Le manque de Lithium pour atteindre un milliard de véhicules : un mythe qui a la vie dure.

Un VE qui fait 14,000 km/an a besoin de 2 MWh d’électricité.

En Allemagne  c’est plus de 1000 kg CO2, en France c’est 100 kg. Et pour produire les batteries il faut pas mal d’électricité. Mais que produirons nous dans 10 ans au rythme actuel ?

(Une voiture essence qui fait ce trajet a besoin de 1000 litres, c’est à dire ~2.5 t CO2)
Il est très grave que nous ne fabriquions pas de batteries  au lithium. Aux USA une usine géante de 5 milliards $ est en construction.

En Allemagne, Daimler et Audi parlent d’y investir de l’ordre de 1 milliard €.

Nous, on ne fait rien. 

Quant à l’hydrogène il est peu opportun.

Vivement un gouvernement qui retrouvera du bon sens.

Dans 20 ans, si on ne se mobilise pas sur les batteries, on n’aura plus en France d’entreprise faisant des voitures.

A propos de l’approvisionnement en Lithium et graphite :

Pour un véhicule : 2,5 Kg de Li,(Abondance:14-40 Mt https://t.co/UyRBnKG1gx coût : 3$/Kg) + 20 kg de graph. (coût en naturel : 3$/Kg, et en synthétique : 20$)

Les ressources sont énormes, et on ne peut anticiper de significative augmentation des prix.

Pour le cobalt, le problème est différent.

10% de la production (~60,000 t.) va dans les batteries. Réserves estimées : 7 Mt (20$/Kg). Mais le cobalt n’est pas indispensable : on lui préfère d’autres oxydes. (Mn).

Le cobalt semble le mieux à même de se rapprocher des 200 Wh/Kg stockés (les batteries pour voitures varient de 100 à 150 Wh).

En la matière le problème de l’approvisionnement pour les batteries est donc une légende urbaine.

Le Lithium est abondant. Mais ne doit pas être gaspillé comme Tesla le fait chèrement (Australie), pour équilibrer à très court terme le réseau PV.

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Janco est-il un anti voiture électrique primaire ?

Nous subissons un matraquage continu contre la voiture électrique de Stéphane Lhomme au récent livre de Guillaume Pitron en passant par Jean-Marc Jancovici dans Sud-Ouest. 


A les écouter, la voiture électrique est censée émettre beaucoup de CO2 pour sa fabrication. Ceci provient de la confusion entre d’une part ce que l’on pourrait appeler le CO2 utile, celui nécessaire pour réduire un oxyde métallique et d’autre part, le CO2 du système énergétique, celui émis pour fournir l’énergie nécessaire à  la fabrication. 

Combien y-a-t-il de cobalt dans 200 kg de batterie ? autour de 10 kg 

Pour l’extraction de minerais, il existe des déjà dans les mines des camions mus par des moteurs électrique alimentés par caténaires.  Ceci peut se généraliser. Ensuite pour séparer le cuivre du cobalt par électrolyse, on peut aussi utiliser le l’électricité sans CO2


La fabrication d’un panneau PV pose le même genre de problème, mais dans ce cas le CO2 intrinsèque n’est pas si négligeable au kWh produit. 

On peut rapprocher ce problème également de l’émission de CO2 du nucléaire, lorsqu’on associe diffusion gazeuse et centrale au charbon (un petit rappel : https://www.energie-crise.fr/Benjamin-Sovacool-ne-sait-pas-faire-de-moyenne) .

Le gros document de propagande contre la voiture électrique est l’étude ADEME de 2012 (110g de CO2 par kWh, présentation en % des émissions ve/vt et non prise en compte des durées de vie).

C’est pour cela qu’il faut signaler l’analyse du ministère sortie en juillet 2017, qui donne une présentation plus correcte sans prendre en compte tous les points ci-dessus. (cf le graphe 1 page 26)

http://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Analyse%20co%C3%BBts%20b%C3%A9n%C3%A9fices%20des%20v%C3%A9hicules%20%C3%A9lectriques.pdf

P.

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Quant a Janco, il affirme que le point de bascule des avantages CO2 serait autour du mix allemend (460Kg CO2/MWh). Cela semble pessimsite.

Rdv en septembre 2018 en région sud est à l’Université d’été de Sauvons Le Climat… Ce sera l’un des sujets.


Voici la version « officielle » de Jancovici:

https://jancovici.com/publications-et-co/interviews/une-interview-dans-sud-ouest-sur-la-voiture-electrique/

Il a d’excellentes remarques: « le rendement d’un moteur thermique diminue avec la taille du moteur ». Mais on ne connait pas de voiture de 1.5 tonne qui fasse vraiment 5 l/100 km, ou alors il ne faut jamais s’arrêter.
On sait faire des moteurs électriques qui ont 90 % de rendement, mais il y a toujours d’autres pertes. Au moins pour le Li, on a regardé sérieusement cette question. Actuellement, il y a débat sur Co, mais c’est autour de 10 Kg, et on n’est pas obligé de l‘utiliser.

« parce que cela correspond soit à leurs envies, soit à leur intérêt.. »
Ce qui nous rend malheureux, c’est son total manque d’optimisme sur les progrès techniques. Finalement il faudrait se persuader qu’on n’évitera pas de se serrer la ceinture… ou plutôt celle de nos petits-enfants 
(c’est un grand père qui cause).

En aucun cas, on ne recharge les VE le soir en 2 heures, mais plutôt 10 heures. Et pas chaque nuit: si la VE parcourt 200 km, cela fait une nuit sur 5. La puissance appelée pour un VE est autour de 2 KW et 30 MVE donne 
donc 12 GW de puissance la nuit. Nos centrales ont de la réserve, et on ne doit pas compter sur le PV…la nuit.

Par ailleurs, on peut imaginer des voitures à 2l/100 km, mais ce seront des hybrides plugins essence/électrique. [NDLR : Rêver que les voitures légères à essence sont la solution semble une impasse dangereuse pour notre avenir vu les décisions des consommateurs qui seront impossible à modifier dans ces délais.]

De telles approximations sont donc inacceptables. Voyons s’il peut se rapprocher d’une vision moins décliniste.

Comment admettre que : « on se donne pour objectif de réduire les transports aériens qui sont mauvais pour le climat ». Il veut revenir à la diligence ! C’est évident que 
le Transport aérien pose problème, mais reconnaissons les (lents) progrès de ce mode de transport et sa faible part, soutenable si on cesse l’immobilisme irresponsable au sol et en mer. Le cas Airbus est à ce sujet instructif.

Bien sûr il ne faut pas s’attaquer qu’au diesel.

L’homme risque de se discéditer s’il n’infléchit pas son crédo ?

F.


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Fessenheim : acharnement politico-médiapartique

– pas la sûreté de conception, reconnue par L’ASN, conforme aux canons les plus actuels, en particulier les normes post Fukushima,

– pas la sûreté d’exploitation classée dans le quartile supérieur dans les derniers exercices, toujours selon l’ASN, 

– pas l’efficacité économique, jugée parmi les meilleures en termes de disponibilité et de coûts d’exploitation.

Ce sont en réalité des otages politiciens (politique est un mot bien trop noble pour qualifier ces manœuvres néfastes), ce sont des symboles totalement fabriqués pour l’opinion, les premiers dominos à faire chuter dans une cascade qu’on voudrait délétère pour toute une filière.
Autrement dit, ces réacteurs qui ont toujours rempli leur cahier des charges et pourraient le faire encore pendant une décennie au moins, ont été choisis comme les premiers objectifs d’une blitzkrieg anti nucléaire, parce qu’en des temps favorables, il fallait attaquer au plus tôt et que les stratèges de la campagne pensaient, à tort, pour les fausses raisons précitées, si faciles à vendre, pouvoir les enlever sans coup férir.
Mais se battre contre les faits et la logique s’est révélé plus âpre que prévu.

Il est en effet difficile de décréter, du fait du prince, mal conseillé en la matière, qu’il est rationnel de fermer sans raison impérative, une installation industrielle génératrice fiable de courant, alimentant rationnellement toute une région, pourvoyeuse d’un grand nombre d’emplois qualifiés directs et indirects et présentant encore un fort potentiel technico-économique.

Une promesse, fut-elle celle d’un Président doté de pouvoirs très étendus, a besoin d’un substrat autre qu’une combine politicienne.
La longue saga indigeste, que cherche à relater Mediapart (Fessenheim, récit d’un arrêt raté par un pouvoir irrésolu. https://blogs.mediapart.fr/guillaume-blavette/blog/300816/fessenheim-recit-dun-arret-rate-par-un-pouvoir-irresolu)

avec un éclairage qui fait porter toute l’inertie de l’affaire (comprendre sabotage) sur le torve lobby de l’atome, n’évoque pas un instant le caractère totalement artificiel, de cette focalisation.

L’objectif désigné n’est jamais discuté au fond, ni même en surface d’ailleurs, car considéré d’abord comme le commencement d’un grand nettoyage de la machinerie nucléaire (de la mine à CIGEO) et de ses miasmes.

Quand la dialectique est à la peine, l’outrance et les arguties sont en terrain propice, qu’on en juge, car selon l’article de Mediapart précité :
« La filière nucléaire est décidément un navire à la dérive dont personne n’ose prendre la barre. Aurait-on oublié qu’il fonce vers la catastrophe ? qu’à chaque instant les réacteurs déversent leurs poissons dans l’environnement au péril de la santé publique ?
Il est encore temps de réagir. L’arrêt immédiat de Fessenheim, des autres réacteurs, de l’EPR, de Cigéo est possible si tant est que chacun se mobilise ».
Vient alors à l’esprit cette phrase de Churchill au lendemain de la victoire de Stalingrad : « ce n’est pas la fin, ce n’est même pas le commencement de la fin, mais c’est la fin du commencement » et pour les antinucléaires, la « victoire de Fessenheim » aurait clairement présenté les mêmes potentialités radicales que sa glorieuse devancière.
Contrairement à ce qui a été dit, ce n’est pas le pseudo lobby qui tient bon, il a su en d’autres temps se montrer souple, se croyant stratège en acceptant sans trop regimber l’arrêt de Superphénix, mais ce sont d’abord les personnels concernés, qui connaissent mieux que personne les machines qu’ils exploitent au quotidien, fruit d’une longue cohabitation avec des réacteurs qu’ils ont contribué à garder en ligne avec les exigences de sûreté et d’opérationnalité du jour.

Ils ne travaillent pas dans le cadre industriel crépusculaire que les media font imaginer, car tout au contraire, le « housekeeping » de ces installations complexes est remarquable.
Il a fallu aussi compter avec les collectivités et leurs élus qui cohabitent au long cours avec l’installation, aptes à mesurer sur le terrain les dommages que provoquerait cette fermeture inconséquente, mais aussi la vacuité des divers ersatz proposés.
Mais, même en cas d’alternance présidentielle et législative, le soldat Fessenheim ne serait pas sauvé pour autant. La présente mandature aura réussi -in extremis- à miner le terrain en prenant les décrets d’arrêt. Et même si les réacteurs seront encore en fonctionnement au moment d’une éventuelle bascule politique, revenir sur ces actes pourrait demander une nouvelle enquête publique, terrain propice à voir refleurir les pires avanies contre l’atome…et le courage politique se verrait alors vertement challengé par la pusillanimité.

Gérard Petit.

2017

Les nouvelles productions électriques intermittentes ne bénéficieront plus de la garantie d’écoulement de leur production, c’est-à-dire de la priorité d’accès au réseau

Quelques éléments concernant la priorité d’accès au réseau :

* La suppression de la priorité d’accès au réseau passe de facto par le passage de la rémunération selon un « tarif garanti » à la rémunération dite de « complément de rémunération ». Ce dernier mode comprend deux avancées importantes :

1) Il oblige le producteur à aller directement sur le marché de l’électricité (ou payer un intermédiaire pour le faire à sa place) prestation pour laquelle il touche d’ailleurs une rémunération (comprise entre 0,5 et 1 €/MWh semble-t-il)

2) Le complément de rémunération est calculé comme la différence entre le prix de vente obtenu par le producteur (généralement après un AO, ce qui introduit une pression à la baisse bienvenue) et un « prix de référence » de marché calculé en moyenne sur une certaine période (a priori le mois).

Par conséquent, le producteur ne bénéficie plus de la garantie d’écoulement de sa production, c’est-à-dire de la priorité d’accès. C’est lui qui décide d’y aller ou pas. Et, compte tenu du mode de calcul du complément de rémunération, il n’a pas intérêt à vendre son électricité lorsque les prix sont négatifs, puisqu’il perdrait alors de l’argent (il paierait le prix négatif et ne toucherait que la différence entre son prix d’AO et le prix de référence du marché).

Ce mode de rémunération est donc en principe beaucoup plus vertueux que le tarif garanti et ne devrait donc plus continuer à alimenter les épisodes de prix négatifs. A ceci près évidemment qu’il y a tout le passif des contrats à prix garantis qui va perdurer encore longtemps et que, pour les nouveaux contrats, les petites puissances vont continuer à bénéficier du tarif garanti. De mémoire (il faudrait vérifier les limites exactes, ce n’est qu’un ordre de grandeur) :

– Le PV de moins de 100 kW reste au tarif garanti, ce qui n’est pas extrêmement choquant,

– Par contre l’éolien a semble-t-il obtenu des dérogations exorbitantes pour que les fermes de moins de 6 éoliennes (dont aucune ne dépasse 3 MW) aient le choix du mode de rémunération ! Résultat scandaleux du lobbying du SER, manifestement, le gouvernement ayant accepté (c’est un coup de Royal, avant son départ…).

Par conséquent, il est parfaitement légitime de réclamer la fin de la scandaleuse priorité d’accès pour les éoliennes, qui passe par la suppression de leur rémunération au tarif garanti.

« Plan solaire d’EDF: un parachute qui s’ouvre une fois sur huit ». JL. Salanave dans La Croix

La Croix du 12 décembre 2017 révèle qu’EDF va dépenser 25 milliards d’euros pour un plan solaire de 30 gigawatts qui « ne remet pas en cause ses investissements dans le nucléaire ». 25 milliards dans le solaire c’est équivalent, mais moins rentable, que les 24 milliards à investir dans les deux réacteurs EPR anglais d’Hinkley Point : ces derniers, avec leurs 3,2 gigawatts, vont produire annuellement quasi autant d’électricité que les 30 gigawatts de solaire (car le solaire ne produit que 1100 heures par an, soit une heure sur 8), et ceci pendant plus de 60 ans (30 ans pour le solaire), et surtout rémunérés à EDF plus de 100 euros par mégawattheure (soit deux fois plus qu’un mégawattheure solaire au prix de marché). Il se trouve que 25 milliards d’euros c’est aussi l’investissement nécessaire à EDF pour prolonger de 20 ans avec toutes les garanties de sûreté 30 gigawatts de nos centrales nucléaires existantes. Et on sait que 30 gigawatts de nucléaire ça produit 8 fois plus d’électricité que 30 gigawatts de solaire. Sans oublier que 25 milliards d’euros de capteurs solaires à importer ça va encore alourdir notre déficit commercial. Mais la comparaison s’arrête là. A dépense égale l’Etat, actionnaire d’EDF, préfère peut-être le parachute solaire doré qui ne s’ouvre qu’une fois sur huit au parachute nucléaire qui s’ouvre à toute heure du jour et de la nuit !

 

Cordialement.

Jean-Luc Salanave

http://salanave.blogspot.fr/

Le merit order est-il à réformer dans le mix électrique actuel ?

En réalité, nous butons sur la difficulté introduite par l’obligation prioritaire d’écouler de l’éolien et du PV alors que ces deux productions  ne rentre pas dans le mérit order.

Avant cette obligation, RTE empilait d’abord le fil de l’eau hydraulique parce qu’en coup complet de production c’était le plus bas et qu’il représentait de l’ordre de 5 GW sans variation rapide de puissance. Venaient ensuite le nucléaire, puis le charbon et le gaz.

Maintenant, nous empilons le fil d’eau hydraulique, le fil du vent aléatoire qui n’est pas compétitif avec le gaz (et ceci hors stockage) et le PV encore moins compétitif que l’éolien.

Résultat, le nucléaire doit à certains moments faire de la modulation en tenant compte des éclusées obligatoires en période de pluie normale. Si la puissance appelée est plus importante, la modulation se fait avec les CCG moins chères en coût complet que l’éolien non stocké ! Eliminons le fioul et le charbon partant du principe que la dernière tranche fioul sera arrêtée en avril et les tranches charbon en 2022.

Nous avons donc perturbé un fonctionnement logique d’appel des moyens de productions, et qui était le même dans tous les autres pays, avec des biais d’autant plus gênants qu’ils sont variables de façon assez imprévisible. Bref on efface du nucléaire pilotable à 33 €/MWh par de l’aléatoire éolien à 90 €/MWh et du PV à 300 €/ MWh. Je parle des prix moyens des contrats déjà signés.

Marcel Boiteux dit que nous marchons sur la tête et il a raison. Le calcul économique a ceci d’intéressant qu’il permet de faire des choix simples et rationnels. Sitôt que le calcul économique est remplacé par le calcul politique, on fait n’importe quoi.

In english

France :

In reality, we stumble on the difficulty introduced by the priority obligation to sell wind and solar panels while these two productions do not fit into the merit order.


Before this obligation, RTE first stacked the hydraulic water line because in full blow of production it was the lowest and that it represented about 5 GW without fast variation of power. Next came nuclear, then coal and gas.


Now we are piling up the hydraulic water line, the random wind wire that is not competitive with the gas (and this without storage) and the solar panels even less competitive than the wind.


As a result, nuclear power must at times make modulation by taking into account the mandatory locks during normal rain. If the power demand is more important, the modulation is done with the gas plants less expensive in complete cost than the windmill not stored! Let’s eliminate fuel oil and coal based on the assumption that the last oil slice will be shut down in April and coal slabs by 2022 in France.


We have therefore disrupted the logical operation of the means of production, which was the same in all the other countries, with biases that are all the more troublesome because they are variable in a rather unpredictable way. In short, we erase nuclear controllable at € 33 / MWh by random wind at € 90 / MWh and solar panels at € 300 / MWh. I am talking about average prices of contracts already signed.


Marcel Boiteux says we are walking on the head and he is right. The economic calculation is interesting because it makes it possible to make simple and rational choices. As soon as economic calculation is replaced by political calculation, we do shambolic.

Les « feux de sodium », en fait pas si dangereux ?

Témoignage d’un exploitant à propos des feux de sodium

A) Quelques généralités, de fuite à feu

Toute installation véhiculant ou contenant un fluide en surpression, même légère, par rapport à l’atmosphère extérieure peut être sujet à fuite. Ceci peut concerner des micros espaces mécaniques pouvant inévitablement se déformer, par exemple ceux de joints dits étanches (1) , soit au niveau de fissures dites mécaniques, apparaissant en fonctionnement et devenant ouvertes/traversantes, fissures très souvent associées à de la fatigue, dont certaines d’origines thermiques, ou vibratoires.

L’étanchéité absolue n’existe pas et il faut faire face aux conséquences de toute fuite, même si dans la quasi-totalité des cas relevés sur installations sodium, les fuites se sont traduites au début par un suintement, sous calorifuge, formant ce qu’on appelle « un calorifugeate », ce qui s’il n’est pas prolongé des heures est sans conséquence, et même s’avère assez favorable.

Les circuits sodium, même s’ils sont en général à des pressions relatives très faibles de l’ordre de quelques bars (beaucoup plus faibles que celles des circuits eau ou vapeur, eux chiffrées en centaines de bars) n’y écharpent pas, avec comme élément favorable la facilité de détection, mais élément défavorable l’aggravation dans le temps avec formation de soude qui peut accentuer le défaut initial.
La détection peut être directe, avec la propriété de forte conductivité électrique du sodium, avant même un début de combustion (2 fils voisins conducteurs installés sous calorifuge le long des tuyaux, ou bougies détectrices dans des zones spécifiques de recueil en cas d’écoulement préférentiel). Cette détection peut être indirecte via la détection des aérosols de combustion du sodium dans l’air atmosphérique à proximité, détection qui s’avère pratiquement très sensible : la moindre goutte de sodium, en contact de l’air, libère suffisamment d’aérosols pour être détectée à quelques mètres.
De façon générale, les 2 techniques sont complémentaires et font l’objet d’alarmes automatiques conduisant l’opérateur (rondier allant sur place) pour confirmer et ainsi imposer la vidange à distance du circuit, en général à partir de la salle de contrôle/commande. En aucun cas la tentative d’isoler la zone fuyarde ne doit être envisagée, il faut tout vider, au risque de devoir remplir à nouveau si l’alerte  s’avère après coup fausse. Cette vidange rapide est la seule mesure de repli indispensable, une fuite sodium ne devant pas être tolérée quelques minutes. (2)

B) La spécificité des RNR sodium Français : le circuit primaire intégré

Se différenciant par exemple d’un PWR, un RNR met en place en plus un circuit intermédiaire entre le primaire qui refroidit le cœur et celui eau/vapeur à destination de la turbine. En limite du circuit primaire où se trouve le cœur et circule, via ses pompes, un premier sodium extracteur de chaleur, on trouve les échangeurs intermédiaires, qui assurent la liaison thermique via l’ensemble désigné circuit secondaire (par exemple de 3 ou 4 unités ou plus) aussi en sodium. Mais il s’agit d’un autre sodium, lui non activé (ou si peu) par les neutrons du cœur, qui ira vers le circuit eau/vapeur après les GV.
Mais en choisissant la conception originale du circuit primaire intégré (3) , intégrant cœur, pompes, échangeurs intermédiaires, le tout sous une unique atmosphère neutre d’argon, toute fuite de sodium reste interne, et les risques de feu de sodium, ne se posent pas sur cette partie de centrale. Les conséquences de fuite et feux ne concernent qu’un sodium secondaire, non radioactif. Les précautions et moyens de lutte pour faire face à une fuite et au feu possible se présentent comme sur une installation classique du type pétrole, rien de spécifique nucléaire.

C) La prévention et la lutte contre les vrais feux

Nota :
Hormis le cas d’Alméria (4) , mais qui est hors du domaine nucléaire, selon les éléments à ma connaissance (5) , les quelques fuites recensées n’ont pas donné lieu à d’importants feux sodium. Les précautions mises en œuvre se réfèrent surtout à un accident hypothétique de rupture brutale de tuyauterie, comme celui qui pourrait être produite par une chute de composant lors de manutention spéciale, ce qu’interdit en puissance les règles d’exploitation, ou suite à un séisme majeur sur une structure déjà fragilisée, non vue lors d’une inspection type décennale. Bien qu’étant toujours classée en zone dite nucléaire, l’approche face au risque de fuite sodium, du fait de l’absence de radioactivité est assez proche de celle de toute installation classique pétrolière, en précisant que l’eau est absolument à proscrire, car il ne faut pas rajouter le risque encore plus violent de réaction sodium/eau.

En fait, les feux sodium sont peu énergétiques. Ainsi en nappe un feu de sodium rejette 15 fois moins de chaleur que le fuel. Il faut noter la quasi absence de flammes, alors que celles ci montent à plusieurs mètres pour le fuel et limitent l’approche des pompiers. Le rayonnement d’une combustion sodium est absorbé en grande partie par les fumées blanches qu’il génère. Si ceci est très avantageux, permettant d’approcher sans risque de brulure du feu, par contre cette fumée gène considérablement la vision. Si pour un petit feu, l’opérateur peut s’approcher avec l’extincteur portatif approprié (voir poudre ci-dessous) ou simplement une pelle, il faut prévoir pour des grands feux des installations permanentes d’injection (voir ci-dessous)

Dès la conception cloisonnement et bacs étouffoirs

La fuite n’étant pas exclue, avant de passer à l’étape lutte contre le feu, des dispositions sont prises dès la construction pour limiter l’ampleur de tout feu et ceci passe par la limitation de l’arrivée d’air, par cloisonnement des locaux et aussi par la mise en place de bacs étouffoirs. Le dessin de ces derniers amène le sodium au fond tôlé à travers des chicanes tôlées simples, qui limiteront l’arrivée d’air.

Poudre Marcalina

A chaque type de combustible correspond une poudre la plus adaptée, étouffant l’arrivée d’air. Pour le sodium, il s’agit de la dite « poudre MARCALINA », mise au point par le CEA, composée de carbonates de sodium et de lithium, ainsi que de graphite qui assure sa fluidité. Cette fluidité est essentielle, car en dehors de la simple pelle jetée, comme celle classique du sable en réserve, déjà bien utile, elle doit pouvoir être répandue au moyen d’extincteurs mobiles portables par opérateur, déjà avant l’arrivée des pompiers plus équipés, et surtout par le réseau de distribution pneumatique vers tous les lieux à risque. Les mêmes techniques de suspension de la poudre en azote, de pression, de vitesse d’écoulement dans le réseau de tuyaux, jusqu’aux bouches d’épandages directs, ou de jonctions vers des rallonges souples mobiles, sont celles couramment futilisées dans la meunerie, industrie de la farine, après de mineures adaptations.
Pour SPX, sur site tous les essais de distribution on été faits avant démarrage. Les essais sur feux réels en grande nappe ont été faits à Cadarache. Heureusement aucun retour d’action réelle et il est probable, qu’il n’y en n’aurait jamais eu.
Sur Phénix deux seules utilisations d’extincteurs portatifs ont montré leurs efficacités, à savoir un seul extincteur utilisé sur une tête d’échangeur intermédiaire et plus significatif plusieurs extincteurs directement utilisé par les 2 rondiers , si bien que tout était fini en moins d’1/4 d’heure avant l’arrivée des pompiers.
Il faut noter sur Phénix que la fuite la plus significative sur une tuyauterie sodium, dans la zone des générateurs de vapeur, n’a du faire l’objet d’aucune action d’extinction. Les alarmes aérosols ont conduit à la vidange et ce n’est que l’intervention pour réparation qui a révélé que quelques dizaines de kg de sodium avaient formé un amalgame sous calorifuge (ce que nous appelons calorifugeate). L’ensemble calorifuge et sa tôle de protection jouant indirectement un rôle de simili double enveloppe, qui limite momentanément les dégâts, mais tout en laissant s’échapper des traces d’aérosols, très aisèment détectables.

Fin.

(1) En fait  en dehors de soudure, l’étanchéité absolue  n’existe pas. Ainsi à Phénix, les portes membranes de rupture initialement étanchés par joint serrés boulonnés n’ont pas supporté les déformations des transitoires thermiques et ont conduit à un suintement de sodium détecté par fumée. Il a fallu revoir le montage en y adjoignant une soudure appelée de lèvres d’étanchéité (seul petit inconvénient mineur : à meuler et refaire en cas d’intervention)

(2) Cette règle évidente, établie, inscrite formellement comme consigne de base avant le démarrage de Phénix, ne fût malheureusement pas inscrite dans la documentation d’exploitation de Monju au Japon (alors que de nombreux Japonais avaient passé de nombreux mois de formation à Phénix, photographiant tout !). En fait, cette décision de vidange, même à titre mesure provisoire de prudence, entrait au Japon, en contradiction avec la règle générale de maintenir à tout prix un circuit classé Sureté, en exploitation le plus longtemps possible : défense de l’arrêter en le vidant, un ordre supérieur. Surprenant, voire absurde, mais au Japon on ne discute pas les règles écrites, alors que, centrale à l’arrêt, compte tenu des redondances des circuits de refroidissement et des inerties considérables des masses sodium. En fait il n’y a pas eu de véritable feu à Monju, mais une combustion lente locale, avec production d’aérosols, sur plusieurs jours. Mais ces aérosols furent dispersés via la ventilation dans une grande partie de toute l’installation. Autre différence majeure avec la France, en cas de début de feu (ou simple alerte) on arrête la ventilation, ne serait ce que pour limiter l’apport d’air et ne pas « exciter localement  », alors qu’au Japon, au contraire on l’accélère, et on ventile au maximum. Ceci n’est pas absurde, quoique déjà contestable en général  pour un feu classique type hydrocarbure, mais devient insensé avec le sodium. Mais au Japon, les règles sont intangibles, et ce qui est bon pour le fuel l’est aussi pour le sodium !!

(3) Au départ spécificité de la technologie Française, choix fait en 1965/1966 après de longues études comparatives avec le système à boucles, bien connu suite à Rapsodie. Ceci aurait été imaginé simultanément en France et en Angleterre (on ne saura jamais qui a copié l’autre, mais les bonnes idées peuvent jaillir simultanément). Cette option a été copiée en Russie avec BN 600 en service depuis 1980, puis BN 800 qui vient juste d’être couplé au réseau (les premiers RNR BOR 60 et BN 350 étaient à boucles). Elle est maintenant mise par les Russes sur le marché mondial (une petite pensée pour Jospin et le parti socialiste qui a mis avec l’arrêt de Super Phénix la France hors jeu)

(4) Le seul cas répertorié de grand feu sodium est celui survenu sur la centrale solaire d’Almeria en Espagne en 1986, avec grand incendie allant jusqu’à la déformation des structures métalliques du hall, mais aucune victime. En fait, ce feu résultait de la brusque expulsion, lors d’une période de travaux, d’un bouchon solide bloquant du sodium liquide. Ceci a  conduit à une pulvérisation de sodium. Rien de tel pour favoriser un feu, un véritable lance flammes. Mais ceci paraît incroyable pour une installation techniquement couverte par une très grosse entreprise allemande de l’énergie, car en France dès 1973, dans les règles d’exploitation Phénix, il était clairement écrit qu’en aucun cas, un bouchon solide ne pouvait être considéré comme une mesure d’isolement pour intervention sur circuit.

(5) Que je crois valables à 100 % pour la France  et assez bonnes pour l’ensemble de l’ex URSS où s’est accumulé le maximum d’expérience (BN 350 au Kazakhstan de 1974 à 1999, BN 600 depuis 1980).

Ce teste est extrait du livre intitulé  » Le Nucléaire Durable » et en sous tire  » Un des piliers de notre avenir énergétique sans carbone » qui vient d’étre mis en librairie

Editeur lyonnais LGO