunérer à leur juste valeur. Ces modes de valorisation ont faitl’objet en 2017 d’une étude très détailléedu cabinet E-Cube pour le compte de la CRE.

d. Stockage de la production (court ou moyen terme)

Qu’il s’agisse de maintenir la stabilité du système électrique, de garantir la sécurité d’alimentation, d’améliorer la prévisibilité et la pilotabilité du nucléaire ou d’accompagner le développement des réseaux d’électricité, le stockage est une solution. Or, l’affirmation usuelle selon laquelle « on ne sait pas stocker l’électricité » n’est plus totalement de mise : outre les STEP qui assurent cette fonction quotidiennement depuis 40 ans, le stockage de l’électricité parbatteries connait un développement accéléré dans le monde, grâce à une baisse de coût très rapide sous l’impulsion de la montée en puissance des capacités de production utilisées pour fournir les véhicules électriques. Toutefois, il ne peut apporter une solution adaptée aux besoins de régulation des grands systèmes électriques. A terme, l’arrivée de batteries en seconde vie ouvre la perspective d’une forte réduction supplémentaire des coûts peut favoriser le développement des infrastructures de charge rapide des automobiles électriques.Le déploiement des batteries peut cependant trouver son emploi notamment au travers :-De centrales hybrides qui font la preuve de leur compétitivitéface aux centrales thermiques de pointe ou qui permettent la fourniture d’électricité dans les zones non-interconnectées à des conditions économiques plus compétitives que les moyens de production thermique existants.Par exemple, en Corse et en Outre-Mer, le prix moyen pondéré des installations au sol lauréates des récents appels d’offres CRE« ZNI » est de 78,4 €/MWh2. -D’installations de stockage stationnaires utilisées pour fournir des services systèmes aux réseaux. Plus de 5 GW de capacités de stockage sont ainsi en cours de développement ou de construction au Royaume-Uni, grâce à la présence d’un marché de services-systèmes bien conçu. En France, le projet RINGOvise à installer des batteries près des postes sources du réseau afin de constituer des « lignes électriques virtuelles » évitant ainsi des investissements plus coûteux dans de nouvelles lignes ou le renforcement des postes. -De batteries de stockage associées à des installations en autoconsommation diffuses. Encore très peu présentes en France, ces projets font l’objet d’un fort développement en Allemagne avec plus de 200 000 installations. Ces batteries domestiques peuvent être mobilisées de façon coordonnée pour contribuer à la stabilité du réseau, comme le démontre l’initiative menée par l’entreprise Sonnen et le gestionnaire de réseau TenneT. -Concernant le stockage d’électricité il convient néanmoins de rappeler que la «pile» la plus efficace restera longtemps la «pile atomique» appelée désormais «réacteur nucléaire » qui a la capacité de stocker, sur de longues ou courtes durées selon la demande, des quantités massives d’électricité sous forme d’uranium rechargeable.e. Production d’hydrogène et stockage inter-saisonnier Comme évoqué précédemment, l‘hydrogène est une impasse technique et financière. Son développement n’a aucun intérêt puisqu’il ne permet pas de valoriser l’électricité produite en excès par rapport à la demande immédiate, y compris sous d’autres formes (hydrogène ou gaz de synthèse). Cette solution n’est donc pas pertinente. L’utilisation directe de l’électricité est plus efficace pour faire de la chaleur plutôt que de perdre du rendement pour en faire de l’hydrogène puis de nouveau de l’électricité(rendement médiocre de 25%), et en plus cela suppose des réseaux adaptés. Au-delà de tous ces moyens de stockage limités, RTE fait part dans son étude d’un besoin de stockage de longue durée, de type inter-saisonnier, en complément des barrages hydroélectriques qui jouent un rôle majeur en France. Ce stockage doit permettre d’utiliser au mieux la production d’énergie nucléaire au long de l’année et de la répartir entre les différents usages, y compris éventuellement par transformation et injection via le réseau de gaz ou de réseaux dédiés à l’hydrogène. Ce besoin de stockage massif et longue durée est encore plus prégnant dans des pays qui ne disposent pas ou de trop peu de barrages hydroélectriques.Parmi toutes les innovations qui constituent le panel des solutions de stockage long terme à notre disposition, c’est sans doute dans ce domaine que subsistent encore les verrous technologiques et économiques les plus significatifs. C’est donc aussi là queles efforts de R&D devrait être les plus soutenus.

3 – 63. L’acceptabilité des nouveaux projets nucléaires Si les solutions techniques existantes présentent un potentiel qui laissent à nos yeux peu d’inquiétudes sur leur capacité à accompagner les différents scénarios détaillés par le document de consultation, il n’en demeure pas moins que les aspects techniques ne sauraient être les seuls critères permettant d’évaluer la faisabilité d’un scénario. L’amélioration ou le maintien de l’acceptabilité de ces développements constitue en effet une condition au moins aussi déterminante. Cette acceptabilité nous semble devoir être multidimensionnelle : sociale, économique et environnementale. a. Acceptabilité sociale L’adhésion des Français au développement du nucléaire se trouvera d’autant plus pérenne que le nucléaire occupera pleinement sa place dans les territoires, en participant à la réappropriation citoyenne du sujet énergie ou en contribuant à la création d’emplois locaux, en lien avec les projets ou avec les initiatives industrielles déjà évoquées. Des instruments tels que le financement participatif local,ou les offres de fourniture d’électricité en circuit court, sont également des leviers importants pour susciter l’appropriation locale des projets. Il ne s’agit pas pour autant d’ignorer que certains projets peuvent susciter des mouvements de rejets locaux, au même titre que pour tout projet présentant une certaine ampleur. Cet enjeu de l’acceptabilité est donc crucial pour prévenir le risque de se trouver dans quelques décennies face à une pénurie de production faute d’avoir pu faire naitre suffisamment de projets, quels qu’ils soient. Consolider un solide retour d’expérience en analysant les facteurs de succès et d’échec des projets permettrait d’améliorer leur acceptabilité et leur intégration dans un territoire donné. Il s’agit d’un champ de recherche qui gagnerait à être approfondi, en s’appuyant sur les travaux déjà existants. b. Acceptabilité économique L’acceptabilité économique suppose que les différents scénarios ne se traduisent pas par une augmentation déraisonnable du prix du kWh pour le client final. Nous comprenons que ces aspects économiques feront l’objet d’un volet ultérieur de l’étude, mais en attendant sa publication, on peut d’ores et déjà noter que d’autres études ont conduit à des conclusions rassurantes sur cette question.L’étude publiéepar la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), aboutit ainsi à un prix moyen de 33 €/MWhpour le nucléaire historique(horscouverture financière de renouvellement qui conduirait à 45 €/MWh), et à 70 €/MWhpour le nouveau nucléaire de série qui bénéficierait d’une garantie d’un Etat stratège.Bien que la Cour des comptes évalue le coût de production de l’EPR de Flamanville entre 110 et 120 €/MWh correspondant à une tête de série, il faut le comparer à l’éolien offshore dont le coût de production d’environ 150€/MWh, hors externalités nécessaires pour payer les raccordements aux réseaux continentaux les plus proches et pour compenser son intermittence. Flamanville est un moyen de production pilotable ayant une valeur supérieure au sein du système électrique.La Cour des Comptes, dans unrapport de 2018sur les coûts des différentes filières renouvelables, faisait état d’ «un soutien financier très élevé» de 121 milliards d’Euros de subventions engagés jusqu’en2018 pour des contrats arrivant à échéance au bout de vingt ans.A contrario, la construction de l’EPR de Flamanville, comme celle du parc historique,a été entièrement portée par les finances d’EDF.L’enjeu économique nous parait être double : d’une part mettre en place les bons signaux régulatoires pour rémunérer chaque service rendu au réseau, y compris les services assurantiels très peu utilisés ; d’autre part dépasser les notions de strict LCoE par énergie pour aller vers des calculs de coût complet d’usage du système énergétique, en accord avec les préconisations déjà formulées dans l’étude de RTE et de l’AIE. Toutes les projections financières montrent le rôle décisif des taux d’intérêt dansla rentabilité du nucléaire: l’intégration de cette énergie dans la taxonomieEuropéenne, réclamée par le Présidentde la Républiqueco-signataire de la demande avec plusieurs autres pays de l’UE, permettra 7d’amener les taux à des niveaux aussi bas que les «tauxde financement verts» des énergies renouvelables, et feradu kWh nucléaire un des plus compétitifs pour longtemps. c. Acceptabilité environnementale D’innombrables contre-vérités circulent sur la question de l’impact environnemental du nucléaire. Jusqu’à présent, elles n’ont pas réussi à entamer l’adhésion d’une majoritédeFrançais qui continuent de la considérer comme une source d’énergie à développer. Toutefois, il n’en reste pas moins indispensable de rétablir la vérité sur un certain nombre de sujets : -Non, le nucléaire ne dégrade pas le bilan carbone du mix électrique français (il l’améliore grandement). L’ADEME indique explicitementque le nucléaire est le moyen de production d’électricité qui émet le moins de CO2 (6 gCO2/kWh).Tout projet nucléaire qui remplacera un projet photovoltaïque en divisera les émissions de CO2 par un facteur supérieur à dix (6 gCO2/kWh nucléaire, 56 gCO2/kWh solaire selon l’ADEMEprécité).-Non, le nucléaire ne laissera pas des tonnes de béton dans le sol après son démantèlement. La loi impose en France un démantèlement complet de l’installation, dont les fondations doivent être excavées, ainsi qu’un recyclage des matériaux qui la composent. -Non, le recyclage et les déchets ne constitue pas une difficulté.Oui, le nucléaire est l’énergie la moins prédatrice de solsen comparaison des alternatives à la mode.Cette contribution ne prétend pas à l’exhaustivité, mais il nous asemblé utile de partager ces réflexions, sans occulter les obstacles qui restent à franchir pour arriver à une solution complète et pleinement satisfaisante, mais sans non plus tomber dans un excès d’alarmisme qui pourrait conduire à renoncer à un bien envié dans le monde et de le sacrifier à des objectifs alternatifs très réducteurs.Comme des milliers d’autres ingénieurs qui s’engagent résolument et consacrent toute leur énergie pour trouver les meilleures solutions face aux défis climatiques et énergétiques, nous sommes attentifs à l’évolution rapide des technologies et nous souhaitons que la France prenne toute sa place dans cette dynamique mondiale afin d’avoir la maitrise de ces technologies et par voie de conséquence d’atteindre dans les meilleures conditions possibles les objectifs climatiques qu’elle s’est fixés. Nous affirmonsque le maintien d’une parttrès élevée d’électricité d’origine nucléaire est non seulement possible mais souhaitable au niveau de la France et à l’échelle européenne à l’horizon 2050. Il s’agit de l’opportunité d’accroître notre souveraineté énergétique, d’atteindre l’objectif deneutralité carbone fixé par la SNBC, tout en sauvegardant la compétitivité de notre mix électrique. Cette ambition est à notre portée sous réserve:1)de veiller à l’acceptation des projetset à ce que ceux-ci profitent à tous notamment par le développement d’emplois industriels sur les territoires,2)d’investir dans la R&D, afin de franchir les derniers obstacles au développement massif de solutions de stockage de longue durée, 3)et d’accompagner cette reconfiguration du système énergétique par une adaptation du modèle de marché et de sa régulation, afin de valoriser tous les services que ces évolutions rendront nécessaires. Nous vous remercions pour l’attention que vous aurez portée à cette contribution et vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de nos respectueuses salutations. Les 17signataires signent en leur nom propre et n’engagent pas les associations auxquelles ils sont rattachés…

Michel Gay

Jean Fluchère

Jean-Luc Salanave

Jean-Paul Fayolle

8

David Sauvé

François Vissac

Jean-François Aulon

Bertrand de Reviers

Hervé Bérard

Daniel Fischer

Serge Houdbine

Didier Crépin

Thierry Bonnet

Michel Karatchentzeff

Jacques Marlot

Jean-Pierre Robin

Pierre Clauzon….

Et au moins 130 autres«X» devraient pouvoir aussi se trouver pour signer cette «lettre miroir» en faveur du nucléaire, notamment parmi les 250 polytechniciens qui vous ont écrit une lettre ouverte le 04 mars 2021… en faveur du nucléaire.

Taxonomie : La lettre des pays réfractaires au nucléaire

Monsieur Frans Timmermans 

Vice-président exécutif pour le Green Deal européen

M. Valdis Dombrovskis 

vice-président exécutif pour une économie au service des personnes 

Mme Mairead McGuinness 

Commissaire aux services financiers, à la stabilité financière et à l’union des marchés des capitaux 

M. Virginijus Sinkevičius 

Commissaire à l’environnement, aux océans et aux pêches 

Chers Vice-Présidents Exécutifs, Chers Commissaires,

 Nous, les ministres soussignés d’Allemagne, d’Autriche, du Danemark, du Luxembourg et d’Espagne, souhaitons remercier la Commission européenne d’avoir achevé le premier acte délégué de la taxonomie Régulation. Il est basé sur un travail impressionnant et important. La décennie en cours sera déterminant pour notre chemin commun vers la neutralité climatique et un système économique respectueux de nos les limites de la planète.

 À cet égard, il est essentiel que nous ayons une taxonomie crédible et axée sur les objectifs déterminer le degré de durabilité environnementale d’une activité commerciale sur toute sa durée de vie cycle. La Taxonomie peut ainsi apporter une contribution décisive au financement de la Green Deal et la transition verte. Cela a été souligné par une série d’acteurs du secteur financier, le monde universitaire et la société civile, et à juste titre. 

Les récentes commémorations à l’occasion des anniversaires des catastrophes nucléaires de Fukushima et Tchernobyl ont rappelé avec force les dangers de la technologie nucléaire. 

Pour cette raison, nous avons été déconcertés d’apprendre que, de l’avis du Joint Research Centre (CCR), rien n’indique que la technologie à haut risque qu’est l’énergie nucléaire soit plus dommageable pour la santé humaine et l’environnement que d’autres formes d’énergie production, comme l’énergie éolienne et solaire. Nous pensons que cette idée fausse est due à deux graves lacunes méthodologiques dans le rapport du CCR : 

1. Le CCR néglige de traiter le risque nucléaire résiduel, n’évaluant que les exploitation des centrales nucléaires. 

Ainsi, au tout début de son évaluation le CCR ignore les accidents de réacteur nucléaire potentiellement graves et leur coût en termes de vies, de santé et de pans entiers de terres devenant inhabitables sur de longues périodes de temps.

Selon le CCR, le risque résiduel de l’énergie nucléaire peut être ignoré parce que les évaluations d’autres activités économiques telles que la production d’électricité de l’énergie éolienne sont également axés sur le fonctionnement normal. 

Cependant, l’énergie nucléaire est un technologie à haut risque – l’énergie éolienne ne l’est pas. Cette différence essentielle doit être prise en Compte.

 2. Le CCR ne tient pas compte de l’approche du cycle de vie. Faute de données empiriques, son évaluation des Les dépôts géologiques profonds sont basés sur des concepts qui n’ont pas tous fait leurs preuves. Après plus de 60 ans d’utilisation de l’énergie nucléaire, pas un seul élément combustible n’a été éliminés de façon permanente partout dans le monde. 

Nous n’avons aucune expérience opérationnelle avec des dépôts géologiques profonds pour les déchets hautement actifs. Pour les décennies à venir, il ne sera pas une solution efficace d’élimination des déchets pour les grandes quantités de déchets dangereux généré. Cela viole le principe « pas de charge excessive pour les générations futures » décrit par le CCR.

De plus, nous pensons que le choix de la manière de procéder à l’avenir est inadéquat : actuellement, le rapport du CCR est en cours d’examen par deux conseils scientifiques dont les domaines d’expertise sont limitée à la santé et à la radioprotection. Il n’y a pas de plans pour l’environnement spécifique aspects à évaluer scientifiquement par un comité ayant une expertise en sciences de l’environnement, la sûreté nucléaire et l’élimination sûre des déchets nucléaires. Cela signifie que l’examen scientifique omet la clé éléments du principe « ne pas causer de dommages importants ». Nous reconnaissons le droit souverain des États Membres de décider pour ou contre l’énergie nucléaire en tant que partie de leurs systèmes énergétiques nationaux. Cependant, nous craignons que l’inclusion du nucléaire pouvoir dans la taxonomie nuirait de façon permanente à son intégrité, sa crédibilité et donc à son utilité. De nombreux épargnants et investisseurs perdraient confiance dans les produits financiers commercialisés comme « durable » s’ils devaient craindre qu’en achetant ces produits ils financent activités dans le domaine de l’énergie nucléaire. Ce n’est que récemment que plusieurs investisseurs institutionnels de renom ont exprimé leur opposition à l’inclusion de l’énergie nucléaire. Ces voix du marché doivent être entendues. 

L’énergie nucléaire est incompatible avec le règlement de taxonomie « ne pas faire de mal significatif » principe. Nous demandons donc instamment à la Commission européenne de ne pas compromettre les courageux chemin qu’elle a emprunté pour faire de l’UE le premier marché mondial de la finance durable. Cordialement, 

Svenja Schulze 

Ministre fédéral de l’Environnement, Conservation de la nature et sûreté nucléaire ALLEMAGNE 

Léonore Gewessler 

Ministre de l’Action pour le Climat, de l’Environnement, Énergie, Mobilité, Innovation et La technologie L’AUTRICHE 

Dan Jørgensen

 Ministre du climat, de l’énergie et des services publics DANEMARK 

Simon Kollerup 

Ministre de l’Industrie, du Commerce et Affaires financières DANEMARK 

Carole Dieschbourg 

Ministre de l’Environnement, du Climat et Le développement durable Luxembourg

Teresa Ribera Rodriguez 

Vice-Premier ministre et ministre de la Transition écologique et la Défi démographique ESPAGNE 

Nadia Calviño Santamaria

Vice-Premier ministre et ministre de la Économie et transformation numérique ESPAGNE